Une photo, quelques mots (159ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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Dans la torpeur de cette fin d’après-midi du mois d’août, deux corps sont enlacés, moites de chaleur et de plaisir. Julie se libère doucement de l’étreinte de Félix qui sombre dans la quiétude du sommeil. Elle se lève et s’enroule dans un drap. Elle relève sa lourde chevelure dont les mèches se collent dans son dos. Elle cherche un peu d’air, entrouvre les persiennes. Une vague de chaleur lui saute au visage. Elle referme rapidement et met le ventilateur en marche. La sensation de fraîcheur n’est qu’illusoire mais elle l’accueille avec gratitude. L’air, dégagé par les pales, sèche sa peau et celle de Félix.

Il est couché sur le ventre, alangui. La lumière déclinante effleure ses formes, ses muscles, sa peau au parfum de musc. Julie admire ce corps robuste et serein. Un corps palpitant de vie et de désirs. Elle observe le sien, ses creux, ses pleins. Un paysage à la topographie accidentée, aux formes généreuses. Un paysage qu’elle avait longtemps occulté. Un corps trop pulpeux qui attirait les regards libidineux et les mains baladeuses. Dans le métro, au travail, la pulsion scopique semblait irrésistible. Une main aux fesses par ici, un frottement de l’entre-jambes par là, on la serrait toujours trop dans les transports ou l’ascenseur. Julie avait la sensation d’être un objet, de n’être que ce corps, d’être dégradée.

Elle a alors choisi de cacher ce corps trop embarrassant, trop voyant, trop attirant. Des couches de vêtements pour oublier, se nier. Disparue la féminité ! Jusqu’à sa rencontre avec Félix. Son désir, son amour l’ont enveloppée, caressée, rassérénée. L’évidence de leurs deux corps ensemble a tout emporté sur son passage : sa honte, sa peur, son refoulement. Le corps de Julie existe à nouveau dans les yeux de Félix. Il prend sa pleine mesure. Il est là. Il désire. Il s’affirme et s’épanouit.

Dans la tiédeur de la fin de journée, elle va se blottir contre lui, le serre, le chérit.

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Moby Dick de Chabouté

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« Moby Dick » d’Hermann Melville est un livre qui n’a cessé d’inspirer d’autres créateurs depuis son écriture. Cette fois, c’est Chabouté qui se mesure au mythe du cachalot blanc.

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Chacun connaît l’histoire. Le capitaine Achab est décidé à tuer la baleine blanche qui un jour lui arracha la jambe. Sa vengeance est devenue une obsession et sa seule et unique raison de vivre. Il entraîne malgré lui tout un équipage sur le Pequod et une fois le rivage de Nantucket loin des yeux, il révèle son véritable dessein. A bord, un jeune homme, novice de la chasse à la baleine et qui a suivi son ami harponneur Queequeg, porte le nom d’Ismaël. Dans le roman de Melville, c’est lui le narrateur de cette dantesque chasse à la baleine.

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L’adaptation de Chabouté est tout simplement superbe et je remercie Jérôme d’en avoir parlé. Je n’ai pas lu le roman de Melville mais je l’imagine comme la bande-dessinée de Chabouté : tragique, sombre, tendu, poétique et mystique. Tous les dessins sont en noir et blanc. Les contrastes, le noir profond rendent parfaitement l’atmosphère pesante, le poids du destin qui pèse sur les épaules des différents protagonistes. Chabouté a le sens de la mise en scène dans ses cases et ses pages. Chaque chapitre s’ouvre sur un extrait du roman qui donne le ton, l’esprit de ce qui va suivre.

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Il y a un vrai souffle épique dans cette bande dessinée en deux volumes et esthétiquement elle est remarquable. Je joins mes louanges à celles de Jérôme et je vous conseille chaleureusement de monter à bord du Pequod.

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Aide-moi si tu peux de Jérôme Attal

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Après avoir opéré sous couverture pour faire tomber la secte du Souterrain stellaire, le capitaine Stéphane Caglia est de retour à Paris à la brigade criminelle. Le chef Brousmiche lui assigne une partenaire anglaise dans le cadre d’un échange européen : Prudence Sparks. Tous deux se rencontrent sur une scène de crime à Puteaux. Un homme, au caleçon mal ajusté, a été étranglé avec la corde de ré de sa guitare. Et dans son freezer se trouve la tête coupée d’une adolescente. L’arme du crime, peu banale, aiguille Caglia et Sparks vers la passion du mort : les Beatles. Vers quoi et qui cette piste va-t-elle les mener ? Et qui est la jeune fille sans corps dans le freezer ? Et surtout pourquoi Stéphane Caglia a-t-il « Boule de flipper » de Corynne Charby en sonnerie de téléphone portable ?

Je n’avais jamais lu Jérôme Attal et j’ai découvert un auteur à l’imagination débordante et protéiforme puisqu’il est également auteur-compositeur-interprète, acteur et scénariste. Il invente pour « Aide-moi si tu peux » un policier décalé, délicieusement farfelu qui rêve de coller des amendes à toute personne coupable d’incivilité ou d’impolitesse (ça tombe bien, j’aimerais également pouvoir verbaliser les cyclistes qui ne respectent pas les feux tricolores et les personnes qui ne disent pas merci lorsqu’on leur tient la porte). Stéphane Caglia a également une autre particularité étonnante : il revit en permanence les années 80 de son enfance. « Ce n’étaient pas de moches années quand on y pense, avec l’arrivée de tous ces gadgets comme les consoles de jeux vidéo, les magnétoscopes et les montres calculatrices. Et puis le porte-monnaie arrivait à peu près à suivre, pas comme maintenant. Niveau musique aussi, on avait de la variété dès qu’on allumait la radio ou la télévision. Aujourd’hui, tout me paraît déprimant, sans spontanéité, défini par avance. » C’est pourquoi Caglia boit du malibu, porte des tee-shirts Albator, joue « Je te donne » lorsqu’il croise une guitare et cite des films comme « La chèvre », « Les ripoux » ou « Les superflics à Miami ». Au grand désespoir de son binôme qui ne comprend pas le quart de ce qu’il raconte. Heureusement les Beatles sauront les réunir.

Mais l’enquête de Stéphane Caglia n’est qu’un prétexte, le suspens est d’ailleurs très diffus et c’est l’humour et la fantaisie qui dominent. Néanmoins, sous le rire affleure une profonde et véritable nostalgie pour l’enfance (un clin d’œil à Marcel Proust n’est pas là par hasard). « Puisque à ma connaissance, aucune sensation ne surclasse celle laissée par l’arôme des souvenirs ». Jérôme Attal rend un hommage aux années 80, années de sa jeunesse, s’y blottit et s’y réconforte. Il chérit cette époque, ses moments d’insouciance, de bonheurs simples où ses parents étaient encore en vie et veillaient sur lui. L’auteur parsème son roman de douces et poétiques phrases nous rappelant l’importance des souvenirs. Ses moments de soudaine gravité m’ont beaucoup touchée.

Il faut savoir lire entre les lignes lorsque l’on ouvre « Aide-moi si tu peux » et savoir entendre la mélancolie de son auteur. L’intrigue policière est correctement menée, même si elle aurait pu se passer du Souterrain stellaire qui à mon sens ne lui apporte rien. En compagnie de Jérôme Attal, on sourit, on retrouve ses propres souvenirs d’enfance et on est ému.

Swap « Un livre un peintre »

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En 2009, mes copines Isil et Lamousmé avaient lancé le swap « Un livre, un peintre ». Début 2015, Lamousmé fut démangée par une crise aiguë d’envie de swap et elle relançait, sans sa compère, cette même thématique. Ni une, ni deux, je replongeais dans le monde enchanté du swap où les paquets remplis de merveilles s’échangent avec enthousiasme. Bon, l’organisatrice m’a un peu forcé la main  mais le thème me plaît tellement que j’ai rapidement cédé (oui, je suis une faible femme…).

Lamousmé avait choisi de composer des binômes swappeuse/swappée et qui était le mien ? Mais ma chère Lamousmé bien-sûr !!! Quoi de mieux pour un swap réussi que de se mettre avec l’organisatrice herself, je vous le demande ?

Et voici le colis envoyé par mon binôme…roulements de tambour……

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 Ne vous étonnez pas de voir un carte d’anniversaire pour un swap, c’était effectivement le mien en janvier. Le dessin très coloré et proche de Pollock est de la main du deuxième fils de Lamousmé que j’embrasse et remercie pour son œuvre.

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 Comme vous pouvez le constater, j’ai été vraiment gâtée et je me suis régalée à ouvrir tous ces paquets. Vous pouvez déjà voir l’œuvre de Lamousmé : un magnifique éventail inspiré de « La nuit étoilée » de Van Gogh. Mais que renferme ce magnifique papier cadeau ?

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Des livres bien-sûr ! Ma seule exigence pour participer à ce swap était : par pitié, je ne veux recevoir que deux livres sinon ma PAL ne s’en remettra jamais ! Mon vœu a été exaucé avec « Piera viva » de Leonor de Récondo et une biographie romancée de Manet que je ne connaissais pas par Sophie Chauveau. Deux de mes artistes préférés, j’étais aux anges. Mais continuons à ouvrir mes cadeaux…

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Vous l’aurez compris la thématique de mon paquet était l’impressionnisme (j’en connais une qui s’est baladé au musée d’Orsay !). Oui, je sais, Michel-Ange n’est pas né au 19ème siècle en France, ne chipotez pas, il fallait bien une exception pour confirmer la règle ! Vous découvrez donc : le DVD du film de Giles Bourdos consacré à Renoir que je vous conseille chaleureusement, une boîte du thé des impressionnistes à base de vanille, jasmin et lavande, des cartes, un puzzle pont japonais, un pilulier nympheas (cadeau presque vexant, je suis pas encore grabataire au point d’en avoir besoin !), un grand coloriage inspiré par le jardin de Monet à Giverny, un cahier très amusant de découpage, coloriage autour de la mode au 19ème et trois cadeaux autour de « La nuit étoilée », un tote-bag, un magnet et le famaux éventail réalisé par les douces et blanches mains de Lamousmé. Et c’est pas fini !

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Des friandises ! Du chocolat, des confitures, des fondants caramel amandes, je vous vois saliver devant votre écran et vous avez bien raison, tout cela est fort appétissant ! La petite boîte de chocolats en bas à droite a d’ailleurs déjà beaucoup souffert de notre rencontre…

Un énorme, gigantesque merci à ma copine Lamousmé pour ce généreux paquet et pour avoir relancé ce swap dont j’adore la thématique !

Les luminaires d’Eleanor Catton

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Le 27 janvier 1866, Walter Moody débarque à Hokitika, sur la côte Ouest de la Nouvelle Zélande. L’appel de l’or, de la fortune l’ont mené sur cette terre loin de son Écosse natale. Après un voyage mouvementé, Walter Moody se trouve un hôtel où se reposer. Avant d’aller se coucher, il décide de passer au fumoir. S’y trouvent déjà douze hommes. L’atmosphère est lourde, tendue et étrangement silencieuse. Un nommé Thomas Balfour, agent maritime de son état, finit par engager la conversation avec Moody. Il semble le sonder, le jauger. Rapidement, Walter Moody se rend compte que les douze hommes s’étaient réunis volontairement et qu’il est un intrus dérangeant. Après moults discussions, le nouvel arrivant est jugé fiable et digne d’entendre la raison de cette réunion nocturne. Le 14 janvier 1866, des évènements marquèrent le port d’Hokitika : Anna Wetherell, prostituée, avait failli mourir ; Crosbie Wells, un ancien prospecteur, était bel et bien mort chez lui ; Emery Staines, un jeune homme enrichi grâce à un bon filon, avait disparu. Chacun des hommes présents dans le fumoir (apothicaire, aumônier, fondeur d’or, journaliste ou encore vendeur d’opium) a eu un rôle durant le 14 janvier. Chacun va raconter sa vision de cette journée, chacun est une partie du puzzle que Walter Moody va tenter de reconstituer.

« Les luminaires » a obtenu en 2013 le célèbre Booker Prize, Eleanor Catton devenant ainsi le plus jeune auteur à l’obtenir. Son formidable roman est inspiré par la littérature du 19ème siècle. On pense bien entendu à Charles Dickens pour le souffle narratif, à Wilkie Collins pour le côté mystérieux et ésotérique et surtout à Robert Louis Stevenson. Car « Les luminaires » est avant tout un roman d’aventure. Celle des diggers nouvellement débarqués dans ce pays dans l’espoir d’un nouveau départ et de la fortune. Une bouillonnante nouvelle société se crée autour des recherches d’or. Eleanor Catton sait merveilleusement bien planter ce décor, faire revivre cette Nouvelle Zélande accueillant ceux qui fuient l’Europe, ceux qui veulent se réinventer. Hokitika et « Les luminaires » condensent ce qui peut advenir à ces hommes : mort, trahison, amour, complot, superstition, chantage, vengeance, jalousie.

Et pour conter cette fresque, Eleanor Catton utilise une narration audacieuse, ample et ambitieuse. Le livre comprend douze chapitres, douze comme les signes astrologiques. Chaque chapitre comporte  un thème astral qui semble présider à la destinée des différents personnages. Le premier chapitre fait 433 pages et les derniers seulement quelques pages, voire une seule. L’intrigue a besoin de temps pour se mettre en place et une fois l’énigme installée, le rythme peut s’accélérer. Les récits s’entrecroisent, les destins se chevauchent, le suspens se noue et se dénoue selon les points de vue présentés. « Les luminaires » est un enchevêtrement d’histoires et il faut s’accrocher pour les suivre, les comprendre mais cela en vaut la peine.

Voilà un livre à l’intrigue complexe, foisonnante, au souffle romanesque indéniable qui m’a conquise, emportée et que je vous conseille très fortement si vous rêvez d’aventures et d’énigmes.

Un grand merci aux éditions Phébus.

Une photo, quelques mots (158ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

diane© Diane

La corrosion. La rouille. Une lèpre qui s’étend, s’insinue sous la couche de peinture. Sans remède possible, elle gagne du terrain, elle dévore la coque de l’Albatros. Il attend, attaché dans le port, que l’on décide de son sort. Figé, fragilisé, anéanti par cette pourriture brune. Il ne bouge plus, ne vogue plus.

Il a pourtant, inlassablement, quitté ses amarres du Guilvinec, chaque matin à 4h30 ; amené au large plusieurs générations de marins qui, comme lui, inlassablement sortaient en mer chaque jour pour en recueillir les fruits. L’Albatros, un bateau fiable, solide dont le chalut a rapporté dans le vacarme de ses treuils, des kilos et des kilos de langoustines. Parfois des sardines, du merlan, de la lotte, du cabillaud avant qu’il se raréfie. De la qualité, de la fraîcheur vendues à la criée directement sur le port au retour de la pêche.

Et aujourd’hui plus rien, le silence s’est fait sur l’Albatros, les treuils sont immobiles, les cris et les rires des marins l’ont déserté. Il n’est pas le seul à rester au port. De plus en plus de bateaux restent à quai chaque matin. Les ressources de la mer diminuent. Les quotas de pêche réduisent les prises. Le métier de marin, si difficile, n’attire plus les jeunes.

Alors les bateaux restent là, carcasses sans âme qui se meurent du sel de l’eau qui caressait leurs flancs autrefois. La marée n’emportera plus l’Albatros au loin. Pas de repreneur, pas d’acheteur. C’est bien la casse marine qui l’attend demain.

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Olive Kitteridge de Elizabeth Strout

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 Crosby est une petite ville sur le littoral de la Nouvelle Angleterre. Olive Kitteridge y est professeur de mathématiques et son mari Henry est pharmacien. Ils ont un fils unique Christopher, coincé entre la trop grande gentillesse de son père et le côté cassant de sa mère. Il se dépêchera de quitter sa famille, se mariant trop vite et divorçant tout aussi vite. Olive n’en parle pas, elle préserve une certaine réputation malgré la solitude qui l’envahit au fil des années et des évènements de la vie. « Elle sait que la solitude peut tuer – de bien des façons, elle peut vraiment tuer les gens. La conception qu’Olive se fait de la vie repose sur ce qu’elle appelle les « grandes secousses » et les « petites secousses ». Parmi les grandes secousses, on compte les mariages, les enfants, l’intimité qui permet de survivre, mais ces grandes secousses recèlent des courants dangereux et invisibles. C’est pour cela que les petites secousses existent : ce peut-être un vendeur sympathique chez Bradley ou la serveuse du Dunkin’ Donuts qui sait comment vous prenez votre café. C’est un équilibre difficile à trouver, vraiment. »

Montrer les grandes et les petites secousses de la vie est le cœur du roman d’Elizabeth Strout. Il est constitué de treize chapitres qui sont chacun comme une nouvelle qui nous présente un habitant, une famille de Crosby et ce sur une durée de trente ans. Le fil rouge de ces histoires est Olive Kitteridge qui est parfois le personnage principal, parfois un personnage secondaire ou juste une apparition. Olive n’est pas une personne très aimable, on la dit « ni affable, ni polie ». Grande, massive, elle impressionne et son caractère changeant rebute. Pourtant, à travers ses apparitions, c’est un autre versant d’Olive qui apparaît par petites touches. Elle sait écouter les autres, elle a un don pour sentir les moments de profonde détresse et empêcher l’autre de basculer. Le tableau offert par Elizabeth Strout est nuancé, rempli de la complexité de l’âme humaine. Chaque personnage est finement analysé, étudié.

« Olive Kitteridge » m’a beaucoup fait penser au « Cœur est un chasseur solitaire« . Les deux romans sont des présentations chorales d’une petite ville des États-Unis. Ils sont constitués d’une constellation de destins le plus souvent sombres, voire tragiques. La tonalité d’ensemble est assez désespérée même si « Olive Kitteridge » se clôt sur une petite lueur d’espoir. Cette atmosphère mélancolique est renforcée par la grande attention portée sur les changements de saison. Chacune fait disparaître la précédente sans que l’on sache si l’on pourra un jour la revoir. Le temps s’écoule inexorablement, comme une fatalité.

« Olive Kitteridge » est un roman plein de délicatesse sur les petits riens et les grandes tragédies de la vie.

Moderne Olympia de Catherine Meurisse

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 « Moderne Olympia » est au départ une commande du musée d’Orsay, coéditeur de l’album avec Futuropolis. Olympia, celle du célèbre tableau de Manet, rêve de premiers rôles et elle aimerait surtout jouer la Juliette de Shakespeare. Malheureusement, elle n’obtient que des rôles de figuration dans les « Romains de la décadence » de Thomas Couture ou dans « Les Oréades » de Bouguerau. Elle a également été doublure cuisses dans « L’origine du monde » de Courbet ! Elle se désespère et voit Vénus rafler tous les premiers rôles. Contrairement à celle-ci, Olympia ne fait pas partie des officiels. Mais sur l’un de ses tournages, elle fait la connaissance de Romain. C’est l’amour fou ! C’est cette histoire entre un officiel et une refusée qui va mettre le feu aux poudres au musée d’Orsay.

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Quel régal absolu ! « Moderne Olympia » est un énorme coup de cœur. Je trouve l’idée de départ excellente : faire sortir les personnages de leur toile et les faire vivre, les faire se rencontrer. Catherine Meurisse mélange les toiles du musée d’Orsay avec deux comédies musicales américaines : West Side Story et Chantons sous la pluie. Les officiels et les refusés s’affrontent comme les Sharks et les Jets ; « Inondation à Port-Marly » de Sisley nous permet de retrouver Gene Kelly ! Le mélange est réjouissant et surtout particulièrement réussi.

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L’humour est bien évidemment très présent. J’ai vraiment beaucoup ri  des détournements des œuvres (et des plaisanteries idiotes du fifre de Manet !). Par exemple, « Les Oréades » de Bouguereau devient un saut sans parachute d’une nuée de figurantes. L’asperge, servant de modèle à Manet, permet à Olympia, toujours nue, de vérifier que ses seins ne tombent pas ! Mon préféré est l’utilisation des Nymphéas qui permettent une fuite discrète du fifre (instrument de musique qui trouve une utilité inattendue) et de Romain. Je ne vais pas tout vous raconter, chaque page recèle des trouvailles drôlissimes.

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En tant qu’ancienne étudiante en histoire de l’art, je me suis également amusée à retrouver et à identifier les oeuvres utilisées par Catherine Meurisse. Je n’ai pas réussi à toutes les repérer mais on y trouve aussi bien Manet que Cabanel, Courbet, Van Gogh, Couture, Messonier, Monet, Degas, Le douanier Rousseau, … Cela donne bien entendu envie de retourner explorer les allées du musée d’Orsay.

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« Moderne Olympia » est une bande dessinée parfaitement réussie qui sait rendre hilarantes et accessibles les œuvres du musée d’Orsay.

Une photo, quelques mots (157ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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©Marion Pluss

Sentir le vent s’engouffrer de plus en plus dans mon casque. Sentir la pluie me fouetter le visage. Sentir le soleil chauffer à blanc le réservoir du moteur. Sentir la morsure du froid au petit matin. Sentir l’immensité de l’horizon, des possibles directions.

Pouvoir aller n’importe où, n’importe quand. Voilà ce qui mène ma vie depuis trente ans. Ce sentiment de liberté me guide. J’enfourche ma bécane et le hasard m’emporte dans de nouveaux endroits. J’y trouve de petits boulots qui me permettent de vivre et d’entretenir ma moto. J’en ai vu des paysages, j’en ai croisé des gens. Assis sur ma Harley, J’ai vu défiler tous les continents.

Aujourd’hui, j’ai cinquante ans et qu’est ce que que je vais faire ? Je fatigue. Les longs trajets en moto commencent à devenir difficiles. Mes articulations ne suivent plus, j’ai le dos en compote. J’ai du mal à trouver des jobs d’appoint. Mon âge commence à se voir, je ne suis plus aussi dynamique. Mais si j’arrête, je fais quoi ? J’ai tout sacrifié à mon envie d’échapper au train-train quotidien, à mon impossibilité à supporter des horaires, un patron. Aucune attache, aucune famille, j’ai fait table rase des sentiments. Personne ne m’attend nulle part.

Voyez avec qui je fête mon anniversaire : Patrice, un biker de longue date comme moi. Je le croise régulièrement sur les routes. On picole ensemble jusqu’à plus soif. Lui aussi commence à vieillir, à ne plus avoir un sou en poche. Je le vois bien finir sous les ponts cet arsouille. Regardez-le, il est bien content de m’avoir trouvé pour se saouler ! Il va s’accrocher à moi jusqu’à ce qu’il roule sous la table et s’y endorme. Je pourrais en rire si ce n’était pas si pathétique et si je n’avais pas l’impression de me voir en Patrice.

Un motard de 20 ans, ça fait rêver, ça titille l’imaginaire, ça apporte un souffle de liberté, de fraîcheur. À 50 ans, ça fait juste de la peine, ça frôle le ridicule avec le blouson en cuir fatigué, les tatouages qui ne ressemblent plus à rien sur la peau distendue, les quintes de toux à cause de l’abus de clopes et le ventre gras, flasque à cause de la bière. Je ne ressemble à rien et je ne possède rien en dehors de ma bécane. Pitoyable. Je me sens juste seul et parfaitement pitoyable.

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Tolstoï, oncle Gricha et moi de Lena Gorelik

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Sofia fait des listes, tout le temps et sur tout : « Les choses que j’aurais souhaité ne jamais avoir dites mais que je dis quand même », « Traits de caractère légèrement étranges que j’observe dans mon entourage », « Phrases typiques de grand-mère », « Scènes de ma vie dignes d’un film ». Elle fait des listes pour se calmer, s’apaiser, pour l’aider à affronter la réalité. Et Sofia en a bien besoin en ce moment. Sa petite fille Anna est née avec une grave malformation cardiaque et elle doit bientôt subir une très lourde intervention chirurgicale. La grand-mère de Sofia va elle aussi très mal, atteinte de la maladie d’Alzheimer, sa santé se dégrade. C’est dans cette période troublée de sa vie que Sofia va en apprendre plus sur ses origines russes, sur son père Sacha et sur son oncle Gricha dont elle ne connaissait pas l’existence.

Lena Gorelik nous livre à travers « Tolstoï, oncle Gricha et moi », une très belle galerie de personnages, très finement analysés, avec une écriture pleine de pudeur. Sofia, avec ses angoisses et sa manie des listes, est extrêmement attachante. Elle fait face avec beaucoup plus de force que ce qu’elle pense. Elle se retrouve coincée entre le passé et le futur, entre la vie de sa grand-mère qui s’achève et celle de sa fille qu’elle espère voir grandir. Un moment qu’elle aimerait bloquer dans le temps avant que les choses ne changent irrémédiablement.

Et c’est dans ce moment de temps suspendu que Sofia découvre la vie de Gricha. Elle trouve en rangeant l’appartement de sa grand-mère un coffret en bois contenant des listes ! Elle n’est donc pas la seule de la famille à raconter sa vie sous forme de listes. Petit à petit, l’histoire de Gricha va lui être dévoilée. Le flamboyant, l’extravagant, le charmant et remarquable conteur d’histoires (un autre point commun avec Sofia qui est romancière) qu’était Gricha. Mais aussi celui qui fait peur, qui inquiète par ses folles actions. Gricha fait des grimaces pendant l’enterrement de Staline pour faire rire ses petits camarades. Il participe à l’enterrement de Boris Pasternak où il fait la connaissance d’un groupe de dissidents. Gricha ne peut rester sans rien faire face au régime soviétique même si cela peut mettre en péril sa famille. Gricha est un très beau personnage, complexe pour lequel j’ai eu beaucoup de tendresse.

« Tolstoï, oncle Gricha et moi » est un très joli roman, qui par moments part un peu dans tous les sens, sur le souvenir et sur la manière dont le passé peut aider à affronter le présent.

Merci aux éditions Les Escales pour cette découverte.