Londres, 1918, Stella Benson, de constitution fragile, se voit couper les vivres par sa mère. Elle va donc se consacrer plus sérieusement à l’écriture. Elle se met à écrire un nouveau roman mettant en scène Sarah Brown, une employée de bureau qui travaille pour un comité de bienfaisance mais elle s’ennuie. Sa vie va changer grâce à une demande d’aide alimentaire d’une Miss Watkins qui se déclare magicienne. Elle tient également une auberge nommée « Vivre seule » où des femmes peuvent trouver refuge.
Stella Benson (1892-1933) était une romancière, poétesse, nouvelliste, militante féministe proche des suffragettes et amie de Virginia Woolf. Elle est méconnue en France malgré la publication aux éditions Cambourakis de deux de ses romans : « La vie seule » dont s’est inspirée Nina Six, et « Voici la fin ». J’ai lu ces deux livres où s’entremêlent la réalité et l’imaginaire et qui peuvent désarçonner le lecteur.

Après de nombreuses recherches aux États-Unis et en Angleterre, Nina Six a choisi de mélanger l’écriture de « La vie seule » et l’intrigue de celle-ci. Pour le texte de sa bande dessinée, elle s’est inspirée du roman bien-sûr mais aussi des poèmes et des passages de journaux intimes de Stella Benson. Le choix narratif de Nina Six est très pertinent puisque les intrigues de l’autrice anglaise se nourrissent de sa propre vie. Elle quitte l’Angleterre en 1918 et son héroïne Sarah Brown également. Ses engagements politiques y sont également très présents et notamment la question de la place des femmes. Dans « La vie seule », Sarah Brown va conquérir son indépendance grâce à sa rencontre avec une sorcière. Nina Six a su conserver cette thématique : les femmes s’interrogent sur leur rôle dans la société une fois les hommes rentrés, elles apprécient de rentrer tard le soir sans se faire embêter et une phrase résonne tout particulièrement aujourd’hui : « Les hommes ne comprennent jamais quand on leur dit non. »

Nina Six rend les passages entre réalité et fiction parfaitement fluides et les identifie par des couleurs pastels ou vives. L’ensemble est très joliment construit, très créatif et fantaisiste comme les romans de Stella Benson.
Avec « La sorcière de Londres », Nina Six adapte avec talent le travail de Stella Benson et souligne à quel point l’œuvre et la vie de l’autrice était intimement liées.
