Easter parade de Richard Yates

Sarah et Emily Grimes sont nées dans les années 30 et leurs parents divorcent lors de leur enfance. Les deux soeurs vivent avec leur mère, frivole et s’occupant plus de son allure que de l’éducation de ses enfants : « Esther Grimes, dite Pookie, était une petite femme séduisante dont l’existence semblait consacrée à la quête et à la conservation d’un idéal qu’elle appelait « le style ». Elle dévorait les magazines de mode, s’habillait avec goût et essayait toutes sortes de coiffures, mais elle avait toujours cette lueur perplexe dans le regard et n’avait jamais vraiment su comment empêcher son rouge de déborder, ce qui lui donnait un air hésitant, mi-hébété, mi- vulnérable. Comme elle trouvait davantage de classe aux riches qu’aux gens de catégorie sociale moyenne, elle éduquait ses filles en aspirant aux attitudes et aux manières des nantis. » Sarah et Emily vivent donc dans un monde rêvé par leur mère. Dans leur imagination, les deux fillettes réinventent et grandissent leur père : elles le voient grand journaliste alors qu’il n’est que correcteur des titres du Sun. Leur enfance loin de la réalité décidera probablement de leurs destinées à la fois opposées et au final très semblables.

Lecteurs optimistes, passez votre chemin, l’univers de Richard Yates n’est pas pour vous et il nous le dit dès l’ouverture de son roman : « Aucune des deux soeurs Grimes ne serait heureuse dans la vie, et à regarder en arrière, il apparaît que les ennuis commencèrent avec le divorce de leurs parents. » Les deux soeurs choisissent des vies très différentes. Sarah, l’aînée, choisit une vie adulte conformiste : elle se marie très tôt, fait des enfants, vit à la campagne et ne travaille pas. Elle rêvait du grand amour qui dure éternellement et finira par noyer sa désillusion dans l’alcool. Emily refuse de rentrer dans le moule prévu pour les femmes dans les années 50. Elle est une petite soeur d’April Whealer, l’héroïne du chef-d’oeuvre de Richard Yates « La fenêtre panoramique », elles ont toutes deux de grands rêves anticonformistes et d’indépendance. Pour Emily, l’illusion dure quelque temps : elle travaille, organise des fêtes dans son appartement, passe d’homme en homme. Après deux mariages, plusieurs déménagements, une carrière qui stagne, Emily n’est pas plus satisfaite de sa vie que Sarah. La cadette a pourtant tout fait pour s’éloigner de sa soeur et ne pas lui ressembler. Les relations entre Sarah et Emily se distendent au fil des années mais toutes deux finissent déçues par leur vie et terriblement seules. Richard Yates se concentre sur le destin d’Emily qui semble plus prometteuse, plus indépendante et plus solide. La chute, la désillusion n’en sont que plus rudes. Comme dans « La fenêtre panoramique », le constat de Richard Yates est cruel et désenchanté. Les portraits des deux soeurs et de leur époque sont rendus avec beaucoup de justesse.

Moins fort que « La fenêtre panoramique », « Easter parade » est néanmoins un beau roman empli de tristesse et d’aigreur. L’écriture de Richard Yates fait encore merveille et l’empathie est totale avec Sarah et Emily. Le pessimisme a parfois du bon.

 

Tendre est la nuit de Francis Scott Fitzgerald

Après avoir lu « Accordez-moi cette valse » de Zelda Fitzgerald , je me suis penchée sur « Tendre et la nuit » où Francis Scott évoque sa vie de couple.

Dans la première partie de « Tendre est la nuit », nous suivons une jeune actrice du nom de Rosemary. Elle est en vacances sur la Riviera avec sa mère. Rapidement, elle se lie d’amitié avec Dick et Nicole Diver. Le couple possède une maison sur la côté d’Azur où il attire tous leurs amis pour l’été.  Le couple polarise tous les regards et symbolise totalement les années folles. « Chez les Diver, l’horaire de chaque journée avait été conçu, comme dans les civilisations les plus anciennes, pour profiter au maximum de tout ce qui s’offrait et savourer pleinement le passage d’une activité à une autre. «  Les Diver sont un tourbillon étincelant qui entraînent tous les autres à leur suite. Ils semblent perpétuellement inspirés, fourmillant d’idées pour amuser et distraire leur suite. La jeune Rosemary Hoyt ne peut que succomber au charme du couple et surtout à celui de Dick : « Quant à Dick Diver – ah ! c’était la perfection même. Elle l’admirait en silence. Un teint délicatement roux, hâlé par le grand air, des cheveux coupés court, qui avaient la même couleur – et qu’on retrouvait, en toison légère, sur les mains et les bras. Des yeux d’un bleu intense, presque blessant. Un nez plutôt pointu. On savait toujours à coup sûr qui il regardait et à qui il parlait – marque d’attention particulièrement flatteuse, car qui vous regarde vraiment ?  » Rosemary va suivre le couple jusqu’à Paris où elle va commencer à pressentir la fêlure derrière le couple parfait.

La deuxième partie du roman va nous révéler cette faille chez les Diver, tandis que la troisième nous montrera le délitement du couple. Comme ce roman est en partie autobiographique, on se doute assez vite que Nicole a des soucis d’ordre psychologique. Dick est un jeune psychiatre lorsqu’il rencontre Nicole. Il fait l’erreur de penser qu’il peut la sauver en l’épousant. Il y dépense beaucoup d’énergie, il tente par tous les moyens de distraire sa femme. C’est pour cela que les Diver passent leur temps à voyager d’un endroit à un autre. C’est pour cela aussi, qu’ils sont sans cesse entourés d’amis, de pique-assiettes. Mais cette multitude de mondanités monte rapidement à la tête de Dick qui tourne en rond et ne peut s’accomplir. La douleur de Dick est déchirante, il sent qu’il gâche sa carrière et qu’il n’arrive plus à aider Nicole. Dick, c’est bien entendu le double de Francis Scott et sa douleur est la sienne. On l’imagine perdu, impuissant face à la détresse de Zelda. Le désespoir de cet homme est terriblement poignant.

Ce qui fait également la grande force des livres de FS Fitzgerald est son style. Le ton du roman s’assombrit au fur et à mesure des différentes parties. On passe d’une humeur légère, brillante au début à une mélancolie de plus en plus marquée. Comme dans « Gatsby le magnifique », les années du couple Diver se couvrent d’amertume. L’indépendance voulue par Nicole est décrite de manière poignante : « Elle se battit sauvagement, courageusement, avec tous les vieux débris de faïence, de cartons, de bouteilles, tous les emballages devenus inutiles des affronts, des erreurs, des péchés qu’elle avait expiés. En l’espace de deux minutes, elle affermit définitivement son triomphe, se disculpa vis-à-vis d’elle-même, sans mensonges ni faux-fuyants, coupa elle-même, à jamais, le cordon ombilical. Puis, les jambes tremblantes, sanglotant sans bruit, elle regagna cette maison, qui lui appartenait enfin. » Toute la complexité de l’âme et ses revirements sont décrits dans cette phrase. FS Fitzgerald a l’art de décrire les affects de manière poétique.

« Tendre est la nuit » est la confirmation de l’immense admiration que je porte à Francis Scott Fitzgerald. J’avais beaucoup aimé « Accordez-moi cette valse » qui était très touchant. Mais il est bien évident que le talent du mari est inégalable. Son style musical, mélancolique emporte le lecteur. L’analyse psychologique des personnages, l’intelligence de la construction sont les marques d’un grand écrivain. Je vous préviens, une fois commencé « Tendre est la nuit », vous ne voudrez plus le lâcher et Francis Scott Fitzgerald entrera dans votre panthéon d’auteurs favoris.

Le vin de la jeunesse de John Fante

Ce mois-ci le thème du blogoclub était l’enfance. Les participants ont choisi de lire l’excellent et unique livre de Harper Lee : « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ».  L’ayant déjà lu, j’ai choisi le livre pour lequel j’avais voté, à savoir « Le vin de la jeunesse » de John Fante.

Ce livre est un recueil de nouvelles qui a été publié après le décès de l’auteur. Elles sont divisées en deux parties. Le premier ensemble est plus cohérent et apparaît clairement autobiographique. Le deuxième est constitué de nouvelles toujours sur le thème de l’enfance mais elles sont plus tournées vers la fiction. Une petite critique au passage, les deux dernières nouvelles du recueil me semblent assez incongrues. Dans « Le rêveur », le narrateur-écrivain est adulte et aide son voisin à conquérir une femme. Dans « Helen, la beauté est à moi », la narrateur est un ouvrier philippin ce qui nous éloigne de l’auto-fiction des premières nouvelles, et de l’enfance.

Dans les autres nouvelles, John Fante nous raconte sa vie d’enfant d’immigrés italiens dans le Colorado. Certaines thématiques se retrouvent dans ce recueil. La première d’entre elles est bien entendu la famille et surtout les parents. Le père était maçon, travailleur dur au mal. Mais tous les hivers, il se retrouve sans emploi, le froid gèle le mortier. Lui si dynamique, se retrouve coincé chez lui à tourner en rond. Cet état des choses le rend violent et il s’en prend à toute la famille. Pour s’occuper, il boit, beaucoup. Dan Fante, le fils de John, parle d’ailleurs de l’alcool comme une donnée génétique chez les hommes de la famille ! Ce père irascible, menant la vie dure à sa famille pendant les mois d’hiver, est néanmoins présenté avec beaucoup de tendresse par son fils. On devine la crainte mais aussi l’amour, l’admiration. La mère est d’ailleurs, par moments, traitée avec moins de considération. Les enfants l’imaginent comme la raison de la violence du père. Ils aimeraient la voir plus tendre, plus compréhensive. Mais on sent également que l’enfant qui nous raconte sa vie a pris du recul et qu’une fois adulte il a eu de la compassion pour sa mère. Les plus beaux passages de ce recueil sont consacrés à cette femme brisée par le travail quotidien, qui a ruiné sa beauté pour ses enfants et son mari bien souvent ingrats. Voici comment John Fante parle de sa mère, le passage se situe après une dispute avec le père : « Alors, tous en même temps, nous avons senti ça dans notre dos, et avant de nous retourner pour la regarder nous avons compris toute la souffrance accumulée derrière nous, qui nous submergeait, et nous nous sommes retournés en même temps, et elle était là qui nous regardait, elle semblait âgée d’un million d’années, Mamma, notre mère, et nous ses enfants avons senti son coeur brisé, elle était debout sur le seuil de la cuisine, son tablier masquant la douleur de ses mains usées, des petits ruisseaux de beauté évanouie descendant lamentablement ses joues ravagées. » Toute la douleur d’une vie est ici révélée par ces quelques mots émouvants.

L’autre grand thème du recueil est bien-sûr la religion, John Fante n’était pas d’origine italienne pour rien ! Le catholicisme a une place centrale dans l’éducation de notre narrateur. Sa mère voulait devenir nonne lorsqu’elle était jeune, elle oblige donc ses enfants à aller à l’église. Le rapport de Fante au christianisme est très ambigu. D’un côté, il aime la messe, la communion et est très imprégné par le discours des prêtres. De l’autre, c’est un enfant turbulent, bagarreur, pauvre qui est tenté par le vol. Mais les mauvaises actions sont toujours accompagnées d’une forte culpabilité et d’une volonté de se confesser. Cela donne lieu à des scènes et des raisonnements très cocasses : « D’ailleurs un péché de plus ou de moins ne ferait pas grande différence, car j’avais déjà commis un péché mortel en souhaitant du mal à un prêtre. Un péché mortel était aussi mortel que vingt péchés mortels. Je veux dire qu’il suffit d’en commettre un seul pour se retrouver en enfer aussi vite que si on en commet vingt. C’est écrit noir sur blanc dans le catéchisme. »

D’autres thématiques traversent les nouvelles comme la honte d’être un fils d’immigrés italiens ou encore le baseball dont Fante était un grand fan. Mais je ne peux pas les aborder toutes ici. Encore une fois, je suis sous le charme du talent de conteur de John Fante, de la fraîcheur et du naturel de son écriture, de son humour. Se rajoute à tout cela une véritable émotion. John Fante nous raconte ses souvenirs d’enfance de manière extrêmement touchante et j’en suis ressortie fort émue.

 

La vie secrète de Walter Mitty de James Thurber

James Thurber (1894-1961) est peu connu en France, il était chroniqueur, illustrateur, humoriste et était l’un des piliers de la célèbre revue « The New Yorker ». Je dois la découverte de cet auteur à l’émission de France 5 « La grande librairie » qui a fait lire à l’inénarrable Jean Rochefort la nouvelle éponyme de ce recueil.  L’originalité et la drôlerie de celle-ci m’ont immédiatement séduite.

Le livre, publié par les éditions Laffont, est constitué de 22 nouvelles et de 6 fables. Le point commun de ses histoires est l’humour, l’absurde parfois et des situations très souvent loufoques. Les personnages de James Thurber sont très fréquemment confrontés à un quotidien qui les dépasse ou qui les ennuie. Certains décident alors de transcender leur vie. C’est le cas dans l’hilarante « Vie secrète de Walter Mitty ». Celui-ci fait des courses avec sa femme mais l’ordinaire de la situation ne lui suffit pas. Il devient alors successivement commandant d’un navire, chirurgien, accusé d’un meurtre et capitaine. L’imagination débordante de Walter Mitty le sauve de la monotonie du quotidien. C’est la même chose avec le héros de « L’amiral sur la bicyclette ». Il voit la réalité de manière très décalée suite à l’accident survenu à ses lunettes et il prend goût à sa nouvelle vision du monde qui l’entoure : « Celui dont la vue est parfaite est enfermé dans le monde de tous les jours, il est prisonnier de la réalité, il est aussi perdu dans l’Amérique de 1962 que Robinson sur son île déserte. Celui qui a un oeil de lynx ne voit pas la vie avec les contours estompés  qui me la rendent si attrayante. »

Un autre grand thème traité par les nouvelles de Thurber est la vie de couple et ses affres. Différentes sortes de couple s’offrent à nous. Nous avons à faire à un couple fusionnel dans « Le trottoir dans le ciel » puisque Dorothy Deshter finit systématiquement toutes les phrases de son mari ! Elle ira jusqu’à le corriger lorsqu’il raconte ses rêves… Un autre couple se met en péril dans « La séparation des Winship » car ils ne peuvent se mettre d’accord sur le talent d’actrice de Greta Garbo. En effet, le mari trouve que Donald Duck a beaucoup plus de talent que Greta… Le summum des problèmes de couple est atteint dans « Mr Preble se débarrasse de sa femme ». Le mari veut ici tout simplement enterrer son épouse dans leur cave afin de profiter de sa maîtresse. Mrs Preble est au courant et réagit de manière assez incongrue. Son mari lui ouvre la porte de la cave et elle répond : « – Brr ! dit Mrs Preble, en commençant à descendre les marches. Il fait rudement froid là-dedans. C’est bien de toi d’avoir une idée pareille à cette époque de l’année ! Un autre mari que toi aurait enterré sa femme en été. »

Je ne peux malheureusement pas détailler toutes les nouvelles de ce recueil mais j’aimerais encore en citer trois parmi mes préférées. « Le plus grand homme du monde » nous parle de la vanité, de l’orgueil et du ridicule de la célébrité et des honneurs. Le plus grand homme du monde est ici le type le plus insupportable qui soit ! « Imprudents voyageurs » tourne en ridicule les guides de voyage qui, si on les suit à la lettre, ne nous font pas passer de si bonnes vacances que cela. Enfin, ma nouvelle préférée est « Le mystère du meurtre de Macbeth » qui est une relecture de la pièce de Shakespeare à la manière d’un roman policier. « (…) D’abord, je ne crois pas une seconde que ce soit Macbeth qui a fait le coup. » Une nouvelle digne de Pierre Bayard !

Je vous recommande chaudement la lecture de ce recueil de nouvelles du malheureusement méconnu James Thurber. Après l’avoir lu, le quotidien vous apparaîtra sous un autre angle !

Une bien étrange attraction de Tom Robbins

Tom Robbins est un écrivain à part. Un de ces auteurs américains hallucinés que je rapprocherais d’autres doux dingues tels que Richard Brautigan, John Fante, Charles Bukowski, Tristan Egolf ou John Kennedy Toole pour leur anticonformisme et leur subversion. Ses livres bousculent les codes figés de la société capitaliste, et pour ce faire mettent en pièces les règles de la fiction romanesque classique. La forme rejoint le fond, et vice-versa. J’ai lu il y a presque un an « Féroces infirmes » (il n’est plus disponible, comme tous les livres de Robbins, chez 10/18, à quand une réédition ?), l’histoire délirante d’un agent de la CIA libertaire (!), aux prises avec une étrange malédiction (ses pieds ne peuvent plus toucher le sol sous peine de mort) et avec la mystérieuse troisième prophétie de la Vierge Marie lors de son apparition à Fatima. « Une bien étrange attraction » est son premier roman, sorti en 1971 aux Etats-Unis, et édité récemment en français par les éditions Gallmeister. On les en remercie.

Amanda, jeune femme adepte de la nature et férue de papillons, voyante pratiquant la transe, « sorte de version moderne de déesse de la fertilité et de la nature » (dixit Robbins dans la postface), rencontre John Paul Ziller, magicien, musicien et sculpteur. Ils tombent amoureux. Nous sommes dans les années 60, dans l’extrême nord-ouest américain. Après avoir bourlingué tous deux dans le Cirque Indo-tibétain & le Gipsy Blues Band du Panda Géant, ils ouvrent une « attraction de bord de route », la Réserve naturelle et Stand de Hot Dogs du Mémorial du Capitaine Kendrick (ces noms sont tout un poème !), à la fois zoo et restaurant, et s’y installent avec le fils d’Amanda, Baby Thor (aux yeux électriques), et Mon Cul, le babouin de Ziller. Les y rejoint bientôt Marx Marvelous, jeune prodige scientifique en proie au doute existentiel, attiré par ce couple en qui il voit les créateurs d’une nouvelle religion. Tout irait pour le mieux si un ami de Ziller, Plucky Purcell, fils de bonne famille, ancien footballeur et dealer, n’était entré en possession d’un corps (le Corps !) – véritable bombe pour l’humanité s’il venait à être divulgué -, et n’était venu le cacher chez le couple.

Robbins donne dans la fantaisie échevelée, certes, mais ses histoires sont aussi l’occasion d’aborder des réflexions sur la philosophie, la religion, la spiritualité, la science, la nature, le sexe, d’où ressort sa prédilection pour un hédonisme solaire, pour un mysticisme joyeux. L’homme heureux est celui qui est en phase avec les autres et son environnement, qui se sent en accord avec le cosmos. Pour y parvenir, il faut lutter, car la négativité est partout à l’œuvre. Créer, ou recréer en nous cette « Infinie Loufoquerie » chère à Amanda peut nous aider à éloigner de nous l’instinct de mort et les passions tristes. Robbins sait par son style psychédélique, ses images (Robbins est le roi de l’image), sa description de la Skagit Valley – véritable paysage chinois au cœur de l’Etat de Washington -, retranscrire cet amour de la vie et de la liberté. N’est-il pas appelé l’ « écrivain le plus dangereux du monde » ? On aime ou on déteste. Mais ce qui est sûr, c’est que rien ne vous avait préparé à ça.

 

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Les sortilèges du Cap Cod de Richard Russo

Jack Griffin, le héros du dernier roman de Richard Russo, est en route pour le Cap Cod où doit avoir lieu le mariage de Kelsey, la meilleure amie de sa fille Laura. Jack et sa femme Joy partent habituellement en vacances au Cap Cod mais cette année il est parti en avance, sans elle. Le cap est un lieu privilégié dans la vie de Jack. Il y a passé toutes ses vacances d’enfant. Ses parents, des universitaires aigris, ne juraient que par le Cap Cod qui leur permettait d’oublier leur « Midwest de merde ». Ils n’ont pas eu d’affectations dans de prestigieuses universités, n’ont pas atteint la haute respectabilité à laquelle ils aspiraient et leur mariage est un perpétuel mensonge. Le seul moment où ils semblent apaisés est celui des vacances au Cap. Le voyage de Jack Griffin fait remonter les souvenirs d’enfance, d’autant plus qu’il a les cendres de son père dans sa voiture. Il cherche le lieu idéal pour les disperser depuis des mois sans arriver à le faire. Les réflexions de Jack dépasseront rapidement le cadre de son enfance pour arriver à une totale remise en cause de son couple.

J’ai découvert Richard Russo grâce aux « Sortilèges du Cap Cod » et au festival America de Vincennes. J’ai été totalement séduite par cette histoire de couple douce-amère à l’écriture particulièrement fluide. A 60 ans, Jack questionne les fondements de son mariage, quels étaient ses désirs 40 ans plus tôt ? Jeune homme, il écrivait des scenarii à Los Angeles, sa vie était insouciante et surtout très loin de la vie de ses parents universitaires. Son mariage avec Joy lui a fait changer de vie, lui a fait échanger la légèreté de la Californie pour les responsabilités et le confort. Il est devenu professeur dans une université, a eu une fille et aujourd’hui il a la sensation de ne rien avoir choisi : « Ce n’était pas comme s’il s’était lassé de leur belle vie, de leur beau mariage. Là, ce serait grave. Même s’il devait admettre qu’en dépit des efforts de Joy, il considérait que la maison appartenait plus à elle qu’à eux deux, comme s’ils avaient divorcé et qu’elle en était devenue la propriétaire exclusive. C’était la sienne pour la simple raison qu’elle la rendait heureuse. Elle avait eu ce qu’elle voulait. Etait-il possible que son contentement soit la cause réelle de son cafard à lui ? Cette faculté qu’elle avait de garder ses désirs intacts ? Etait-ce un défaut ? » Jack se pose les questions que chacun finit par se poser : où sont passés les rêves de jeunesse ? Les compromis consentis n’ont-ils pas fini par éteindre tous désirs ?

A ces questions vient se rajouter celle de la famille, des parents. Finalement le thème central du livre de Richard Russo est l’influence des parents sur nos vies d’adulte. Jack ne supporte pas la famille de sa femme et l’importance de celle-ci dans leur vie. Joy aime ses parents, elle en est très proche et cela perturbe beaucoup son mari qui n’a connu qu’une famille dysfonctionnelle. Jack finit par trouver que la famille de Joy prend trop de place dans leur vie. Mais à travers son périple vers le Cap Cod, Jack Griffin va prendre conscience de la place de ses propres parents dans sa vie. Son histoire ressemble de plus en plus à la leur et malgré les mésententes, leurs ombres planent constamment sur ses décisions. Comment se débarrasser de l’emprise de ses parents et dépasser les souvenirs d’enfance ?

« Les sortilèges du Cap Cod » pose de très nombreuses questions sur le couple et la famille. Richard Russo dit d’ailleurs ne pas y avoir répondu ! En effet, ce sont des questions universelles auxquelles chacun doit trouver ses propres réponses. Les personnages de ce roman sont très attachants et j’ai pris grand plaisir à lire les affres de leur couple.

Merci à Blog-o-Book pour cette découverte.

Les boucanières de Edith Wharton

« Les boucanières  » est le dernier roman de Edith Wharton, elle le laissa inachevé à sa mort en 1937. Il fut terminé par Marion Mainwaring, spécialiste de l’écrivain, grâce à un synopsis détaillé. Cette dernière oeuvre est une fresque se déroulant entre 1873 et 1877.

L’histoire s’ouvre à Saratoga, à l’hôtel Grand Union où séjournent les familles St George et Elmsworth. Les mères de ces deux familles pensent à l’avenir de leurs filles, à leur entrée dans le monde. Virginia St George, d’une beauté saisissante, Lizzy et Mabel Elmsworth ont hâte d’exposer leurs atours et de commencer leur vie de femmes. Nan St George est la plus jeune, elle s’inquiète plus de l’arrivée de sa nouvelle gouvernante que de ses toilettes. Miss Testvalley, la gouvernante, vient d’Angleterre et sa présence va modifier la vie des petites américaines. Grâce à elle, Conchita Closson, l’infréquentable amie de Nan car brésilienne et ayant une mère divorcée, épouse un lord : Sir Richard Marable. Les cinq filles partent alors dans l’ancien monde pour le conquérir et élever leur niveau social. Les cinq boucanières se serrent les coudes, se soutiennent face à un monde codifié et peu indulgent.

Suivant une thématique chère à son ami Henry James, Edith Wharton confronte l’ancien et le nouveau monde. C’était déjà le cas dans « Le temps de l’innocence » mais c’est le vieux continent, incarné par  la comtesse Olenska, qui venait s’installer dans le nouveau monde. Ici nos cinq boucanières viennent à Londres avec la ferme intention de se trouver des maris dans la haute société. Ce monde figé et corseté est assez surpris par l’attitude de ces jeunes femmes libres et pétillantes. Les vieilles ladies acceptent mal le peu de retenue des américaines. C’est le cas de la mère de Sir Richard Marable qui n’admet pas l’agitation de sa bru, Conchita. Une amie lui explique alors : « N’oubliez pas qu’il leur manque l’exemple que seule une cour royale peut donner. Mais certains d’entre eux apprennent très vite à se conduire. » Les cinq boucanières s’adapteront d’ailleurs plus ou moins à la rigidité de l’arictocratie anglaise. Conchita est la première à épouser un lord mais son mariage est rapidement catastrophique puisque son mari ne sait faire que des dettes. Virginia épouse le comte Seadow, futur marquis, et prend son rôle très à coeur. Son ambition sociale dévorante l’amènera à ignorer les souffrances de sa soeur. Lizzy Elmsworth se marie à un homme politique qui, grâce à l’intelligence de sa femme, est appelé à devenir premier ministre. Mabel Elsmworth est la seule à épouser un américain mais qui est multimilliardaire. Enfin, Nan épouse le duc de Tintagel mais le mariage ne dure pas. Il s’agit d’un malentendu, le duc épouse Nan car elle se moque de son titre, elle est fraîche et naïve. Nan se croit dans un poème du moyen-âge ou dans la légende du roi Arthur. Sa sensibilité exacerbée ne cadre pas avec la froideur, la rigidité des moeurs ducales. L’incompréhension entre les deux mondes est totale. Les hommes ne sont d’ailleurs pas à la hauteur dans ce roman et le duc de Tintagel ne fait pas exception. Séduits par la beauté, la vivacité et l’énergie des américaines, ils sont ensuite bien incapables de les comprendre.

Mais Edith Wharton est plus clémente avec Nan St George qu’avec Newland Archer dans « Le temps de l’innocence ». Ce dernier se pliait aux volontés de son monde, de son clan. Il épousait May Welland comme le souhaitait sa famille alors qu’il aimait la comtesse Olenska. Nan ne sacrifie pas sa vie pour faire plaisir à sa mère ou sa soeur. Son bonheur passe avant le rang social et elle n’hésite pas à demander le divorce au duc de Tintagel. Bien entendu, le geste n’est pas sans conséquence puisqu’elle doit quitter l’Angleterre et subir la désapprobation de sa famille. Mais Nan, la rêveuse, est prête à payer ce prix pour réussir sa vie personnelle. La vie de Edith Wharton n’est sans doute pas étrangère au dénouement « Des boucanières ». Après avoir épousé Edward Robin Wharton à l’âge de 23 ans, elle divorce en 1913 et trouve l’amour à Paris auprès du journaliste Morton Fullerton. A l’époque, elle est une des rares femmes à être libérée du joug du mariage. Il semble qu’elle ait eu envie de libérer également ses personnages !

« Les boucanières » est un roman sublime, le talent de Edith Wharton y est à son apogée. Son écriture délicate, subtile fait merveille. L’auteur jette un regard nostalgique et ironique sur l’ancien et le nouveau monde. C’est avec un immense plaisir que j’ai suivi les péripéties de nos cinq boucanières et admiré une nouvelle fois la richesse de l’univers de Mrs Wharton.

Merci aux Editions Points et à Jérôme.  points.jpg

Pour voir tous les articles du Challenge Edith Wharton, c’est ici :

 

 

 

Sister Carrie de Theodore Dreiser

Théodore Dreiser est considéré comme le père de l’école naturaliste américaine en littérature. Son premier roman paru en 1900 s’attachait en effet à décrire le poids du déterminisme social dans la conduite des destinées humaines, à la manière d’un Zola. Et comme ce dernier, c’est dans les couches populaires de la société qu’il puise la matière de ses livres.

Caroline Meeber, « Sister Carrie » pour sa famille, jeune fille pauvre, quitte Columbia City et ses parents pour aller chercher une vie meilleure à Chicago. Elle habite chez sa sœur et son beau-frère dans un modeste appartement. Commence alors pour Carrie une longue déambulation dans les rues de Chicago, à la recherche d’un travail, véritable parcours du combattant pour une jeune provinciale sans expérience. Elle finit par se faire embaucher comme manœuvre dans une fabrique de chaussures. Mais Carrie, éblouie par le tourbillon de la vie de la grande ville alors en plein essor, avide d’aisance et de biens matériels, se morfond dans cette vie médiocre. C’est alors qu’elle croise Charles Drouet, voyageur de commerce coureur, frivole et charmeur qu’elle a rencontré dans le train qui l’amenait à Chicago. Le jeune homme la séduit et s’installe avec elle. La situation de Carrie s’améliore.

« Sister Carrie » fut considéré comme un roman immoral, à tel point que Dreiser dut même batailler contre son éditeur pour le faire publier. Carrie, intelligente et belle, se sert des hommes pour s’élever socialement. Et n’hésite pas à s’en séparer lorsqu’ils ne sont plus qu’un obstacle à ses ambitions. Pas de sentiments nobles et élevés chez Dreiser, mais l’évocation des aspects les plus triviaux et vils de la condition humaine. Il ne faut cependant pas voir en Carrie un personnage abject. Elle est bien plutôt la victime de cette recherche de réussite sociale et matérielle qui la fait passer à côté de l’essentiel. 

Les premières pages du livre sont jalonnées de considérations philosophiques qui alourdissent le propos. Mais très rapidement le texte se resserre sur l’intrigue et l’évolution des personnages. Dreiser nous entraîne dans le Chicago de la fin du XIXème siècle, entre ses quartiers résidentiels en construction et ceux du commerce en gros et des usines. Il nous offre une virée sur Broadway, à New-York, artère clinquante et festive, où l’on vient se promener comme à la parade. Mais il nous montre également la misère noire des laissés pour compte, les soupes populaires et les refuges miteux. Dans l’Amérique de Dreiser, les rapports sociaux sont impitoyables et la lutte acharnée pour grappiller une part du rêve. Malheur aux vaincus ! Produit de son époque et de sa culture, Carrie n’échappe pas à la quête frénétique du succès. Elle ne fait pourtant que poursuivre une chimère, comme elle en fera l’amer constat. C’est sans doute cette critique acerbe du credo américain qui indigna le plus les critiques à la sortie du livre. Pour le lecteur français d’aujourd’hui, « Sister Carrie » est avant tout une œuvre puissante, passionnante, moderne et désenchantée.

Winter de Rick Bass

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« Il y a des gens qui veulent du fric, d’autres qui veulent des caribous. Il faut bien prendre position et se ranger d’un côté ou de l’autre. » Voilà le constat que tire Rick Bass après avoir passé plusieurs mois dans la ville de Yaak dans le Montana. Après avoir traversé les Etats-Unis à la recherche d’un endroit où se poser, Rick Bass et sa compagne Elizabeth atterrissent au fin fond du Montana. Yaak est une ville sans électricité, sans téléphone, sans route pavée, loin de toute civilisation en somme ! Rick et Elizabeth ne pouvaient pas mieux tomber puisqu’ils cherchent le calme afin d’écrire pour l’un et peindre pour l’autre. « Winter » est le journal de l’installation du couple dans son chalet, surtout la façon dont ils passèrent leur premier hiver dans cette rude contrée. Rick est très inquiet par l’arrivée de cette saison qui isole, qui désole les paysages comme les hommes. Même les habitants s’en méfient : « C’est de cela qu’ils parlent surtout quand ils évoquent l’hiver : le silence. Jim Kelly, un garde forestier à la retraite (…) me dit qu’il lui arrivait d’enfiler ses raquettes et de partir en courant dans les bois, montant tout en haut du mont Hensley Face avant d’en redescendre, soit un parcours de plus de 16 kilomètres, uniquement pour avoir quelque chose à faire.  » Rick et Elizabeth ne s’attendaient pas à une telle rigueur mais ils ont le temps de s’y préparer. Rick s’y emploie avec ardeur et pourrait sans mal devenir bûcheron professionnel ! C’est d’ailleurs dans ces passages que j’ai été le moins convaincue par ce récit. Rick Bass ne nous épargne pas toutes les explications techniques concernant sa tronçonneuse et je sais désormais ce qu’est un guide-chaîne et comment le changer !

Mais face à cela, Rick Bass défend des idées qui me sont chères. Il est un admirateur de la nature et de ses animaux et en parle avec ferveur et poésie. La vue d’un nouvel animal l’enchante positivement et il se désespère de voir certaines espèces disparaître (c’est le cas des caribous). Son constat est sans appel, notre société ultra-libérale et consumériste est à l’origine de la destruction de la nature. La déforestation est au coeur du problème à Yaak. « Yaak proprement dit est juste à la frontière canadienne, sur les bords de Yaak River, qui est un fleuve ravissant et lent, dont les méandres serpentent au milieu des saules et des prairies. On voit souvent des orignaux y barboter, mais il n’y a guère de poissons. Un déboisement massif, à l’extrémité nord de la vallée, a englouti des sédiments dans le fleuve, ce qui fait que même si l’eau est restée limpide, un bon demi-centimètre d’argile s’est répandu comme un cancer au fond de l’eau (…) » Les hommes sont bien responsables, l’appât du gain est plus fort que la nature. Rick Bass tente donc de vivre selon ses convictions, va vers le dénuement et recentre sa vie sur des choses simples et l’autosuffisance. Ce que j’ai apprécié chez Rick Bass c’est qu’il ne cache pas ses difficultés, ses doutes. Le mode de vie qu’il a choisi est extrêmement dur, épuisant mais le rapprochement avec la nature vaut ses sacrifices. Le bonheur est appréciable car il est difficile à atteindre, c’est ce qui lui donne toute sa valeur contrairement aux idées actuelles de vitesse, de facilité et de joie instantanée.

« Winter » est un beau livre défendant des valeurs de respect de la nature, de patience et de simplicité. C’est une autre manière de vivre, une autre voie qui nous est ouverte par Rick Bass. Sans être aussi radicaux que lui, essayons de respecter ses enseignements et d’être moins prisonniers de la société de consommation.   

Merci à Lise des éditions Gallimard de me l’avoir fait découvrir.

Précoce automne de Louis Bromfield

L’intrigue de « Précoce automne » se déroule dans les années 20 en Nouvelle-Angleterre chez les Pentland. Le roman s’ouvre sur un bal qui célèbre le retour de Sybil après son pensionnat à Paris. La mère de Sybil, Olivia, a épousé le dernier homme de la dynastie des Pentland.  Le retour de sa fille lui permet de se rendre compte qu’elle est totalement piégée par le conservatisme de la famille. Olivia doit empêcher que la même chose arrive à Sybil. « Olivia en était profondément tourmentée, non a cause d’elle même, mais parce qu’elle voulait que son enfant fût heureuse, bien plus même qu’elle connût ce bonheur intense, infini, dont elle avait elle-même soupçonné l’existence sans jamais le trouver. Elle croyait revivre en quelque sorte en Sybil et il lui semblait que, grâce à l’expérience acquise, elle pourrait, en contemplant comme d’un sommet la route parcourue, guider cette jeune réplique d’elle-même, encore au seuil de la vie, et lui faire suivre des sentiers moins âpres que ceux où elle avait cheminé. » Briser la tradition familiale sera source de découvertes et d’amères déceptions pour Olivia.

Je ne connaissais pas Louis Bromfield avant de découvrir la réédition de « Mrs Parkington » par les toujours excellentes éditions Phébus. En me penchant sur cet auteur, j’ai découvert qu’il avait obtenu le Prix Pulitzer en 1926 avec « Précoce automne ». Sur la quatrième de couverture, il y est fait mention d’un de mes livres préférés : « Le destin de Mr Crump » de Ludwig Lewisohn. Qu’ont les deux romans  de similaire ? Une vision pessimiste du mariage. Olivia s’est sentie obligée d’épouser Anson Pentland, il devait prolonger la lignée et elle n’a pu refuser d’appartenir à l’un des plus grandes familles de Boston. Mais Olivia se rend compte qu’elle est passée à côté de sa vie et à côté de l’amour : « Elle savait maintenant que jamais il n’avait éprouvé le moindre sentiment d’amour à son endroit. Il ne l’avait épousé que contraint par les siens qui le harcelaient sans cesse, les morts comme les vivants, car les morts, à Pentlands, semblaient doués d’un étrange pouvoir de survie.  » Olivia ouvre enfin les yeux sur son mariage grâce au retour de Sabine Callendar. Cette dernière, issue du même milieu, a refusé de se plier aux conventions, d’épouser un homme qu’on lui aurait choisi. Elle revient, après des années, triomphante et voulant prendre sa revanche. Sabine met tout en oeuvre pour contrarier les Pentland et sortir Olivia de sa torpeur.

Mais le personnage d’Olivia se trouve à la croisée de deux époques : le XIXème et le XXème. Elle a grandi durant le XIXème siècle et sa fille l’exprime ainsi : « Sa mère, elle s’en rendait compte maintenant, était le type de l’Américaine de 1890 ; elle se la représentait moins sous les traits d’une personne réelle que sous ceux d’une des héroïnes de Mrs Wharton. » On retrouve chez cette romancière l’amertume liée au peu de choix laissé aux femmes. Les destins sont tracés à l’avance par le milieu social et la bienséance. Tout l’enjeu du roman de Louis Bromfield va être pour Olivia de s’émanciper ou non des Pentland maintenant que l’éducation de ses enfants est achevée. Seuls deux choix sont possibles pour elle : celui de Sabine qui l’a exclue de la famille ou celui de tante Cassie, rendue aigre et amère par un mariage de convenances, qui s’érige en juge de la morale.

« Précoce automne » montre que même en 1926 l’émancipation de son milieu social n’est pas chose aisée. Olivia Pentland porte cette problématique, c’est un personnage extrêmement touchant. Elle se débat pour satisfaire tout le monde et tente de sauver sa vie. Une jolie découverte que je poursuivrai avec « Mrs Parkington ».