6h41 de Jean-Philippe Blondel

Le train de 6h41 Troyes-Paris. Y monte Cécile Duffaut, une quarantaine d’années à qui la vie a réussi : un mari, une fille de 17 ans, une entreprise de cosmétique bio qui connaît le succès. Elle vient de passer le week-end chez ses parents, elle est fatiguée. Le train démarre et la place à côté d’elle est restée libre. C’est la seule. Un homme s’en approche, hésite et s’assoit. Philippe Leduc reconnaît immédiatement Cécile. Vingt sept ans auparavant, ils avaient été ensemble quelques mois. Leur histoire s’était mal terminée lors d’un séjour à Londres. Qu’est-ce que quatre mois dans une vie ? Et pourtant, ces mois passés ensemble, cette rupture mal digérée ressurgissent et occupent toutes les pensées de Cécile et Philippe durant leur trajet vers Paris.

« 6h41 » de Jean-Philippe Blondel se dévore, j’ai passé 2h30 en compagnie de Cécile et Phillipe (presque la durée de leur trajet en train) et ce sont leurs vies qui ont défilé devant moi. Cette rencontre se passe entièrement dans le wagon, un huis-clos où vont s’alterner les voix de Cécile et Philippe. Chacun fait comme s’il ne reconnaissait pas l’autre, ne sachant que dire : « Prétendre que je ne la connais pas – d’ailleurs, c’est vrai, au fond, trois ou quatre mois à sortir ensemble il y a vingt sept ans, ça signifie quoi ? Rien, rien du tout. Elle, de son côté n’a aucune réaction. Elle ne se souvient pas de moi. » Malgré sa brièveté, leur histoire les a profondément marqués. Elle fut comme un aiguillage dans leurs trajectoires. Cécile était quelconque, pas féminine et effacée. Philippe était plein d’assurance, charmeur et très séduisant. Après s’être croisés, les destins se sont inversés. Cécile s’est construite sur l’humiliation, la haine ressenties ce soir-là à Londres. Plus jamais on ne la traiterait comme ça. Philippe s’en est voulu inconsciemment, la flamme qui l’animait s’est éteinte.

« 6h41 » est un magnifique livre plein de délicatesse dans les sentiments des personnages. Une vie c’est une accumulation de petits moments, de rencontres, de regrets, de colère aussi, de choses imperceptibles qui nous construisent. C’est un roman qui remue forcément son lecteur, comme Cécile et Philippe nous pouvons faire un bilan de notre vie : qu’est-ce que l’on a réussi ? raté ? Le résultat n’est pas toujours très brillant à l’instar des deux personnages.  Jean-Philippe Blondel réussit le tour de force de condenser deux vies en 119 pages, plus le train avance vers Paris et plus on a de l’empathie pour eux. J’aurais aimé que le voyage dure plus longtemps.

C’est avec une écriture limpide et d’une grande justesse que Jean-Philippe Blondel nous livre ces deux vies qui se recroisent. Un pur régal.

Lu avec George et Sandrine.

I love London logo

Les mystères de Londres de Paul Féval

Dans les années 1840 à Londres, un homme semble aimanter tous les regards. Le marquis de Rio Santo éblouit les femmes et sa fortune attire les commentaires des hommes de la haute société londonienne. « Le marquis de Rio Santo ! l’éblouissant, l’incomparable marquis ! Londres et Paris se souviennent de ses équipages. L’Europe entière admira ses magnificences orientales ; l’univers enfin savait qu’il dépensait quatre millions chaque saison, vingt mille livres sterling par mois. » Un tel personnage ne se crée pas que des amitiés et il est bientôt entouré de méfiance et de jalousie. D’autant plus que la cicatrice qui barre son front n’est pas sans rappeler celle d’un autre… l’identité du marquis de Rio Santo finit par être au cœur du roman de Paul Féval.

Si vous cherchez une définition concrète du mot rocambolesque, je vous conseille d’ouvrir ce roman datant de 1844. Mon résumé est des plus succinct car il est absolument impossible de résumer l’intrigue foisonnante conçue par Paul Féval. L’histoire n’est faite que de rebondissements, de surprises, de révélations. Vous y trouverez tout ce qui fait un roman d’aventures : des machinations, des complots, des enlèvements, de la fausse monnaie, de la piraterie, des expériences médicales, des identités multiples et une puissante société secrète. Paul Féval nous entraîne dans une ville souterraine, une ville cachée. La société secrète se nomme la grande Famille et elle a des membres dans toutes les couches de la société. On y compte aussi bien des révérends, des banquiers que des mendiants, des aubergistes. Le but de ces lords de la nuit est le vol, l’argent avant tout. Mais celui qui est à la tête de l’organisation suit un but fort différent. Certes, il a besoin d’argent mais pour une cause qu’il défendrait jusqu’à la mort. C’est un personnage complexe et ambigu. D’une intelligence et d’un courage hors-norme, cet homme nommé Edward ne s’abaisse jamais au crime gratuit ce qui l’éloigne de la veulerie des membres de la grande Famille. Malgré ces crimes, Edward est un personnage attachant.

Si vous aimez les romans d’aventures, si une multitude de personnages et de situations ne vous effraie pas, plongez dans le Londres secret de Paul Féval, vous en aurez pour votre argent !

La promesse de l’aube de Romain Gary

« Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. » La mère de Romain l’élève seule depuis sa naissance. C’est une femme énergique et débrouillarde, sacrifiant sa vie de femme aux besoins de son fils adoré. Ancienne artiste dramatique de seconde zone, elle rêve pour Romain le destin glorieux qu’elle n’a pas eu : « Elle voulait être une grande artiste et je faisais tout ce que je pouvais. ». Cette promesse du titre, c’est donc aussi celle que se fait à lui-même un fils, à l’aube de sa vie, de réaliser les espoirs fous que sa mère a placés en lui.

Largement autobiographique, La promesse de l’aube est le récit de la jeunesse de Romain Kacew, né russe, juif, et arrivé à Nice à treize ans, dans les années 20, après quelques années passées en Pologne où sa mère avait échoué après avoir fui la Russie soviétique. La France était en effet le seul pays digne, aux yeux de cette francophile acharnée, d’accueillir le génie de son fils. A cette lecture on mesure à quel point sa mère excessivement aimante détermina la destinée de Romain Gary, faisant de lui un humaniste assoiffé de justice et d’absolu, et l’un des plus grands écrivains français.

Même séparé d’elle, comme pendant la guerre alors qu’il était soldat de la France libre, Romain continue de sentir sa présence à ses côtés, veillant sur lui. Le tempérament volcanique de cette maîtresse femme est évoqué avec beaucoup de tendresse, et donne lieu à des scènes cocasses, lorsque par exemple elle claironne à qui veut l’entendre quel grand homme sera son fils, plongeant celui-ci dans la honte et la confusion ! L’humour – « L’humour  est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive » – est d’ailleurs très présent dans ce texte, et Gary n’hésite jamais à tourner « cette arme essentielle » contre lui-même. La scène hilarante de sa calamiteuse audition de comédien devant un directeur de théâtre de Varsovie en témoigne.

« Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele d’Annunzio, Ambassadeur de France », « Tu seras Victor Hugo, Prix Nobel », « Nijinsky ! Nijinsky ! Tu seras Nijinsky ! Je sais ce que je dis ! », « Tu auras toutes les femmes à tes pieds »… Sa vie durant Romain Gary courut après cette promesse que sa mère n’eut pas la chance de voir tenue. Il connut certes les honneurs et le succès, mais aussi une insatisfaction existentielle qu’il analyse avec une lucidité d’autant plus émouvante lorsque l’on connaît la fin tragique de l’auteur : « […] une farouche résolution de redresser le monde et de le déposer un jour aux pieds de ma mère, heureux, juste, digne d’elle, enfin, me mordit au cœur d’une brûlure dont mon sang charria le feu jusqu’à la fin. […] au fur et à mesure que je grandissais, ma frustration d’enfant et ma confuse aspiration, loin de s’estomper, grandissaient avec moi et se transformaient peu à peu en un besoin que ni femme ni art ne devaient plus jamais suffire à apaiser. »

Lu dans le cadre du Prix de Campus.

Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal

La corniche Kennedy à Marseille est une portion de terre coincée entre la mer et le route. Un petit bout de terrain qui attire les adolescents dès que le soleil et la chaleur se font sentir : « On sait qu’ils vont venir quand le printemps est mûr, tendu, juin donc, juin cru et aérien, pas encore les vacances mais le collège qui s’efface, progressivement surexposé à la lumière, et l’après-midi qui dure, dure, qui mange le soir, propulse tout droit au cœur de la nuit noire. Chaque jour il y en a. Les premiers apparaissent aux heures creuses de l’après-midi, puis c’est le gros de la troupe, après la fin des cours. Ils surgissent par trois, par quatre, par petits groupes, bientôt sont une vingtaine qui soudain forment bande, occupent un périmètre, quelques rochers, un bout de rivage, et viennent prendre leur place parmi les autres bandes établies çà et là sur toute la corniche. » Parmi ces bandes, il y a celle d’Eddy. Ce sont des habitués de la Plate et des sauts vertigineux depuis celle-ci. Ils les appellent les Just do it ou les Face-to-face pour les plus risqués, un moyen comme un autre de rompre l’ennui. Mais l’imprudence de ces jeunes gens dérange la municipalité qui craint l’accident. Le chef de la sécurité du littoral, Sylvestre Opéra, surveille la corniche depuis son bureau. L’été bat son plein, les sauts depuis la Plate se multiplient et le drame se rapproche.

Ce petit roman de Maylis de Kerangal est une réussite. L’auteur a su parfaitement retranscrire l’adolescence et ce moment particulier des vacances d’été. On sent le soleil frapper ces corps juvéniles, l’eau dégouliner sur eux. L’adolescence c’est à la fois la défiance et l’arrogance. Eddy et sa bande se méfient de cette Suzanne qui vient des quartiers riches et veut se mélanger à eux. Il faudra qu’elle prouve sa valeur en sautant comme les autres du haut de la corniche. La bande a ses codes, ses rituels. Les adolescents paradent, s’exhibent devant la police et vont même jusqu’à la défier. C’est l’âge du frisson, de l’insolence.

Malgré la taille du roman, Maylis de Kerangal arrive à donner de l’épaisseur, de la chair à ses personnages. C’est le cas de Sylvestre Opéra qui est pétri de mélancolie, de regrets et de failles. Quand sa route croise celle de la bande  d’Eddy, le rythme du roman s’accélère. L’écriture de l’auteur nous entraîne, crée un véritable suspense. L’ambiance de Marseille est rendue par des dialogues gouailleurs intégrés au récit, à la langue imagée et poétique de l’auteur.

« Corniche Kennedy » est un beau roman sur l’adolescence rendue par une écriture maîtrisée et rythmée.

Pour vous faire partager le Prix Campus des éditions Folio, je vous propose d’en gagner un exemplaire en répondant à la question suivante :

Quel prix Maylis de Kerangal a-t-elle gagné en 2010 et pour quel roman ?

Vous pouvez m’envoyer vos réponses à cette adresse : leprixcampus@yahoo.fr

Mon pire ennemi est sous mon chapeau de Laurent Bénégui

Laurent Minkowski est à une période de sa vie où son karma n’est pas au mieux de sa forme. La quarantaine ne lui réussit pas. Chercheur en génétique, il vient d’être licencié de son laboratoire et il découvre rapidement que le secteur est bouché. Laurent commence sérieusement à s’angoisser malgré ses qualifications professionnelles et comme il le dit : « Il y avait à peu près autant de chances de trouver un job intéressant en venant à Pôle Emploi que de trouver une perle dans une moule. » Pour couronner la situation, son médecin vient de lui trouver un problème d’hypertension artérielle. Laurent panique, tout ça à cause de Juliette sa compagne de vingt ans sa cadette. Il veut paraître fort, invincible devant elle et ne veut rien lui avouer de ses problèmes de santé ou de boulot. Et Laurent se met à faire absolument n’importe quoi en commençant par le vol d’un écran plat dans un camion Darty. La pente de la délinquance est difficile à remonter et notre héros a mis le doigt dans l’engrenage sans s’en apercevoir. Il se met ensuite au trafic de vélib ce qui le mènera au cambriolage d’un appartement du 18ème arrondissement.  C’est là que les choses se corsent pour Laurent. Dans ledit appartement, il découvre un couple abattu et un bébé presque mort de froid. La cavalcade et les  imbroglios ne font que commencer.

Je ne connaissais pas Laurent Bénégui avant d’ouvrir « Mon pire ennemi est sous mon chapeau » mais je me suis délectée de son imagination et surtout de son humour. L’auteur plonge son généticien dans une situation totalement abracadabrante et voit comment il peut s’en sortir. Un peu comme un scientifique réalisant une expérience. Ainsi Laurent Minkowski se retrouve-t-il mêlé aux affaires de l’ennemi public n°1 : Hassan Cherkaoui dit l’Albinos, particularisme génétique aussi étonnant que les aventures rocambolesques de notre héros ! Cet Albinos est un dangereux et violent truand qui a une passion pour Julien Lepers et « Questions pour un champion » ! Ce détail faisant sans doute de lui le plus grand psychopathe de tous les temps…

Outre son talent à créer des intrigues farfelues, Laurent Bénégui a surtout un humour et un sens de la formule irrésistibles. Deux exemples pour vous mettre en appétit : « Et si je commençais une psychanalyse ?  Il paraît qu’après dix ou quinze ans de divan certains parvenaient à choisir le calendrier des éboueurs sans hésiter entre la photo du chaton et celle du chiot. » « J’étais passé du trafic de bicyclette à la scène crime en moins de 24 heures. A ce rythme on allait me retrouver mêlé à la pose d’une bombe sale dans le métro d’ici la fin de la semaine. »

J’ai donc passé un moment désopilant en compagnie de Laurent Minkowski, généticien immature qui a l’art de se mettre dans le pire des pétrins en un temps record !

Merci à Christelle et aux éditions Julliard pour ce moment de franche rigolade !

Le confident de Hélène Grémillon

Camille est éditrice à Paris et elle vient de perdre sa mère dans un accident de voiture. Parmi les nombreuses lettres de condoléances, elle découvre un courrier sans signature qui ne semble pas lui être destiné. Un certain Louis y parle de son enfance et de sa rencontre avec une Annie. Ne connaissant ni de Louis ni d’Annie, Camille imagine qu’il s’agit d’une erreur de destinataire. Mais les lettres de Louis continuent à arriver tous les mardis. Il poursuit sa narration et raconte la vie d’Annie. Celle dont il est tout de suite tombé amoureux, celle qui s’éloigna au profit d’une femme bourgeoise venue s’installer au village. Camille, agacée, finit par penser qu’il s’agit d’un écrivain essayant de capter son attention. Mais personne ne se manifeste et Camille comprend de manière indicible qu’elle est concernée par l’histoire d’Annie. Quels terribles secrets vont être révélés à Camille ? 

L’histoire de Louis et Annie se déroule durant la Seconde Guerre Mondiale. Hélène Grémillon allie parfaitement l’histoire intime et le déroulement de la guerre. Celle-ci n’est pas juste un arrière-fond, un prétexte, elle influe sur le destin des personnages. La guerre sépare, coupe les communications, brise des vies sans que pour cela les personnages principaux soient engagés fortement dans un camp ou un autre. Il faut dire que le drame se noue essentiellement autour des deux femmes : la belle et fraîche Annie et Madame M., femme déprimée ayant besoin de compagnie : « Annie, d’une nature sauvage, semblait avoir trouvé en cette jeune femme la personne qu’on ne rencontre qu’une fois dans sa vie : celle qui peut remplacer toutes les autres. En prenant l’habitude de cette tasse de thé chez Madame M., Annie perdit ses autres habitudes, dont moi. Elle s’écarta de ma vie, ou plutôt, elle m’écarta de sa vie. Et ce, sans la moindre difficulté, ne me donnant aucune explication de son détachement. » La belle idée d’Hélène Grémillon c’est de multiplier les points de vue. On entend la voix de Louis, celle d’Annie, de Madame M. et de Camille. Chaque témoignage dévoile un pan de l’histoire, une parcelle de vérité. 

L’idée de départ du livre d’Hélène Grémillon, le secret de famille, est classique mais elle est bien amenée par la multiplicité des narrateurs et une fine psychologie des personnages. L’intrigue m’a accrochée et j’ai lu très rapidement ce premier roman de l’auteur.

Merci à Lise et aux éditions Folio.

 

Le cadeau de Eliane Girard

Félicien a pris une matinée de RTT pour trouver un cadeau à sa petite amie Laure. Il arrive sûr de lui aux Galeries Lafayette et se dirige vers une veste en tweed repérée par Laure. Plus de taille 38 sur les portants, et plus non plus en réserve. Félicien commence à avoir peur d’autant plus que sa deuxième idée échoue également. Il n’a pas d’autres idées et l’anniversaire de Laure a lieu le lendemain. Il tourne dans les rayons du grand magasin et là ils les voient : « Fuselées, d’une ligne et d’une texture attirante. Des bottes d’un beau brun profond évoquant le chocolat le plus pur, au moins 85% de cacao. Des bottes magnifiquement galbées, hautes mais pas trop, pointues mais pas trop, sexy mais pas trop. Laure méritait ces bottes, elles étaient faites pour elle et ses jambes parfaites. Il en était tout excité. Son cadeau était là.  » Le seul hic c’est leur prix : 869.95 euros, le prix du loyer de Félicien, plus de la moitié de son salaire. Mais il n’a pas d’autre idée, le temps presse, l’angoisse monte, Félicien finit par acheter les bottes Kucci. Il le regrette immédiatement et ses ennuis commencent alors.

Eliane Girard nous narre, dans ce court roman, la folle et drolatique journée de Félicien. Tout va aller de mal en pis au fur et à mesure des heures. Félicien tente tour à tour de justifier son achat (l’amour ça n’a pas de prix, Laure vaut bien un tel sacrifice financier, les bottes font marcher un artisanat ancestral en Italie), de trouver des solutions pour compenser la perte d’argent (arrêter de fumer, ne plus sortir le soir et le plus beau : demander à Laure de vivre avec lui pour diviser le loyer par deux !) et de culpabiliser. Félicien devient totalement obnubilé par les bottes et leur prix démentiel. Il imagine que les autres le jugent notamment au travail, on va le penser plus riche qu’il n’est. La panique gagne Félicien, il ne sait plus quoi faire de son cadeau et fait donc n’importe quoi !

Ce petit livre est réjouissant et porte un regard ironique sur notre rapport à l’argent et sur la valeur des choses. L’obsession de l’argent, de l’apparence vont faire perdre pied à Félicien qui ne procrastinera plus pour acheter ses cadeaux !

Un grand merci aux éditions Buchet-Chastel et à Bénédicte pour ce délicieux moment de lecture.

Arsène Lupin contre Herlock Sholmès de Maurice Leblanc

M. Gerbois achète un petit secrétaire en acajou pour la chambre de sa fille Suzanne auprès d’un marchand de bric-à-brac. A peine le meuble acquis, M. Gerbois est accosté par un jeune homme qui lui propose de le racheter. Il refuse, s’irritant face à l’insistance de l’homme. Le lendemain, en rentrant de son travail, M. Gerbois se rend compte que le secrétaire a été volé.

Le vieux général baron d’Hautrec est retrouvé mort au petit matin dans sa chambre. Pas d’effraction visible, l’argent n’a pas été dérobé. Même le splendide et rare  diamant bleu est toujours là, enchâssé dans l’anneau d’or du défunt. Quel est le but d’un tel acte ?

Le Baron Victor d’Imblevalle a été victime d’un vol, une petite lampe juive en cuivre a disparu. Celle-ci a très peu de valeur, mais à l’intérieur était caché un bijou ancien : une magnifique chimère en or sertie de rubis et d’émeraudes. Comment le cambrioleur pouvait-il connaître la cachette ?

 Le point commun de toutes ces affaires, c’est bien entendu le gentleman cambrioleur Arsène Lupin. Celui qui rend folle la police française. Le Commissaire Ganimard a beau faire travailler ses petites cellules grises, rien n’y fait. La perplexité le gagne et la solution s’impose à lui : « C’est justement quand je ne comprends plus que je suspecte Arsène Lupin. » Pour venir en aide au pauvre Commissaire Ganimard, le Préfet de Police fait appel au seul homme capable de contrer Arsène Lupin : Herlock Sholmès. On assiste alors à un combat jubilatoire entre les deux hommes que tout oppose. Maurice Leblanc s’amuse énormément avec le détective anglais et se plaît à le tourner en dérision. Herlock Sholmès est à l’image du héros de Conan Doyle : cérébral, orgueilleux, sérieux, détestant les surprises et l’imprévu. Face à lui, notre héros national est pétillant et joyeux, comme du champagne. Arsène Lupin est un personnage extrêmement plaisant et réjouissant. Il s’amuse sans cesse à piéger ses adversaires ; tout semble léger et facile. « Il avait vraiment de l’allure, une allure de grand acteur qui joue son rôle d’instinct et de verve, avec impertinence et légèreté. Sholmès le regardait, comme on regarde un beau spectacle dont on sait apprécier toutes les beautés et toutes les nuances. » On ne peut être qu’en admiration devant un homme aussi flamboyant, recherchant les dangers pour mieux les contourner. Le combat avec Herlock Sholmès est serré, très serré même. Ce sont deux formidables intelligences qui s’affrontent. La presse s’en mêle également car Arsène Lupin est grand communiquant et s’est mis l’ensemble des journalistes dans la poche. Encore un sujet d’agacement pour notre flegmatique détective anglais ! Qu’il est difficile de venir à bout d’une star nationale !

« Arsène Lupin contre Herlock Sholmès » est un livre à l’image de son héros : divertissant, drôle et plein de panache. Maurice Leblanc a créé un formidable personnage que l’on retrouve à chaque fois avec grand plaisir.

 

Le mystère Sherlock de J.M. Erre

Avertissement aux lecteurs : ce livre présente un risque aigu de crampes prolongées aux zygomatiques.

Luigi Rigatelli est inquiet, il a laissé trois jours auparavant son hôtel sous une avalanche avec une dizaine de personnes à l’intérieur. Son établissement, nommé « Baker Street », a accueilli dix universitaires spécialisés dans l’étude de Sherlock Holmes. L’hôtel se situe en effet à Meiringen en Suisse, près des fameuses chutes de Reichenbach théâtre du terrible affrontement entre Holmes et Moriarty. Ce colloque prestigieux devait aboutir à la nomination du titulaire de la première chaire d’holmésologie à la Sorbonne. Luigi est donc pressé de libérer ses brillants hôtes.  Arrivé avec les pompiers, il retrouve devant l’hôtel l’inspecteur Lestrade et son adjoint Flipo. Les hommes dégagent l’entrée de manière brutale en défonçant la porte à l’aide du camion des pompiers. Efficace sauf pour Oscar Lecoq, l’un des universitaires, qui se trouvait derrière celle-ci et fut aplati avec. Ce détail mis de côté, la fouille des lieux peut débuter. Mais point d’universitaires à l’horizon… « Où étaient passés les participants au colloque , Lestrade et Poséidon se posèrent la question ; Flipo et Rigatelli leur apportèrent la réponse. En criant très fort, depuis les cuisines. En effet, le caporal, qui avait ressenti les signes avant-coureurs d’une grosse fringale, avait demandé au directeur s’il n’avait pas quelque chose à lui mettre  sous la dent. celui-ci fut ravi de faire visiter ses cuisines ultramodernes. Tout se passa à merveille jusqu’à ce que Flipo réclame de la charcuterie. Car il fallut alors ouvrir la chambre froide, où il y avait du saucisson vaudois, de la viande des Grisons, et du cadavre d’universitaire. Dix corps bien alignés. De quoi calmer les envies de charcutaille. » L’enquête de l’inspecteur Lestrade peut alors commencer.

Le dernier livre de J.M. Erre est un véritable baume de bonne humeur. Les traits d’esprit, l’humour de l’auteur sont un régal. J.M. Erre mélange l’univers de Sherlock Holmes et celui d’Agatha Christie puisque « Le mystère Sherlock » s’inspire de l’intrigue « Des dix petits nègres ». Plongés dans un espace clos, dix universitaires, complètement farfelus voire franchement barrés, se disputent la chaire d’holmésologie. J.M. Erre se moque gentiment de l’univers des universitaires et de leurs théories capilotractées. Les thèses défendues sont très variées et toutes plus ridicules les unes que les autres. Elles vont de « Sherlock Holmes contre les huîtres, analyse psychotextuelle d’une phobie alimentaire », à Sherlock est le père d’Arsène Lupin ou bien encore Mme Hudson est la compagne de Holmes. Car pour nos universitaires, alignés bien sagement dans le réfrigérateur de l’hôtel Baker Street, Sherlock Holmes a réellement existé et Conan Doyle n’était que son agent littéraire. La frontière entre la réalité et la fiction est devenue quelque peu poreuse pour ces intellectuels en pleine décomposition.  derrière la blague, J.M. Erre explore la puissance de la littérature et la création d’un mythe. Il ne pouvait choisir meilleur exemple que celui de Sherlock Holmes qui échappa à sonauteur. Conan Doyle fut obligé de ressusciter son détective face à la fureur de ses lecteurs. Un personnage qui dépasse son créateur et continue à nourrir l’imaginaire littéraire.

« Le mystère Sherlock » est un livre hilarant que je ne saurais trop vous conseiller de lire. Une excellentissime lecture qui fait un bien fou au moral. Une dernière citation pour finir de vous convaincre : « Un meurtre sans chichis, un peu classique sans doute, mais ce besoin d’originalité à tout prix qui est la marque de notre époque n’est-il pas le signe d’une société désorientée ? Le meurtre moderne, c’est un peu comme la nouvelle cuisine : on va chercher des influences un peu partout, on fait des mélanges et, neuf fois sur dix, on est déçu. Là, on avait un bon vieux crime à l’ancienne, une valeur sûre. Le surin dans le palpitant, c’est le pot-au-feu du meurtre. »

Un immense merci à Bénédicte aux éditions Buchet-Chastel pour ce grand moment de rigolade littéraire.

L'énigme du mort-vivant de Raoul de Warren

Le 24 décembre 1943, une force irrépressible amène devant l’église de St Merri , trois personnes qui ne se connaissent pas : Charles de Tornebut, Laurence Frésolle et Michel Drouin. Ils n’avaient pas prévu de se rendre dans le marais, Charles était même en route pour les sports d’hiver. Et pourtant ils sont là au même instant, à 23h18 précises. C’est alors que rugissent les sirènes avertissant d’une attaque ennemie. La cave adjacente à l’église St Merri sert d’abri et Charles, Laurence et Michel y descendent. Malencontreusement ils s’y retrouvent enfermés. En cherchant à sortir de la cave, ils découvrent une surprenante inscription. Trois dates y étaient inscrites : le 25 décembre 1783, le 25 décembre 1863 et le 25 décembre 1943, suivies à chaque fois par quatre noms : Michel-Laurence-Charles-Adolphe. La panique gagne alors les trois jeunes gens, que signifie cette inscription ? Quel est ce rendez-vous qui réunit les mêmes personnes à 80 ans d’intervalle ? Qui est Adolphe ? Charles, Laurence et Michel n’auront de cesse d’enquêter tant que la vérité ne sera pas mise à jour.

Raoul de Warren est un auteur quelque peu oublié, historien de formation, qui écrivit en 1947 « L’énigme du mort-vivant ». L’intrigue de ce premier roman est extrêmement bien construite et originale. Elle distille l’angoisse au compte-goutte car l’enquête des trois personnages principaux avance lentement. Raoul de Warren mélange le mystère, le dédoublement des personnages et l’histoire. Laurence, Michel et Charles vont se rendre compte qu’un personnage relie leur histoire : Joseph Balsamo comte de Cagliostro. Cet homme s’est rendu célèbre au XVIIIème siècle et il fut notamment impliqué dans l’affaire du collier de la reine qui entacha l’honneur de Marie-Antoinette. Mais Cagliostro était également connu comme alchimiste réalisant de prétendus miracles. Raoul de Warren exploite cette dimension du personnage et particulièrement ses recherches sur la vie éternelle. Il faut noter que Cagliostro est un personnage hautement romanesque puisque son histoire a  également inspiré Alexandre Dumas, Gérard de Nerval, Goethe et Maurice Leblanc avec sa comtesse de Cagliostro qui croise régulièrement Arsène Lupin.

« L’énigme du mort-vivant » oscille sans cesse entre réalité et surnaturel. Chaque réponse à un mystère en fait apparaître un autre. On suit avec inquiétude les découvertes de nos trois héros. L’histoire est vraiment prenante et vous empêchera de reposer le livre avant la dernière page !

Merci à Babelio pour cette découverte.

L'énigme du mort-vivant par  Raoul de WarrenRaoul de Warren

Critiques et infos sur Babelio.com