© Maman Baobab
Je ne me souviens évidemment pas de cette photo. Trop petite pour me souvenir de ce premier contact avec ma mémé. Mes petits doigts lisses dans sa grande main rugueuse. J’aimais regarder ses mains, sa peau comme un parchemin, un paysage accidenté fait de crevasses et de ravins.
Ses mains me racontaient sa vie : la dureté du travail à l’extérieur, le manque de confort, les années qui s’accumulent et qui se font pesantes. Les rides de son visage me disaient ses peines, ses joies, ses rires. Tant d’expériences qu’il fallait découvrir à mon tour.
Son regard fatigué mais si doux me disait que l’on pouvait trouver la sérénité et l’apaisement. La vieillesse sert à cela. Arrêter de chercher, de se battre et se laisser vivre, enfin.
Et son plaisir, c’était de s’occuper de ses petits-enfants. Essayer de comprendre nos lubies du moment, participer à nos jeux, nous donner au goûter des gâteaux toujours trop secs, nous raconter sa jeunesse si éloignée de la nôtre, partager sa tendresse. Elle avait du mal à nous suivre, la société changeait maintenant trop vite pour elle. Dépassée, c’est comme ça qu’elle se sentait face à notre jeunesse, notre vitalité.
Bien sûr, nous n’avons pas assez écouté ce qu’elle nous disait, pas assez profité de son expérience et de son sourire malicieux. Elle avait toujours été là pour nous, nous avions le temps.
Hier soir, ma mémé s’en est allée, doucement, juste en fermant les yeux.




