La porte de Magda Szabo

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« J’ai vécu avec courage, j’espère mourir de même, avec courage et sans mentir, mais pour cela, il faut que je dise : c’est moi qui ai tué Emerence. Je voulais la sauver, non la détruire, mais cela n’y change rien. » La narratrice de cette confession est une écrivaine, tout comme son mari. Pour l’aider dans les tâches du quotidien, elle embauche Emerence Szeredas qui est concierge dans un immeuble voisin. Enfin, il faudrait plutôt dire qu’Emerence choisit de travailler pour eux tant la vieille femme ne se laisse pas apprivoiser facilement. C’est un fort caractère qui revendique sa liberté et n’en fait qu’à sa guise. Emerence est également un être mystérieux qui ne laisse personne pénétrer dans son logement. Une relation tumultueuse et passionnée va naître entre la narratrice et Emerence.

Au travers du portrait de la narratrice, on reconnaît Magda Szabo (1917-2007). Écrivaine hongroise, elle a souffert du régime communiste qui s’est mis en place après la 2nd guerre mondiale. Comme la narratrice, elle était protestante, n’a pas eu d’enfants (ce que lui reproche Emerence) pour des raisons politiques et elle reçut en 1959 le prix Attila-Jozsef. L’histoire de la Hongrie est la toile de fond de « La porte ». Emerence a traversé les deux guerres mondiales, différents régimes politiques et de nombreux envahisseurs. D’ailleurs, elle n’appartient à aucun camp sauf à celui de la générosité. Emerence fut capable d’aider une famille juive comme de cacher un soldat allemand.

Mais le cœur du livre, c’est l’étrange et étonnante relation qui lie les deux femmes. Tout les oppose  : la narratrice est une intellectuelle, Emerence sait à peine lire, l’une est jeune l’autre âgée et elles viennent de milieux sociaux différents. Leur relation est électrique, elle provoque de terribles tempêtes. Chacune des deux femmes est orgueilleuse et ne veut pas céder à l’autre. La narratrice mettra du temps à comprendre le caractère entier et farouche d’Emerence. Ce qui va les lier au départ, c’est un chien, Viola. Il appartient à la narratrice mais n’aimera et ne respectera que la vieille domestique. Ce que nous décrit finement Magda Szabo, c’est la relation de dépendance qui se crée entre les deux femmes : une confiance, un amour quasi-filial que même la mort ne pourra détruire.

« La porte », qui a reçu le Prix Femina étranger en 2003, est le récit singulier et intrigant de la relation entre une écrivaine et sa domestique. Une histoire d’amitié pleine de bruit et de fureur à Budapest, une histoire d’amour entre deux femmes que tout oppose.

 

6 réflexions sur “La porte de Magda Szabo

  1. la citation en début de billet est intrigante. je ne crois pas avoir jamais lu de roman hongrois, celui-ci semble un bon choix. Merci! 🙂

  2. J’aime cette romancière hongroise mais elle n’est pas facile à lire pour tout le monde ; passe un bel été avec d’agréables lectures 🙂

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