Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano

« Je n’étais vraiment moi-même qu’à l’instant où je m’enfuyais. Mes seuls bons souvenirs sont des souvenirs de fuite ou de fugue »

« Dans le café de la jeunesse perdue » est bien l’histoire d’une fuite, l’histoire de quelqu’un qui s’efface de la vie des autres. Louki est l’héroïne du dernier roman de Patrick Modiano, c’est elle qui laisse une empreinte fugace dans la vie de ceux qu’elle croise. Le personnage nous est d’ailleurs présenté par des personnes différentes, des points de vue différents.

La vie de Louki nous est ainsi donnée à voir par fragments, comme un puzzle que l’on complète au fur et à mesure des témoignages. Le premier à la décrire est un jeune homme de l’Ecole Supérieure des Mines qui fréquente le Condé, un bar de l’Odéon où l’on fait la connaissance d’une jeune femme surnommée Louki. Le deuxième est celui d’un détective embauché par le mari de Louki qui a déserté son foyer. Le témoignage central est celui de Louki elle-même, elle nous parle de son enfance vagabonde du côté du Moulin Rouge où travaillait sa mère.Les deux derniers chapitres laissent la parole à Roland, l’amant de Louki rencontré chez un mystique.

Patrick Modiano nous présente à travers ces fragments une jeune femme perdue, ayant fui son enfance et qui n’arrive pas à se satisfaire de son présent. Ce portrait est d’une grande délicatesse et d’une immense poésie comme toujours chez Modiano. Le thème récurrent des romans de Patrick Modiano est décidemment l’absence, les fantômes qui ont peuplé le Paris des années 50-60, les années de l’enfance de l’auteur. Louki est ce fantôme que personne n’arrive à retenir, dont le prénom même -Jacqueline- est oublié par tous. Louki et Roland vivent d’ailleurs rue d’Argentine où se côtoient des « absents », des personnes ayant abandonné leur domicile, leur vie et se cachant dans des hôtels meublés. Que dire du Paris de Modiano ? C’est une ville disparue sous les boutiques en tout genre, une ville qui n’existe plus que pour les personnages de l’écrivain. L’absence, toujours l’absence mais avec une extraordinaire élégance du style, une tendresse infinie pour ces personnages fragiles, en devenir ou déjà perdus.

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