Au douzième coup de minuit de Patricia Wentworth

Le 31 décembre 1941, James Paradine réunit toute sa famille à River House, sa magnifique demeure tenue par sa sœur Grace. Ce réveillon va se révéler moins festif que prévu. James Paradine, riche industriel dans l’armement, va annoncer durant le repas qu’un membre de sa famille l’a trahi et que cette personne a jusqu’à minuit pour venir se dénoncer dans son bureau. La stupeur gagne l’assemblée et plusieurs convives décident de rentrer chez eux avant minuit. Le lendemain matin, Lane, le majordome, découvre que M. Paradine n’a pas dormi dans sa chambre. Il se rend dans son bureau, découvre la porte vitrée donnant sur la terrasse entrouverte. En contre-bas, Lane aperçoit une forme immobile. Il s’agit du corps sans vie de James Paradine.

Etonnamment, je n’avais encore jamais lu d’enquête de Maud Silver alors que j’apprécie les cosy mysteries et en particulier ceux d’Agatha Christie. Maud Silver, ancienne préceptrice devenue détective privée, n’est pas sans rappeler Miss Marple. Les deux personnages naissent à la même époque : Miss Marple apparaît brièvement dans des nouvelles en 1927 et Miss Silver en 1928 dans « Le masque gris ». Beaucoup de similitudes les rapprochent :  ce sont deux vieilles dames, discrètes, inoffensives en apparence mais possédant un sens aigu de l’observation. Maud Silver est également la championne du tricot qu’elle pratique tout au long du roman !

Le charme désuet et le cadre très anglais du roman m’ont bien évidemment séduite. Et j’ai également apprécié la construction du roman. Patricia Wentworth prend le temps d’installer son intrigue et de nous faire connaître chaque protagoniste. La découverte du corps de James Paradine n’intervient qu’à la page 76 et Maud Silver ne fait son entrée en scène qu’à la page 119. Elle n’est donc présente que durant la moitié du roman ce qui me semble être original et inhabituel.

Rien de révolutionnaire dans « Au douzième coup de minuit » mais une lecture douillette, agréable et la découverte d’un nouveau personnage de détective privé à l’anglaise.

Traduction Anne-Marie Carrière

 

White city de Dominic Nolan

Le 21 mai 1952 a lieu le braquage d’un fourgon postal au coin d’Oxford Street. Sept hommes et deux voitures ont suffi pour l’un des plus important cambriolage de l’histoire britannique : 28 700 livres sterling en espèces étaient dans le camion. La police et la presse sont en ébullition. Personne ne sait qui a fait le coup. Pourtant, deux pères de famille manquent à l’appel. Reggie Rowe, venu de la Jamaïque, a laissé sa fille Addie s’occuper de sa petite sœur Nees et de leur mère alcoolique. Claire Martin se retrouve seule avec son fils et sa fille. Pour trouver du travail, elle s’adresse à Teddy Nunn, dit « Mother », le bras droit du parrain Billy Hill.

Dans « Vine Street », Dominic Nolan nous plongeait dans le Londres du Blitz à la poursuite d’un tueur en série. Cette fois, nous sommes juste après la guerre dans une ville faites de ruines, de taudis et de terrains vagues. L’argent manque pour reconstruire. Les familles les plus pauvres s’abritent dans des caravanes ou dans les préfabriqués en tôle installés par les Américains huit ans plus tôt. Comme dans son précédent roman, l’auteur excelle à rendre l’atmosphère de Londres dans les années 50 qui est totalement délabrée et en proie à une criminalité grandissante. De nombreux gangsters vont profiter de la situation en blanchissant leur argent grâce aux nouvelles constructions immobilières. Dominic Nolan montre aussi la montée de l’extrême droite et du racisme. Il clôt son roman sur un évènement marquant : les violents affrontements de 1958 à Notting Hill. Dans ce quartier, ce sont installés de nombreux Caraïbéens que le gouvernement a fait venir en Angleterre. Les Teddy Boys décident de s’en prendre à eux en scandant « Keep britain white ». Entre le vol du fourgon postal et les émeutes, Dominic Nolan mêle différents fils narratifs qui tous convergent vers un final haletant.

Ma deuxième lecture de Dominic Nolan confirme tout le bien que je pense de lui et de ces romans noirs historiques parfaitement construits et documentés.

Traduction David Fauquemberg

Les sept cadrans d’Agatha Christie

A Chimneys, propriété louée par Sir Oswald Coote et son épouse, une joyeuse bande de jeunes gens a  été invitée. Certains se sont connus à l’université, d’autres travaillent ensemble au Foreign Office. L’un des invités, Gerry Wade, a pris l’habitude, agaçante aux yeux de Lady Coote, de descendre extrêmement tard pour le petit déjeuner. Pour lui faire une blague, les autres visiteurs décident d’acheter huit réveils qu’ils placent sous le lit de Gerry. Pourtant, le lendemain midi, le jeune homme n’est toujours pas levé. Et pour cause, il est mort dans son lit durant la nuit. Sur la cheminée sont alignés sept réveils…

« Les sept cadrans » a été publié en 1929, quatre ans après « Le secret de Chimneys ». Les deux romans ont des intrigues indépendantes mais on y retrouve certains personnages comme le superintendant Battle qui apparaitra dans cinq romans d’Agatha Christie. La romancière a ici écrit un roman d’espionnage classique des années 30 (Alfred Hitchcock en a également adapté à la même époque avec par exemple « Les 39 marches » tiré du roman de John Buchan ou « L’agent secret » adapté de Joseph Conrad). Dans « Les sept cadrans », il est question d’une mystérieuse société secrète, d’une invention qui ne doit surtout pas tomber dans les mains de l’ennemi mais tout ça  sur un ton assez léger et amusé. Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est que l’enquête est menée tambour battant par une jeune femme audacieuse et téméraire. Bundle est la fille du propriétaire de Chimneys et c’est un tourbillon d’énergie, à l’opposé de son père, Lord Caterham, qui vit paisiblement à l’écart de l’agitation du monde.

« Les sept cadrans » oscille entre roman d’espionnage et comédie (romantique par moments, il faut marier Bundle !). Un roman d’Agatha Christie très divertissant.

Traduction Alexis Champon

La maison haute de Jessie Greengrass

« Et tout ce temps, dehors, ce qu’elle seule parvenait à regarder en face : les printemps précoces et les étés trop longs, les hivers soudains, imprévisibles, qui venaient de nulle part avec leur lot d’inondations, de glace ou de vent, ou qui ne venaient pas, laissant les jours succéder aux jours dans une humidité poisseuses, les feuilles pourrir sur les arbres et les oiseaux chanter en décembre et nicher plutôt que de migrer, si bien que, lorsque enfin la neige tombait, ils gelaient sur les branches et mouraient. »  Francesca est une activiste écologiste qui continue à alerter le monde alors que les catastrophes se multiplient, laissant seuls son jeune fils Pauly et sa belle-fille adolescente Caro. Lors d’un voyage périlleux aux USA, le père des enfants leur demande de quitter leur appartement pour rejoindre leur maison près de la mer dans le Suffolk. C’est là que Caro découvre toute l’anticipation de Francesca : la maison sur les hauteurs est remplie de vivres, de vêtements et équipée d’un générateur. Sa belle-mère a également engagé une jeune femme, Sally, et son grand-père pour les épauler.

La narration de « La maison haute » tisse les récits de trois personnages : Sally, Caro et Pauly. Tous trois vont devoir apprendre à vivre ensemble, à survivre malgré un monde qui s’effondre autour d’eux, malgré la peur, la rage ou la culpabilité qui peuvent les habiter. Le formidable roman de Jessie Greengrass m’a beaucoup fait penser à « Migrations » de Charlotte McConaghy. Dans les deux romans, il ne s’agit plus de combattre le réchauffement climatique mais bien d’y survivre. Malgré l’âpreté de la situation, l’espoir est bien présent. L’héroïne de « Migrations » s’accroche à la persistance des sternes arctiques. Ici, il renaît grâce aux liens qui se nouent entre les personnages, le soin que chacun porte à l’autre. Des moments de joie peuvent encore exister au milieu des tempêtes et des inondations : un pique-nique sur la plage, un repas de Noël avec le pasteur, l’observation de deux aigrettes.

« La maison haute » est un roman empreint, paradoxalement, de douceur, d’espoir et d’humanité. Les personnages sont infiniment touchants et l’amour qui les unit l’est tout autant.

Traduction Sarah Gurcel

Goodbye Mr Chips ! de James Hilton

« C’est ainsi qu’il vivait chez Mrs Wickett, prenant un plaisir tranquille à lire, à causer et à se souvenir, vieillard à cheveux blancs, n’ayant qu’une légère calvitie, encore assez actif pour son âge, prenant son thé, recevant des visites, occupé à corriger pour la prochaine édition l’annuaire de Brookfield. » Mr Chipping, surnommé Mr Chips, a enseigné à Brookfield les lettres classiques à plusieurs générations de jeunes anglais. A la fin de sa longue carrière, il s’est installé en face de l’école pour continuer à avoir un lien avec le corps enseignant mais également avec les nouveaux élèves qui ont eu vent de son sens de la repartie, de son humour désopilant.  Mr Chips est une légende mais peu connaissent ses blessures profondes et la mélancolie qui l’habite à la fin de sa vie.

« Goodbye Mr Chips ! » est un court texte paru en 1934 et qui rencontra un énorme succès. Il est considéré comme un classique de la littérature anglaise, il a été adapté deux fois au cinéma et il vient d’être publié par les excellentes éditions Sillage. Le roman est plein de charme et très anglais dans son esprit. L’attachement profond de Chips à l’enseignement, à ses élèves est terriblement touchant. Au fur et à mesure de la lecture, il gagne en profondeur et en humanité. On le voit affronter un deuil avec courage, reprendre la direction de l’école au moment de la première guerre mondiale alors qu’il était à la retraite, encaisser la disparition de nombreux anciens élèves au front. A travers ce personnage, James Hilton décrit un monde en pleine mutation, une société qui évolue à marche forcée à cause de la guerre.

« Goodbye Mr Chips ! » est le récit d’une vie humble d’enseignant qui a dédié sa vie à ses élèves. Le texte de James Hilton est sobre, nostalgique et très émouvant.

Traduction Maurice Rémon

Providence d’Anita Brookner

Universitaire, Kitty Maule, 29 ans, est spécialiste de la littérature romantique française. Elle vit seule dans un appartement à Chelsea et passe ses weekends chez ses grands-parents maternels à Dulwich. Malgré une vie intellectuelle accomplie, Kitty se sent profondément seule. « Il faisait presque nuit dans la pièce sinistre, entre cet instant et celui où l’on allumerait l’électricité, elle imagina avec effroi son retour chez elle, sa soumission aux routines auxquelles elle mourait d’envie de mettre un terme violent. Ses rituels assidus et précis destinés à circonvenir les longues nuits, à exorciser les démons de ses proches et ses rêves coutumiers commençaient à perdre leur vertu et leur capacité d’apaisement. » La présence erratique de Maurice, son amant, ne fait que renforcer le mal-être de la jeune femme. Ses espoirs sont malheureusement souvent déçus.

« Providence » est le deuxième roman d’Anita Brookner, publié en 1982 et jusqu’à présent c’est celui que j’ai préféré. J’ai été particulièrement touchée par Kitty, jeune femme intelligente, cultivée, lucide mais qui peine à trouver sa place. Comme souvent chez l’autrice, le roman explore la solitude de son héroïne. Elle pressent qu’elle restera seule et ironise sur la condition des femmes modernes. « Elle continuera probablement à vivre ici, encore plus seule. Et elle le sait parfaitement. Elle est trop intelligente pour l’ignorer. C’est ce qu’on appelle une femme libérée, pensa Kitty. Du genre qu’envient les ménagères enchainées. » La sérieuse et élégante Kitty ne voit son épanouissement que dans une relation amoureuse et le mariage. Ses désillusions seront grandes. Anita Brookner décrit avec une grande justesse et une infinie délicatesse les sentiments, les aspirations de son héroïne.

« Providence » souligne une nouvelle fois l’immense talent d’Anita Brookner à décrire l’amertume, le malaise d’une jeune femme en quête d’un bonheur inaccessible.

Traduction Nicole Tisserand

La femme du pasteur d’Elizabeth von Arnim

Ingeborg Bullivant est la fille d’un évêque anglais. Son père, égoïste et tyrannique, considère sa fille comme sa secrétaire et estime qu’elle ne se mariera jamais. Elle n’est effectivement pas aussi jolie que sa soeur Judith et elle a développé un caractère docile et effacée. Jusqu’au jour où Ingeborg est envoyée à Londres pour soigner une rage de dent. Le problème est rapidement réglé mais la jeune femme n’a guère envie de retrouver son foyer étouffant. Passant devant une agence de voyage, elle s’inscrit sur un coup de tête pour un séjour à Lucerne. Ingeborg s’offre plusieurs jours de liberté totale loin du monceau de lettres reçues par son père et auquel elle doit répondre. Durant le voyage, elle rencontre le pasteur allemand Her Drummel. Contre toute attente, il s’entiche d’elle et lui demande de l’épouser. L’installation d’Ingeborg dans une petite ville de Prusse se révèlera pour le moins compliqué.

Ecrit en 1914, « La femme du pasteur » décrit la vie d’Ingeborg, jeune femme candide, spontanée, sensible aux beautés de la nature qui l’entoure et nourrissant un certain optimisme quant à la vie qui l’attend. Malheureusement, que ce soit en Angleterre ou en Allemagne, la jeune femme devra plier devant les traditions, le devoir imposés aux femmes. Si la première partie du roman a parfois des airs de comédie (beaucoup de quiproquos et de malentendus dans les dialogues et une incompréhension des us et coutumes à son arrivée en Prusse), la deuxième partie se teinte rapidement de gravité et d’amertume. La place de la femme est très restreinte et contrainte. Le rôle d’Ingeborg est de procréer et de tenir sa maison. Elle sera d’ailleurs une profonde déception pour son mari :  » Elle n’avait encore, pour autant qu’il le sache, volontairement mis ses bras une seule fois autour de son fils (…).  Le bébé aurait pu être une fille pour toute la fierté qu’elle manifestait. Et la plus sainte fonction d’une mère, celle d’allaiter son enfant, au lieu d’être une joie constante, était une difficulté renouvelée et qui apparemment augmentait.  » Elizabeth von Arnim tient des propos très modernes et lucides sur la maternité, l’accouchement et l’allaitement. Ingeborg, jeune femme plein de curiosité intellectuelle, n’a pas son mot à dire et malgré quelques moments lumineux où elle tente de s’émanciper, elle subit sa vie.

Même si le roman souffre de quelques longueurs, « La femme du pasteur » est poignant. Quelque soit le pays où elle réside, son héroïne doit se plier aux convenances et aux besoins des hommes. Encore une fois, il faut souligner la modernité des écrits d’Elizabeth von Arnim concernant la condition des femmes.

L’instant d’après de Gillian McAllister

Joanna passe une soirée dans un bar avec sa meilleure amie Laura. Un homme, nommé Sadiq, la drague de manière très insistante. Joanna ne sait trop comment réagir et l’homme se permet de l’étreindre fortement. Joanna finit par se débarrasser de lui et quitte le bar. Elle rentre à pied chez elle. Soudain, elle entend des bruits de pas derrière elle. Elle est persuadée qu’il s’agit de Sadiq et se met à paniquer. Après plusieurs mètres, Joanna est toujours suivie. Elle se précipite dans des escaliers, réussit à pousser l’homme qui perd l’équilibre et dégringole les marches. Il s’effondre au sol, sur le ventre et ne bouge plus. Joanna ne sait comment réagir : appeler les secours ou s’enfuir ?

J’avais beaucoup aimé « Après minuit », un thriller très original où l’héroïne faisait des retours en arrière après un incident traumatique. Gillian McAllister aime décidément les défis périlleux puisqu’elle nous offre deux romans en un avec « L’instant d’après ». Nous suivons alternativement le parcours de la Joanna qui avoue ce qui est arrivé à l’homme qui la suivait et celui de la Joanna qui se tait et rentre rapidement chez elle. Et encore une fois, l’autrice maitrise parfaitement son étonnante narration qui se déroule sur plusieurs années. Elle analyse dans les deux scenarios les conséquences des choix de Joanna et comment cela influe sur sa vie et celles de ses proches. Les deux solutions auront des répercussions importantes, aucun choix n’est facile.

Moins haletant que « Après minuit », le nouveau roman de Gillian McAllister reste un thriller psychologique réussi et singulier dans sa construction.

Traduction Caroline Nicolas

La méridienne de Marghanita Laski

Dans les années 50, Melanie est une jeune mère qui se remet doucement de la tuberculose. Son médecin et son mari lui permettent enfin de quitter sa chambre pour calmer son impatience. Elle va pouvoir s’installer au salon dans la méridienne qu’elle a achetée chez un antiquaire peu de temps auparavant. Une fois allongée dedans, Melanie s’assoupit. Lorsqu’elle se réveille, elle ne reconnait pas son environnement et les personnes qui l’entourent. Et pour cause, l’esprit de Melanie se trouve dans le corps de Milly Baines en 1864.

« La méridienne » est un court roman qui a été publié en 1953. Marghanita Laski y fait vivre un véritable cauchemar à son héroïne. Le confinement de son héroïne, son incapacité à faire comprendre sa situation, l’immobilité due à sa maladie (les deux jeunes femmes sont tuberculeuses) contribuent à créer une ambiance oppressante et angoissante. Ce texte intense de Maghanita Laski m’a beaucoup fait penser à « La séquestrée » (ou « Le papier peint jaune ») de Charlotte Perkins Gilman où une jeune femme était également confinée dans une chambre et sombrait dans la folie.

Autre point commun entre les deux textes, l’histoire permet aux autrices d’évoquer la condition féminine. Ici, Marghanita Laski compare deux époques. Certes, la place de Melanie est plus enviable que celle de Milly. Les années 50 laissaient plus de liberté aux femmes que l’époque victorienne. Mais Melanie reste sous le joug d’un mari et d’un médecin très paternalistes et son rôle reste très cantonné à la sphère domestique. Marghanita Laski insiste beaucoup sur le désir des femmes qui reste dangereux d’une époque à l’autre et leur corps contrôlé par les autres.

Découverte grâce aux éditions Persephone Books, « La méridienne » méritait d’être découverte en France tant ce texte maîtrisé est fascinant et terrifiant.

Traduction Agnès Desarthe

L’histoire de Mother Naked de Glen James Brown

En ce jour de la St Godric de l’an 1434, un ménestrel s’avance devant l’assemblée des merciers de Durham. Les riches marchands avaient mandaté Melchior Blanchflower pour jouer à leur banquet. Mais , empêché, il est remplacé par Mother Naked. Le ménestrel choisit de leur raconter une histoire qui s’est déroulée tout près de chez eux, celle du Spectre de Segerston.

Le deuxième roman de Glen James Brown est un conte médiéval extrêmement réjouissant. Au travers du monologue de Mother Naked et de cent courts chapitres, l’auteur nous narre les déboires de la famille Payne, serfs de génération en génération sur la commune de Segerston. Comme dans « Ironopolis », que j’avais adoré, le propos de l’auteur se fait politique et les paysans maltraités et exploités du 15ème siècle nous rappellent que les choses ont finalement peu changé. « Ecoute-moi bien Thomas – un monde où le paysan et l’homme instruit gagnent le même salaire est un monde dangereux. Où cela mènera-t-il ? Est-ce que je dîne avec mon chien ? Célèbre la Pentecôte avec mon meilleur cochon ? »

Comme dans son premier roman, Glen James Brown intègre à son histoire une part de fantastique avec le Spectre. Les fantômes sont également un moyen d’asservir les paysans et de les rendre dociles. Les revenants sont des âmes qui errent sur terre sans espoir d’aller au Purgatoire (personne n’entre au Paradis directement, l’entrée se monnaye de son vivant) puisqu’ils n’ont pas reçu les derniers sacrements. Une pression parmi tant d’autres que l’Église exerçait sur les serfs.

« L’histoire de Mother Naked » se lit avec un plaisir grandissant, notre ménestrel devenant au fil de son histoire de plus en plus irrévérencieux. La fin est particulièrement savoureuse.

Traduction Claire Charrier