Ordeal by innocence – BBC

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Une bouteille en cristal qui s’abat sur le crâne d’une femme. Celle-ci s’écroule sur un tapis où son sang se répand. Un cri, celui de la servante qui découvre le corps de Rachel Argyll. Dans la maison se trouvent son mari, Leo, et leurs quatre enfants adoptifs. Le cinquième, Jack, a quitté la maison quelques instants plus tôt. Jeune homme excessif, c’est sur lui que vont se porter les soupçons. Il est rapidement incarcéré. Mais son procès n’aura jamais lieu, il est assassiné en prison. Dans la demeure des Argyll ce soir-là, se trouvait également une autre personne, Gwenda, la secrétaire de Leo. Nous la retrouvons un an plus tard alors qu’elle s’apprête à épouser son ancien patron. Mais la fête va être perturbée par l’arrivée du Dr Arthur Calgary qui vient pour prouver l’innocence de Jack.

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« Ordeal by innocence » aurait du être diffusé pour Noël comme « And then there were none » et « Witness for prosecution », mais le scandale autour de Ed Westwick a obligé la BBC à repousser la diffusion. L’acteur a été remplacé par Christian Cooke et de nombreuses scènes ont été retournées.

Comme les deux précédentes adaptations, celle-ci est de grande qualité. La scène d’ouverture est particulièrement réussie. En quelques scènes, toute l’intrigue se met en place. Et celle-ci est sombre à souhait ! Il règne  dans la maison des Argyll, un climat de forte suspicion. Chacun semble coupable du meurtre de Rachel (Au moment de la découverte du corps, Gwenda a du sang sur le visage et Esther, l’une des filles adoptées par les Argyll,  porte une chemise de nuit couverte de sang) ou cachant de lourds secrets. A travers les trois épisodes, la belle photo de famille de la riche philanthrope Rachel Argyll se désagrège. cette dernière est d’ailleurs loin de la mère ou de la femme modèle. Chacun possède un motif pour l’assassiner. Les blessures sont à vif, la famille est rongée par l’amertume et la rancœur. De quoi donner beaucoup de fausses pistes aux spectateurs…

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L’intrigue est parfaitement maîtrisée, parfaitement mise en scène et luxueusement produite comme toujours avec la BBC. Ce qui rend « Ordeal by innocence » vraiment parfait est son incroyable casting : Anna Chancelor, Bill Nighy, Morven Christie, Matthew Goode, Eleanor Tomlinson, Luke Treadaway pour ne citer que les plus connus. Tous sont absolument brillants, parfaits dans leur rôle respectif. Mais j’aimerais souligner les prestations de deux d’entre eux : Anna Chancelor et Matthew Goode. Ils incarnent tous les deux des personnages détestables : hautains, méprisants, cruels (la scène au restaurant ou au petit déjeuner, où le personnage de Matthew Goode crache tout son fiel,  sont mémorables). Les deux acteurs sont éblouissants et saisissants.

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« Ordeal by innocence » est une nouvelle adaptation d’Agatha Christie qui souligne la maîtrise de la BBC dans ce genre d’exercice. Magnifiquement produite et réalisée, cette série bénéficie d’un casting trois étoiles où chaque acteur est à son meilleur niveau de jeu. Amateur d’Agatha Christie, précipitez-vous !

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The end of the f**king world / Mindhunter sur Netflix

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James pense qu’il est un psychopathe. Il s’est entraîné à tuer des animaux et aimerait maintenant passer au niveau supérieur. C’est là qu’Alyssa entre dans sa vie. Extravertie, rebelle, elle est forcément attirée par l’étrangeté de James. Les deux adolescents sont hors-norme, trop borderline pour leur petite ville. Leurs deux mal-être vont s’associer pour fuguer et partir à l’aventure loin de la morosité et de l’ennui.

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« The end of the f**king world » de Charlie Covell est l’adaptation d’une bande-dessinée de Charles Forsman. C’est le récit d’un road-movie mouvementé pour James et Alyssa. Les deux Bonnie and Clyde deviennent de plus en plus attachants. Leur relation bancale devient profonde, ils s’apprivoisent petit à petit.

La série, qui ne comporte que huit épisodes de 20 minutes, commence dans l’humour noir, le cynisme mais bascule tout doucement vers le drame, le malaise. Le ton du début est décapant, hilarant mais on finit la série avec la gorge serrée et les yeux humides.

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Les deux acteurs principaux : Alex Lawther (vu dans l’épisode le plus glaçant de la saison 3 de Black Mirror) et Jessica Barden sont particulièrement convaincants dans le rôle de ces deux adolescents décalés et déglingués. La bande-son est également excellente. « The end of the f**king world » est un petit bijou de comédie noire, un coup de coeur que je ne peux que vous conseiller.

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L’agent spécial Holden Ford est négociateur au FBI, il enseigne également ses techniques. Adepte de l’écoute et du dialogue, Holden s’intéresse aux criminels les plus dangereux, ceux que l’on nommera par la suite les tueurs en série. Il s’associe avec l’agent spécial Bill Tench et tous les deux parcourent les Etats-unis, de prison en prison, pour discuter avec les tueurs. Ils commencent par Ed Kemper, l’Ogre de Santa Cruz, qui a tué et décapité six femmes dont sa mère. Leur volonté de compréhension de ces cerveaux malades attire une psychologue universitaire  qui les aide à cadrer les entretiens.

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David Fincher produit et réalise certains épisodes de cette série inspirée par le livre de l’agent spécial John E. Douglas, pionnier du profilage. On suit les deux agents à travers les Etats-Unis essayant de définir un profil psychologique pour ces terrifiants criminels. Les deux agents peuvent changer les techniques d’investigation de la police grâce à leurs recherches. Est-ce que la société est responsable ? Est-ce leur rapport avec leurs mères qui les transforme en monstre ? La série ne fait pas de la psychologie de bas étage, les réflexions des trois personnages principaux sont techniques, approfondies. L’Amérique, dans les 70’s, s’interroge sur ses valeurs, sa morale et c’est ce qui transparaît en filigrane.

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Mais la série n’est pas qu’une série policière passionnante. Au fur et à mesure des épisodes, les personnages s’épaississent, prennent de la consistance. Leur relation, leurs oppositions, leurs évolutions apportent beaucoup à la série et accrochent définitivement le spectateur. Encore une fois, le casting est excellent : Jonathan Groff, le bavard et ambitieux Holden Ford, Holt McCallany, aguerri et mesuré Bill Tench, Anna Torv, la réfléchie et intelligente Wendy Carr.

« Mindhunter » est une série criminelle passionnante et parfaitement mise en scène.

The marvellous Mrs Maisel, amazon

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Miriam « Midge » Maisel (Rachel Brosnahan) est l’épouse parfaite des années 50. Toujours parfaitement habillée et maquillée (même au saut du lit !), ayant à cœur de s’occuper de ses enfants, cuisinant divinement, elle trouve encore le temps de soutenir son mari Joel (Michael Zegen) qui rêve de percer dans le stand-up. Midge accompagne Joel au Gaslight café pour l’écouter et le conseiller. Malheureusement, elle découvre que son mari vole tous ses sketches. Midge lui conseille alors d’être plus personnel, plus spontané. Joel, qui n’est finalement pas très drôle, se prend un bide monumental. Dépité, il quitte sa femme pour sa secrétaire. Midge se soûle et débarque au Gaslight. Elle monte sur scène, se lâche et fait hurler de rire la salle. Susie (Alex Borstein), qui gère la salle, veut alors faire de Midge la nouvelle star du stand-up.

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La première saison de « The marvellous Mrs Maisel » est un régal absolu. La bavarde Mrs Maisel (la saison s’ouvre sur son long discours de mariage) est naturellement douée pour le stand-up. Elle est excessive, provocatrice (elle montre ses seins sur scène) et son humour est féroce. Son mari Joel en fera les frais. Amy Sherman-Palladino nous avait déjà montré son talent de dialoguiste dans « Gilmore Girls » mais elle se surpasse dans « The marvellous Mrs Maisel ». Les répliques sont piquantes, le débit de Midge évoque celui de Lorelai Gilmore. Les rapports entre Midge et Joel m’ont également fait penser aux screwball comedies. « The marvellous Mrs Maisel » tient aussi de la comédie musicale façon « Dansons sous la pluie » ou « Un américain à Paris ». La bande-son est absolument géniale allant de Charlie Parker à Frank Sinatra, de Ella Fitzgerald à Barbra Streisand, de Duke Ellington à David Bowie. le décor est coloré, pop, travaillé dans les moindres détails. Les splendides tenues de Midge sont de couleurs vives, éclatantes à l’image de l’héroïne.

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« The marvellous Mrs Maisel » évoque le début du stand-up féminin. Être une femme dans les 50’s n’inclut pas le fait de monter sur scène pour se moquer des hommes et tenir des propos irrévérencieux. La série retranscrit bien cette époque paternaliste où les femmes peinent à s’affirmer. Midge, qui vient d’une famille juive de l’Upper West Side, préfère aller travailler dans un grand magasin pour conserver son indépendance. Elle devra se battre pour exister sur scène. Le chemin sera douloureux, Midge essuiera des échecs cuisants. Mais sa folle énergie, la confiance sans faille de Susie (la relation entre les deux femmes est très réussie) lui permettent de ne pas baisser les bras. Elle a également un ange gardien de taille : le grand Lenny Bruce (Luke Kirby). Les apparitions du showman et les passages au Gaslight café, qui existait réellement, rendent bien l’ambiance bouillonnante de l’époque et de ces clubs.

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« The marvellous Mrs Maisel » est une comédie réjouissante, au casting parfait (à commencer par Rachel Brosnahan), aux décors et costumes somptueux et à l’énergie communicative.

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Flowers de Will Sharpe, channel 4

Maurice Flowers écrit des livres sombres pour enfants. Mais son inspiration lui fait défaut depuis longtemps. Au bout du rouleau, il tente de se pendre aux branches d’un arbre mais il échoue. En revanche, sa mère, qui a récupéré la corde, ne rate pas son suicide. L’événement va faire exploser une famille qui était déjà pour le moins fragile. La mère, Deborah, sourit face à toutes les situations en espérant que son optimisme se propagera au reste de sa famille. Leurs jumeaux de 25 ans sont totalement puérils : Donald passe son temps à créer des inventions farfelues et Amy à écrire des chansons macabres. Tous deux vivent toujours chez leurs parents. Le voisinage est à la hauteur de la famille Flowers avec un chirurgien esthétique libidineux et un entrepreneur veuf obsessionnellement amoureux de Deborah.

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« Flowers » est la série la plus dingue que j’ai vue depuis longtemps. L’atmosphère est un croisement entre Edgar Allan Poe et Tim Burton (celui des premiers films). La série est imprégnée par la dépression de Maurice, sa morbidité donne le ton. Mais « Flowers » n’est pas qu’une série gothique. L’auteur, Will Sharpe qui interprète un dessinateur japonais à l’anglais improbable, a glissé beaucoup d’humour, de scènes burlesques et totalement farfelues dans sa série.

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Cet univers hors-norme peut surprendre au départ mais il faut se laisser porter par les différents membres de la famille Flowers qui deviennent de plus en plus attachants au fur et à mesure des épisodes. Il faut également souligner les formidables performances des différents acteurs avec, en tête, Olivia Coleman qui incarne avec talent l’hystérique Deborah.

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Étonnante, fantasque, drôle, « Flowers » est une courte série extrêmement originale aux allures de conte gothique.

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Deux séries de fin d’année sur la BBC

  • To walk invisible

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« To walk invisible » est un biopic consacré aux sœurs Brontë. Sally Wainwright, créatrice de la formidable série « Happy valley », a choisi de se consacrer sur les années 1845-1848, les trois années où les sœurs vont écrire et publier leurs romans.

Au début du period-drama, les trois sœurs et leur frère Branwell sont présentés enfants, plongés dans l’univers fictionnel qu’ils se sont créé. L’imagination a toujours été au cœur de la famille Brontë. Mais à partir de 1845, la création devient une urgence vitale pour Anne, Emily et Charlotte. Branwell a eu une liaison avec la femme de son employeur. Il était tuteur de leurs enfants, Anne était leur gouvernante. Tous deux sont renvoyés et Branwell sombre peu à peu dans l’alcoolisme. Le révérend Patrick Brontë vieillit, les trois sœurs se posent alors la question de leur avenir. Comment vont-elles subvenir à leurs besoins si leur père meurt et que Branwell continue à s’auto-détruire ? C’est Charlotte, et son incroyable ténacité, qui va décider ses sœurs à publier leurs écrits.

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Sally Wainwright rend un formidable hommage à ces trois extraordinaires femmes qui luttèrent pour gagner leur indépendance, pour que leur talent soit reconnu tout en tant protégeant Branwell et leur père. « To walk invisible » souligne également la modernité des trois sœurs qui voulaient raconter la vie telle qu’elle est, montrer le quotidien des gens, ce qui allait à contre-courant de la littérature de l’époque.

« To walk invisible » présente de nombreuses scènes sublimes que je ne pourrai pas toutes citer : Emily marchant dans la rue avec Anne en lui racontant le fait divers qui sera l’étincelle déclenchant l’écriture de « Wutherings heights », Emily (oui, c’est celle que je préfère !) récitant son poème « No coward soul is mine » à Anne sur la lande, le moment où les trois sœurs signent avec leurs pseudonymes, Charlotte dévoilant son identité à son éditeur, Branwell apprenant que la femme qu’il adore ne veut plus le revoir et qui voit sa vie s’effondrer. Il faut rendre un hommage appuyé au formidable casting réuni par Sally Wainwright : Finn Atkins interprète Charlotte avec un mélange de pugnacité et de timidité, Chloe Pirrie montre le caractère entier, sans compromission d’Emily, Charlie Murphy est la douce et tendre Anne, Adam Nagaitis rend parfaitement la rage, le désespoir abyssal de Branwell et Jonathan Pryce incarne un révérend Brontë digne mais las.

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Je n’ai que des louanges pour « To walk invisible » qui, me semble-t-il, donne une image très juste de l’univers et des conditions de vie de Anne, Emily et Charlotte Brontë. C’est un period-drama particulièrement réussi, très bien écrit et construit, au casting absolument impeccable. Il se termine par un très joli post-scriptum au presbytère de Haworth transformé aujourd’hui en musée qui inscrit l’oeuvre des trois sœurs dans la durée.

  • The witness for the prosecution

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Après avoir adapté l’an passé « And then there were none« , la BBC a choisi, pour leur Agatha Christie de fin d’année, « The witness for the prosecution ». On pense bien entendu à la version réalisée en 1957 par Billie Wilder, la comparaison entre les deux ne dure pas car la BBC propose une version totalement différente.

En 1923, à Londres est retrouvé le corps sans vie de Mrs French (Kim Cattrall), elle a été assassinée. Sa gouvernante découvre le corps et affirme avoir vu sortir de la maison Leonard Vole (Billy Howle), le jeune amant de Mrs French. Cette dernière avait récemment modifié son testament en faveur de Leonard. Ce dernier est arrêté et crie son innocence. Son alibi : il était chez lui au moment du meurtre et sa femme, Romaine (Andrea Riseborough), peut en témoigner. L’avocat de Leonard, John Mayhew (Toby Jones), pense que l’affaire va être classée rapidement. C’était sans compter sur le changement de témoignage de Romaine.

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La version en deux épisodes de la BBC est extrêmement sombre et glauque. L’intrigue se déroule dans une ville de Londres totalement plongée dans le brouillard, exsangue après la guerre. Nous sommes loin des excès des années folles. C’est l’envers du décor que l’on voit à l’écran et les séquelles de la guerre sont très présentes : John Mayhew a perdu son fils et il souffre de bronchites chroniques à cause d’une intoxication au gaz, la femme de l’avocat ne se remet pas de la mort de son fils et conserve soigneusement sa chambre dans l’état dans lequel il l’a laissée, Leonard Vole est lui-même revenu du front où il a rencontré Romaine, celle-ci, de nationalité autrichienne, a perdu toute sa famille. Les deux jeunes gens expriment leur mal être à un moment : ils sont une génération sacrifiée, ils pensaient être accueillis en héros à leur retour mais c’est l’oubli et la misère qui les attendaient.

« The witness for the prosecution » joue beaucoup sur la psychologie des personnages. John Mayhew, qui est le pivot de l’histoire, est un homme qui se noie dans la culpabilité. Il tente par tous les moyens de faire oublier à sa femme qu’il est parti au front avec son fils, il veut à nouveau la rendre heureuse. Lorsqu’il rencontre Leonard, il se prend d’affection pour lui comme s’il s’agissait de son fils revenu du front. De même, il y a un affrontement psychologique entre Romaine et John. Celui-ci tombe sous le charme de la jeune femme en l’écoutant chanter et il supportera très mal son changement de témoignage. Romaine se montre alors extrêmement cruelle avec lui en lui disant qu’il est si facile de le blesser. Ce jeu psychologique entre les différents personnages est très bien mené durant les deux épisodes.

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Comme pour « And then there were none », la production est très soignée, les costumes sont luxueux, la mise en scène est soignée et le scénario (de Sarah Phelps comme pour l’adaptation de 2015) est très bien construit. Le casting est, comme toujours avec la BBC, absolument impeccable, il faut notamment souligner les performances marquantes de Andrea Riseborough, qui réussit à faire oublier la prestation de Marlène Dietrich dans le film de Wilder, et de Toby Jones qui réussit une véritable transformation physique entre le début et la fin de la série.

« The witness for the prosecution » m’a séduite par son ambiance noire, son travail sur la psychologie des personnages et son casting impeccable. Je vous la recommande donc vivement.

Deux reines, deux séries

Les deux plus longs règnes de la royauté britannique ont été mis à l’honneur cet automne. Les deux séries débutent par l’accession au trône de deux jeune femmes.

  • Victoria, ITV

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La série débute en 1837 lorsque l’oncle de Victoria (Jenna Coleman)  décède la laissant devenir reine à 18 ans. La jeune femme va devoir apprendre le dur métier de reine. Elle y sera aidée tout d’abord par son premier ministre Lord Melbourne (Rufus Sewell), puis par son mari Albert (Tom Hughes). Ce period drama est réalisé de manière très classique, les costumes sont superbes mais les reconstitutions extérieures en numérique  laissent à désirer. La série est très mélodramatique et présente la reine comme une personne assez ridicule et inconséquente. Dans les premiers épisodes, Victoria apparaît comme une jeune femme capricieuse et absolument incapable de tenir son rang : elle pleure dans les jupons de sa mère à la moindre contrariété, elle se soûle lors de sa première réception et se laisse peloter par l’ambassadeur de Russie.

La relation entre Victoria et Lord Melbourne tire vers la romance mièvre. Certes le charmant Rufus Sewell donne ses traits à Lord Melbourne mais dans la réalité le premier ministre de Victoria avait environ quarante ans de plus qu’elle et était plutôt un père de substitution qu’un possible mari.

Heureusement, les choses s’arrangent un peu avec l’arrivée d’Albert qui apporte calme et dignité à son épouse et à la série ! Sa manière de chercher sa place, son rôle aux côtés de la reine sont d’ailleurs très intéressants.

Enfin, scénaristes du monde entier, n’essayez pas de copier bêtement « Downton Abbey » pour faire plaisir et attirer le public. Ici, les intrigues des serviteurs m’ont semblé bien fades et sans intérêt.

Vous l’aurez compris, « Victoria » est un period drama dont vous pouvez aisément vous dispenser.

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  • The crown, Netflix

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Cette série de Netflix reprend finalement les mêmes thématiques que « Victoria » : comment une toute jeune femme peut-elle du jour au lendemain assumer les devoirs d’une reine ? Quelle place dans la royauté pour le mari de celle-ci ? Contrairement à la série de ITV, je trouve que celle-ci montre bien et de manière réaliste l’apprentissage de la reine.

On la découvre avant son accession au trône, Elizabeth (Claire Foy) mène une vie paisible et oisive avec son mari Philip Mountbatten (Matt Smith) et leurs enfants. Son père est malade et meurt pendant qu’elle est en voyage. La toute jeune reine va donc apprendre les devoirs, les responsabilités d’une reine grâce à l’ancien entourage de son père et à un premier ministre d’exception : Winston Churchill (Jon Lightow), tout juste réélu à 77 ans.

Certes, la série est tournée essentiellement vers l’intime mais c’est un élément essentiel pour la famille Windsor qui met, dès le départ, sa vie en scène. Le couronnement d’Elizabeth est le premier à être filmé et diffusé à la télévision. Cela montre également l’impact des devoirs de la reine sur ses proches. On le voit notamment à travers la relation de la princesse Margaret et du capitaine Townsend. L’état, l’Église passent avant la relation des deux sœurs. A travers l’histoire de la princesse et du capitaine, c’est la lente évolution des mœurs dans les années 50 qui est mise en lumière.

Le casting est aussi somptueux que les costumes et les décors : Claire Foy est parfaite en Elizabeth qui prend de l’assurance voire de la dureté, Matt Smith est léger, frivole mais pas sans gravité, Jared Harris est un émouvant George VI, et c’est un plaisir de retrouver les très austeniens Greg Wise et Jeremy Northam. Mais celui qui crève l’écran, c’est John Lightow qui interprète magistralement un Churchill vieillissant et refusant de quitter le pouvoir.

Certes, on pourra toujours questionner la véracité de ce que l’on voit mais je trouve les intrigues bien menées et le casting de qualité. C’est donc un divertissement que j’ai regardé avec plaisir.

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Trois séries anglaises estivales : The living and the dead, Love, Nina et Brief encounters

  • The living and the dead, BBC one

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En 1894, dans une ferme du Somerset, Nathan Appledy rend visite à sa mère accompagné de sa femme Charlotte. Malheureusement, la mère décède pendant le séjour du couple. Nathan décide d’abandonner son métier de psychologue pour s’occuper de l’exploitation avec Charlotte. Mais depuis le retour de Nathan d’étranges phénomènes se produisent, des esprits du passé viennent hanter les vivants.

Dans cette série de la BBC, en six épisodes, le passé revient hanté les vivants et les morts viennent demander des comptes. Chaque épisode est une histoire en soi tout en gardant une continuité dans la série. Certaines histoires sont vraiment déchirante comme celles du groupe d’enfants morts au fond d’une mine parce qu’il était trop cher d’aller les récupérer. C’est toute la société victorienne qui est interrogée : le travail des enfants, la place des femmes, les vieilles superstitions.

Le côté fantastique est parfaitement maîtrisé, l’ambiance est gothique à souhait. L’esthétique n’est pas sans évoquer celle de « Sleepy Hollow » de Tim Burton. Le couple de héros est très attachant : Charlotte Spencer est lumineuse, optimiste et moderne face à un Colin Morgan torturé et perturbé par ses visions surnaturelles.

Malheureusement (et malgré la fin qui laissait présager autre chose), il n’y aura qu’une seule et unique saison à cette série gothico-fantastique.

  • Love, Nina, BBC one

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Cette série est tiré du livre éponyme de Nina Stibbe. Il s’agissait d’un recueil de lettres entre Nina et sa sœur Victoria. La première s’installe à Londres où elle devient la « nanny » des deux fils d’une éditrice divorcée. Nina ne sait pas cuisiner, ne s’est jamais occupée d’enfants et refuse de porter des chaussures !

Chaque épisode de la série est composé de petites vignettes, de petits chapitres avec titres nous racontant les aventures et déboires de la fantasque Nina dans une famille qui ne l’est pas moins. C’est une feel-good série plein de drôlerie (Nick Hornby a écrit le script), de tendresse. Les deux actrices principales sont impeccables. Helena Bonham Carter est d’une grande sobriété et c’est ainsi que ressort au mieux son talent. Nina est interprété par la délicieuse et ingénue Faye Marsay. Ce joli duo est complété par une belle galerie de personnages : Malcolm, l’écrivain célibataire qui vient dîner tous les soirs avec la famille et asticote Nina sur ces plats ; Nunney qui s’occupe du voisin handicapé de la famille et flirte gentiment avec Nina ; Max et Joe les deux enfants brillants,drôles et très mâtures.

La série est composé de six épisodes de trente minutes, c’est frais, rythmé et totalement irrésistible.

  • Brief encounters, ITV

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1982, Sheffield, le thatchérisme bat son plein et le chômage aussi. Le mari de Stephanie se retrouve sans emploi, celui de Mrs Spake voit sa boucherie péricliter depuis l’arrivée du supermarché, celui de Nita replonge dans le petit banditisme et Dawn doit s’occuper de ses frères et de son père affalé dans le canapé toute la journée. C’est Stephanie qui trouve la solution à leurs problèmes : une annonce de la société Ann Summers pour vendre des sous-vêtements et accessoires coquins à la manière des soirées Tupperware.

Comme « Love, Nina », « Brief encounters » est une feel-good série. C’est une pétillante comédie en six épisodes qui montrent l’émancipation de la femme dans les années 80 quel que soit le milieu social d’origine. Toutes doivent s’en sortir et gérer leur famille et ce sont elles qui prennent tous les risques et trouvent les solutions. Elles sont dynamiques, solidaires et n’hésitent pas à sortir du rôle qui leur est assigné à l’époque : mère au foyer. Il y a des scènes vraiment réjouissantes comme celle des premières démonstrations où les vendeuses sont aussi mal à l’aise avec les objets que les potentielles acheteuses ou celle où Mrs Spake, la bourgeoise de la bande, annonce à un policier qu’elles sont en plein épanouissement sexuel !

Les actrices ne sont pas pour rien dans la réussite de cette série. Sophie Rundle a enfin le premier rôle qu’elle mérite, Sharon Rooney est extrêmement drôle et gouailleuse. Mais la palme revient à la formidable Penelope Wilton en Mrs Spake, aussi émouvante que drôle.

« Brief encounters » est une très sympathique et dynamique série dont le quatuor d’actrices est particulièrement réjouissant.

 

The Durrells-ITV 2016

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La chaîne anglaise ITV a adapté, en une série de six épisodes, la trilogie de Corfou du naturaliste Gerald Durrell. Dans ses livres, il raconte son enfance passé sur l’île grecque avec sa famille. Après le décès du père, les Durrells vivotent à Bournemouth. Lawrence, l’aîné, se rêve écrivain mais est un médiocre agent de voyage. Gerald, le plus jeune, n’est pas loin d’être expulsé de son école. Il préfère observer les animaux que d’écouter ses professeurs. Leslie et Margo n’ont quant à eux aucune intention  de se mettre à travailler. La mère, Louisa, décide alors d’emmener sa tribu sur l’île de Corfou.

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Les premiers épisodes montrent l’arrivée et les multiples péripéties de la famille Durrell sur cette île étrangère. En 1935, Corfou n’a pas encore l’électricité, il n’y a qu’un seul médecin et la pension de veuve de Louisa a bien du mal à arriver jusque là. Mais les Durrells sont plein de ressources et s’acclimatent petit à petit : Leslie passe son temps à chasser, Larry trouve enfin l’inspiration pour écrire, Margo commence à devenir femme et Gerry découvre une faune riche et variée.

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Le centre, le pivot de la série est véritablement la mère, Louisa. Tout tourne et gravite autour d’elle. Ouverte d’esprit, attendrissante, elle s’attire les sympathies des habitants et notamment de Spiros qui devient le chauffeur et l’ange gardien de la famille. Elle permet surtout à ses enfants de s’épanouir et de trouver leur voie. Ce beau personnage de mère-poule doit beaucoup à son interprète : Keeley Hawes. Pétillante, radieuse, elle illumine la série de sa présence.

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Et le reste du casting est à la hauteur, chaque acteur incarne parfaitement et donne épaisseur et subtilité à son personnage. Mes préférés sont néanmoins Lawrence joué avec beaucoup d’ironie, d’esprit par Josh O’Connor et Gerry incarné par le formidable Milo Parker que j’avais découvert dans « Mr Holmes ». Il apporte une touche de candeur et de douceur dans le quotidien mouvementée des Durrells. Il y a une vraie complicité, une alchimie entre les acteurs. Les liens fusionnels entre les membres n’en sont que plus crédibles.

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La production est extrêmement bien soignée. « The Durrells » est tournée dans des paysages de rêve qui donnent encore plus de lumière à cette série à la tonalité déjà joyeuse. Le générique en forme de bande-dessinée est superbe, il évoque parfaitement les années 30 et les différents personnages de la série.

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« The Durrells » est une série qui met du baume au cœur : rythmée, enjouée, pleine d’esprit et de fantaisie. C’est à regret que j’ai quitté cette famille atypique et merveilleusement excentrique. Fort heureusement, la série a connu un fort succès (mérité) et ITV a déjà annoncé une deuxième saison. Je m’en réjouis d’avance.

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Guerre et paix – BBC 2015

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 En janvier, la BBC nous proposait une nouvelle adaptation du roman de L. Tolstoï « Guerre et paix ». Après avoir vu le charmant film de King Vidor, la très austère et russe fresque de S. Bondartchouk et la calamiteuse version de Mathilde et Luca Bernabei et Nicolas Traube, il me fallait voir ce que la BBC allait faire du chef-d’œuvre de Tolstoï.La chaîne anglaise s’est donnée les moyens de ses ambitions avec Andrew Davies au scénario (« La maison d’Apre-vent », « Orgueil et préjugés », « Docteur Jivago »), Tom Harper à la réalisation (« This is England ’86 », des épisodes de « Peaky blinders ») et Harvey Weinstein à la production. La série de six épisodes fut tournée en Russie pour donner plus d’authenticité et plonger la myriade d’acteurs dans l’ambiance du roman.

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L’adaptation est globalement très fidèle au roman de Tolstoï. Comme dans la version de Bondartchouk, la durée de la série permet de montrer l’ampleur du roman, de donner plus de places aux personnages secondaires. Ici, chacun trouve sa place, a de l’épaisseur, une présence qui est également due aux formidables acteurs choisis pour la série. Nous les découvrons d’ailleurs presque tous dans la scène d’ouverture (la même que dans le roman) : le salon d’Anna Pavlovna (Gillian Anderson). Chacun s’y affirme déjà : Pierre (Paul Dano) est maladroit et idéaliste, le prince Andreï (James Norton) est sombre et ténébreux, Anatole et Hélène Kouragine (Callum Turner et Tuppence Middleton) sont venimeux et pervers, la mère de Boris Drubetskoy est prête à toutes les bassesses pour placer son fils. Les autres personnages viendront par la suite : Marya Bolskonskya (Jessie Buckley) douce et humble et son tyrannique père (Jim Broadbent) puis la famille Rostov avec la juvénile et délicieuse Natsha (Lily James). Une très belle galerie de personnages qui souligne bien la complexité et le foisonnement du roman. Andrew Davies a magnifiquement su rendre ces aspects.

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Après le travail du scénario, il faut souligner la puissance, la beauté de la mise en scène de Tom Harper. La série BBC ne se contente pas de nous offrir un spectacle classique, elle a choisi un réalisateur capable de sublimer le travail de Tolstoï puis celui d’Andrew Davies. Les scènes de générique et d’ouverture de chaque épisode sont extrêmement travaillées. La première nous montre un paisible paysage de montagne dans la brume qui s’évapore petit à petit. Nous découvrons alors qu’il s’agit d’un champ de bataille surplombé par un homme de dos sur son cheval : Napoléon (Matthieu Kassovitz). La mise en scène de Tom Harper est splendide, efficace et élégante. Elle est très picturale, habitée d’un souffle épique pour rendre compte de la violence des champs de bataille (celle de Borodino est une réussite) et d’une subtile délicatesse pour les scènes plus intimes (je citerai en exemple la scène du bal et les différentes conversations entre Pierre et Andreï). La musique est un atout supplémentaire qui souligne, amplifie la réalisation tout en donnant un caractère traditionnel russe grâce à son thème principal entêtant.

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En plus des talents d’Andrew Davies et de Tom Harper, la BBC s’est offert un casting cinq étoiles avec des acteurs chevronnés (Gillian Anderson, Jim Broadbent, Stephen Rea ou Greta Scacchi) mais également avec la fine fleur des jeunes talents britanniques (Tom Burke avec un Dolokhov mémorable, Aneurin Barnard, Callum Turner ou Aisling Loftus). Mais le poids de la série repose surtout sur les épaules des trois acteurs principaux : Lily James, James Norton et Paul Dano qui sont exceptionnels. La première est un ravissement. Fraîche, exaltée, romantique, elle saura très bien également incarnée une Natasha fragilisée et plus adulte. James Norton est le meilleur Prince Andreï que j’ai pu voir. Contrairement aux versions précédentes, James Norton n’incarne pas un idéal mais un homme de chair et de sang, un être torturé, malheureux en amour mais avec un sens aigu du devoir. Malgré mon infinie admiration pour le jeu de James Norton, je dois avouer que celui qui m’a le plus impressionnée est Paul Dano. Le talent de cet acteur ne cesse de me surprendre et ce n’est pas exagéré de dire qu’il est un véritable caméléon. Je trouve qu’il ne joue pas Pierre, il est Pierre. Dès sa première apparition à l’écran (on le voit se diriger de dos vers la demeure d’Anna Pavlovna), il est complètement dans la peau du personnage. Il est maladroit, naïf, pataud, touchant, colérique. Le jeu de Paul Dano est d’une subtilité saisissante et il est pour moi le plus grand acteur américain de sa génération.

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Vous l’aurez compris, cette série BBC est une totale réussite. Je n’ai eu qu’un seul bémol : la scène de la mort du Prince Andreï, trop appuyée, trop clichée mais j’avais reproché la même chose à King Vidor et Sergueï Bondartchouk. Les acteurs, la réalisation la musique, tout contribue à faire de ce « Guerre et paix » un grand spectacle de haute tenue.

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Le billet d’Emjy qui fut également enthousiasmée par cette série.

Wolf Hall

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Wolf Hall est une série en six épisodes tirée des romans d’Hilary Mantel. La série montre l’ascension de Thomas Cromwell, de la disgrâce du cardinal Wolsey à l’exécution d’Anne Boleyn. Elle est réalisée par Peter Kosminsky et est très loin des « Tudors » (2007), série tapageuse et racoleuse. Nous sommes ici dans une série qui est anti-spectaculaire : le rythme est lent, on s’intéresse aux intrigues de la cour, aux manipulations ambitieuses des uns et des autres et pas uniquement à la chambre à coucher d’Henry VIII comme c’était le cas dans « Les Tudors ». Dans « Wolf Hall », un grand soin est apporté aux décors (de véritables châteaux Tudors), aux costumes et les scènes d’intérieur sont toutes tournées à la bougie. Le parti pris est clairement celui de la crédibilité, du réalisme historique.

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Le personnage de Thomas Cromwell est donc le centre du livre et de la série. Le conseiller d’Henry VIII a mauvaise réputation en Angleterre. Et après de nombreuses recherches Hilary Mantel a voulu le réhabiliter. Le débat se situe surtout entre Cromwell et Thomas More, le premier est considéré comme machiavélique, manipulateur (il a contribué à l’exécution de More et Boleyn) alors que le second est un grand homme, un saint pour l’Église catholique. Hilary Mantel est plus nuancée sur les portraits des deux hommes. Cromwell est un homme de basse extraction (fils de forgeron), il ne doit qu’à lui même sa formidable et exceptionnelle ascension sociale (ce qui était extrêmement rare à l’époque). C’est un banquier, un homme pragmatique et c’est ce qui l’oppose à More, l’homme des idées. La série nous le présente comme un homme qui, pour sa propre survie, est obligé d’obéir aux demandes du roi même si l’une d’entre elles est de se débarrasser d’Anne Boleyn. C’est un personnage complexe, plein de zones d’ombres (la douloureuse disparition de sa femme et de ses filles, le renvoi du cardinal Wolsey auquel il restera fidèle) et gorgé d’ambition. Bref, un vrai personnage romanesque !

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Le casting est absolument remarquable. Cromwell est incarné par Mark Rylance qui en fait un personnage impassible donc insaisissable. Son allure est austère (il est partisan de la Réforme) et son regard mélancolique. Damian Lewis est un formidable Henry VIII au caractère changeant et capricieux. Claire Foy est une Anne Boleyn tout en détermination et certitude. Son discours lors de son exécution n’en est que plus touchant. Se rajoutent à ces trois-là Jonathan Pryce, Mark Gatiss, Joanne Whalley, Mathieu Amalric ou Jessica Raine.

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« Wolf Hall » est une magnifique fresque sur l’ascension de Thomas Cromwell servie par un casting haut de gamme et une mise en scène sobre et soucieuse des détails.

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