Elmet de Fiona Mozley

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John Smythe est venu s’installer dans le Yorshire avec ses deux enfants : Cathy et Daniel. Le père ramène ses enfants sur les terres rurales de leur mère pour essayer de les protéger du monde. Ils vivent à la lisière d’un bois. John a construit de ses propres mains leur maison et il apprend à ses enfants à chasser et à profiter de ce que leur offre la nature. Mais l’on ne peut pas vivre en ermite bien longtemps. Le passé de John finit par le rattraper. Il gagnait sa vie dans des combats illégaux et servait parfois d’homme de main. C’est l’un de ses anciens employeurs qui va venir perturber le quotidien de la famille. Mr Pryce, propriétaire du terrain où les Smythe se sont installés, voudrait à nouveau profiter de la force incommensurable de John.

Le premier roman de Fiona Mozley, qui a été retenu sur la liste du Man Booker Prize 2017, a des allures de conte gothique. Le récit , dont le narrateur est Daniel, semble intemporel malgré quelques indications nous permettant de savoir qu’il se déroule à notre époque (comme les migrants qui se cachent dans un camion de marchandises). Le père est un homme dont la force est mythique, légendaire, le battre est de l’ordre de l’impossible. Il y a également dans le roman de Fiona Mozley des références à la littérature : « Les Hauts de Hurlevent » d’Emily Brontë avec les descriptions des paysages et Cathy qui évoque Heathcliff par sa rage ; Ted Hughes et ses « Vestiges d’Elmet ».

A côté de cela, l’auteure aborde des thématiques contemporaines. La petite communauté du Yorshire où la famille s’installe a été marquée par la révolution industrielle. De fermiers, ils sont devenus mineurs et aujourd’hui ils peinent à survivre dans une région où le travail manque. La terre ne leur appartient plus. Se dessine entre les pages de « Elmet » une confrontation des classes sociales. Autre sujet moderne dans ce conte : l’inversion des rôles, des genres entre Cathy et Daniel. La première est tournée vers l’extérieur, elle a de la force alors que Daniel, aux cheveux et aux ongles longs, préfère rester à la maison et discuter autour d’une tasse de thé.

Fiona Mozley est originaire du Yorkshire, elle est née à York et elle rend un vibrant hommage à la campagne de sa région d’origine avec de lyriques descriptions : « Le printemps surgit pour de bon, chargé de nuages de pollen et de martinets qui dansaient dans le ciel. Après un vol de plusieurs milliers de kilomètres, ces oiseaux se laissaient flotter dans le vent qui soufflait le chaud et le froid et détachait des chatons des arbres. (…) Les martinets planaient, plongeaient et traversaient cette masse d’air, qui pour eux devait rugir et gémir aussi fort qu’un océan, de façon à attraper le prochain courant d’air chaud et s’élever jusqu’à la crête. Ils étaient experts en ce domaine. Ils amenaient le véritable printemps ; pas celui qui faisait franchir à de timides pousses un sol encore pris par le givre, mais celui qui surgissait avec une féerie de couleurs, un ciel lumineux, des insectes qui déployaient leurs ailes et ces oiseaux qui nous avaient tant manqué et revenaient en force grâce à ce vent dominant de sud-ouest. » 

En dehors d’une fin un peu excessive, j’ai beaucoup aimé me plonger dans l’univers de Fiona Mozley et de son Yorkshire aussi brutal que beau.

8 réflexions sur “Elmet de Fiona Mozley

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