Bilan plan Orsec et films de février

Un mois de février qui n’a pas fait beaucoup baisser ma PAL ce mois-ci avec un seul livre sorti de mes piles poussiéreuses.

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Six films dans mon bilan cinéma du mois avec de l’excellent et du décevant :

Mes coups de cœur :

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Revenue des camps où toute sa famille a trouvé la mort, Nelly Lenz (Nina Hoss) doit lentement revenir à la vie. Défigurée, elle doit subir des opérations de chirurgie esthétique qui modifient significativement son visage. Nelly n’a ensuite qu’une idée en tête : retrouver son mari, Johnny (Ronald Zehrfeld) qu’elle aime toujours aussi passionnément. Ce dernier ne la reconnaît pas mais une vague ressemblance avec sa femme, que tout le monde pensait morte, lui donne une idée. Il va utiliser l’inconnue pour récupérer l’héritage de Nelly. Le formidable film de Christian Petzold s’ouvre comme « Les yeux sans visage » de Tourneur mais il fait surtout penser à « Vertigo » de Hitchcock. Ici aussi, un homme va reconstituer la femme qu’il a aimée. Les motivations sont cependant bien différentes. Mais le suspens est aussi bien mené que chez mon ami américain : Johnny a-t-il trahi Nelly ? Va-t-il finir par la reconnaître ? Les deux acteurs sont absolument parfaits avec une mention spéciale pour Nina Hoss, intense à chaque instant. Sans conteste le film du mois.

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Voilà un film fort sympathique et réjouissant, une comédie sociale qui fait penser à Ken Loach et aux premiers Stephen Frears. Les caissiers d’un supermarché discount sont menacés de licenciement. Comment vont-ils s’en sortir alors que leur situation est déjà précaire ? En s’unissant et en fondant leur propre épicerie solidaire. C’est chaleureux et drôle, la solidarité est au centre de ce film qui nous met du baume au coeur. La bande d’acteurs rend crédibles et attachants les différents personnages.

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En Algérie en 1954, un instituteur solitaire, Daru (Viggo Mortensen), se voit se confier un prisonnier (Reda Kateb). Il doit le livrer aux gendarmes car il a tué son cousin. Malgré son envie de le libérer, Daru n’aura d’autre choix que de convoyer le prisonnier dans la ville voisine, à une journée de marche. Le film de David Oelhoffen s’inspire d’une nouvelle d’Albert Camus « L’hôte ». Et on sent bien les thématiques de l’auteur : la justice, la dignité de l’homme, l’appartenance à cette terre en plein déchirement, l’idéalisme confronté à la réalité. Les paysages de l’Atlas semblent écraser les hommes mais également les protéger. Viggo Mortensen et Reda Kateb magnifient ce duo, ce face-à-face.

Et sinon :

  • « Imitation game » de Morten Tyldum : Le mathématicien Alan Turing (Benedict Cumberbatch) se fait embaucher par les services secrets anglais pour aider à décrypter les messages codés des allemands. De la réussite de cette mission dépend le succès de la guerre. On découvre un Turing presque autiste, asocial, uniquement passionné par la machine qu’il est en train d’inventer. Un personnage fascinant, d’autant plus que sa chute est terrifiante. Condamné en 1952 pour homosexualité, Turing choisit la castration chimique et finit par se suicider. Un film à la facture très classique qui doit beaucoup à l’interprétation subtile de Benedict Cumberbatch.
  • « Snow therapy » de Ruben Östlund : Une famille vit une situation traumatisante durant leurs vacances aux sports d’hiver. Une avalanche s’abat sur la terrasse du restaurant où ils déjeunent. Plus de peur que de mal mais la mère, qui s’est jetée sur ses enfants pour les protéger, constate que son mari s’est enfui. Au début, la situation n’est pas évoquée mais elle finit par empoisonner les vacances. Le malaise est au départ très bien traité, très bien amené. Le mari est mis devant ses contradictions, sa lâcheté. Mais la fin du film est décevante, pas assez noire et cynique par rapport au début du film.
  • « Listen up Philip » de Alex Ross Perry : Philip (Jason Schwartzman) est un écrivain new yorkais, égoïste, invivable et méprisant pour sa petite amie Ashley (Elisabeth Moss). Il refuse de faire la promotion de son dernier livre, ne veut pas s’abaisser à donner des cours dans une fac. Puis change d’avis et abandonne Ashley pour plusieurs mois. Très inspiré par Woody Allen, très bavard, ce film aurait dû me plaire mais je l’ai trouvé longuet, peu ryhtmé et finalement ennuyeux.

Une photo, quelques mots (156ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

funchal© Leiloona

Un paysage idéal. Un temps parfait. Les nuages qui parsèment le ciel ne font que rendre supportable la force du soleil à son zénith. Nous sommes entourés d’eau, loin de tout, en plein océan Atlantique. La mer, étale, semble s’accorder parfaitement à notre besoin de repos. C’est Charlotte qui a choisi la destination : dépaysante et ensoleillée pour nos vacances de février. De la chaleur pour laisser derrière nous le long hiver parisien.

Elle pensait sincèrement que ça nous ferait du bien, que tout n’était qu’une question de fatigue. Et moi, lâchement, j’ai accepté de la suivre. Je savais pourtant très bien que l’air marin de Madère ne changerait rien. Je le savais, et pourtant je suis ici. Mon incapacité chronique à déplaire, à prendre des décisions tranchées m’ont amené ici.

Cela fait cinq ans que Charlotte et moi sommes ensemble. Cinq ans pendant lesquels nous sommes entrés dans le monde des adultes, où nos vies professionnelles se sont construites, réalisées. J’ai monté ma propre boîte de service à domicile. J’y consacre beaucoup de temps, beaucoup d’énergie. Charlotte m’a toujours soutenu, jusqu’à ce qu’elle trouve que je ne lui accordais plus assez de temps. Depuis plusieurs mois, tous mes week-ends sont effectivement pris par mon entreprise. Non que je sois dévoré par l’ambition, non, je l’ai déjà dit je suis lâche. Voilà des mois que je cherche la façon dont je pourrais annoncer à Charlotte que je la quitte. Il n’y a pourtant pas de belle rupture, c’est forcément brutal, triste, blessant. Mais je me défile, me carapate dans mon travail. Charlotte n’y est pour rien. L’amour s’en est allé, le désir s’est retiré comme les vagues à marée basse. Rien ne réussit à le faire revenir. J’évite les contacts le plus possible, repousse les soirées en tête-à-tête, je trouve des excuses, m’invente des impératifs.

Là, Charlotte m’a coincé avec son voyage surprise. Je n’ai pas su esquiver. Et maintenant, il va falloir que je lui dise dans ce cadre idyllique, que je lui gâche son voyage. Je me suis assez joué d’elle. Aussi, je lui ai donné rendez-vous ici, au bout de la terre. Sur ce chemin de ronde désert et paisible. Son désarroi ne sera un spectacle pour personne.

Charlotte arrive, lumineuse, le teint hâlé, tellement comblée par le paysage. Elle ne se doute de rien. Dans quelques instants, je vais devoir lui briser le cœur, réduire à néant ses projets, ses rêves. Mais je lui dois la vérité cette fois.

– Cet endroit est splendide !

– Oui, c’est vrai. Charlotte, il faut que je te parle.

– Moi aussi ! J’ai quelque chose d’important à t’annoncer !

– Ah… mais…

– Je suis enceinte !

– …

– C’était pour t’annoncer cette grande nouvelle que j’ai organisé ce voyage. Tu ne dis rien ? Tu n’es pas heureux ?

– Euh… si, si, bien sûr, c’est formidable.

– Mais je ne t’ai pas laissé parler. Qu’est-ce que tu voulais me dire ?

– Je voulais… je… non, en fait, rien, rien d’important.

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