Guerre et paix – BBC 2015

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 En janvier, la BBC nous proposait une nouvelle adaptation du roman de L. Tolstoï « Guerre et paix ». Après avoir vu le charmant film de King Vidor, la très austère et russe fresque de S. Bondartchouk et la calamiteuse version de Mathilde et Luca Bernabei et Nicolas Traube, il me fallait voir ce que la BBC allait faire du chef-d’œuvre de Tolstoï.La chaîne anglaise s’est donnée les moyens de ses ambitions avec Andrew Davies au scénario (« La maison d’Apre-vent », « Orgueil et préjugés », « Docteur Jivago »), Tom Harper à la réalisation (« This is England ’86 », des épisodes de « Peaky blinders ») et Harvey Weinstein à la production. La série de six épisodes fut tournée en Russie pour donner plus d’authenticité et plonger la myriade d’acteurs dans l’ambiance du roman.

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L’adaptation est globalement très fidèle au roman de Tolstoï. Comme dans la version de Bondartchouk, la durée de la série permet de montrer l’ampleur du roman, de donner plus de places aux personnages secondaires. Ici, chacun trouve sa place, a de l’épaisseur, une présence qui est également due aux formidables acteurs choisis pour la série. Nous les découvrons d’ailleurs presque tous dans la scène d’ouverture (la même que dans le roman) : le salon d’Anna Pavlovna (Gillian Anderson). Chacun s’y affirme déjà : Pierre (Paul Dano) est maladroit et idéaliste, le prince Andreï (James Norton) est sombre et ténébreux, Anatole et Hélène Kouragine (Callum Turner et Tuppence Middleton) sont venimeux et pervers, la mère de Boris Drubetskoy est prête à toutes les bassesses pour placer son fils. Les autres personnages viendront par la suite : Marya Bolskonskya (Jessie Buckley) douce et humble et son tyrannique père (Jim Broadbent) puis la famille Rostov avec la juvénile et délicieuse Natsha (Lily James). Une très belle galerie de personnages qui souligne bien la complexité et le foisonnement du roman. Andrew Davies a magnifiquement su rendre ces aspects.

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Après le travail du scénario, il faut souligner la puissance, la beauté de la mise en scène de Tom Harper. La série BBC ne se contente pas de nous offrir un spectacle classique, elle a choisi un réalisateur capable de sublimer le travail de Tolstoï puis celui d’Andrew Davies. Les scènes de générique et d’ouverture de chaque épisode sont extrêmement travaillées. La première nous montre un paisible paysage de montagne dans la brume qui s’évapore petit à petit. Nous découvrons alors qu’il s’agit d’un champ de bataille surplombé par un homme de dos sur son cheval : Napoléon (Matthieu Kassovitz). La mise en scène de Tom Harper est splendide, efficace et élégante. Elle est très picturale, habitée d’un souffle épique pour rendre compte de la violence des champs de bataille (celle de Borodino est une réussite) et d’une subtile délicatesse pour les scènes plus intimes (je citerai en exemple la scène du bal et les différentes conversations entre Pierre et Andreï). La musique est un atout supplémentaire qui souligne, amplifie la réalisation tout en donnant un caractère traditionnel russe grâce à son thème principal entêtant.

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En plus des talents d’Andrew Davies et de Tom Harper, la BBC s’est offert un casting cinq étoiles avec des acteurs chevronnés (Gillian Anderson, Jim Broadbent, Stephen Rea ou Greta Scacchi) mais également avec la fine fleur des jeunes talents britanniques (Tom Burke avec un Dolokhov mémorable, Aneurin Barnard, Callum Turner ou Aisling Loftus). Mais le poids de la série repose surtout sur les épaules des trois acteurs principaux : Lily James, James Norton et Paul Dano qui sont exceptionnels. La première est un ravissement. Fraîche, exaltée, romantique, elle saura très bien également incarnée une Natasha fragilisée et plus adulte. James Norton est le meilleur Prince Andreï que j’ai pu voir. Contrairement aux versions précédentes, James Norton n’incarne pas un idéal mais un homme de chair et de sang, un être torturé, malheureux en amour mais avec un sens aigu du devoir. Malgré mon infinie admiration pour le jeu de James Norton, je dois avouer que celui qui m’a le plus impressionnée est Paul Dano. Le talent de cet acteur ne cesse de me surprendre et ce n’est pas exagéré de dire qu’il est un véritable caméléon. Je trouve qu’il ne joue pas Pierre, il est Pierre. Dès sa première apparition à l’écran (on le voit se diriger de dos vers la demeure d’Anna Pavlovna), il est complètement dans la peau du personnage. Il est maladroit, naïf, pataud, touchant, colérique. Le jeu de Paul Dano est d’une subtilité saisissante et il est pour moi le plus grand acteur américain de sa génération.

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Vous l’aurez compris, cette série BBC est une totale réussite. Je n’ai eu qu’un seul bémol : la scène de la mort du Prince Andreï, trop appuyée, trop clichée mais j’avais reproché la même chose à King Vidor et Sergueï Bondartchouk. Les acteurs, la réalisation la musique, tout contribue à faire de ce « Guerre et paix » un grand spectacle de haute tenue.

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Le billet d’Emjy qui fut également enthousiasmée par cette série.

Wolf Hall

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Wolf Hall est une série en six épisodes tirée des romans d’Hilary Mantel. La série montre l’ascension de Thomas Cromwell, de la disgrâce du cardinal Wolsey à l’exécution d’Anne Boleyn. Elle est réalisée par Peter Kosminsky et est très loin des « Tudors » (2007), série tapageuse et racoleuse. Nous sommes ici dans une série qui est anti-spectaculaire : le rythme est lent, on s’intéresse aux intrigues de la cour, aux manipulations ambitieuses des uns et des autres et pas uniquement à la chambre à coucher d’Henry VIII comme c’était le cas dans « Les Tudors ». Dans « Wolf Hall », un grand soin est apporté aux décors (de véritables châteaux Tudors), aux costumes et les scènes d’intérieur sont toutes tournées à la bougie. Le parti pris est clairement celui de la crédibilité, du réalisme historique.

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Le personnage de Thomas Cromwell est donc le centre du livre et de la série. Le conseiller d’Henry VIII a mauvaise réputation en Angleterre. Et après de nombreuses recherches Hilary Mantel a voulu le réhabiliter. Le débat se situe surtout entre Cromwell et Thomas More, le premier est considéré comme machiavélique, manipulateur (il a contribué à l’exécution de More et Boleyn) alors que le second est un grand homme, un saint pour l’Église catholique. Hilary Mantel est plus nuancée sur les portraits des deux hommes. Cromwell est un homme de basse extraction (fils de forgeron), il ne doit qu’à lui même sa formidable et exceptionnelle ascension sociale (ce qui était extrêmement rare à l’époque). C’est un banquier, un homme pragmatique et c’est ce qui l’oppose à More, l’homme des idées. La série nous le présente comme un homme qui, pour sa propre survie, est obligé d’obéir aux demandes du roi même si l’une d’entre elles est de se débarrasser d’Anne Boleyn. C’est un personnage complexe, plein de zones d’ombres (la douloureuse disparition de sa femme et de ses filles, le renvoi du cardinal Wolsey auquel il restera fidèle) et gorgé d’ambition. Bref, un vrai personnage romanesque !

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Le casting est absolument remarquable. Cromwell est incarné par Mark Rylance qui en fait un personnage impassible donc insaisissable. Son allure est austère (il est partisan de la Réforme) et son regard mélancolique. Damian Lewis est un formidable Henry VIII au caractère changeant et capricieux. Claire Foy est une Anne Boleyn tout en détermination et certitude. Son discours lors de son exécution n’en est que plus touchant. Se rajoutent à ces trois-là Jonathan Pryce, Mark Gatiss, Joanne Whalley, Mathieu Amalric ou Jessica Raine.

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« Wolf Hall » est une magnifique fresque sur l’ascension de Thomas Cromwell servie par un casting haut de gamme et une mise en scène sobre et soucieuse des détails.

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And then there were none, BBC 2015

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Pour le 125ème anniversaire d’Agatha Christie, la BBC a tourné une adaptation des « Dix petits nègres ». L’histoire se déroule en 1939 et dix personnes d’horizons fort différents se font piéger sur une île du Devon par les mystérieux M. et Mme Owen.

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L’adaptation est dans l’ensemble très fidèle au roman, même dans son rythme. La série se découpe en trois épisodes avec un premier de présentation et de mise en place. Le début du roman est lui-même plutôt lent, il faut présenter chacun des dix personnages pour ensuite installer le huis-clos. Nous découvrons la visage de chacun au début de la série lorsque leurs noms sont tapés sur une machine à écrire. Ensuite nous les retrouvons dans le train, leur voiture, comme dans le roman, en direction de l’île. De judicieux flash-back nous permettront d’en savoir plus sur sur les crimes pour lesquels ils sont mis en accusation. Comme dans le livre, les événements s’accélèrent jusqu’au dénouement.

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Dans cette adaptation, il y a quelques arrangements avec le livre qui ne sont pas dérangeants. La fin en fait partie  et c’est la plus grosse différence avec l’original. Sans en dévoiler trop, le roman se termine par une lettre jetée à la mer qui explicite longuement ce qui s’est déroulé sur l’île. Très explicative, très détaillée, cette fin n’aurait pas été très télégénique et je trouve le choix de la scénariste astucieux et pertinent. Certains meurtres sont également modifiés, ceux perpétrés par M. Rogers et le général MacArthur. Ils sont plus violents, plus directs comme pour les empêcher de se trouver des excuses. C’est un peu dommage car c’était l’intérêt du roman d’interroger son lecteur sur la nécessité d’un châtiment pour certains personnages. Mais le seul vrai défaut pour moi de cette adaptation est la relation entre Vera et Philip Lombard, les faire coucher ensemble est totalement inutile et n’apporte rien.

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Je chipote, je chipote car « And then there were none » est parfaitement réussie. La tension psychologique et physique est parfaitement présente dès le début et ne se relâche à aucun moment. La photographie, les décors et la réalisation sont particulièrement soignés. Et que dire du casting cinq étoiles ? Charles Dance, Sam Neil, Anna Maxwell Martin, Miranda Richardson, Toby Stephens, Douglas Booth, Aidan Turner, pour ne citer que les plus connus, sont tous impeccables dans leurs rôle respectif, leur performance fait tout le sel de ce glaçant huis-clos.

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La BBC nous offre ici ce qu’elle sait faire de mieux : une adaptation soignée, parfaitement maîtrisée au casting de haute volée. A voir absolument.

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Lady Chatterley’s lover – BBC 2015

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En cette rentrée 2015, la BBC a choisi de mettre à l’écran plusieurs adaptations littéraires : « An inspector calls », « Cider with Rosie », « The go-between » et « Lady Chatterley’s lover ». C’est grâce à cette dernière que je me suis enfin décidée à lire le roman de D.H. Lawrence. Après ma lecture, j’ai eu envie de revoir l’adaptation de la BBC qui m’avait beaucoup plu lors de mon premier visionnage.

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Le téléfilm de Jed Mercurio n’a pas eu très bonne presse en Angleterre, à tort car elle met en lumière un aspect du roman peu exploité dans les adaptations précédentes : les différences de classes sociales. L’ouverture donne tout de suite le ton avec l’explosion d’une mine appartenant aux Chatterley. Oliver Mellors (Richard Madden), le futur garde-chasse, y travaille ce qui donne immédiatement une idée de ses origines. Ce début dramatique place l’adaptation sous le signe de l’injustice sociale et de la lutte des classes. Cette scène n’existe pas dans le roman (d’ailleurs, je vais vous épargner le catalogue comparatif des scènes entre le roman et l’adaptation), mais je la trouve vraiment intéressante et pertinente. L’un des enjeux de la liaison entre Constance Chatterley (Holliday Grainger) et Mellors est leur grande différence de classe sociale. D.H. Lawrence insiste beaucoup sur cet aspect et Jed Mercurio a choisi cet angle d’approche pour traiter le roman. Ce qui est assez original et audacieux mais peut déstabiliser le spectateur qui attendait des scènes sulfureuses de galipettes dans les bois. Le roman avait choqué par la crudité de son langage sexuel mais peut-on encore choquer les spectateurs aujourd’hui avec des scènes de sexe entre une lady et son garde-chasse ? Cela semble difficile et je trouve que Jed Mercurio a bien fait d’éviter cet écueil pour privilégier le côté social et l’histoire d’amour, les sentiments.

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J’ai trouvé les acteurs très bons : Holliday Grainger incarne une Constance toute en fraîcheur, en spontanéité et en délicatesse tandis que Richard Madden incarne un Oliver Mellors mutique, misanthrope et fragile. Mais celui qui crève l’écran, c’est James Norton (de là à penser que je ne vous parle de cette adaptation que pour le plaisir de vanter ses talents d’acteur…). Jed Mercurio offre une véritable  place à Clifford Chatterley contrairement à la plupart des adaptations. On le voit dans les tranchées, s’obliger à des séances d’électro-chocs pour retrouver sa motricité, mépriser Mellors, négliger ses devoirs conjugaux. James Norton donne une vraie épaisseur à son personnage qu’il joue tour à tour décidé, torturé, fragile ou totalement pathétique. Il s’agit bien dans cette adaptation d’un trio amoureux complexe et compliqué par la différence de classe des protagonistes. La fin, qui va au delà de ce qu’avait écrit DH Lawrence, nous offre un terrible et très réussi affrontement entre ces trois-là.

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Certes, 90 minutes c’est un peu court pour montrer toute la subtilité du roman de D.H. Lawrence mais elle a vraiment le mérite de mettre en avant le côté social et la personnalité de Clifford Chatterley. Le trio d’acteurs, les paysages et les costumes sont plus que plaisants à regarder et j’ai revu avec grand plaisir cette adaptation.

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Partners in crime BBC 2015

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« Partners in crime » est une série en six épisodes diffusée par la BBC. Ils sont tirés des aventures de Tuppence et Tommy Beresford. Les trois premiers épisodes sont adaptés de « The secret adversary » et les trois derniers de « N or M ? ».

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« The secret adversary », traduit en français par « Mr Brown », est la première aventure où apparaît le couple Beresford. Dans le roman, ils se retrouvent après la première guerre mondiale. Il s’étaient perdus de vue et étaient tous deux bien démunis pécuniairement, d’où l’idée de Tuppence de mettre une petite annonce dans le journal pour proposer leurs services de jeunes aventuriers. Agatha Christie a, par la suite, fait vieillir Tuppence et Tommy au fur et à mesure des quatre romans et la vingtaine de nouvelles qu’elle leur a consacrés.

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Dans la série, nous avons tout de suite à faire un couple avec enfant qui s’encroute et qui s’ennuie au quotidien. Les personnages sont donc plus âgés que dans le premier roman. L’intrigue a également été remaniée, je suppose qu’il en est de même pour « N or M ? » que je n’ai pas encore lu. Malgré ses modifications, la série est très fidèle à l’esprit des romans d’Agatha Christie. Les épisodes sont plein de rebondissements, rythmés et émaillés d’humour.

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Comme dans les romans, Tuppence est la plus aventurière, elle n’a pas froid aux yeux et on l’imagine mal comme mère au foyer. Tommy la suit bon gré mal gré, il est plus prudent, plus maladroit mais il s’affirmera petit à petit. J’ai bien retrouvé les caractères des deux personnages inventés par Agatha Christie, la prudence de l’un contre-balançant la témérité de l’autre. Le couple, incarné par Jessica Raine (« Call the midwife ») et par David Walliams, est pétillant, charmant et le duo d’acteurs fonctionne à merveille.

Encore une série de la BBC qui est réussie, soignée, réjouissante et  avec un duo d’acteurs impeccables. A voir naturellement !

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Bosch – la série

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Le premier épisode s’ouvre sur une course poursuite entre Bosch (Titus Welliver), son coéquipier (Jamie Hector) et un supposé serial killer. Bosch se retrouve à courir seul après le suspect et finit face à lui au fond d’une ruelle mal éclairée. L’homme sort une arme et Bosch l’abat. Il est blanchi par le LAPD mais deux ans après les faits, la veuve du suspect attaque Bosch en justice en arguant du fait que son mari n’avait pas d’arme sur lui.

Parallèlement à cela, Bosch est appelé par un médecin dont le chien a ramené un os humain d’une balade en forêt. C’est en fait le squelette d’un enfant de treize ans qui est retrouvé dans le sous-bois. Le garçon avait disparu en 1989 et il a été visiblement assassiné.

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La série mélange deux romans de Michael Connelly : « Wonderland avenue » (dont le titre original est « City of bones ») et « La blonde en béton ». L’intrigue se déroule sur les dix épisodes de la série. Elle est très fidèle au roman et pour cause Michael Connelly en est l’un des producteurs. Ce qui, me semble-t-il, est un gage  de respect de l’œuvre initiale et de son esprit. Parmi les producteurs, on trouve également Eric Overmeyer qui a précédemment officié pour « The wire » (Jamie Hector et Lance Reddick, l’adjoint au chef de la police, étaient tous deux acteurs dans cette géniale série) et « Treme ».

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« Bosch » est une série aussi soignée que les deux sus-nommées au niveau de la réalisation et du casting. L’ambiance est sombre, tendu et glauque. Los Angeles tient une véritable place dans la série avec notamment beaucoup de scènes de nuit et de vues de la maison de Bosch sur les hauteurs de la ville.

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Le choix de l’acteur principal est excellent, Titus Welliver incarne parfaitement le détective de Connelly : obsédé par son travail, solitaire, bourru et surtout intègre. Pendant toute la saison 1, il nous démontre également son peu d’amour pour la hiérarchie. Les scénaristes nous permettent de découvrir le personnage par petites touches : le meurtre de sa mère, son enfance dans une maison de redressement, sa difficulté à trouver du temps pour voir sa fille. Un personnage qui se révèle complexe et hanté par un passé douloureux.

« Bosch » est une série policière classique à l’image des romans de Michael Connelly, c’est sombre et efficace. Mention spéciale à Titus Welliver qui donne chair au personnage de Bosch de belle manière.

True detective saison 2

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J’attendais beaucoup de la saison 2 de True detective tant la première avait été envoûtante et surprenante.

Bien loin de la Louisiane de la saison 1, nous sommes plongés dans la ville imaginaire de Vinci en Californie, un lieu malsain où règne la corruption et les trafics en tout genre. Est annoncé un projet de train à grande vitesse auquel participe Frank Semyon (Vince Vaughn), un gangster local essayant de devenir un homme d’affaires respectable. Il a à sa botte Ray Velcoro (Colin Farrell), un flic qu’il avait aidé des années auparavant après le viol de sa femme. Velcoro doit enquêter sur la disparition de Ben Casper, lui aussi investisseur dans le nouveau projet ferroviaire. Son corps est rapidement retrouvé sans vie au bord d’une route par un flic à moto, Paul Woodrugh (Taylor Kitsch). Sa mort étant des plus suspectes, la police d’État se mêle à l’enquête en la personne de Antigone Bezzerides (Rachel McAdams).

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Il faut le dire tout de suite, la saison 2 est loin d’être à la hauteur de la première. Le défaut majeur de cette saison est le scénario incompréhensible. Embrouillé, confus, il est plus que difficile d’en suivre les très nombreuses ramifications. L’intrigue de départ, la disparition de Ben Casper, est mal présentée, ses implications trop vite balayées et d’entrée le spectateur peine à comprendre. Et il tentera désespérément de rassembler les morceaux du puzzle tout au long des huit épisodes. J’ai cherché un point de vue, un angle pour comprendre pleinement cette intrigue : la question des relations parents-enfants, la chute de deux hommes (Velcoro et Semyon) essayant un retour à la légalité, un hommage aux films noirs. Impossible de savoir ce que Nic Pizzolatto, le créateur de la série, a voulu mettre en avant et nous raconter.

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De même, ce qui avait fait le charme de la première saison, à savoir son atmosphère, n’est pas au rendez-vous ici. Autant le bayou et la Louisiane étaient incarnés, autant la ville de Vinci ne réussit pas à exister. Malgré des moments lynchiens, les acteurs ne s’inscrivent dans aucun cadre. Pourquoi ne pas avoir choisi carrément Los Angeles, ville symbole du roman noir, pour donner corps à cette intrigue ?

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Tout n’est pourtant pas à jeter dans cette saison. Le générique est encore une fois parfait et intrigant. De très belles scènes émaillent la série : la fusillade de l’épisode 4, la fin de l’épisode 2 ou l’orgie de l’épisode 6. Les acteurs n’ont rien à se reprocher, ils sont crédibles avec une mention spéciale pour Rachel McAdams, impeccable de bout en bout.

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Trop peu de temps pour retravailler son scénario, trop de réalisateurs pour cette saison alors qu’un seul avait tourné la saison précédente, cela peut expliquer les problèmes et les ratages. Espérons que Nic Pizzolatto saura se ressaisir pour nous offrir une troisième saison aussi forte et audacieuse que la première.

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Fortitude

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 Fortitude est une petite ville au coeur de l’Arctique. De nombreux chercheurs y travaillent sur l’évolution des espèces et du climat. Tout le monde se connaît et la vie s’écoule paisiblement, aucun incident n’est jamais venu troubler la communauté. Il n’y a d’ailleurs que quatre policiers à Fortitude et plutôt présent pour s’assurer que les habitants s’arment bien contre les ours polaires. La tranquillité de la ville va pourtant être mise à mal par la mort (accidentelle ?) de Billy Pettigrew, puis par celle de Charlie Stoddart (Christopher Eccleston). Ce dernier est un chercheur qui semble avoir fait une importante découverte sur le permafrost le jour de sa mort. Son corps semble avoir été déchiqueté. La police britannique dépêche sur les lieux le DCI Morton (Stanley Tucci) pour aider la police locale à faire la lumière sur ces évènements.

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Fortitude est une série dont l’atmosphère prime sur l’intrigue. En ce sens, elle m’a vraiment évoquée « Twin Peaks ». L’ambiance de cette ville de l’Arctique est pesante, étouffante, très sombre. Les relations entre les personnages sont tendues, agressives voire violentes. On sent que beaucoup de choses sont cachées à Morton qui sert de révélateur, de catalyseur aux révélations qui ne demandent qu’à sortir. L’inspecteur est quasiment le seul étranger dans cette communauté en vase clos ce qui peut également évoquer « Broadchurch » où un inspecteur venu d’ailleurs enquête sur la mort d’un enfant dans un petit village.

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Le casting de la série est remarquable et international : Michael Gambon, Sofie Grabol de « The killing », Christopher Eccleston (qui malheureusement ne fait que passer), Stanley Tucci ou Jessica Raine de « Call the midwife ». Ils participent tous à la mise en place de l’atmosphère étrange, malsaine. Alors il faut bien avouer que l’intrigue policière se dilue un peu au fil des épisodes et elle n’est pas la raison pour laquelle je suis allée au bout de la série. Elle est néanmoins pleine de rebondissements et matinée de science-fiction, d’écologie et de lutte de pouvoir.

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« Fortitude » est une série surprenante de part le lieu où elle se déroule et de part son atmosphère. Ce n’est pas un coup de cœur mais j’ai eu plaisir à la regarder.

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Mapp & Lucia

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A Tilling dans le Sussex, a lieu tous les étés une drôle de migration. Les habitants louent les maisons de leurs voisins, chacun passant dans la demeure de l’autre lorsque les beaux jours arrivent. Ce manège semble ne profiter qu’à une seule personne : Miss Elizabeth Mapp qui loue sa maison à une étrangère et beaucoup plus chère que les autres. Miss Mapp domine le petit cercle de Tilling et dicte ses lois aux autres habitants. Elle aime être au centre de l’attention. Sa popularité va être mise à mal par la femme à qui elle loue sa maison pour l’été, Mrs Emmeline Lucas surnommée Lucia par ses proches. Elle emménage avec un ami, Mr Georgie Pilson. Et Lucia aime autant être populaire que Miss Mapp. La guerre est déclarée immédiatement entre les deux femmes. Le combat s’annonce féroce.

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Cette série de trois épisodes est tirée des livres de EF Benson. L’univers est so british. Nous sommes dans un petit village anglais aux cottages verdoyants, aux jardins bien entretenus où l’on prend le thé ou joue au bridge.  La politesse y est obséquieuse surtout entre les deux rivales. Mais sous ce vernis policé, l’ironie est mordante, les répliques acides. Lucia est une belle femme cultivée qui va rapidement éblouir les habitants de la petite bourgade par ses talents multiples (dessin, musique, capacité à parler italien) et son originalité. Miss Mapp n’aura de cesse de prouver aux autres que Lucia est un imposteur et ainsi regagner sa notoriété perdue. Et le pire dans tout ça, c’est que Lucia est bel et bien une fraude ! Elle décalque un dessin dans un livre, ne parle que trois mots d’italien et il lui faut des jours pour déchiffrer une partition ! Lucia est la reine de l’esbroufe et elle le fait avec une rare classe et une ingéniosité remarquable.

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Miranda Richardson et Anna Chancellor interprètent les deux femmes et elles sont toutes deux épatantes. Elles se complètent parfaitement et sont également bien entourées par des seconds rôles à la hauteur de ce duo. Les pauvres habitants de Tilling sont perpétuellement tiraillés entre les deux femmes  et doivent choisir leur camp.

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« Mapp & Lucia » est une série très réussie, aux saillies drôlatiques et d’une ironie féroce. Les actrices semblent prendre beaucoup de plaisir à interpréter ces deux fortes personnalités. Les trois épisodes laissent un goût de trop peu, on aimerait assister à d’autres affrontements, d’autres manigances pour attirer l’attention à soi. Une réjouissante série toute en légèreté et en humour grinçant.

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Peaky Blinders

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Birmingham, 1919, le gang des Peaky Blinders (surnom dû aux lames de rasoir cachées dans leurs casquettes) impose sa loi. Bookmakers, racketteurs, ils fournissent également leur protection aux commerçants. A leur tête, Tommy Shelby (Cillian Murphy) qui veut dominer le marché des paris. Ambitieux, il a le sens tactique et le sang-froid nécessaires pour y arriver. Pour le contrer, arrive l’inspecteur Chester Campbell (Sam Neill). Dépêché de Belfast par Winston Churchill, il vient à Birmingham pour retrouver un stock d’armes qui a été volé dans la ville. Rapidement, il soupçonne les Peaky Blinders et il envoie un agent en infiltration : la belle Grace Burgess (Annabelle Wallis). Une relation complexe et ambigüe s’installe entre ces trois personnages.

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Une fois n’est pas coutume, « Peaky Blinders » nous montre le talent des britanniques pour les reconstitutions. L’ambiance est âpre, tendue et brutale. Les gangs ne se font pas de cadeau et la violence est la règle. Une atmosphère de western flotte sur ce Birmingham d’après guerre. Celle-ci est d’ailleurs  très présente, elle a changé les hommes qui en sont revenus. Beaucoup sont traumatisés, Tommy Shelby prend de l’opium pour réussir à dormir. Les effets de la première guerre mondiale ne sont pas le seul sujet d’actualité abordé dans la série. L’IRA préoccupe également les autorités ; l’inspecteur Campbell revient de Belfast où il luttait contre l’organisation. Il veut éviter que l’IRA ne récupère le stock d’armes. Il veut également contrôler les ouvriers qui se mettent en grève pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Le communisme commence à gagner leur adhésion.

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L’un  des atouts de cette série est l’utilisation de la musique. Les exactions des Peaky Blinders se font au rythme des White Stripes, Tom Waits, The Raconteurs et surtout Nick Cave (« Red right hand » en est le générique). Un pari audacieux qui me semble parfaitement réussi.

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Mais l’atout principal de cette série, c’est l’acteur irlandais Cillian Murphy. Il est totalement magnétique et même si le reste du casting est excellent, c’est lui qui aimante tous les regards. Il fait passer toute la complexité de Tommy Shelby, personnage tout à tour détestable et attachant. La performance de Cillian Murphy est réellement bluffante et la série ne serait rien sans son regard bleu acier.

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« Peaky Blinders » est une série que je vous recommande malgré une intrigue qui démarre lentement et quelques afféteries dans la réalisation (surtout des ralentis inutiles). Cillian Murphy m’a totalement emballée, il construit son personnage avec beaucoup de subtilité et de sensibilité. Un grand acteur,découvert chez Ken Loach, que j’aimerais voir plus souvent.