Propriétés privées de Lionel Shriver

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« Propriétés privées » est le premier recueil de nouvelles de l’écrivaine américaine Lionel Shriver. Il se compose de dix nouvelles et de deux novellas qui ouvrent et ferment le recueil. L’auteure  y questionne la propriété, la possession avide des objets comme des gens. Elle y parle du pouvoir engendré par la propriété et de l’aliénation qui en découle. Celle-ci modifie irrémédiablement le caractère des gens. Le sentiment de propriété fait ressortir la mesquinerie des personnages. Dans « Le lustre en pied », une femme  offre à son meilleur ami (et ancien amant) un lustre très original et artistique qu’elle a confectionné comme cadeau de mariage. Mais la future épouse ne veut pas l’inviter aux noces. Celle-ci tombe néanmoins sous le charme du lustre et refuse de le rendre ! Dans « Sous-locataire », une journaliste free-lance décide de quitter Belfast où elle couvre le conflit depuis longtemps. Elle met une annonce pour sous-louer son appartement. Mais quand la nouvelle locataire s’installe, elle ne supporte pas de la voir dans ses meubles. Elle devient mesquine et se bagarre pour le moindre objet, le moindre pot de mayonnaise. La possession soulève également la question de l’argent et certains personnages, comme le père dans « Taux de change », est d’une radinerie détestable envers son fils.

La propriété s’incarne dans les textes de Lionel Shriver avec des maisons qui sont au centre de certaines nouvelles. C’est le cas dans « Les nuisibles » avec une demeure à Brooklyn qui envoûte ses futurs propriétaires ou dans « Repossession » où la maison va avoir un pouvoir néfaste sur sa nouvelle propriétaire. Les nouvelles sont souvent cruelles, acides et ironiques. Mais toutes ne sont pas sombres. La lumière peut parfois surgir de la défense obstinée d’un territoire (« Sycomore »), d’une impossibilité à divorcer en raison d’une hypothèque (« Capitaux propres négatifs ») ou d’une usurpation d’identité (« Poste restante »).

Ma nouvelle préférée est sans contexte « Terrorisme domestique » où des parents tentent désespérément de se débarrasser de leur fils adulte, sorte de Tanguy refusant de quitter le nid. Se dégage de cette nouvelle tellement d’ironie, de mesquinerie, de passivité agressive que cela en devient extrêmement drôle.

Je n’ai pas encore lu les romans de Lionel Shriver (alors que j’avais adoré l’adaptation de « Il faut que l’on parle de Kevin ») et je suis ravie de l’avoir découverte avec ce recueil de nouvelles où sa lucidité sur notre monde, son acuité à décrire la psychologie de ses personnages, son ironie font mouche.

Merci aux éditions Belfond pour cette lecture.

3 réflexions sur “Propriétés privées de Lionel Shriver

  1. « Il faut qu’on parle de Kevin » est l’une de mes lectures les plus marquantes (en comparaison, le film m’a semblé fade..), un de ces romans qui continuent de tourner en boucle dans la tête même des jours après l’avoir fini… J’ai été déçue par tout ce que j’ai lu par la suite de cette auteure (« Big Brother » et surtout le très médiocre « Double faute ») , mais je note ce recueil, le format nouvelles sera peut-être plus convaincant..

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