Chroniques de Mudfog de Charles Dickens

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Comme vous le savez sans doute, mon cœur de lectrice palpite à la vue du nom de Charles Dickens. Je suis bien décidée à lire l’ensemble de son œuvre même si cela signifie que je sois parfois déçue. Malheureusement, ce fut le cas avec « Les chroniques de Mudfog ».

Elles furent publiées entre 1837 et 1839 et nous font découvrir la petite ville de Mudfog où l’humidité et le grotesque règnent sans partage. On y croise M. Tulrumble qui de charpentier passa au rang de maire et vit son ego dépasser les limites du raisonnable. On y assiste à des réunions de l’association de Mudfog pour l’avancement de toute chose où l’on réfléchit sur les conditions de vie des puces laborieuses, sur la disparition des ours savants des rues de Londres, sur une machine permettant de faire les poches de ses concitoyens et autres débats essentiels au bon fonctionnement de la ville. On nous parle également du cirque, des clowns et de la vie qui n’est qu’une grande scène (Dickens m’a au moins fait plaisir en citant plusieurs fois Shakespeare).

L’histoire de M. Tulrumble est ce qui est le plus réussi dans ce petit recueil. On y retrouve la verve, l’ironie qui seront présentes dans le reste de son œuvre. Dickens y dénonce les méfaits du pouvoir. Les autres chroniques sont un avant-goût des « Esquisses de Boz » mais elles lassent et présentent peu d’intérêt. La fantaisie dickensienne y est bien en germe mais elle demande encore du travail et plus d’humour.

Un recueil de textes dont on peut tout à fait se passer si l’on ne cherche pas à lire l’ensemble du travail de Charles Dickens.

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L’a-t-elle empoisonné ? de Kate Colquhoun

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A Liverpool, ville industrielle florissante, Florence Maybrick, une américaine de 26 ans, est mariée avec Jame Maybrick, un négociant en coton. Ce dernier est de 20 ans plus âgé que sa femme ; ils ont eu deux enfants. James est hypocondriaque et ne cesse de se plaindre de différents maux. Au début de l’année 1889, il tombe pour de bon malade et décède le 11 mai. Les médecins sont dans l’incapacité totale de déterminer les causes de sa mort. Pourtant, rapidement, les frères de James accusent Florence de l’avoir empoisonné à l’arsenic. L’affaire est relayée avec fracas dans les journaux et deux procès retentissants vont avoir lieu pour déterminer si oui ou non Florence Maybrick a assassiné son époux.

Comme dans l’admirable « Chapeau de Mr Briggs », Kate Colquhoun choisit l’angle du fait divers pour étudier au plus près la société victorienne. Ici, c’est bien évidemment la place , le rôle de la femme qui sont mis en valeur par le procès de Florence Maybrick. Nous sommes à la fin du règne de Victoria et les mouvements féministes se font de plus en plus entendre : « On aurait parfois dit qu’il y avait dans le box des accusés non seulement Florence Maybrick, mais également le caractère et le rôle des femmes en général. »

L’empoisonnement était en effet impossible à prouver puisque James était un grand hypocondriaque. Il prenait une multitude de médicaments, de potions à base de strychnine, arsenic, antimoine, etc… Ce qui fut en revanche démontré, c’est que Florence s’était absentée quelques jours de son domicile pour se rendre à Londres et y retrouver un homme. Un homme, vil et lâche, qui ne lui apporta aucun soutien durant le procès, bien au contraire. Florence se renseigna également sur les modalités du divorce. Comme les jeunes américaines de Henry James et Edith Wharton, Florence Maybrick était fort malheureuse auprès de son mari et aspirait à retrouver sa liberté.

C’est donc ce comportement qui fut jugé. L’époque victorienne finissante s’accrochait désespéramment à ses principes et notamment à la moralité des femmes de la haute société et de la bourgeoisie. « Une demande de divorce allait douloureusement à l’encontre du statu quo. Les Victoriennes comme Florence étaient censées être fortes lorsqu’elles dirigeaient leur personnel, mais faibles et passives en tant qu’épouses, masquer des sentiments excessifs et contrebalancer leur indépendance d’esprit par le fait qu’elles étaient assujetties tant selon la loi qu’en vertu des conventions. » Le fait que James était infidèle depuis de nombreuses années et avait installé sa maîtresse dans une maison, n’entrait en revanche pas en ligne de compte.

De nombreux procès de femmes pour empoisonnement eurent lieu à la même période. Le personnage de la femme perverse et criminelle se développait également dans la littérature comme chez Wilkie Collins ou Mary Elizabeth Braddon. Les Victoriens faisaient le lien entre crime et sexualité féminine. La luxure, la libido non contrôlée étaient extrêmement dangereuses chez les femmes qui devaient être modestes et soumises. D’autres voix se firent entendre durant les deux procès de Florence qui dénonçaient le mariage comme un carcan, une prison. Les romanciers, comme Anthony Trollope ou Thomas Hardy, s’en faisaient l’écho. Malheureusement pour Florence Maybrick, c’est bien la morale victorienne qui triompha.

« L’a-t-elle empoisonné ? » est, à l’instar du premier livre de Kate Colquhoun, captivant de bout en bout. L’historienne étaye son propos par de nombreuses références culturelles (littérature, peinture). Son livre est parfaitement construit, vivant et nous montre une société victorienne en train de s’éteindre.

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Am stram gram de MJ Arlidge

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 A Southampton, Amy et Sam se réveillent au fond d’un bassin pour plongeon. Leur dernier souvenir : avoir été pris en stop par une femme au volant d’une camionnette. L’incompréhension est totale. Ils ont été kidnappés. Un téléphone retentit au fond du bassin. Leur ravisseuse leur explique les termes de son marché. Au fond de la piscine, ils trouveront un revolver avec une seule balle. Pour sortir de cet endroit, l’un des deux devra tuer l’autre. Sans ça, ils mourront de faim. Dilemme impossible pour ces deux jeunes amoureux, ils se sentent incapables de tuer. Mais que restera-t-il de leur résolution après dix jours sans boire et manger ?

Me voici en présence d’un genre littéraire auquel je n’avais pas encore été confrontée : le roman gore. La quatrième de couverture nous parle de thriller mais je n’ai ressenti aucun suspens dans ce roman. L’auteur tente de le créer par des chapitres courts mais cela n’a pas suffi à maintenir mon attention. Et je n’ai pas non plus eu froid dans le dos, n’est pas Dennis Lehane qui veut. Comme dans un film gore, type « Massacre à la tronçonneuse », l’amoncellement d’hémoglobine ne génère pas la peur mais plutôt le ridicule. Ici M.J. Arlidge en rajoute des tonnes. La journaliste, insupportable fouineuse comme il se doit, a eu un père dealer qui se servait d’elle comme mule mais cela ne suffit pas, elle a également le visage à moitié défiguré par une projection d’acide. L’enquêtrice, Helen Grace, aurait dû jouer dans « Cinquante nuances de Grey » puisqu’elle a des tendances au SM, ou plutôt à la torture puisqu’elle se fait fouetter jusqu’au sang avec une ceinture à clous. L’un des derniers prisonniers voit sa plaie au crâne s’infester d’asticots qu’il se fait un plaisir d’offrir à manger à sa compagne de détention. Trop, c’est trop. Visiblement, M.J. Arlidge a dû se lancer le pari d’écœurer ses lecteurs en en rajoutant ou de les impressionner durablement par des scènes chocs. Pari totalement perdu de mon côté.

De plus, il n’y a aucune subtilité dans la psychologie des personnages qui sont presque des caricatures : le flic qui boit pour oublier son divorce, la journaliste hargneuse, le flic verreux. L’héroïne, Helen Grace, est capitaine et on se demande comment elle a réussi à en arriver là tant ses méthodes d’enquête m’ont fait bondir : elle hurle sur des parents qui viennent de retrouver leur fille après dix jours de captivité pour leur soutirer des infos, elle ne réfléchit jamais et fonce bille en tête même si cela doit ruiner la carrière d’un collègue. En revanche, le nom de la meurtrière lui arrive d’un seul coup, la fin est traitée hâtivement et ne paraît en rien la suite logique de l’enquête. Il est de toute façon difficile de rester focalisé sur cette dernière. Elle est en effet sans arrêt parasitée par des chapitres entiers consacrés à la vie des différents personnages. Distiller les informations pour nous donner envie de les connaître et permettre au lecteur de s’attacher à eux aurait été plus judicieux et aurait canalisé mon attention sur l’intrigue policière.

Une dernière idée mal traitée par l’auteur : l’alternance des points de vue selon les chapitres. Je n’ai rien contre, bien au contraire, mais quelqu’un pourrait-il m’expliquer pourquoi les premières victimes parlent à la première personne du singulier et pas les autres ?

Trop de scènes dont le seul but est de choquer le lecteur, trop de maladresses dans l’intrigue, pas assez de subtilité m’ont empêchée de prendre plaisir à cette lecture.

Une lecture proposée par les éditions Les Escales.

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Nuit et jour de Virginia Woolf

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« Nuit et jour » nous permet de suivre les vies de quatre jeunes gens. Katherine Hilbery est la petite-fille d’un poète de grande renommée, elle vit avec ses parents dans la maison du grand-père. Le passé sanctifié de son ancêtre l’écrase, l’étouffe et l’empêche de définir son avenir. Elle est néanmoins promise à William Rodney, jeune homme intelligent et raffiné mais qui ne comprend pas son besoin de liberté. Ralph Denham est juriste, il se rêve artiste mais doit subvenir aux besoins des siens. Il est amoureux de Katherine ; dès leur première rencontre il est ébloui par la jeune femme. Ralph et Katherine ont une amie en commun, chez laquelle ils se rencontrent parfois : Mary Datchet, indépendante et moderne, elle travaille pour la reconnaissance du droit de vote des femmes. Ces quatre-là vont se croiser, discuter abondamment, s’aimer, se séparer, se chercher dans les rues de Londres, ville symbole de la modernité en marche.

« Nuit et jour » est le deuxième roman de Virginia Woolf. Son titre reflète parfaitement une des problématiques du livre : l’entre-deux. A l’instar de « Au temps du roi Edouard » de Vita Sackville-West, les quatre personnages évoluent dans un monde entre deux périodes. L’époque victorienne n’est pas loin, son esprit imprègne encore les mentalités. On le sent bien à travers le personnage de Rodney qui imagine Katherine comme une femme au foyer, heureuse dans son intérieur. Malgré leurs envies de liberté, Mary et Katherine sont d’ailleurs elles-mêmes en quête d’un mari. Les temps et les mentalités évoluent lentement, l’indépendance des femmes sera encore longue à acquérir et à intégrer dans les modes de pensée.  Les quatre personnages sont eux-mêmes dans un moment d’incertitude, de choix pour la suite de leurs vies. Ralph va-t-il choisir la littérature ? Katherine va-t-elle choisir d’épouser Rodney ?

Les personnages vivent les interrogations et les vicissitudes de l’amour. On pense bien entendu à Marcel Proust et aux valses-hésitations du narrateur face à Albertine. Katherine est celle qui incarne le plus complètement ces tourments, ces doutes. Elle semble perpétuellement remettre ses sentiments en question, elle les dissèque longuement, stérilement souvent. Son caractère entreprenant, scientifique, indépendant semble s’opposer à toute forme d’attachement et pourtant…

« Nuit et jour » est un roman plus classique formellement que ce que Virginia Woolf produira par la suite. Mais ce qui est déjà très présent est le flux de conscience des personnages.  Virginia Woolf souligne déjà ainsi que l’on ne peut jamais connaître l’autre. La personne en face de nous restera toujours impénétrable, insaisissable. Les incompréhensions entre Ralph et Katherine naissent de ce constat, de ce doute permanent sur les sentiments d’autrui.

Un autre thème, récurrent dans l’œuvre de l’auteur, est  très présent dans ce roman. Il s’agit  de l’eau et des métaphores autour de cet élément. Les personnages évoluent beaucoup dans les rues de Londres, se promènent le long de la Tamise dont le flot permanent les accompagne. Un passage splendide dans la dernière partie du livre où Katherine cherche Ralph désespérément dans la ville allie les symboles aquatiques à ceux de la modernité en pleine ébullition : « Le large flot des camionnettes et des voitures descendait majestueusement Kingsway ; une marée humaine ruisselait de parte et d’autre sur les trottoirs. Fascinée, elle resta à l’angle de la rue. Un grondement puissant remplissait ses oreilles. Ce tumulte mouvant avait la fascination indicible de la vie s’écoulant sans relâche avec un but qui, en cet instant, lui sembla le but même de la vie. »

Malgré une deuxième partie moins réussie due à la disparition presque totale de Mary Datchet, « Nuit et jour » est un très beau roman sur les errances de l’amour, le passage d’un monde à un autre aussi bien personnellement que sociologiquement. Un roman où frémit l’immense talent de Virginia Woolf qui s’affirmera dans ses romans suivants.

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Une femme d’imagination et autres contes de Thomas Hardy

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« Une femme d’imagination et autres contes » est un recueil de quatre nouvelles dont le personnage central est une femme. Elles ont en commun de vouloir une vie plus passionnée où l’amour serait au rendez-vous.

Phyllis dans « Le hussard mélancolique » tombe amoureuse d’un soldat alors qu’elle est déjà fiancée avec un homme qui l’indiffère mais qui a une bonne situation.

Dans « Le veto du fils », Sophy est veuve et est invalide. Après son accident, le pasteur, chez qui elle travaillait, l’épouse. Elle renonce alors au joyeux Sam, jardinier de son état. Ce dernier refait surface dans sa vie mais leurs milieux sociaux ne sont plus les mêmes et forment un obstacle à une reprise de leur histoire.

Caroline perd tous ses moyens lorsqu’elle entend « Le violonneux de contredanses », un musicien itinérant qui se produit dans les tavernes et fêtes de la région. Rien n’arrive à faire entendre raison à Caroline même pas le doux et honnête Ned qui l’aime depuis longtemps.

Enfin dans la nouvelle éponyme du recueil, Ella Marchmill tombe follement amoureuse d’un poète qu’elle n’a jamais rencontré. Elle loue pour les vacances une maison dans une station balnéaire. Le locataire habituel est un poète dont elle connaît le travail puisqu’elle-même écrit des poèmes. Elle se met à chérir chaque objet lui appartenant.

Thomas Hardy est fidèle à sa réputation de grand pessimiste. Les destinées de ces quatre femmes seront remplies de déception, d’amertume, de douleur. C’est le sentiment d’un grand gâchis qui domine la lecture. L’ennui du quotidien est bien présent, l’envie de plus de grands sentiments, d’absolu poussent ces femmes à s’écarter du droit chemin, d’une vie qui pour certaines aurait été paisible et agréable. Thomas Hardy fait montre d’une extrême délicatesse dans ces différents portraits. Il décrit avec beaucoup d’acuité les rêves, les désirs et les tourments de ses personnages.

Les nouvelles qui composent « Une femme d’imagination et autres contes » présentent des passions contrariées, des vies gâchées, les destins des quatre femmes sont cruels. Tout le talent de Thomas Hardy s’exprime au travers de ce court recueil : son intelligence, sa finesse à explorer la psychologie de ses personnages, son écriture. Chaque nouvelle est un véritable bijou qui montre toute la mesure du talent de Hardy.

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L’amour dans l’âme de Daphné du Maurier

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A Plyn en Cornouailles, Janet Coombe rêve de prendre la mer. Cet élément la fascine et elle passe des heures à l’observer du haut des falaises de la petite ville. Malheureusement pour elle, Janet est née femme et en 1830 celles-ci doivent être épouse et mère et non capitaine de navire. Sa famille pense que le mariage calmera sa fougue et son côté sauvage. Janet épouse donc son cousin Thomas qui construit des voiliers. Janet semble s’apaiser et s’occuper parfaitement de son foyer et de ses enfants. Mais sa passion pour la mer est loin d’avoir disparu. Elle va se transmettre à l’un des fils de Janet : Joseph. Il accomplira le destin que sa mère n’a pu réaliser : devenir marin et parcourir les mers.

« L’amour dans l’âme » est le premier roman de Daphné du Maurier, publié en 1931. On y trouve déjà les grandes thématiques que l’auteur développera tout le long de son œuvre. Il y a tout d’abord le lieu de l’intrigue, la Cornouailles natale de Daphné du Maurier où se dérouleront également « L’auberge de la Jamaïque », « La maison sur le rivage » ou « Rebecca ». Le paysage a toujours une place centrale dans les romans de l’auteur. La mer est ici au cœur des relations familiales des Coombe. Janet et sa descendance se promènent sans relâche sur les falaises de Plyn, à la manière des personnages des « Hauts de Hurlevent » qui errent sur la lande, fouettés eux aussi par le vent et la pluie.

L’ambiance de « L’amour dans l’âme » est extrêmement romantique. Daphné du Maurier y raconte quatre générations d’amoureux de la mer : Janet, son fils joseph, son petit-fils Christopher et son arrière petite-fille Jennifer, de 1830 à 1930. Tous ressentent le besoin impérieux d’être proches de la mer et chacun tente de susciter l’admiration de ses parents. Le personnage de Joseph est sans nul doute le plus réussi et le plus romantique. Fougueux, impulsif, sauvage, Joseph est incontrôlable. Sa relation à sa mère est totalement fusionnelle et existe par-delà la mort. Daphné du Maurier insuffle un peu de fantastique au début du roman avec la rencontre entre Janet jeune et Joseph âgé sur la falaise de Plyn. « La maison sur la rivage » sera également empreint de fantastique.

Déjà dans « L’amour dans l’âme », Daphné du Maurier explore méticuleusement la psyché de ses personnages. Même si la partie sur Christopher est moins réussie, chaque Coombe a une véritable densité psychologique. Chacun imprime fortement son caractère. Et l’on sent déjà que ce qui intéresse profondément Daphné du Maurier, c’est l’étude de l’âme humaine.

Malgré quelques maladresses, « L’amour dans l’âme » montre déjà la grande originalité de Daphné du Maurier et son talent de conteuse. Une œuvre fort plaisante qui vous donnera envie de découvrir les falaises escarpées de la Cornouailles ! Merci à Eliza de me l’avoir fait découvrir.

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La tête de la reine de Edward Marston

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En février 1587 au château de Fotheringhay, c’est la fin de Marie Stuart. Sa cousine, Elizabeth Ière, l’a condamnée à mort. Marie sera décapitée, sa tête montrée à la foule. A Londres, à l’auberge de la tête de la reine, la troupe théâtrale des hommes de Westfield répètent pour leur nouvelle pièce. Au centre de la troupe : Nicolas Bracewell le régisseur et bien plus encore : « Nicholas Bracewell se montrait si capable et si ingénieux que ses attributions ne cessaient d’englober de nouvelles responsabilités. Non content d’organiser la mise en scène à partir de l’unique exemplaire complet d’une pièce, il assurait le rôle de souffleur, supervisait les répétitions, contribuait à former les apprentis, s’occupait des musiciens, amadouait les machinistes, conseillait en matière de costumes et d’accessoires, et négociait les licences des nouvelles pièces auprès de l’Intendant des menus plaisirs de la reine. » Sans lui, la troupe s’écroulerait. A la fin de la répétition, Nicholas accompagne un comédien, Will Fowler, pour boire un verre avec une ancienne connaissance. A la taverne, une bagarre se déclenche entre Will et un autre client. Les épées sont dégainées et un coup fatal est porté à Will. Nicholas, effondré par la perte de son ami, ne tarde pas à découvrir que cette mort est loin d’être accidentelle. Il se lance alors dans une enquête pour retrouver le meurtrier de Will.

Voici un roman fort sympathique qui remplit parfaitement son rôle de divertissement. Les personnages sont bien dessinés et deviennent rapidement attachants à l’instar du héros Nicholas Bracewell. Le directeur et acteur principal des hommes de Westfield, Lawrence Firethorn, est un personnage haut en couleur. Orgueilleux, séducteur, fougueux, il est éclatant sur scène où il interprète tous les rôles importants. Il y a également le pauvre Edmund Hoode qui doit écrire des pièces au débotté en fonction de l’actualité et des caprices de Lawrence Firethorn. Barnaby Gill, autre acteur de la troupe, est beaucoup moins sympathique et surtout il a des vues sur les jeunes apprentis de la troupe ce que Nicholas ne peut admettre.

L’atout principal de cette série est la découverte de la vie d’une troupe de théâtre à l’époque de Shakespeare. Edward Marston montre bien toutes les difficultés rencontrées par les comédiens. La concurrence faisait rage, il y avait énormément de jalousie entre les troupes. Il fallait donc sans cesse innover et surtout proposer de nouvelles pièces. Celles-ci pouvaient se référer à l’actualité mais toujours de manière indirecte. On le voit bien dans « La tête de la reine » avec la pièce glorifiant la victoire sur l’invincible Armada. Les auteurs devaient également faire en sorte que les pièces plaisent à tout type de public,  puisque aussi bien les nobles que les pauvres assistaient aux spectacles. Les pièces devaient donc s’enchainer à un rythme infernal sans quoi la troupe pouvait tomber dans l’oubli.

« La tête de la reine » est très plaisant à lire et nous plonge dans les coulisses du théâtre élisabéthain pour le plus grand plaisir des amateurs de cette période.

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Mr Brown d’Agatha Christie

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Au moment où sombre le Lusitania, un homme confie des documents de la plus haute importance à une inconnue pour qu’elle les remette au gouvernement britannique.

Après la première Guerre Mondiale, Prudence Cowley, surnommée Tuppence, et Thomas Beresford, amis d’enfance, se rencontrent par hasard à Londres. Après leur démobilisation, ils éprouvent des difficultés à trouver du travail. Tous deux ont besoin d’action et surtout d’argent. Tuppence a ainsi l’idée de passer une annonce pour proposer les services des jeunes aventuriers pour n’importe quelle mission.  Un possible employeur ne tarde pas à prendre contact avec eux. Tuppence devra se rendre dans une pension de jeunes filles et observer ce qui s’y passe. Elle doit se choisir un nom d’emprunt et choisit celui de Jane Finn, nom entendu dans la rue. A ce nom, son futur employeur s’empourpre, s’énerve. Le lendemain, il disparaît complètement. Qui est donc cette Jane Finn ? C’est ce que Tuppence et Tommy vont tenter de découvrir et ils vont devoir faire face au machiavélique et mystérieux Mr Brown.

Ce roman est le deuxième d’Agatha Christie après « La mystérieuse affaire de Styles ». Il s’agit de la toute première fois qu’apparaît le duo Tuppence et Tommy, deux personnages très attachants dès le premier opus. Tuppence est très dynamique, très fantasque, fonçant tête baissée. Elle rêve d’indépendance mais ne dirait pas non à un riche mari ! Tommy est beaucoup plus réfléchi, terre à terre, moins intrépide que son amie. Nous verrons dans « Mr Brown » que les deux caractères se complètent à merveille.

L’intrigue est proche des films de la période anglaise d’Alfred Hitchcock comme « Les trente-neuf marches » ou « Une femme disparaît ». Tuppence et Tommy vont affronter une organisation criminelle expérimentée à la tête de laquelle se trouve le fameux Mr Brown. Leur enquête s’articule autour d’un secret d’état qui, s’il était découvert, pourrait renverser le gouvernement en place. Comme dans les films mentionnés plus haut, l’intrigue est menée tambour battant et est émaillée de nombreux rebondissements. Et malgré toutes leurs mésaventures, Tuppence et Tommy ne perdent pas leur sens de l’humour, so english !

« Mr Brown » est un agréable divertissement : c’est suranné, délicieux, enlevé et léger comme une crème anglaise ! Une lecture très plaisante comme toujours avec Lady Agatha !

Sherlock

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Le diable à Westease de Vita Sackville-West

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Lorsque Roger Liddiard découvre le village de Westease, il tombe rapidement sous le charme. Ce sémillant écrivain recherche le calme et la tranquillité. Quoi de mieux que la paisible campagne anglaise pour se poser et se reposer ? Roger achète un ancien moulin et fait connaissance du voisinage : le révérend Gatacre et sa séduisante fille Mary, le Professeur, un gentleman misanthrope logeant dans un manoir et le détestable mais réputé Wyldbore Ryan, peintre de son état. Quand le révérend est retrouvé assassiné, c’est la stupeur dans la petite communauté. La police est évidemment diligentée sur les lieux et les soupçons s’orientent vers la fille du révérend, la divine Mary qui est loin de laisser indifférent notre Roger.  C’est pour l’innocenter qu’il se lance dans l’enquête mais décidément tout concourt à accuser quelqu’un du village. « Car oui, le mystère restait entier. L’enquête n’avançait pas d’un pouce, aucune trace d’une personne étrangère au pays n’avait pu être signalée. Et il était confirmé qu’à l’heure supposée du crime tous les habitants du village étaient soit chez eux, soit au pub du Prince sans tête, ce qui n’avait rien d’étonnant vu le temps qu’il faisait ce soir-là. » Ne restent donc sur la liste des suspects que le Professeur, Wyldbore Ryan, Mary et Roger lui-même.

Vita Sackville-West s’essaie au roman policier, au whodunnit cher à Agatha Christie. L’atmosphère est éminemment anglaise grâce à ce décor de petit village de campagne en apparence bien inoffensif. Tout s’y passe de manière feutrée et élégante. Le drame ne fait  perdre son sang froid à personne. L’humour est caustique, piquant comme savent si bien le faire nos amis anglais.

Mais il me faut bien l’avouer, malgré mon admiration pour Vita Sackville-West, n’est pas Lady Agatha qui veut. Le suspens dans ce roman est des plus ténu, l’intrigue manque de complexité et de rebondissements. Malheureusement, j’ai rapidement identifié l’assassin. J’espérais me tromper, j’espérais une surprise qui n’est pas venue. Vita Sackville-West semble plus intéressée par l’histoire d’amour naissante entre Mary et Roger que par la résolution de son affaire criminelle.

Néanmoins, j’ai pris du plaisir à lire « Le diable à Westease », le style est fluide, les personnages bien croqués, l’atmosphère fort plaisante. Le roman se lit vite, facilement. Mais si vous vous attendez à un bon roman policier, passez votre chemin, Vita n’est pas Agatha !

 Une lecture partagée avec mes amies Eliza et Shelbylee.

Le bois du rossignol de Stella Gibbons

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Viola Wither se retrouve veuve à 21 ans. Sans ressources, elle doit aller vivre chez ses beaux-parents,  propriétaires d’un manoir dans la campagne de l’Essex. La famille Wither vit une vie monotone et austère. Le père est uniquement intéressé par l’argent et la manière de le placer. Il impose aux autres membres de sa famille une vie réglée, régie par la pendule et ne supporte aucun retard. Les deux filles de la maison ne sont pas mariées : Madge se consacre au sport et à son désir d’avoir un chien, Tina attend toujours l’homme providentiel et le trouve dans le chauffeur de son père. Viola s’ennuie donc ferme parmi les Wither. Elle, si frivole, ne rêve que de la vie des voisins : les Spring qui organisent fêtes sur fêtes. Viola tombe d’ailleurs sous le charme du fils de la famille, Victor, qui malheureusement vient de se fiancer. Va-t-il enfin advenir quelque chose dans la vie de Viola ?

« Le bois du rossignol » est un roman très caustique, so english, qui évoque ceux de Jane Austen. Ce sont en effet les femmes qui en sont le cœur. Stella Gibbons nous en offre toute une galerie. Dans cette société conventionnelle et traditionaliste, ce sont elles qui font bouger les lignes. Viola est issue d’un milieu populaire, son père était propriétaire d’un magasin de mode. Son mariage ne plaisait absolument pas à Mr Wither, une mésalliance pour lui. Il devra en subir une autre avec l’amour de Tina pour le chauffeur. Chez les Spring aussi, c’est une femme qui veut révolutionner les habitudes. Il s’agit de la cousine orpheline de Victor, Hetty. Elle voudrait faire des études à l’université, être indépendante et passe son temps à lire de la poésie. « À présent, Hetty devait s’y consacrer en cachette, sous peine de provoquer les moqueries puis les commentaires acerbes de sa tante et son cousin, ils n’appréciaient pas la singularité et l’intelligence chez les jeunes filles. De telles créatures, incapables de faire carrière malgré leurs dons, étaient des inadaptées. Si, comme Hetty, elles ne montraient aucun talent pour les fêtes, l’équitation, le tennis, le ski, l’avion, la voile et le golf, elles étaient une épreuve, un constant sujet d’irritation pour les Spring. » Hetty rêve du calme et de la vie monacale des Wither ! Elle aussi va à l’encontre du modèle féminin traditionnel et espère pouvoir enfin choisir sa vie.

« Le bois du rossignol » est un roman plein d’esprit qui nous livre des portraits de femmes très modernes et très justes. Une jolie découverte.

Un grand merci aux éditions Points pour ce roman.

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