Looking for Eric de Ken Loach

Dans son dernier film « Looking for Eric », Ken Loach s’amuse à mélanger les genres : le social, la romance et la fantastique.

Eric Bishop (extraordinaire Steve Evets) est un postier au bout du rouleau. Le spectateur le découvre d’ailleurs au volant de sa voiture en train de prendre un rond-point en sens inverse. Eric n’a plus de prise sur sa vie et sur ses proches. Il a été marié deux fois : il a lâchement quitté sa première femme Lilly (Stephanie Bishop) et la deuxième est allée en prison en lui laissant la charge de ses deux fils. Le beau-fils d’Eric, Ryan, tente de sortir de sa condition sociale à coups de petits trafics et s’acoquine au caïd local. Ce dernier oblige Ryan à garder une arme ayant blessé un homme, sous peine de représailles violentes. La fille d’Eric est quant à elle fille-mère et elle demande à son père et sa mère de se relayer pour garder son bébé.

C’est là que bascule Eric car il n’avait pas revu Lilly depuis longtemps. Celle-ci reste l’amour de sa vie. Mais il n’a jamais osé le lui dire et encore moins lui expliquer son départ subit. L’idée de revoir Lilly panique totalement Eric qui n’ose affronter son regard.

Pour l’aider à reprendre confiance, la bande de copains d’Eric le soumet à un exercice : se mettre dans la peau d’une personnalité pour acquérir sa force, ses qualités. Eric choisit Eric Cantona et il rentre bel et bien dans le jeu puisqu’il voit apparaître le King Eric. Celui-ci se transforme en ange gardien, en Jiminy Cricket pour aider notre ami à remettre de l’ordre dans sa vie.  On peut souligner la formidable auto-dérision d’Eric Cantona qui se présente comme une caricature de lui-même. Il s’exprime souvent par aphorismes qui agacent Eric car ils sont incompréhensibles. Cantona fait référence ici à sa fameuse conférence de presse suite à son exclusion pour neuf mois, où il avait parlé de mouettes suivant un chalutier.

« Looking for Eric » est un film typiquement loachien par son héros, un prolétaire qui doit faire face à l’adversité. Il y sera aidé par sa bande de copains, indéfectibles et tous supporters de Manchester United. L’un d’eux explique d’ailleurs qu’un homme peut changer de femme, de religion mais jamais de club de foot ! Ken Loach en profite pour critiquer le foot d’aujourd’hui menacé par l’argent roi. Ce sport qui servait de lien social pour les classes populaires devient de plus en plus inaccessible à cause du coût des places.

Ce qui différencie « Looking for Eric » des autres films de Ken Loach c’est l’humour, on a affaire ici à une véritable comédie. Bien entendu tous les passages avec Eric Cantona sont drôles grâce à ses proverbes, mais l’humour est partout présent. Il culmine lors de « l’opération Cantona » à la fin du film dont je ne dirai rien pour ne pas gâcher le plaisir des autres spectateurs.

« Looking for Eric » est un Ken Loach réussi car il nous montre de nouveau sa grande humanité et son amour des classes populaires. C’est un film jubilatoire, plein d’énergie, d’optimisme ce qui n’est pas si fréquent chez Ken le Rouge ! J’espère que toutes les swappeuses du Ken Loach Swap organisé par Cryssilda vont y courir!

4 réflexions sur “Looking for Eric de Ken Loach

  1. Je ne savais pas que a conférence de presse faisait suite à une explusion (oui bah, le foot et moi…), tu as vu qu’on avait les images dans le générique de fin?
    Oui Cantona est vraiment excellent, à se moquer de lui même et de l’image que le public a de lui.
    J’ajoute ce film à mon top Ken Loach!

  2. Oui j’ai vu les images à la fin, les journalistes lui avaient tellement mis la pression qu’il avait répondu par cet aphorisme sybillin. C’est de là qu’est partie la légende de Cantona le philosophe!! Je place aussi « Looking for Eric » dans mon top 10 des films de Ken Loach et je le place bien avant « Le vent se lève », sa palme d’or qui était beaucoup moins loachien.

  3. Tout pareil. Et comme toi d’ailleurs, je le place au dessus de sa palme d’or.

    @ Cryssilda: tsss, toute une éducation footballistique à refaire 😀

  4. Ken Loach est bien meilleur lorsqu’il parle de ses contemporains, ces prolétaires anglais au grand coeur!
    Comment peux-tu s’intéresser aux prolétaires anglais sans s’intéresser au foot?!!! On va envoyer le foot pour les nuls à Cryssilda!!!

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