La ferme de cousine Judith de Stella Gibbons

9782714459206

A 20 ans, Flora Poste devient orpheline, ses parents ont succombé à la grippe espagnole. Malheureusement, son père ne lui a laissé que cent livres de rente annuelle. Contrairement à ce que lui conseille son amie Mrs Smiling, Flora n’a aucune intention de suivre une formation pour gagner sa vie. Elle préfère écrire aux membres de sa famille pour qu’ils l’hébergent. C’est ainsi que la jeune femme va déménager dans le Sussex dans la ferme de sa cousine Judith Starkadder. L’endroit, nommé Froid Accueil, est morne et mal entretenu. La famille se révélera singulière et étrange. Flora décide alors de reprendre en main la vie de ses cousins.

« La ferme de cousine Judith » est le premier roman de Stella Gibbons, édité en 1932. Le point de départ du roman m’a beaucoup plu. Les discussions de Flora avec son amie, concernant son avenir, sont très réussis et pétillants de drôlerie. Je m’attendais ensuite à une comédie sur l’inadéquation de la jeune urbaine en milieu rural. Mais Stella Gibbons s’oriente vers le conte, comme elle a pu le faire avec « Le célibataire », et Flora se transforme en bonne fée pour les membres de la famille Starkadder. Tout va d’ailleurs se résoudre avec un brin de facilité. La galerie de personnages aurait sans doute mérité d’être plus travaillée. Certains personnages sont des silhouettes vaguement dessinées mais d’autres sont plus réussis (comme Mr Mybug qui veut absolument que « Les hauts de Hurlevent » aient été écrit par Branwell Brontë !). Stella Gibbons fait d’ailleurs de nombreux clins d’œil à la littérature anglaise et notamment à Jane Austen. Flora Poste a un côté entremetteuse à la Emma Woodhouse.

« La ferme de cousine Judith » m’a un peu moins séduite que les autres romans de Stella Gibbons que j’ai pu lire jusqu’à présent. Malgré un excellent début, des personnages surprenants, je l’ai trouvé moins caustique et moins réjouissant que les autres. Il n’en reste pas moins une lecture très plaisante.

Traduction Iris Catella et Marie-Thérèse Baudron

IMG_20230524_084016_972

Dernière nuit à Soho de Fiona Mozley

Soho

Soho reste un quartier populaire, mixte socialement et ethniquement. Les bordels y côtoient les brasseries françaises sans que cela ne pose de problème à ses habitants. Agatha Howard, riche héritière d’un père aux affaires louches, compte bien effacer de la carte de Londres ce quartier bohème. Elle y possède plusieurs immeubles et cherche un moyen d’expulser ses locataires. Parmi eux, on trouve Precious, une prostituée, qui vit avec son amie Tabitha ; Robert, ancien homme de main du père d’Agatha, qui partage sa vie entre le pub et le bordel ; Lorenzo qui accompagne Robert dans ses soirées alcoolisées et voudrait devenir acteur ; Cheryl et Kevin qui sont SDF et qui vivent au sous-sol ; Glenda qui travaille dans une agence immobilière. Leurs vies vont se croiser autour de la défense des anciens immeubles du quartier.

Après nous avoir entrainés sur les terres rurales du Yorshire dans son saisissant premier roman, Fiona Mozley place son histoire au cœur de Londres. Deux univers totalement différents et opposés mais l’autrice aborde dans ses deux romans la confrontation entre classes sociales. Ici, on voit la gentrification galopante de Soho qui, comme toujours, déplace les classes les plus défavorisées à la périphérie des villes. En les perdant, le quartier va également voir disparaitre sa singularité, son âme et va s’uniformiser. Mais Precious et sa bande n’ont pas l’intention de se laisser faire et les choses ne se passeront pas totalement comme le prévoyait Agatha.

Le roman est peuplé de nombreux personnages, parfaitement caractérisés pour que le lecteur s’y retrouve, qui vivent à la marge. Fiona Mozley noue également plusieurs fils narratifs sans pour autant perdre de vue le point de départ du roman. Tout cela se lit avec beaucoup de facilité et de plaisir.

« Dernière nuit à Soho » confirme le talent de Fiona Mozley et sa capacité à se renouveler. Vivement le prochain !

Traduction Laëtitia Devaux

IMG_20230524_084016_972

La princesse Priscilla s’est échappée d’Elizabeth Von Arnim

La-Princee-Priscilla-s-est-echappee

Priscilla est la troisième fille du Grand-Duc de Lothen-Kunitz, une province riante aux paysages verdoyants et splendides. Dans ce cadre féérique, la jeune et belle princesse s’ennuie. Elle rêve d’une vie simple, loin de la lourdeur du protocole. Cette envie de liberté lui vient des nombreuses lectures conseillées par M. Fritzing, précepteur de Priscilla et bibliothécaire en chef du Grand-Duc. Le jour où son père lui annonce qu’il lui a trouvé un mari, la princesse décide de s’enfuir avec son fidèle Fritzing et une servante. Ils vont s’installer dans le Sommerset, dans un petit village nommé Symford. Le charme de la campagne anglaise opère et Priscilla est enchantée par ce qu’elle découvre. Mais descendre l’échelle sociale, se mettre à la hauteur des gens ordinaires, n’est pas si simple pour notre princesse qui commet rapidement des impairs.

« La princesse Priscilla s’est échappée » a été publié en 1905 et il a été écrit comme un conte pour les enfants d’Elizabeth Von Arnim. Il est donc différent des œuvres de l’autrice que j’ai déjà lues. Mais je me suis régalée tant Elizabeth Von Arnim raconte son histoire avec humour et ironie. Le décalage entre les envies de Priscilla et sa nouvelle vie donne lieu à de nombreuses scènes cocasses (elle veut vivre humblement mais exige trois salles de bain dans son cottage !). Nos deux fuyards ne sont pas non plus très doués pour masquer leur identité et ils ne se sont pas beaucoup consultés avant de s’en inventer une nouvelle. Les quiproquos et les mésaventures s’enchainent allant parfois jusqu’au drame.

J’ai beaucoup apprécié les apartés de l’autrice qui commente et moque les faits et gestes de notre princesse. « Je raconterai sans commenter – ou plutôt, j’essayerai, car j’aime beaucoup ajouter mon grain de sel ! » Effectivement, elle n s’en prive pas pour le plus grand plaisir de son lecteur.

Roman original dans l’œuvre d’Elizabeth Von Arnim, « La princesse Priscilla s’est échappée » est une friandise acidulée, piquante et totalement réjouissante.

Traduction Clotilde Jannin

IMG_20230524_084018_915

Une saison pour le sombres de R.J. Ellory

Ellory

1969, Henri Devereaux a trouvé du travail dans la ville minière de Jasperville, au nord-est du Canada. Il s’y installe avec sa femme, le père de celle-ci, leurs deux enfants : Juliette, 10 ans, et Jacques 3 ans. Un troisième enfant naitra dans cette ville reculée et hostile. Les conditions de vie y sont difficiles et rendent certains fous. En 1972, un drame va rendre la vie à Jasperville encore plus pesante. La jeune Lisette Roy est retrouvée morte avec de très profonde blessures. Certains pensent à un ours ou à un loup. D’autres pensent au wendigo, un esprit maléfique qui se serait emparé d’un homme selon un mythe indien. D’autres jeunes filles seront retrouvées mortes sans que la police ne trouve d’explication valable. Une chape de plomb écrase Jasperville. Dès qu’il sera en âge de le faire, Jacques fuira la ville en sachant qu’un jour ou l’autre le passé le rattraperait.

R.J. Ellory nous propose avec « Une saison pour le sombres » un roman à la construction maîtrisée et haletante. Elle se développe autour de deux époques : celle où Jacques Devereaux va devoir revenir à Jasperville et se replonger dans les drames qui ont marqué la ville ; celle de l’époque de l’installation de sa famille jusqu’à sa fuite. Ce retour vers le passé montre à quel point la famille de Jacques a souffert durant cette période et les dégâts profonds sur plusieurs de ses membres. L’auteur s’intéresse ici essentiellement à la psyché de ses personnages. Celle de Jacques est particulièrement approfondie. A la dimension traumatisante des disparitions de jeunes filles, s’ajoutent la culpabilité et le pardon. Jacques a en effet laissé des personnes chères derrière lui lorsqu’il est parti. La question de la monstruosité est également abordée. Elle semble tellement impensable, inimaginable que les mythes prennent la place de la vérité. Personne ne veut la regarder en face.

« Une saison pour les ombres » est un grand roman d’atmosphère. R.J. Ellory rend parfaitement le froid glacial, l’isolement profond de cette communauté. Les hivers sont tellement rudes qu’il est quasiment impossible d’y vivre. Aucun répit n’est offert. « L’hiver, d’une froideur à pénétrer jusqu’aux os, durait huit mois. Des semaines pouvaient s’écouler sans que le soleil se montre. L’été des nuées de mouches et de moustiques s’abattaient sur la ville tel un fléau, puis le soleil ne se couchait jamais. Située à dix kilomètres à tout casser du Labrador, la ville n’était pas accessible par la route principale. Ni d’ailleurs aucune route. »

Le dernier roman de R.J. Ellory est prenant, son atmosphère est sombre et oppressante.

Traduction Etienne Gomez

Les enquêtes de Jane Austen : un voleur au bal de Julia Golding

JA tome 2

Cassandra Austen est conviée à un bal dans son ancienne école de Reading. Hors de question pour elle d’y aller seule, sa jeune sœur Jane devra l’accompagner malgré les relations tendues qu’elle entretenait avec la directrice. Lorsque les deux sœurs arrivent à leur ancienne pension, les choses ont l’air d’avoir bien changé, il manque du personnel partout. Les domestiques semblent avoir déserté le domaine mais la directrice Mme La Tournelle semble faire comme si de rien n’était. Les sœurs Austen font la connaissance de nouvelles pensionnaires : Miss Elinor Warren, Miss Marianne Warren et leur cousine Lucy Palmer. Elinor et Marianne vivaient en Inde jusqu’à ce que leur père décide que leur éducation devait se faire ne Angleterre. A part Jane qui déteste danser, les jeunes filles ont hâte d’assister au bal. Elinor a d’ailleurs apporté ses plus beaux bijoux pour éblouir la compagnie. Elle n’aurait sans doute pas du se parer de ses plus beaux atours.

J’avais beaucoup apprécié le premier tome des enquêtes de Jane Austen qui se lisait avec grand plaisir. Julia Golding s’est ici amusée avec les personnages de « Raison et sentiments ». On y retrouve Elinor, Marianne, Miss Palmer, Brandon mais également Willoughby qui est fidèle à lui-même ! Les clins d’œil ont amusants. Le personnage de Jane Austen est toujours aussi savoureux et son humour piquant.

Julia Golding veut sensibiliser son jeune lectorat sur différents thèmes : la colonisation, l’esclavage, les discriminations. Le faire au travers d’une intrigue sympathique et bien ficelée est certainement le moyen idéal.

Ce tome 2 des enquêtes de Jane Austen reste une lecture plaisante même si mon cœur balance un peu plus pour le tome 1.

Traduction Emma Troude-Beheregaray

IMG_20230524_084010_120

La fracture de Nina Allan

71Lz6AMLcSS._AC_UF1000,1000_QL80_

Le 16 juillet 1994, Julie Rouane, 17 ans, disparaît dans la banlieue de Manchester. Elle avait quitter sa famille pour rejoindre une amie, aller à un barbecue. Mais personne ne la vit ce jour-là. Malgré les investigations de la police, aucune trace ne fut découverte. La disparition mystérieuse de Julie laisse des traces dans sa famille. Sa mère et son père se séparèrent et ce dernier continua à explorer toutes les pistes imaginables. Selena, la sœur cadette de Julie, ne quitta pas la région, s’empêchant inconsciemment d’être heureuse. « L’idée de choisir un avenir au lieu d’accepter simplement celui qui s’offrait à elle était…quoi ? Egoïste, déplacée, immorale même. Elle avait de la chance d’avoir un avenir, quel qu’il soit. » Mais vingt ans après la disparition de Julie, Selena reçoit le coup de fil d’une femme se présentant comme sa sœur. Elle semble savoir des choses que seule Julie pouvait connaître.

« La fracture » de Nina Allan est pour le moins surprenant et déstabilisant. A plusieurs reprises, « Pique-nique à Hanging Rock » est mentionné. Comme j’ai apprécié le livre et le film, le roman de Nina Allan partait sur d’excellents auspices. Mais d’un seul coup, le roman bascule totalement dans son mode narratif et dans son genre. J’avoue avoir eu quelques difficultés à passer le cap, à traverser la fracture avec les personnages. Il faut néanmoins s’accrocher car l’inventivité, l’imagination de Nina Allan réservent bien des surprises à ses lecteurs. Elle insère dans son récit des articles de journaux, des rapports scientifiques, des extraits de romans ou de guides, etc… Tout se mélange avec aisance et questionne la frontière entre la réalité et la fiction. L’autrice détaille également très bien l’état psychologique des différents membres de la famille. Dans une situation comme celle-ci, que serait-on prêt à croire ?

Je ne peux malheureusement pas vous en dire beaucoup plus sur ce roman pour ne pas gâcher la lecture de ceux qui seraient tentés de le découvrir. Si vous le faites, soyez prêts à être désarçonnés.

Traduction Bernard Sigaud

SmartSelect_20230524-084114_Instagram

La position de la cuillère de Deborah Levy

2904272209

« La position de la cuillère » est un recueil d’une trentaine de textes qui, pour la plupart, ont été publiés dans des journaux. Ce sont de courts textes d’analyse ou de critique littéraires (comme le chapitre sur « La bâtarde » de Violette Leduc ou celui consacré à l’œuvre de J.G. Ballard) mais également des écrits plus personnels (le livre s’ouvre sur une lettre à sa mère). Ces derniers sont sans doute ceux que j’ai le plus appréciés tant ils m’ont rappelé la formidable autobiographie en mouvement qui a permis à la France de découvrir véritablement le talent de Deborah Levy. Des textes comme « Des citrons à ma table » nous entraine dans son quotidien  qu’elle sait si bien sublimer, dans son histoire familiale. « C’est réjouissant de voir un saladier de citrons ensoleiller un matin d’hiver anglais avec son étonnante palette de jaunes. » On perçoit le monde différemment en lisant Deborah Levy, ne pas porter de chaussettes dans ses chaussures devient chez elle un profond signe de liberté et de légèreté.

Lire Deborah Levy, c’est comme retrouver une amie avec qui on aime converser de mille sujets. Son intelligence, son érudition et son humour sont un régal. Dans ce recueil, figurent des thématiques qui lui sont chères : les femmes artistes qu’elles soient écrivaine (Virginia Woolf et Sylvia Plath sont souvent citées), photographe ou peintre ; la relation mère-fille ; la psychanalyse ; le passé qui revient et nous habite. Deborah Levy nous pousse à la curiosité, à découvrir la poétesse Hope Mirrless, la peintre Paula Rego, l’essayiste Elizabeth Hardwick, l’autrice Ann Quinn ou la photographe Francesca Woodman. « C’est l’aventure de l’écriture que d’aller toujours plus profond, puis de remonter à la surface, ce qui fait de nous des experts en surfaces et en profondeurs. » C’est sans aucun doute l’effet produit sur son lecteur par « La position de la cuillère ».

Mon texte préféré est sans conteste « Une bouchée de Bloomsbury », Russel Square ou la mélancolie d’un jardin public en novembre. Tant de délicatesse et de poésie en si peu de mots m’ont totalement enchantée.

La pensée de Deborah Levy est toujours vivifiante et réjouissante. Certains textes m’ont moins parlé que d’autres mais l’ensemble est passionnant à découvrir.

Traduction Nathalie Azoulai

IMG_20230524_084010_120

Des racines blondes de Bernardine Evaristo

Capture-décran-2022-12-08-à-12.12.50

Doris est née en Angleterre dans une famille de cultivateurs de choux. Enfant, elle a été enlevée par des trafiquants pour être vendue en Aphrika comme esclave. Après avoir vécu dans une famille qui l’avait achetée pour être la compagne de leur fille, elle tombe dans les mains du chef Kaga Konata Katamba Ier qui marque au fer rouge ses initiales sur la peau pâle de Doris. Au fil des années, elle a réussi à devenir la secrétaire privée du chef ce qui lui évite les terribles traitements subis par ceux qui travaillent dans les plantations. Malgré sa situation enviable, Doris, rebaptisée Omorenomwara, rêve de retrouver sa liberté, son pays et sa famille.

« Des racines blondes » est le troisième roman de Bernardine Evaristo que je lis et décidément j’adore son univers et l’originalité de ses textes. Ce dernier roman publié en France est une uchronie qui inverse la situation des blancs et des noirs. Ce sont les européens qui sont les esclaves des africains. Les préjugés raciaux sont repris : les blancs ont un crâne trop petit pour que leur cerveau se développe, ils sont donc barbares et n’éprouvent que des émotions émoussées. Chaque esclave rêve d’avoir la peau bronzée et le nez épaté. Les blancs sont tellement semblables avec « (…) leur pâleur de fantômes » que leurs maîtres peinent à les différencier. La satire est particulièrement réussie et montre la totale absurdité de la domination d’un peuple sur un autre. Au milieu du roman, Bernardine Evaristo glisse un traité de cinquante pages sur « la véritable nature du commerce des esclaves & remarques sur le caractère et les coutumes des européens » écrit par chef Kaga Konata Katamba Ier. Ce texte ferait sourire s’il n’était pas si réaliste dans sa façon de justifier l’esclavage.

Pari réussi pour Bernardine Evaristo qui inverse les couleurs et souligne la violence, la stupidité de l’esclavage et du racisme.

Traduction Françoise Adelstain

SmartSelect_20230524-084114_Instagram

Sous les étoiles de Bloomstone Manor de Mary Orchard

9782203244450-475x500-1

1898, Agathe Langley a 19 ans. Ses parents rêvent de la marier prochainement à un très bon parti. Mais Agathe ne sait pas tenir sa langue face à ses possibles prétendants. Les bonnes manières et le respect de l’étiquette ne sont pas des domaines où la jeune fille excelle. En revanche, elle se passionne pour l’astrophysique qu’elle a pu étudier en cachette grâce à sa gouvernante. Ses parents ne veulent bien entendu pas en entendre parler. Une fille voulant devenir scientifique, on aura tout vu ! Alors que la famille Langley quitte Londres pour le Suffolk, ils sont invités à Chester House par Lord Stone. Ce dernier était enseignant en physique à l’université et sa bibliothèque fait pâlir d’envie Agathe. Il se prend rapidement d’affection pour la jeune fille et lui propose de la parrainer pour le concours de sciences de la Royal Society. De quoi mettre des étoiles dans les yeux d’Agathe !

« Sous les étoiles de Bloomstone Manor » est un roman d’émancipation à l’époque victorienne. Son originalité réside dans la passion d’Agathe pour l’astrophysique et sa volonté d’acquérir son indépendance par ce biais. Les personnages sont tous extrêmement attachants. Lord Stone est très excentrique pour son époque, très familier avec son personnel, il a fait de Bloomstone Manor un espace de libre parole où règne le respect de l’autre. L’endroit idéal pour notre jeune héroïne qui est elle aussi anticonformiste. Le roman de Mary Orchard est plein de charme et il aborde également des sujets plus sérieux comme l’inégalité entre les filles et les garçons au niveau de l’éducation ou le sort réservé aux homosexuels à cette époque.

« Sous les étoiles de Bloomstone Manor » est un roman délicieux, lumineux qui respire l’humanisme et nous offre une très belle galerie de personnages.

IMG_20230524_084010_120

Le retour du soldat de Rebacca West

le retour su soldat

A Baldry Court, Kitty attend le retour du front de son mari, Chris. Elle vit dans cette large demeure avec la cousine de ce dernier, Jenny. Elles reçoivent un jour, une femme nommée Margaret, mal apprêtée, qui leur annonce que Chris est à l’hôpital de Boulogne. Sa blessure n’est pas physique : Chris semble avoir oublié totalement les quinze dernières années. Il a donc adressé des nouvelles à Margaret, qui a été son premier amour, et non à son épouse Kitty. Son retour à Baldry Court ne réveille pas ses souvenirs au désespoir de sa femme et de sa cousine. Il ne veut qu’une seule et unique chose : revoir Margaret.

« Le retour du soldat » est un petit bijou de la littérature anglaise et il s’agit du premier roman écrit par Rebecca West. L’autrice y aborde la difficulté du retour à la maison pour les soldats de la première guerre mondiale. Chris revient en ayant oublié les dernières années de sa vie. Il vit dans un passé heureux et insouciant. Son amnésie le protège de ses souvenirs des tranchées. Faut-il lui faire recouvrir la mémoire ou le laisser oublier l’enfer vécu au front ? La question n’est pas si simple à résoudre pour Jenny, la narratrice du texte, et pour Margaret qui revit également les instants merveilleux passés aux côtés de Chris.

Le sentiment amoureux est l’autre thème du roman. Jenny, Margaret, Kitty et Chris forment un quatuor amoureux. Chacune des trois femmes ne pensent qu’au bonheur, au bien-être du jeune homme. Chris est choyé, aimé et entouré. Kitty et Jenny ont créé à Baldry Court un écrin à son intention : le jardin splendidement aménagé, la décoration raffinée de la maison. « Ici, nous lui avions rendu le bonheur inéluctable. » Rebecca West excelle dans l’analyse psychologique de ses personnages et du sentiment amoureux. La douceur infinie des souvenirs de la relation entre Margaret et Chris est particulièrement touchante. Les quatre personnages principaux sont décrits avec subtilité, délicatesse et une grande justesse. Margaret, qui est jugée immédiatement par la belle Kitty sur son apparence, est un personnage bouleversant de droiture. Jenny, réservée et discrète, nous montre toute la complexité de la situation avec beaucoup d’empathie pour les trois autres.

« Le retour du soldat » est parsemé de descriptions des paysages, du parc de Baldry Court. Elles soulignent la grande sensibilité de Rebecca West, sa finesse d’observation et son sens de la poésie.

La lecture de ce roman de Rebecca West fut un régal et je regrette qu’elle soit méconnue en France. « La famille Audrey » attend dans ma pal et j’espère qu’il sera à la hauteur de celui-ci.

Traduction Simone Arous

IMG_20230524_084016_972