Le blogoclub m’a permis de relire un auteur que je n’avais pas lu depuis plusieurs années : Boris Vian. Je voue une grande admiration à ce personnage de la littérature française (de la culture française même étant donné ses multiples talents) et l’écoute de « J’suis snob » me remplit toujours de bonheur. « Elles se rendent pas compte » a été publié en 1950 sous le nom de Vernon Sullivan et c’est un polar.
L’histoire commence avec un bal masqué, Francis Deacon se rend chez son amie Gaya, habillé en femme. Il prend son déguisement très au sérieux, il fait tout pour être pris pour une femme (épilation comprise) et cela s’avèrera une idée fort utile dans la suite du roman. Au cours de la soirée, Francis se rend compte que Gaya se drogue à la morphine et qu’elle est sous la coupe de gars pas nets. Heureusement pour Gaya, notre héros est un chic type et il décide de la sortir de cette mauvaise passe. Il tente vainement de la faire parler : « (…) malgré quelques nouvelles tentatives, rien pu réussir à tirer de Gaya. Elle est bouclée comme un coffre de la Banque Fédérale, celui qui la fera parler sera plus malin que moi ; ce qui m’entraîne à conclure que c’est impossible parce que je n’aime pas cette idée de quelqu’un de plus malin que moi. » Francis ne renonce pas pour autant à sauver Gaya, il mène l’enquête avec son frère pour démasquer le groupe de voyous qui fournit la drogue à la jeunesse dorée de Washington.
Le roman de Boris Vian est court et son rythme effréné. Francis Deacon rencontre un nombre incalculable d’obstacles durant son enquête. Il se bagarre beaucoup, se déguise, est accusé de meurtre, simule sa mort, défonce la vitrine d’une boucherie, couche avec de nombreuses femmes, etc, etc… Francis est infatigable tant que le travail n’est pas fini. Ses méthodes sont d’ailleurs peu orthodoxes. Gaya est au prise avec un groupe de lesbiennes. Afin de faire parler l’une d’elle, Francis et son frère lui font l’amour à tour de rôle ! Ils en profitent pour la faire revenir dans « le droit chemin »… Boris Vian s’en donne à coeur joie, il en fait des tonnes en multipliant les actions, les coups pris par Francis.
« Elles se rendent pas compte » est un polar hilarant. L’humour de Boris Vian est une de ses grandes qualités. Les situations dans lesquelles se retrouve Francis sont souvent drôles. Mais surtout la langue argotique employée par Boris Vian est extraordinairement vivante et poilante. Lisez ce roman le matin dans le métro et vous aurez le sourire pour la journée ! Le lecteur participe pleinement aux aventures de Francis puisque celui-ci l’interpelle sans cesse : « Vous ne croyez tout de même pas que je vais rester dans les pommes assez longtemps pour que vous ayez le loisir d’aller boire un verre au bistrot du coin. Non. En plus, ils m’ont versé une bouteille de Seven up dans le cou, et je vous assure que ça réveille. Ca doit être les bulles. » Ou « Vous me direz que les souris, on a peut-être été un peu fort avec elles… Mais, qu’est-ce que vous voulez, aussi, elles se rendent pas compte. »
Mes retrouvailles avec Boris Vian furent donc des plus réjouissantes. La quatrième de couverture parle de classique du polar noir mais je trouve qu’il s’agit plutôt d’une parodie de polar. Boris Vian joue avec les codes du genre grâce à son sens de l’humour dévastateur et provocateur. « Elles se rendent pas compte » est réjouissant, enlevé et trop court !









