Bilan plan Orsec et films d’août

Août

Après un mois de juillet pléthorique, retour à la normale avec cinq livres lus et une bande-dessinée. Comme vous pouvez le constater, toutes ces lectures sentent bon les États-Unis et l’arrivée du mois américain ici-même. Je vous retrouve donc, avec plaisir, à partir du 1er septembre pour parler de culture américaine.

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Un mois d’août un peu morose au niveau cinématographique, pas vraiment de coups de cœur mais des films néanmoins intéressants, très différents les uns des autres et dont deux sortent un plus du lot.

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Dans les années 80 en Tchécoslovaquie, Anna est acceptée dans l’équipe nationale d’athlétisme. Elle court le 200 mètres. A l’époque, les athlètes communistes doivent être les meilleurs, peu importe de quelle manière. C’est ainsi qu’Anna reçoit des piqûres d’anabolisants. Elle fait un grave malaise suite à cela mais sa mère veut à tout prix qu’elle soit qualifiée aux Jeux Olympiques. L’ambiance de l’ancienne Tchécoslovaquie est parfaitement rendue, l’inquiétude sourd de chaque situation. La pression mise sur les épaules d’Anna est implacable, elle doit choisir entre son rêve sportif ou sa santé. La force et l’intégrité de la jeune femme sont absolument remarquable. De son côté, sa mère tente de faire en sorte que sa fille puisse s’enfuir à l’ouest, s’échapper de ce pays sans avenir. Sans pathos, Andrea Sedlackova nous montre ce qu’était la vie d’une jeune sportive dont les espoirs sont gâchés par la dictature.

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Après la mort de leur chanteur, un groupe de vieux punks décide de faire quand même leur tournée aux États-Unis avec lui. Il leur faut tout d’abord récupérer l’urne funéraire chez le frère du défunt, un riche bourgeois très éloigné des idéaux de notre bande (la scène est absolument irrésistible). Nos amis découvrent ensuite que leur chanteur vivaient depuis des années avec un militaire. Ce dernier veut les suivre aux USA. La cohabitation s’annonce difficile. Voilà un petit film hautement sympathique, totalement loufoque comme nos amis belges savent l’être. Un film plein de tendresse sur l’amitié avec Bouli Lanners qui est comme toujours parfait.

Et sinon :

  • « Coup de chaud » de Raphaël Jacoulot : Dans un petit village de campagne, la chaleur et la sécheresse commencent à échauffer les esprits. Le jeune Josef Bousou, simplet et en marge, n’arrange rien. Il vole, est intrusif et violent. Il ne tarde pas à devenir le bouc-émissaire de tous les problèmes rencontrés par les habitants du village. Les instincts primitifs remontent, le vernis social s’effrite et le malaise s’installe. Raphaël Jacoulot sait parfaitement rendre celui-ci, il suinte et nous met mal à l’aise. Le découpage du film est très intéressant notamment par ses ellipses. Le casting est impeccable. Mais le scénario est sur certains points trop évident ce qui a un peu gâché mon plaisir.
  • « La femme au tableau » de Simon Curtis : Après une modification des lois autrichiennes sur la restitution des œuvres d’art aux juifs, Maria Altmann se met en contact avec un jeune avocat pour savoir si elle a une chance de récupérer les tableaux familiaux. Parmi eux se trouve un chef-d’œuvre de Klimt : le portrait d’Adele Bloch-Bauer, la tante de Maria. C’est le tableau le plus connu et le symbole du musée du Belvédère de Vienne. Autant dire que Maria et son avocat ne sont pas au bout de leurs peines. Film très hollywoodien, un peu longuet, il vaut essentiellement pour la prestation de la toujours impeccable Helen Mirren. Ryan Reynolds est transparent et manque singulièrement de charisme à ses côtés. Reste le portrait d’Adele Bloch-Bauer d’une beauté à couper le souffle.
  • « Aferim ! » de Radu Jude : En 1835 en Valachie, Costantin et son fils sont chargés, par le maître du domaine où ils travaillent, de ramener un esclave en fuite. Ce dernier a couché avec sa femme. Nous sommes dans un western en noir et blanc avec chevaux, grands espaces et chasseurs de primes. Le fugitif est tsigane et sa situation résonne fortement avec l’époque contemporaine. La haine des roms ne datent pas d’hier comme nous le montre Radu Jude. Un film cru, dur mais qui évoque également l’univers foutraque de Emir Kusturica.
  • « While we’re young » de Noah Baumbach : C’est l’histoire d’un couple de bobos new-yorkais qui ne veut pas vieillir. Josh était un documentariste plein de promesses qu’il croit toujours pouvoir tenir à 40 ans passés. Sa femme, Cornelia, ne veut pas avoir d’enfants et se moque de ses amies devenues mères. Ils rencontrent un jeune couple avec qui ils vont se mettre à passer tout leur temps. Le mimétisme se fait de part et d’autre, le couple de quarantenaires cherchent à rajeunir tandis que les jeunes cherchent de la crédibilité. Un jeu de dupes auquel se rajoute une histoire de documentaire truqué. Ce film n’a pas la fraîcheur de « Frances Ha », pas l’humour de Woody Allen mais reste plaisant à regarder grâce à sa belle brochette d’acteurs.

Bilan plan Orsec et films de juillet

juillet

L’été est toujours propice à la diminution de la PAL, 11 livres lus et une bande-dessinée dont 9 en provenance directe de ma PAL. J’espère que les mois à venir me permettront de tenir ce cap ! Ce mois de juillet m’a apporté de bien belles lectures dont je vous reparle rapidement.

Malgré les vacances loin de mes salles de cinéma favorites, j’ai quand même réussi à y aller cinq fois et voici le résultat :

Mes coups de cœur :

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En Andalousie  dans les années 80 dans le delta du Guadalquivir, deux adolescentes ont disparu. Deux policiers viennent de Madrid pour tenter de les retrouver. Pedro, le plus jeune, s’est retrouvé là après une sanction disciplinaire, il compte sur cette affaire pour retrouver son ancien poste. Juan est plus aguerri, plus violent mais aussi plus empathique avec les familles des deux disparues. Rapidement, dans les méandres des marais, les corps des deux jeunes filles sont retrouvés sans vie. Elles ont été torturées, violées et tuées. Dans cette région reculée et marécageuse, les deux flics vont découvrir de bien sombres secrets. « La isla minima » m’a beaucoup fait penser à la saison 1 de True detective, on y retrouve un duo de policiers plongés dans une atmosphère glauque, trouble où le mensonge ronge chacun. Formidablement filmé avec des paysages à couper le souffle, deux acteurs passionnants d’ambiguïté, ce film est un excellent polar qu’il faut courir voir.

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Amelina et Faith grandissent à Boston dans des conditions atypiques. Leur père Cameron est bipolaire mais leur mère lui confie  quand même leurs filles pendant qu’elle reprend des études à New York. Ne supportant plus la pauvreté, elle veut évoluer pour que ses filles puissent aller dans de bonnes écoles. Le père est totalement foutraque, fantasque, imprévisible mais plein de bonnes volontés (qu’il arrive rarement à tenir malheureusement). Les filles vont devoir apprendre à vivre et à gérer les excentricités de leur père. Voilà un très joli film, plein de de fantaisie, d’humour et de tendresse. La réalisatrice, Maya Forbes, raconte ici son enfance insolite certes mais non dénuée d’amour. Mark Ruffalo y est  absolument parfait et attendrissant.

Et sinon :

  •  « Vice-versa » de Pete Docter : Que peut-il bien se passer dans nos têtes ? C’est ce que les studios Pixar se sont demandés et ils ont choisi une adolescente pour étudier le phénomène. Riley a 11 ans, son enfance fut heureuse mais voilà qu’elle doit déménager, c’est le drame ! Dans sa tête, nous découvrons les émotions au poste de commande : joie, tristesse, mépris, peur et colère. Pixar nous présente de manière très poétique et amusante ce que signifie grandir avec des renoncements, des souvenirs oubliés (très beau personnage de l’ami imaginaire), des priorités qui changent et de nouveaux horizons qui s’ouvrent.
  • « Les minions » de Kyle Balda , Pierre Coffin  : Nous avions découvert ces étranges petits personnages jaunes dans « Moi, moche et méchant » en 2010. Ici, un film entier leur est consacré et nous découvrons comment ils ont fait connaissance avec Gru. Mais avant de trouver ce méchant idéal, ils ont connu bien des embûches (la suite des anciens maîtres des minions est hilarante). C’est à Londres qu’ils espèrent trouver leur nouveau maître où  se déroule un show de méchants. Le chemin du meilleur méchant sera semé d’embûches pour nos minions au langage farfelu mais très drôle. Ce dessin-animé, bourré de références à la culture anglo-saxonne, est un bien joyeux divertissement.
  • « Love & mercy » de Bill Pohlad: Ce film nous propose une biographie en deux temps de Brian Wilson, l’un des fondateurs des Beach Boys. Les deux moments s’entrecroisent tout le long du film. Brian Wilson a 22 ans (il est incarné par Paul Dano) et s’écarte de son groupe pour composer des musiques plus lyriques, plus travaillées que ce qu’il a auparavant inventées. Sa nouvelle exigence ne convient d’ailleurs pas à ses frères et son cousin qui forment le groupe. Vingt ans plus tard, Brian (cette fois incarné par John Cusack) est sous l’emprise de médicaments et d’un soi-disant médecin. Le musicien rencontre lors de l’achat d’une voiture, celle qui deviendra sa femme et le sortira des griffes de son gourou. Malgré une petite lassitude dans le dernier tiers du film, j’ai trouvé ce biopic en deux temps original, nous évitant ainsi une succession des moments importants de la vie du musicien. Peut-être peut-on également trouver ce film un peu trop flatteur pour Brian Wilson.

Bilan plan Orsec et films de mai

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Ce mois anglais fut tourné presque entièrement vers l’Angleterre et la préparation du mois anglais. Cela aura eu l’avantage de faire baisser ma PAL, ce qui n’est pas rien !

Côté cinéma, deux très beaux et justes films sociaux auront marqué mon mois de mai :

Mes coups de cœur :

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La première fois que Malony a rendez-vous chez la juge pour enfant (Catherine Deneuve), il a six ans. Orphelin de père, il est élevé par une mère (Sarah Forestier) totalement immature et hystérique. Ce rendez-vous n’est que le premier d’une longue liste puisque Malony commence un long parcours de petit délinquant. On le voit grandir et évoluer entre centres d’accueil et prison. Malony est une boule de rage et de violence, il est incarné par Rod Paradot avec justesse et énergie. Face à lui, Catherine Deneuve est son point d’ancrage à travers le temps, son roc face aux vicissitudes de son parcours. Comme toujours, l’actrice est parfaite, oscillant entre l’attention, la fermeté et la tendresse. On retrouve également avec plaisir Benoit Magimel en éducateur fragile, blessé et trop concerné par son travail. Emmanuelle Bercot signe avec « La tête haute » un film social fort, poignant, émaillé de belles scènes lumineuses d’optimisme.

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Thierry Taugourdeau (Vincent Lindon), la cinquantaine, a rendez-vous au pôle emploi. Il s’y plaint d’avoir été envoyé faire un stage qui ne lui permet pas de retrouver un emploi. L’urgence se fait sentir puisqu’il arrive en fin de droits. Entre les crédits à rembourser et son fils handicapé, Thierry ne peut se permettre de rester son travail. Il accepte donc d’être vigile dans un supermarché. Le film de Stéphane Brizé ressemble à un documentaire. Il ne lâche jamais son personnage et entoure Vincent Lindon d’acteurs non professionnels. Se dégage de ce film un fort réalisme. Vincent Lindon est prodigieux de vérité, de justesse. Il donne au personnage une identité, un vécu, une épaisseur dès les premières minutes. « La loi du marché » est un film social, plein d’humanité pour tous les humiliés de la société libérale.

Et sinon :

  • « Trois souvenirs de ma jeunesse » d’Arnaud Desplechin : Il y a des films qui marquent nos vies de cinéphile. « Comment je me suis disputé…(ma vie sexuelle) » en fait partie pour moi. Paul Dedalus (Mathieu Amalric) y était maître-assistant en philosophie et se débattait avec sa vie sentimentale. Il s’y séparait d’Esther après dix ans de vie commune. Comment ces deux-là s’étaient-ils rencontrés ? C’est ce qu’Arnaud Desplechin nous montre dans son dernier film. Paul (Quentin Dolmaire) vient d’entrer à la fac pour des études d’anthropologie. Il retourne régulièrement à Roubaix pour voir sa famille (surtout son frère et sa sœur puisque sa mère s’est suicidée et son père est absent) et il y rencontre Esther (Lou Roy-Lecollinet). Ensemble, ils reprennent le motif de Truffaut dans « La femme d’à côté » : « Ni avec toi, ni sans toi ». Et c’est un plaisir de retrouver ces deux personnages, leur amour est d’ailleurs le même au début et à la fin. Ils se déchirent, s’adorent, se trompent. C’est avec passion et romantisme que Desplechin traite leur histoire. On aimerait, on espère revoir Paul Dedalus, qu’il nous accompagne comme l’avait fait Antoine Doisnel chez Truffaut.
  • « Le labyrinthe du silence » de Giulio Ricciarelli : Le coeur du film est la volonté du procureur Radmann (Alexander Fehling) de juger d’anciens nazis sur le sol allemand. Il se heurte à la réprobation générale, à l’envie de tous de ne pas revenir sur le passé. Le réalisateur souligne parfaitement les enjeux de ce procès et la question à laquelle personne ne veut se confronter : mon père était-il un nazi ? « Le labyrinthe du silence » est un film à la facture classique et dont la mission pédagogique est parfaitement remplie. Les acteurs, tous très bons, y sont également pour beaucoup.
  • « Les optimistes » de Gunhild Magnor : Voici un documentaire fort sympathique sur des joueuses norvégiennes de volley aux âges canoniques puisque la plus âgée a presque cent ans. Elles jouent ensemble depuis plusieurs années sans trop se soucier des règles. Pour se motiver, elles se lancent le défi d’affronter une équipe sénior de joueurs suédois. Et elles font vraiment plaisir à voir, pleines de volonté et d’énergie malgré les blessures ou les maladies. On se souhaite la même force, la même vitalité au même âge !
  • « Broadway therapy » de Peter Bogdanovich  : Un écrivain à succès (Owen Wilson) vient à New York pour les répétitions de sa nouvelle pièce. Venu sans famille, il fait appel à une call-girl à qui il conseille d’arrêter ce métier en raison de ses qualités, de son potentiel. Ce qu’il ne sait pas, c’est que la call-girl rêve d’être actrice et qu’elle postule pour sa pièce où joue également sa femme. Le film de Peter Bogdanovich évoque bien évidemment ceux de Woody Allen. C’est léger, drôle, un peu long mais on passe un bon moment au milieu des nombreux personnages tous totalement farfelus.

Bilan plan Orsec et films d’avril

IMG_1192 (2)Six livres lus durant le mois d’avril dont trois de ma PAL qui connaîtra une baisse grâce au mois anglais mais qui malheureusement sera contrebalancée par l’arrivée des paquets du swap so british d’Alice ! La lutte anti-PAL est un éternel recommencement !

Côté cinéma, c’est un très bon mois, des films de intéressants et de qualité :

Mes coups de cœur :

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Shaun le mouton voudrait offrir quelques jours de vacances à ses amis mais ce n’est pas du goût du fermier. Malicieux, notre quadrupède l’enferme dans une caravane. Malheureusement celle-ci se détache et entraîne la pauvre fermier jusqu’à la grande ville où Shaun et sa bande devront le retrouver. Un régal absolu que ce nouveau film des studios Aardman. Comme pour Wallace et Gromit, où le facétieux mouton était apparu pour la première fois, le film est bourré de gags, de trouvailles, de références (celle au « Silence des agneaux » est géniale). Tout est réussi, les décors comme les moutons, tout s’enchaîne avec rythme et fantaisie.

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 Franck (Olivier Gourmet) est gardien de nuit sur la parking d’un supermarché. Rapidement, on comprend qu’il n’a pas eu le choix. Virulent syndicaliste, il a eu beaucoup de mal à retrouver un boulot après son licenciement. C’est lors d’une de ses rondes que Franck remarque les aller et venues d’un 4×4. Pierre Jolivet réalise là un formidable thriller social. Le danger plane tout le long du film pour exploser dans les dernières scènes. Il y a beaucoup d’humanité dans la manière dont Jolivet filme ses personnages, il donne la parole à ceux qui ne l’ont jamais. Olivier Gourmet est à l’apogée de son art, aussi bon ici que chez les frères Dardenne.

Et sinon :

  • « L’astragale » de Brigitte Sy : J’ai évoqué il y a peu le formidable roman d’Albertine Sarrazin. Brigitte Sy en réalise une adaptation dans un très beau noir et blanc. L’ambiance du livre est parfaitement rendue et le film est servi par deux beaux acteurs : Leïla Bekhti tout en gouaille et en rébellion, Reda Kateb sobre et touchant. Un bel hommage rendu à l’incroyable destin d’Albertine Sarrazin.
  • « Le journal d’une femme de chambre » de Benoit Jacquot : Le réalisateur français adapte après Renoir et Bunuel le roman d’Octave Mirbeau. On y retrouve l’insolente Célestine qui vient de se faire embaucher chez de nouveaux maitres. Madame est une vraie plaie, toujours sur le dos de Célestine et monsieur espère pouvoir lutiner la nouvelle petite bonne. Et il y a Joseph, le jardinier renfrogné. Léa Seydoux est à la hauteur du rôle, fragile et réfractaire. Tous les seconds rôles sont également très bons. Un film qui m’a paru un peu trop classique pour éclipser celui de Bunuel.
  • « Tu dors Nicole » de Stéphane Lafleur : Pendant l’été dans la banlieue de Montréal, Nicole tue le temps avec indolence entre la piscine de ses parents, sa meilleure amie et le groupe rock de son frère. Un mois d’août comme suspendu où rien ne se passe vraiment. Toujours un peu à côté de la plaque, Nicole se cherche. Une jolie comédie sur la fin de l’âge adulte.

Bilan plan Orsec et films de mars

Mars

Oh le joli mois de mars qui fut riche en lecture et fait un peu baisser ma pile de livres à lire ! En fait, il s’agit plutôt d’un statu quo puisqu’entre le swap « Un livre, un peintre » et le salon du livre, j’ai ramené cinq livres dans ma PAL et j’en ai lu cinq justement ! Je ne progresse pas mais je n’aggrave pas non plus la situation !

Beaucoup de films également en mars mais seulement deux coups de cœur :

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En 1941, l’épuration ethnique des pays Baltes est lancée par Staline. Les familles estoniennes sont envoyées en Sibérie, les hommes séparément des femmes et des enfants. Le film de Martï Helde retrace le parcours de Erna, son mari Heldur et leur petite fille Eliide. Erna fut envoyée en camp de travail et pendant quinze ans elle écrivit à son mari sans savoir où il se trouvait, s’il était encore en vie ou non. Ce film est absolument étonnant et bouleversant. Il est uniquement en noir et blanc et constitué de tableaux vivants, les acteurs sont totalement figés à partir du départ en Sibérie. La caméra se promène à l’intérieur de ces images, révélant toute l’horreur, le drame des situations. La vie se fige, les individus sont sidérés par ce qui leur arrive. Le choix esthétique est ambitieux et d’une grande beauté plastique. Le sujet est traité avec beaucoup de pudeur et de sobriété. Les lettres écrites et lues sont le fil rouge du film et disent toute la douleur de cette femme qui tente désespérément de survivre pour revoir son mari et le pommier en fleurs de leur jardin.

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A l’heure où l’on parle d’un Patriot Act à la française, il est nécessaire de voir ce documentaire de Laura Poitras. En janvier 2013, la journaliste reçoit des emails signés CitizenFour, nom de code d’Edward Snowden, afin de lui divulguer des informations sur la surveillance mondiale et intrusive mise en place par la NSA après le 11 septembre. Ce documentaire retrace les rencontres entre Laura Poitras et Edward Snowden et Glenn Greenwald, journaliste au Guardian. Le compte-rendu qui nous est donné est proche d’un roman de John Le Carré où règne la paranoïa. Et l’on se rend vite compte que celle-ci n’est pas exagérée. Il est intéressant de comprendre les motivations d’Edward Snowden qui risque la prison et de ne plus jamais revoir son pays. Il est également passionnant de voir le travail des journalistes face à de telles révélations et il faut ici souligner leur remarquable éthique.

Et sinon :

  • « Birdman » de Alejandro Gonzales Inarritu : Ce film nous parle des coulisses du métier d’acteur et du starsystem. Riggan Thomson (Michael Keaton) connut la gloire avec son rôle de Birdman, superhéros volant qu’il entend toujours lui adresser conseils et remontrances. Cherchant la crédibilité et à revenir sur le devant de la scène, il décide d’adapter Raymond Carver pour le théâtre. Le film est constitué d’un seul et unique plan séquence nous entraînant à la suite des acteurs et qui prouve la virtuosité du réalisateur. « Birdman » est un film sur la schizophrénie, sur le besoin de reconnaissance servi par d’excellents acteurs (Michael Keaton et Edward Norton en tête). Un peu long, un peu hystérique, « Birdman » est néanmoins un film qu’il faut voir pour son originalité et sa folie.
  • « L’art de la fugue » de Brice Cauvin : C’est l’histoire d’une famille et surtout de trois frères ; Antoine (Laurent Lafitte), Louis (Nicolas Bedos) et Gérard (Benjamin Biolay). Le film de Brice Cauvin est la chronique de leurs vies amoureuses, de leurs choix et de leurs regrets. C’est effectivement une jolie fugue sur la manière dont on construit nos vies, réalisée avec beaucoup de délicatesse, de douceur et avec une très belle brochette de comédiens.
  • « Hungry hearts » de Saverio Costanzo : Leur histoire d’amour commence dans les toilettes d’un restaurant chinois. Jude (Adam Driver) et Mina (Alba Rohrwacher) s’y trouvent coincés, entre gêne et fous rires ils font connaissance. Suite à cette rencontre incongrue, ils s’aiment, se marient et donnent naissance à un petit garçon. C’est là que l’idylle bascule à la manière de « Rosemary’s baby ». Mina refuse que son enfant sorte à cause de la pollution, le nourrit de produits végétariens , refuse de l’emmener chez le médecin lorsqu’il a de la fièvre. L’intrigue change de registre, nous plonge dans un thriller psychologique réussi. Les deux acteurs sont tous les deux parfaits et leur jeu est plein de nuances.
  • « Les merveilles » de Alice Rohrwacher : Voici une famille totalement atypique, une famille germano-italienne vivant dans une ferme proche du délabrement et qui essaie de vivre en accord avec la nature. Le père est colérique et infiniment tendre. Mais le chef de famille, celle grâce à qui la maison tient encore debout, c’est Gelsomina, l’aînée des quatre filles. Son père la voit reprendre l’exploitation du miel. Elle est adolescente, frémit de ses premiers émois et voudrait que sa famille participe à l’émission de tv « Les merveilles ». Le film de Alice Rohrwacher évoque ceux de Pialat, il a leur réalisme, leur sincérité. Un film lumineux et mélancolique sur l’adolescence et la vie qui change inexorablement.
  • « Réalité » de Quentin Dupieux : J’ai toujours apprécié et défendu le curieux univers de Quentin Dupieux. J’avais hâte de découvrir son nouveau film et j’avais tort. L’histoire et le casting étaient pourtant prometteurs. Jason (Alain Chabat) est cameraman et il souhaite réaliser son premier film d’horreur. Il en parle à un ami producteur (Jonathan Lambert). Ce dernier accepte de le financer à condition que Jason lui apporte sous 48h le cri de douleur le plus effroyable jamais entendu. D’autres intrigues se mélangent à celle-ci. On est sans cesse entre les rêves et la (les ?) réalité, on s’y perd et le rythme lent finit par nous achever.

 

Bilan plan Orsec et films de février

Un mois de février qui n’a pas fait beaucoup baisser ma PAL ce mois-ci avec un seul livre sorti de mes piles poussiéreuses.

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Six films dans mon bilan cinéma du mois avec de l’excellent et du décevant :

Mes coups de cœur :

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Revenue des camps où toute sa famille a trouvé la mort, Nelly Lenz (Nina Hoss) doit lentement revenir à la vie. Défigurée, elle doit subir des opérations de chirurgie esthétique qui modifient significativement son visage. Nelly n’a ensuite qu’une idée en tête : retrouver son mari, Johnny (Ronald Zehrfeld) qu’elle aime toujours aussi passionnément. Ce dernier ne la reconnaît pas mais une vague ressemblance avec sa femme, que tout le monde pensait morte, lui donne une idée. Il va utiliser l’inconnue pour récupérer l’héritage de Nelly. Le formidable film de Christian Petzold s’ouvre comme « Les yeux sans visage » de Tourneur mais il fait surtout penser à « Vertigo » de Hitchcock. Ici aussi, un homme va reconstituer la femme qu’il a aimée. Les motivations sont cependant bien différentes. Mais le suspens est aussi bien mené que chez mon ami américain : Johnny a-t-il trahi Nelly ? Va-t-il finir par la reconnaître ? Les deux acteurs sont absolument parfaits avec une mention spéciale pour Nina Hoss, intense à chaque instant. Sans conteste le film du mois.

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Voilà un film fort sympathique et réjouissant, une comédie sociale qui fait penser à Ken Loach et aux premiers Stephen Frears. Les caissiers d’un supermarché discount sont menacés de licenciement. Comment vont-ils s’en sortir alors que leur situation est déjà précaire ? En s’unissant et en fondant leur propre épicerie solidaire. C’est chaleureux et drôle, la solidarité est au centre de ce film qui nous met du baume au coeur. La bande d’acteurs rend crédibles et attachants les différents personnages.

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En Algérie en 1954, un instituteur solitaire, Daru (Viggo Mortensen), se voit se confier un prisonnier (Reda Kateb). Il doit le livrer aux gendarmes car il a tué son cousin. Malgré son envie de le libérer, Daru n’aura d’autre choix que de convoyer le prisonnier dans la ville voisine, à une journée de marche. Le film de David Oelhoffen s’inspire d’une nouvelle d’Albert Camus « L’hôte ». Et on sent bien les thématiques de l’auteur : la justice, la dignité de l’homme, l’appartenance à cette terre en plein déchirement, l’idéalisme confronté à la réalité. Les paysages de l’Atlas semblent écraser les hommes mais également les protéger. Viggo Mortensen et Reda Kateb magnifient ce duo, ce face-à-face.

Et sinon :

  • « Imitation game » de Morten Tyldum : Le mathématicien Alan Turing (Benedict Cumberbatch) se fait embaucher par les services secrets anglais pour aider à décrypter les messages codés des allemands. De la réussite de cette mission dépend le succès de la guerre. On découvre un Turing presque autiste, asocial, uniquement passionné par la machine qu’il est en train d’inventer. Un personnage fascinant, d’autant plus que sa chute est terrifiante. Condamné en 1952 pour homosexualité, Turing choisit la castration chimique et finit par se suicider. Un film à la facture très classique qui doit beaucoup à l’interprétation subtile de Benedict Cumberbatch.
  • « Snow therapy » de Ruben Östlund : Une famille vit une situation traumatisante durant leurs vacances aux sports d’hiver. Une avalanche s’abat sur la terrasse du restaurant où ils déjeunent. Plus de peur que de mal mais la mère, qui s’est jetée sur ses enfants pour les protéger, constate que son mari s’est enfui. Au début, la situation n’est pas évoquée mais elle finit par empoisonner les vacances. Le malaise est au départ très bien traité, très bien amené. Le mari est mis devant ses contradictions, sa lâcheté. Mais la fin du film est décevante, pas assez noire et cynique par rapport au début du film.
  • « Listen up Philip » de Alex Ross Perry : Philip (Jason Schwartzman) est un écrivain new yorkais, égoïste, invivable et méprisant pour sa petite amie Ashley (Elisabeth Moss). Il refuse de faire la promotion de son dernier livre, ne veut pas s’abaisser à donner des cours dans une fac. Puis change d’avis et abandonne Ashley pour plusieurs mois. Très inspiré par Woody Allen, très bavard, ce film aurait dû me plaire mais je l’ai trouvé longuet, peu ryhtmé et finalement ennuyeux.

Bilan plan Orsec et films de janvier

C’est reparti pour le bilan du plan Orsec, toujours organisé par ma chère George. Cette année, je dois lire trois livres de ma PAL chaque mois. En janvier, j’ai lu 4 livres de ma PAL.

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Petit début d’année au niveau cinématographique car je n’ai pu voir que quatre films.

Mes coups de cœur :

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 Au début des années 80, Abel Morales (Oscar Isaac) tente de faire décoller son entreprise en l’agrandissant. Abel travaille dans le pétrole et il est le seul dans son secteur à travailler en toute légalité. Une gageure dans ce New York ultra violent et corrompu. Même sa femme (Jessica Chastaing) est la fille d’un escroc notoire et elle ne comprend pas toujours le besoin d’honnêteté de son mari.

Voilà un film comme on aimerait en voir plus souvent. JC Chandor maîtrise totalement son sujet : la mise en scène est soignée, le scénario est parfaitement construit, tout est travaillé dans le détail. Les personnages eux-mêmes sont d’une grande profondeur psychologiques et les rôles secondaires sont crédibles et incarnés. Ajouter à cela le talent remarquable des deux acteurs principaux et vous obtiendrez un très grand film, passionnant et esthétiquement réussi.

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 Le documentaire de Claudine Bories et Patrice Chagnard nous plonge dans le quotidien d’Ingeus, un cabinet de placement privé du nord de la France qui travaille pour le Pôle Emploi. Les jeunes qui ont rendez-vous sont tous dans des situations sociales et familiales précaires. En rupture de bans, sans niveau d’études qualifiant pour la plupart, Lolita, Kevin, Tierry et Hamid vont devoir apprendre les règles du jeu de l’entretien d’embauche. Et rentrer dans les cases, obéir à des règles, c’est là tout leur problème.

Le documentaire est tourné sans aucun commentaire, sans aucun jugement autre que les titres des différents chapitres. On a souvent le sourire, on admire la patience des conseillères d’Ingeus qui tentent au mieux d’aider ces jeunes en manque de repères. Le documentaire souligne bien toute la difficulté pour ses jeunes à accepter les fameuses règles du jeu, ils n’ont pas les mots pour s’exprimer mais comprennent aisément l’absurdité de certaines de ses règles. Ils ne sont pas prêts à tout accepter. D’ailleurs, ils finissent par se rebeller et cela montre bien à quel point les salariés sont aujourd’hui maltraités et à quel point les conditions du travail se dégradent.

 

Et sinon :

  • « The Riot Club » de Lone Scherfig : L’ouverture historique nous explique que le Riot Club a été inventé à Oxford pour rendre hommage à Lord Riot, roi de la débauche mort sous la lame d’un mari jaloux. De jeunes hommes veulent réactiver les valeurs de ce club : tous les excès sont permis, l’argent autorise tout. Mais la grande soirée du club va tourner au drame. « The Riot Club » est un récit initiatique où chacun va devoir choisir son chemin moral. Sous des dehors parfois lisses et convenus, le film laisse transparaître une dureté et un terrible cynisme.
  • « Mon amie Victoria » de Jean-Paul Civeyrac : Victoria (Guslagie Malanda), petite fille noire et pauvre, est un soir recueillie dans une grande famille bourgeoise suite à l’hospitalisation de sa tante qui l’élève. La découverte de l’immense appartement et la soirée passée avec le fils aîné de la famille lui laisseront un souvenir impérissable qui changera sa vie à tout jamais. Victoria est un personnage étonnant, absolument pas maître de sa vie. Elle se laisse totalement porter, ballotter par la vie et les choix des autres. Guslagie Malanda incarne parfaitement l’étrangeté de Victoria, son absence au monde. Tous les acteurs sont d’ailleurs au diapason. Jean-Paul Civeyrac traite son sujet avec délicatesse et finesse. Il m’a manqué un petit quelque chose pour en faire un coup de cœur mais j’ai maintenant envie de découvrir le roman de Doris Lessing dont il est tiré.

Mr Turner

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Les dernières années de la vie de John Mallord William Turner (1775-1851) sont actuellement à l’honneur avec l’exposition de la Tate Britain et le film de Mike Leigh sorti la semaine dernière en France.

L’exposition de la Tate porte sur les années 1835-1851. Les seize dernières années de la vie de Turner sont celles où son travail est le plus audacieux. Ces œuvres vont très loin dans l’innovation picturale, elles vont à la limite de l’abstraction. Turner travaille aussi bien la forme que le fond. Une salle entière est consacrée aux petits formats carrés, octogonaux ou ronds créés à cette époque. Ce type de format est inhabituel à l’époque et c’est dans cette série que Turner lâche le plus sa touche et explore son art.

A River Seen from a Hill circa 1840-5 by Joseph Mallord William Turner 1775-1851A river seen from a hill

Le travail de Turner est à l’époque très mal reçu par la critique. On pense qu’il devient aveugle ou qu’il perd la tête. Ses tentatives picturales détonnent par rapport aux autres œuvres exposées à la Royal Academy.

snow_storm_steam_boat_off_a_harbour_s_mouthSnow storm-Steam boat off a Harbour’s mouth

Malgré ses innovations, Turner a toujours voulu exposer à la Royal Academy, il le fit d’ailleurs jusqu’en 1850. Loin de lui l’idée de sortir du sérail, sa peinture s’inscrit dans une tradition picturale directement venue de Le Lorrain. Ses toiles sont imprégnées de culture classique, ses thèmes sont empruntés à la mythologie, à Shakespeare ou à l’histoire récente.

Regulus 1828, reworked 1837 by Joseph Mallord William Turner 1775-1851Regulus

La grande affaire de Turner restera tout au long de sa vie la mer, la nature. Sa fascination pour la mer semble s’accentuer avec l’âge. Il fait de très nombreux séjours à Margate, dans le Kent, où il rencontre Mrs Booth avec qui il finit sa vie. Toute son attention se porte sur la manière de rendre les phénomènes naturels, la lumière du bord de mer. Il continue à beaucoup voyager jusqu’à la fin de sa vie. L’exposition présente une série magnifique d’aquarelles de ses derniers voyages notamment en Suisse.

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Le film de Mike Leigh est un parfait complément à l’exposition de la Tate Britain et il en est même une illustration. Le film se concentre sur les vingt cinq dernières années de Turner.

Mike Leigh nous dépeint un personne peu aimable, perpétuellement en train de grogner et peu séduisant. Il montre également très bien le fossé qui se creuse entre les membres de la Royal Academy et Turner dont le travail les dépasse. Même le fervent Ruskin finit par le lâcher.

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Ce que montre admirablement le film, c’est un homme habité par son art. Turner ne sort jamais sans son matériel à dessin ou à aquarelles. Chaque sortie est un prétexte pour dessiner. Une des scènes montre Turner accroché au mât d’un bateau en pleine tempête de neige. Cela fait partie du mythe du peintre mais elle montre bien son extrême fascination pour les éléments naturels.

Timothy Spall n’a pas volé son prix d’interprétation à Cannes, il est un parfait Turner. Grimaçant, bourru, il laisse échapper de l’émotion par petites touches comme dans la scène où le peintre chante du Purcell. La reconstitution de l’Angleterre du 19ème siècle est très réussie, on y voit les débuts de l’industrialisation qui intéressèrent tant le peintre. Mike Leigh a utilisé les mêmes tonalités pour ses paysages que la palette de Turner, un bel hommage esthétique au travail du peintre.

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Une exposition, un film pour célébrer l’immense talent de JMW Turner, peintre précurseur qui inspira les impressionnistes et qui nous entraine dans un tourbillon pictural de couleurs et de sensations.

Bilan plan Orsec et films de novembre

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Ce mois-ci mon bilan plan Orsec est positif : 3 livres de ma PAL et un livre prêté. Tout doucement la PAL diminue, tout doucement…

En novembre, il fait froid, il faut donc se réfugier au cinéma !

Mes coups de cœur :

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 Gary Hook (Jack O’Connell), jeune engagé dans l’armée anglaise, se retrouve à Belfast pour sa première mission. Nous sommes en 1971, la guerre civile ravage les rues et chaque déplacement de l’armée est à haut risque. Tout peut rapidement basculer. Hook le constate dès sa première sortie. Il est pris à part avec un camarade par un groupe de catholiques. Le deuxième soldat est abattu d’une balle dans la tête. Hook s’échappe et commence pour lui une cavalcade dans les rues labyrinthiques de Belfast. La course-poursuite est haletante, captivante. Hook se trouve plongé dans la complexité d’un conflit dont il ne sait rien et est rapidement poursuivi également par des flics anglais véreux. Le film permet de rendre l’ampleur de cette guerre, la dévastation de la ville. Le spectateur retient son souffle pendant 1h39 en espérant que Hook réussira à sortir vivant de cette mission. Il faut souligner qu’il s’agit du premier long métrage de Yann Demange et saluer la maîtrise parfaite de sa mise en scène.

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Steve (Antoine-Olivier Pilon) est exclu du centre où il séjournait. Diane (Anne Dorval), sa mère, récupère son fils hyperactif et violent. Elle pense que l’amour et l’attention vont suffire à le soigner. Rapidement dépassée, Diane reçoit l’aide inattendue de Kyla (Suzanne Clément) la nouvelle voisine. Au début, je me suis dit que les excès, la violence des sentiments et des mots allaient finir par me lasser. Mais ce ne fut pas le cas, j’ai été happée par l’émotion, par la prouesse et la force des trois comédiens. La mise en scène de Xavier Dolan est flamboyante, lyrique. Une idée toute simple qui permet de faire comprendre beaucoup : l’écran change de taille, lorsque l’horizon se dégage pour Steve, l’image s’agrandit. Des instants de bonheur simple, de répit pour ces trois personnages fêlés, blessés qui vous marqueront pour longtemps.

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Lou (Jake Gyllenhaal) trouve un soir sa vocation. Des « journalistes » filment au plus près un carambolage pour vendre les images aux journaux locaux. Lou achète le matériel nécessaire et se met en chasse des faits divers sanglants. Lou est un personnage nauséabond, sans morale aucune comme nous le montrera la suite du film et donc fait pour ce voyeurisme ignoble. Jake Gyllenhaal réalise une performance éblouissante avec ce personnage cynique, froid, prêt à tout pour la gloire et passablement effrayant. Un être détestable qui permet de dénoncer cette recherche de sensationnalisme, cette exploitation scandaleuse du malheur d’autrui.

Et sinon :

  • « De l’autre côté du mur » de Christian Schwochow : En 1978, Nelly (Jördis Triebel) réussit à quitter Berlin-Est avec son fils. De l’autre côté du mur, l’attend toute une série d’examens médicaux et d’interrogatoires. Nelly est la veuve d’un scientifique soviétique dont la mort questionne. En attendant, Nelly doit vivre dans un camps de réfugiés. Je ne connaissais pas l’existence de ces camps entre les deux pays où les allemands de l’est vivaient dans la précarité avant de découvrir la liberté tant souhaitée. Nelly apporte avec elle toute la paranoïa de l’Allemagne de l’Est. Se méfiant de tout, paralysée par sa peur, c’est un personnage sur le fil en permanence. Une tension bien tenue de bout en bout par Christian Schwochow.
  • « Love is strange » de Ira Sachs : Après 39 ans de vie commune, George (John Lithgow) et Ben (Alfred Molina) se marient. Les amis et la famille des deux new yorkais louent leur amour et leur bonheur. Malheureusement, Ben, chef de chorale dans une école catholique, est victime de l’hypocrisie sociale et est licencié. Les deux vieux amants sont obligés de vendre leur appartement et de vivre séparés chez leurs amis en attendant de trouver une solution. Le portrait de ce couple de sexagénaires est extrêmement touchant. Ben n’arrive plus à dormir sans George à ses côtés. Leur séparation douloureuse nous bouleverse grâce à l’interprétation fine et délicate des deux acteurs principaux.
  • « Une nouvelle amie » de François Ozon : Claire (Anaïs Demoustier) vient de perdre son amie d’enfance. C’est un choc pour elle et le mari de son amie disparue David (Romain Duris). Claire lui rend une visite pour prendre de ses nouvelles et de celles de son bébé. Elle découvre avec effarement un David habillé et maquillé comme sa femme décédée. François Ozon s’intéresse une nouvelle fois à l’identité, à l’ambiguïté d’un personnage et au détournement de la réalité. Une relation trouble se noue entre Claire et David qui est parfaitement rendue par le cinéaste. Autant j’ai trouvé Anaïs Demoustier parfaite (comme toujours), autant j’ai eu du mal à adhérer à Romain Duris en talons aiguille même s’il fait tout ce qu’il peut pour rendre son personnage crédible.

Bilan plan Orsec et films d’octobre

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La réalité est parfois difficile à affronter mais il faut savoir être honnête avec soi- même. Mon bilan plan Orsec en octobre est aussi bon que le bilan carbone du périph parisien un dimanche soir de retour de vacances. Un seul des six livres lus faisait partie de ma PAL. Autant vous dire qu’il va falloir que je me remue avant la fin de l’année pour réussir à régler le problème épineux (insoluble ?) de ma PAL !

Passons aux films du mois :

Mes coups de cœur :

YSL

Voici le deuxième biopic consacré à Yves Saint Laurent en moins d’un an. Je vous épargnerai les comparaisons puisque je n’ai pas vu le premier. Celui-ci est consacré aux années 1967-1976. Les années où l’entreprise YSL arrive à son apogée. Le travail du couturier est alors salué dans le monde entier. Paradoxalement, ce sont des années noires pour Yves Saint Laurent (Gaspard Ulliel). Trop de pression l’entraîne vers toujours plus d’excès, de drogue et de sexe (avec le magnétique Jacques de Basher (Louis Garrel) qui était également l’amant de Karl Lagarfeld). Saint Laurent est avant tout un artiste, un esthète que le commerce enfonce dans la dépression. Le film de Betrand Bonello est tout en va-et-vient entre l’enfance, la vieillesse et l’instant présent. Une construction subtile et très proustienne dont YSL était un fervent admirateur. Gaspard Ulliel est saisissant de justesse. Bertrand Bonello reconstitue formidablement bien une époque, une atmosphère (la musique y joue un rôle essentiel). Son film est intelligent, extrêmement bien construit et rend un vibrant hommage à un homme sensible et complexe.

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 Dans les années 20, le célèbre magicien Wei Ling Soo (Colin Firth) est mis à contribution pour démasquer une médium (Emma Stone). Cette dernière s’est installée dans une riche famille américaine du Sud de la France. Le magicien, de son vrai nom Stanley Crawford, tombe peu à peu sous le charme de la jeune femme. Le dernier film de Woody Allen est un véritable délice. Colin Firth incarne un personnage proche de celui de Mr Darcy dans la célèbre série BBC. Il est cynique, arrogant, snob et fait une déplorable demande en mariage. Emma Stone joue de son joli minois et de son charme pour adoucir le pessimiste patenté. Notre cher Woody réalise un film plein d’espoir, de lumière et d’esprit.

 

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Geronimo, c’est le surnom de l’éducatrice (Céline Sallette) qui tente de faire son métier dans un quartier difficile du sud de la France. Lorsque le film s’ouvre, Nil, une jeune femme turque s’enfuit de son mariage arrangé. Elle part retrouver Lucky, son amoureux gitan. La guerre est déclarée entre les deux familles. Tony Gatlif nous offre sa vision de Romeo et Juliette et il s’approche de « West Side Story » par des scènes de combats chorégraphiés et mis en musique. Comme tous les films du réalisateur, c’est foutraque mais tellement vivant et énergique. Céline Sallette fait merveille, elle incarne avec force Geronimo. Un souffle de liberté et de musique bienvenu en ces temps tristounes.

 

Et sinon :

  • « Bande de filles » de Céline Sciamma : Marieme est en échec scolaire et vit en banlieue parisienne. Elle s’occupe de ses deux sœurs pendant que sa mère travaille. Son frère, violent, vit de petits trafics. Marieme veut sortir de ce rôle imposé et pour ce faire elle rallie un groupe de trois filles exubérantes et castagneuses. Céline Sciamma filme toujours l’adolescence, ce moment où tout se noue. Ici elle choisit des filles contraintes par leur milieu social à n’être que de faibles femmes, des futures épouses et mères de famille. Comment grandir dans un milieu aussi violent et fermé qu’une cité de banlieue ? L’énergie débordante et le naturel des quatre jeunes actrices fait plaisir à voir. Malheureusement le film s’étire en longueur. Il aurait gagné à laisser plus ouverte la destinée de Marieme.

 

  • « National Gallery » de Frederik Wiseman : Le documentariste nous entraine pendant plus de deux heures dans les coulisses du grand musée londonien. Aucun commentaire, aucune présentation du musée et de ce qui nous est présenté. Nous assistons à des visites guidées, des réunions de conservateurs, des restaurations de tableaux. Nous sommes au cœur de la vie du musée, de ses enjeux, de ses impératifs et de ses devoirs pédagogiques. C’est passionnant mais cela aurait gagné à être un peu plus court, certaines scènes sont un peu répétitives.

 

  • « Near death experience » de Benoit Delépine et Gustave Kervern : Paul (Michel Houllebecq), père de famille et alcoolo notoire, se lève un matin avec la ferme intention de se suicider. Il enfourche son vélo, abandonne femme et enfants direction la Montagne Ste Victoire où les précipices ne manquent pas. Le dernier film de Kervern et Delépine est un sommet d’humour noir et de décalage. Michel Houllebecq est quasiment seul durant tout le film. Il soliloque, marmonne quelques pensées essentielles. L’écrivain offre à Paul son corps usé, fatigué, incarnant visuellement la dépression. Par moments réjouissant, à d’autres un peu long, « Near death experience » n’est pas le meilleur film du duo grolandais mais la prestation de Michel Houllebecq vaut le détour.