Précoce automne de Louis Bromfield

L’intrigue de « Précoce automne » se déroule dans les années 20 en Nouvelle-Angleterre chez les Pentland. Le roman s’ouvre sur un bal qui célèbre le retour de Sybil après son pensionnat à Paris. La mère de Sybil, Olivia, a épousé le dernier homme de la dynastie des Pentland.  Le retour de sa fille lui permet de se rendre compte qu’elle est totalement piégée par le conservatisme de la famille. Olivia doit empêcher que la même chose arrive à Sybil. « Olivia en était profondément tourmentée, non a cause d’elle même, mais parce qu’elle voulait que son enfant fût heureuse, bien plus même qu’elle connût ce bonheur intense, infini, dont elle avait elle-même soupçonné l’existence sans jamais le trouver. Elle croyait revivre en quelque sorte en Sybil et il lui semblait que, grâce à l’expérience acquise, elle pourrait, en contemplant comme d’un sommet la route parcourue, guider cette jeune réplique d’elle-même, encore au seuil de la vie, et lui faire suivre des sentiers moins âpres que ceux où elle avait cheminé. » Briser la tradition familiale sera source de découvertes et d’amères déceptions pour Olivia.

Je ne connaissais pas Louis Bromfield avant de découvrir la réédition de « Mrs Parkington » par les toujours excellentes éditions Phébus. En me penchant sur cet auteur, j’ai découvert qu’il avait obtenu le Prix Pulitzer en 1926 avec « Précoce automne ». Sur la quatrième de couverture, il y est fait mention d’un de mes livres préférés : « Le destin de Mr Crump » de Ludwig Lewisohn. Qu’ont les deux romans  de similaire ? Une vision pessimiste du mariage. Olivia s’est sentie obligée d’épouser Anson Pentland, il devait prolonger la lignée et elle n’a pu refuser d’appartenir à l’un des plus grandes familles de Boston. Mais Olivia se rend compte qu’elle est passée à côté de sa vie et à côté de l’amour : « Elle savait maintenant que jamais il n’avait éprouvé le moindre sentiment d’amour à son endroit. Il ne l’avait épousé que contraint par les siens qui le harcelaient sans cesse, les morts comme les vivants, car les morts, à Pentlands, semblaient doués d’un étrange pouvoir de survie.  » Olivia ouvre enfin les yeux sur son mariage grâce au retour de Sabine Callendar. Cette dernière, issue du même milieu, a refusé de se plier aux conventions, d’épouser un homme qu’on lui aurait choisi. Elle revient, après des années, triomphante et voulant prendre sa revanche. Sabine met tout en oeuvre pour contrarier les Pentland et sortir Olivia de sa torpeur.

Mais le personnage d’Olivia se trouve à la croisée de deux époques : le XIXème et le XXème. Elle a grandi durant le XIXème siècle et sa fille l’exprime ainsi : « Sa mère, elle s’en rendait compte maintenant, était le type de l’Américaine de 1890 ; elle se la représentait moins sous les traits d’une personne réelle que sous ceux d’une des héroïnes de Mrs Wharton. » On retrouve chez cette romancière l’amertume liée au peu de choix laissé aux femmes. Les destins sont tracés à l’avance par le milieu social et la bienséance. Tout l’enjeu du roman de Louis Bromfield va être pour Olivia de s’émanciper ou non des Pentland maintenant que l’éducation de ses enfants est achevée. Seuls deux choix sont possibles pour elle : celui de Sabine qui l’a exclue de la famille ou celui de tante Cassie, rendue aigre et amère par un mariage de convenances, qui s’érige en juge de la morale.

« Précoce automne » montre que même en 1926 l’émancipation de son milieu social n’est pas chose aisée. Olivia Pentland porte cette problématique, c’est un personnage extrêmement touchant. Elle se débat pour satisfaire tout le monde et tente de sauver sa vie. Une jolie découverte que je poursuivrai avec « Mrs Parkington ».

15 réflexions sur “Précoce automne de Louis Bromfield

  1. « Le destin de Mr Crump » est noté depuis longtemps et « Le temps de l’innocence » prend la poussière… du retard donc du côté de cette époque de la littérature américaine…

  2. Ca a l’air tentant, même si j’avoue ne pas être fan d’Edith Wharton. Ca me réconciliera peut-être avec l’époque par contre !

  3. Je connais très mal la littérature américaine mais ce roman m’attire davantage que la littérature américaine plus récente alors je note…

  4. @Ys : « Le destin de Mr Crump » est roman extraordinaire, très noir et très amer. Pour ce qui est du livre de Edith Wharton, je ne peux que te le recommander et en plus j’ai lancé un challenge Wharton !!

    @Lilly : J’aime également beaucoup la littérature américaine du 19ème mais également celle du 20ème. Je ne connaissais pas non plus cet auteur, je l’ai repéré grâce aux éditions Phébus que je suis toujours de très près.

    @Manu : Quel dommage que tu n’aimes pas Edith Wharton, je l’adore ! Les éditions Phébus ont sorti un autre roman de Bromfield qui s’appelle « Mrs Parkington » et qui a l’air très bien.

    @Maggie : Le 19ème américain devrait te plaire je pense. Tu retrouves certains aspects de la littérature anglaise comme les bals, les mariages arrangés par exemple. Mais il n’y a pas l’arrière-fond historique ni d’aristocratie, c’est une nation toute neuve qui se construit avec les codes de la vieille Europe. Je trouve le ton souvent plus désenchanté.

    @Mélopée : Je suis une inconditionnelle des éditions Phébus, je trouve leurs choix éditoriaux de grande qualité. Celui-ci n’est plus édité mais tu peux trouver « Mrs Parkington » qui vient de sortir en libretto.

  5. Ma mère a reçu « Mrs Parkington » en prix pour ses bonnes notes en anglais au lycée 🙂 Je songe à lire cette vieille édition du livre de poche à chaque fois que je vais chez ma grand-mère… je n’avais pas repéré ce titre, mais de toute façon je te connais, tu l’as lu uniquement pour me tenter ! C’est lamentable tout ça !^^

  6. @Lou : Il donnait des prix intéressants dis donc ! Ce n’est pas moi qu’il faut blâmer, ce sont les éditions Phébus qui publient de trop bons bouquins !! Je ne le connaissais pas non plus avant de voir « Mrs Parkington ». Pour bien faire, il faudrait éplucher la liste des Pulitzer car c’est un prix de qualité.

  7. je suis d’accord, tous les Pulitzer que je connais m’ont beaucoup plu… j’ai vraiment découvert le prix en lisant consécutivement « la conjuration des imbéciles » et « the hours », deux coups de coeur. Par contre ce livre est-il édité ? je ne l’ai pas vu sur un site en ligne. Je pense que je le chercherai d’occaz.

  8. Tiens c’est marrant j’ai mangé avec ma soeur lundi et elle est en train de lire « Mrs Parkington », un auteur que je ne connais pas et qui sonne à ma porte deux fois de suite… c’est un signe !!!

  9. @Lou : Malheureusement ce livre n’est plus édité, je l’ai trouvé d’occaz.

    @Pickwick : La thématique est tout à fait séduisante, on se trouve à une charnière au niveau de l’évolution des moeurs. Sabine est un personnage rebelle et qui peut se permettre de mettre les pieds dans le plat !

    @George : Oui là le destin te demande de faire connaissance avec Louis Bromfield ! Tu verras si ta soeur a aimé « Mrs Parkington », je l’ai également acheté et il me tarde de le lire.

    @Theoma : Merci, je suis contente de t’avoir convaincue ! J’ai découvert récemment cet auteur et cette première lecture est prometteuse !

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