Bilan livresque et séries d’avril

Encore beaucoup d’éclectisme dans les neuf livres que j’ai pu lire en avril :

-des retrouvailles avec mon cher Jonathan Coe et un coup de cœur pour son dernier roman « Mr Wilder & me » mais également avec la très talentueuse Maggie O’Farrell qui s’est penchée sur la vie du couple Shakespeare et avec André Aciman qui fait revivre sous sa plume Elio et Oliver dans « Trouve- moi » ;

-la confirmation du talent d’Adeline Dieudonné avec un deuxième roman décapant et réjouissant et celui de la jeune Emma Cline que l’on retrouve avec un court roman « Harvey » ;

-des découvertes avec « Le jeu de la dame » de Walter Tevis qui se révèle être un conteur hors-pair, « Psychiko » de Paul Nirvanas, un drôle de polar sans enquête ; « Tea rooms » de Luisa Carnés qui évoque la condition des ouvrières dans le Madrid des années 30 et « Cosima » de Grazia Deledda, prix Nobel de littérature en 1926, que les éditions Cambourakis ont la bonne idée de rééditer depuis plusieurs années.

Des films et des séries étaient également au programme avec les saisons 2 de :

-« Hippocrate » : Thomas Lilti plonge ses personnages dans une situation de crise, les poussant dans leurs retranchements. Il montre des personnels hospitaliers à bout de souffle en manque de moyens pour travailler sereinement. Les personnages principaux sont faillibles, touchants mais ils s’avèrent toujours aussi solides. Mention spéciale à Bouli Lanners que j’ai eu plaisir à retrouver dans cette saison 2 et qui complète parfaitement le casting de départ.

-« Breeders » : nous retrouvons Paul et Ally et leurs deux enfants qui sont maintenant devenus adolescents. Ils se questionnent toujours autant sur leurs capacités à être de bons parents. Ils sont tendres, souvent maladroits, parfois brusques mais toujours en essayant de bien éduquer leurs enfants. Les épisodes sont courts, hilarants mais ils sont également teintés de mélancolie dû au temps qui passe, aux enfants qui commencent à avoir des secrets pour leurs parents. Une excellente série aux personnages extrêmement attachants.

-« L’aliéniste » : les deux saisons  sont tirées des romans de Caleb Carr qui est également à l’origine de la série. L’aliéniste devra cette fois trouver un meurtrier d’enfants, toujours aidé par Sarah Howard, détective privé et John Moore, journaliste. La saison 2 est encore plus sombre que la première mais le scénario est plus limpide. « L’aliéniste » est un bon thriller historique se déroulant dans le New York de la fin du 19ème siècle, à la reconstitution soignée et aux personnages tourmentés.

La série est adaptée du best-seller de Sally Rooney dont je vous parlais récemment. En douze épisodes d’environ trente minutes, elle reprend de manière très fidèle l’apprentissage amoureux de Marianne et Connell. Comme dans le roman, nous sommes plongés dans l’intimité des personnages. Nous suivons leur évolution, nous sommes confrontés à leurs vacillements, leurs doutes, leurs choix souvent douloureux. Comme chez Sally Rooney, la série montre avec minutie l’état psychologique des personnages. La mise en scène est sobre, pas besoin d’en rajouter lorsque vous avez devant la caméra deux acteurs aussi talentueux. Daisy Edgar-Jones et Paul Mescar sont parfaits, intenses et d’un naturel confondant. Ils sont infiniment touchants et grâce à eux, j’ai trouvé que la série surpassait le roman. Ils incarnent magnifiquement et avec grâce les personnages si singuliers imaginés par Sally Rooney.

 

« Dans les angles morts » est adapté du très brillant roman d’Elizabeth Brundage. George, Catherine Clare et leur petite fille viennent de s’installer à Chosen. Ils ont racheté une ancienne ferme laitière en faillite pour une bouchée de pain. George vient d’obtenir un poste d’enseignant en histoire de l’art à l’université. Après New York, le couple s’installe dans une petite ville rurale. Catherine a du abandonner son travail de restauratrice d’œuvres d’art pour suivre son mari. Elle constate très rapidement que des choses étranges se passent dans leur nouvelle maison. Autant le dire tout de suite, si vous avez lu le roman, vous serez forcément déçus par cette adaptation qui n’a pas la subtilité et la finesse d’Elizabeth Brundage. Pour les autres, je pense que le film se laisse regarder et il pourrait être qualifié de thriller hanté. L’atout principal du film est, me semble-t-il, la prestation de James Norton qui arrive à approcher de l’ambiguïté et de l’égotisme du personnage imaginé par Elizabeth Brundage.  L’ensemble reste tout de même bien sage au vu de la qualité du roman.

Marla Grayson est tutrice professionnelle pour des personnes âgées devenues dépendantes. Elle est désignée par la justice après un avis médical. Les personnes âgées sont alors placées en EHPAD et Marla gère leurs biens. Ce qui signifie qu’elle se précipite pour vendre tout ce qu’elles possèdent et ainsi devenir de plus en plus riche. Son arnaque est bien rodée et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Mais Marla va tomber sur un os. Elle envoie en EHPAD une femme riche qui n’est pas supposée avoir de famille. Et c’est là que ses ennuis vont commencer. « I care a lot » avait beaucoup de qualité pour me plaire. Je trouve l’idée de départ ingénieuse et le film garde une tonalité immorale presque jusqu’à la fin. Ce qui est assez réjouissant. Rosamund Pike est évidemment parfaite dans le rôle de Marla, blonde glaçante au cynisme sans limite. Mais « I care a lot » souffre de nombreuses invraisemblances qi finissent par nuire à l’intérêt que l’on porte au film. Marla va se retrouver confronter à un être extrêmement craint et malfaisant. Il semble être une sorte de parrain mais le moins que l’on puisse dire c’est qu’il choisit mal son personnel (garde-du-corps et tueurs sont totalement incompétents). Et j’ai également trouvé le film un peu long, manquant de rythme pour un thriller. Dommage…

 

Bilan livresque et séries de mars

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De mes neuf lectures de mars, je n’ai pu vous parler pour le moment que de « Fantômes » de Christian Kiefer qui évoque le sort terrible réservé aux nippo-américains pendant la seconde guerre mondiale. Durant le mois écoulé, j’ai enfin découvert la talentueuse Sally Rooney avec son premier roman « Conversations entre amis », la délicatesse d’Isabelle Flaten dans « La folie de ma mère », l’engagement et l’intelligence de Wendy Delorme avec « Viendra le temps du feu », le singulier et militant André Siniavski et son double « André la poisse » et le saisissant « Les Oxenberg et les Bernstein » de Catalin Mihuleac. J’ai poursuivi avec plaisir la saga des Cazalets de Elizabeth Jane Howard avec le troisième tome « Confusion ». Une seule bande-dessinée à mon actif mais pas des moindres : « L’accident de chasse » de D.L. Carlson et L. Blair est un roman graphique dense, au dessin virtuose jouant avec le noir et blanc et fourmillant de détails.

J’ai également envie de vous parler d’un film et de deux séries vus durant ce mois de mars :

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Mado et Nina habitent sur le même palier. Mais c’est dans l’appartement de la première qu’elles vivent leur grande histoire d’amour. Les enfants de Mado ne sont pas au courant et elle rechigne à leur annoncer. Ce qui agace profondément Nina car cela met en péril leur projet de partir vivre en Italie. Lorsque Mado fait un AVC, Nina est exclue de son quotidien. Mais leur amour est trop fort pour que les deux femmes soient séparées.

Le premier film de Filippo Meneghetti est absolument bouleversant. Avec une grande simplicité et beaucoup de tendresse, il nous montre cette relation entre deux femmes d’âge mûr. Deux héroïnes, deux corps qui sont trop peu fréquents à l’écran. La puissance de cet amour passe évidemment par les deux interprètes du film qui sont remarquables. Martine Chevallier n’est que douceur, pudeur et retenue. Alors que Barbara Sukowa est prête à tout pour défendre son amour pour Mado quitte à blesser ceux qui se dressent sur son passage. Lorsqu’elles sont ensemble à l’écran, l’amour sonne comme une évidence. La scène finale où elles dansent ensemble pieds nus est merveilleuse.

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Aine vient de passer quelques temps dans un centre de repos où elle et sa sœur, qui vient la chercher, auraient aimé trouver un mini-bar dans la chambre et un jacuzzi. Cette première scène de la série créée par Aisling Bea (qui interprète Aine) donne immédiatement le ton. Aine n’est qu’humour et dérision. Elle passe son temps à faire des blagues, quitte à faire des flops. Mais derrière cet humour forcené se cache une jeune femme perdue qui a fait une tentative de suicide. Aine veut aller mieux, ne serait-ce que pour rassurer sa soeur, Shona (Sharon Horgan) qui passe son temps à surveiller ses déplacements sur son téléphone. L’une a réussi dans la vie, est bien installée alors que l’autre se cherche encore. Mais c’est bien leur relation qui fait leur force, entre lien indéfectible et agacement. « This way up » évoque « Fleabag » en raison de son héroïne paumée et de la crudité des propos. Mais Aisling Bea a choisi un personnage plus positif, sans cynisme et qui se démène pour sortir de sa dépression. L’ensemble des six épisodes est un régal et oscille entre humour burlesque et tendresse, toujours justes les deux actrices principales sont formidables. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il y aura très certainement une deuxième saison.

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Septembre 1981, tandis que Roscoe quitte sa famille qui veut l’envoyer à Lagos pour combattre son homosexualité, Ritchie et Colin débarquent à Londres pour débuter leur vie d’adultes. Le fantasque Ricthie profite à fond des possibilités offertes par la capitale et les bars gay. Il arrête rapidement ses études de droit pour se lancer dans le théâtre. Colin est plus sage, plus posé et il se fait embaucher chez un tailleur. Les trois jeunes gens s’installent en colocation sous l’égide de Jill, une étudiante qui couve et protège ses amis. Cette nouvelle vie insouciante et joyeuse va bientôt être assombrie par des rumeurs concernant une maladie qui toucherait uniquement la communauté homosexuelle.

Russell T. Davies est le scénariste de cette série, on le connaît déjà pour « Queer as folk », la reprise du « Doctor Who en 2003 (un clin d’œil à cette série s’est glissé dans « It’s a sin ») et récemment pour la formidable dystopie « Years and years ». Encore une fois, son talent fait merveille dans cette série de cinq épisodes. Elle est formidablement bien écrite, bien construite et elle nous emporte dès les premières images. Cette bande de jeunes gens est éminemment attachante, on aimerait en faire partie, les accompagner dans leurs débuts dans la vie. Le ton est tour à tour léger, drôle, fiévreux et bouleversant sans être plombant malgré le thème abordé.  « It’s a sin » capte parfaitement les années 80 avec les costumes, la musique mais également l’atmosphère pesante due à la politique conservatrice de la dame de fer. La série souligne bien le mensonge qui régnait à l’époque de l’apparition du virus, la volonté de cacher les morts qui s’accumulent.  On assiste à des scènes terrifiantes. Les malades sont enfermés à double tour dans les hôpitaux, décèdent seuls dans la honte. Les banques se permettent de poser des questions sur la sexualité de leurs clients pour des demandes de prêt. Et la désinformation, la méconnaissance (ou l’envie de ne pas savoir) touchent également la communauté gay qui ne veut pas voir la fête s’achever. Pas de manichéisme, pas de pathos chez Russell T. Davies même si les larmes coulent à flot à certains moments. Le scénariste nous offre à nouveau une grande série, percutante et émouvante qu’il ne faut pas rater.

Bilan 2020

Voilà une drôle d’année qui s’achève et, à l’heure où je vous écris, les cinémas, les théâtres et les salles de concert n’ont toujours pas de date de réouverture. Durant cette année, j’ai lu 129 livres dont 10 bande-dessinées dont voici mes coups de cœur :

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1- En tête de mon classement, « Étés anglais » et « A rude épreuve » de Elizabeth Jane Howard qui sont les deux premiers volumes de la saga familiale consacrée à la famille Cazalet. La plume est élégante, les personnages attachants et leur psychologie approfondie. Un projet ambitieux qui tient toutes ses promesses et dont j’ai hâte de découvrir le volume suivant.

2- « La maison dans l’impasse » de Maria Messina qui montre l’enfermement physique et mental de femmes siciliennes dans les années 1900. Un roman remarquablement écrit et percutant.

3- « Fille, femme, autre » de Bernardine Evaristo qui dresse le portrait de douze femmes noires dans l’Angleterre d’aujourd’hui. Ambitieux, foisonnant, ce roman est également audacieux dans sa forme.

4- « Le cœur de l’Angleterre » de Jonathan Coe que j’ai toujours grand plaisir à retrouver et qui retrouve ici sa veine politique. En reprenant les personnages de « Bienvenue au club » et « Du cercle fermé », il continue à analyser son pays, ici post-Brexit et c’est là qu’il est le plus brillant, le plus incisif.

5- « Vie de Gérard Fulmard » de Jean Echenoz, l’un de mes écrivains préférés nous a livré cette année un roman réjouissant, drôle et toujours dans une langue épurée et d’une précision redoutable. 

2020 fut également l’occasion de découvrir de nouvelles plumes que je vais suivre à l’avenir avec grande attention : « Le dit du mistral » d’Olivier Mak-Bouchard, « Le chien noir » de Lucie Baratte, « Ohio » de Stephen Markley et « Je suis la bête » d’Andrea Donaera. Quatre romans fort différents mais pour lesquels j’ai eu un véritable coup de cœur.

Mon année 2020 fut également marqué par Émile Zola. J’ai achevé la lecture de l’ensemble des volumes des Rougon-Macquart avec des découvertes magnifiques comme « La conquête de Plassans », des confirmations comme « L’assommoir » qui reste le meilleur de cette série ou des déceptions comme « Au bonheur des dames » qui m’a malheureusement ennuyée alors qu’il m’avait laissé un bon souvenir. Et puis, il y a « La faute de l’abbé Mouret » qui est hors-classement tellement je le déteste et le considère comme totalement raté.  J’ai complété les Rougon-Macquart avec deux BD : « Les Zola » de Méliane Marcaggi et Alice Chemana qui met en lumière les femmes qui ont entourées l’écrivain, « L’affaire Zola » de Jean-Charles Chapuzet, Christophe Girard et Vincent Gravé qui revient sur l’affaire Dreyfuss et émet l’hypothèse de l’assassinat de Zola. Cette thèse était également défendue dans le formidable roman de Jean-Paul Delfino intitulé « Assassins ! ». Je n’ai pas pu vous en parler ici mais il rend parfaitement compte du contexte politique et social de l’époque. Enfin, quand nous pouvions encore nous rendre au théâtre, j’ai eu le plaisir de voir « Madame Zola » au théâtre Montparnasse qui rendait un bel hommage à Alexandrine Zola avec une Catherine Arditi absolument extraordinaire dans ce rôle.

Enfin, je voulais à nouveau vous conseiller le formidable « Honoré et moi » de Titiou Lecocq qui fut une lecture enthousiasmante au ton enlevé, drôle mais également plein d’empathie pour Honoré de Balzac.

Malgré le peu de films vus cette année (à mon grand désarroi), voici mon top cinq qui comportent plusieurs comédies pour nous remonter le moral :

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1- « Un divan à Tunis » de Manele Labidi est une comédie pétillante sur une jeune psychanalyste qui décide d’installer son cabinet à Tunis après avoir été formée en France. Le film nous offre une formidable galerie de personnages et une lumineuse Golshifteh Farahani qui vaut à elle seule le visionnage de ce film.

2- « Tout simplement noir » de Jean-Pascal Zadi qui est faux documentaire, une vraie farce mais également un état des lieux de la visibilité des noirs en France. Le constat est loin d’être réjouissant.

3- « Effacer l’historique » de Gustave Kervern et Benoit Delépine où le duo décapant montre l’absurdité de notre monde connecté.

4- « Michel Ange » de Andreï Kontchalovski qui montre la réalité de la vie de ce génie au caractère terrible, tourmenté et complexe. J’ai beaucoup apprécié la reconstitution non édulcorée de la vie à la Renaissance et la prestation de Alberto Testone.

5- « Felicità » de Bruno Merle qui m’a fait penser à « Little miss Sunshine » pour l’humour et la famille dysfonctionnelle. Pio Marmai fait encore une fois merveille de ce rôle de père décalé, sans cesse en mouvement et en marge de la société.

2021 débute à peine et je ne peux qu’espérer que cette nouvelle année me permettra de retrouver rapidement le chemin des salles obscures.

 

Bilan livresque et séries de novembre

Novembre

De l’éclectisme en ce mois de novembre avec onze livres forts différents et une bande-dessinée inspirée du spectacle de Alexis Michalik sur l’écriture de « Cyrano de Bergerac ». J’ai déjà eu l’occasion de vous parler du formidable diptyque de Deborah Levy : « Ce que je ne veux pas savoir » » et Le coût de la vie « et de « Promo 49 » qui m’a permis de découvrir la plume de Don Carpenter. Je vous parle très bientôt de l’ensorcelant premier roman adulte de Kiran Millwood Hargrave « Les graciées », de l’excellent deuxième roman de Laurine Roux « Le sanctuaire », du percutant premier roman de Fatima Dass « La petite dernière », du premier volet des filles du siècle de Marie Desplechin et du très réussi roman-enquête de David Le Bailly sur Frédéric Rimbaud.  Deux romans m’ont déçue : « Les belles années de mademoiselle Brodie » de Muriel Spark qui m’a ennuyée et « La maison faite d’aube » de N Scott Momaday dans lequel je n’ai pas réussi à rentrer.

Les cinémas étant fermés, je vais vous parler de trois séries que j’ai visionnées pendant le confinement :

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Joseph est ouvrier dans le BTP, il travaille dur et ne fait pas de vagues. Mais lorsque son ex-femme, avec qui il s’entend bien, part s’installer en Australie avec leur fils, Joseph replonge dans les démons de l’alcool. Pour s’en sortir, il décide de retrouver sa sœur, Anna, en Irlande. Orphelins, Anna et Joseph furent séparés durant leur enfance et ils ne sont pas revus depuis.

The virtues est une mini-série de quatre épisodes qui émeut et bouleverse. Elle a été créée par Shane Meadows qui était déjà l’auteur brillant de « This is England » (le film et la série). On retrouve ici son réalisme à la Ken Loach, certaines scènes sont d’ailleurs improvisées (comme celle des retrouvailles entre le frère et la sœur qui est déchirante). Shane Meadows suit la trajectoire de Joseph, celle d’un homme qui doit régler un trauma profond qui le hante depuis son enfance. Un autre personnage va également devoir régler ses comptes avec son passé : Dinah, la belle-sœur d’Anna. Les deux personnages sont blessés, cabossés, victimes d’une société irlandaise corsetée, moralisatrice.

Pas de pathos excessif, pas de tire-larmes facile, l’émotion nous saisit grâce à la sincérité, à la force des acteurs. Stephen Graham, qui jouait déjà dans « This is England », est absolument saisissant, sa performance est exceptionnelle. Et il est extrêmement bien entouré, le reste du casting est éblouissant. « The virtues » a obtenu en 2019 le grand prix de Séries Mania et Stephen Graham a obtenu le prix d’interprétation. Il était donc temps que nous la découvrions et l’on peut remercier Arte de nous la proposer.

Cette série est à voir absolument, pour son intrigue, pour ses acteurs, pour son réalisme brut, pour ses personnages à l’humanité vacillante mais qui continuent à chercher une lueur d’espoir. Une très, très grande série.

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Des adultes qui jouent à un étrange jeu nommé les sardines, des cambrioleurs maladroits, des voyageurs dans un train de nuit, des chasseurs de sorcière au 17ème siècle, des amis se retrouvant au restaurant, qu’ont tous ces personnages en commun ? Le n°9 qui est celui d’une maison, d’un appartement, d’un wagon selon la situation.

« Inside n°9 » est une anthologie lancée en 2014 par la BBC dont il existe cinq saisons (quatre sont disponibles sur la plateforme d’Arte qui nous gâte en séries anglaises). Chaque épisode dure environ 30 mn et nous propose un huis-clos dans des lieux et des époques différentes. Les comédiens Steve Pemberton et Reece Shearsmith en sont les créateurs et les acteurs. Chaque épisode est une histoire en soi et la caractéristique de la série est la surprise finale. Les intrigues se terminent par un twist, un renversement qui les conclue et nous surprend immanquablement. Pour autant, les auteurs ne créent pas du sensationnel pour épater les spectateurs, chaque fin est parfaitement cohérente avec le reste de l’histoire. Les deux auteurs font preuve d’une inventivité remarquable au travers de cette série. Le ton tourne souvent à l’humour noir, à l’ironie grinçante et parfois au drame. Les épisodes se dégustent, il faut savourer l’humour noir so british de Steve Pemberton et Reece Shearsmith.

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1950, Kansas City, deux communautés s’affrontent : celle de Loy Cannon et celle de Justo Fadda. Après une tentative de paix, le clan des  Afro-américains et celui les italiens vont se battre pour contrôler un territoire et son économie souterraine.

Comme toujours dans Fargo, un engrenage criminel complexe se met en branle et met en scène une galerie de personnages hauts en couleur. Ici, nous faisons la connaissance de Ethelrida Pearl Smutny, jeune femme brillante dont le père est croque-mort, de Oraetta Mayflower une infirmière adepte de l’euthanasie, de Gaetano Fadda sorte d’ogre ultra-violent, de Odis Well policier bourré de TOC, etc… Tout ce beau monde va se croiser dans une intrigue endiablée et rythmée. Cette dernière sera émaillée de violence, les morts sont plus nombreux que dans les saisons précédentes. L’histoire est ample avec plusieurs lignes narratives et parle de la haine contre les immigrants, quelque soit leur origine.

L’une des grandes forces de « Fargo » est son casting et c’est encore le cas cette année avec Jason Schwartzman, Chris Rock, Andrew Bird (le chanteur), Jessie Buckley ou encore Ben Wishaw. Chacun est absolument parfait dans son rôle, chaque performance est un régal. Peut-être y-a-t-il un peu trop de personnages, il faut se laisser un peu de temps pour tous les assimiler.

Comme toujours, « Fargo » est une série réjouissante à suivre, l’intrigue est efficace et le casting bluffant.

 

Tales from the loop/Mrs America

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A Mercer, Ohio, se situe le centre de physique expérimentale appelé the loop. Son fondateur, Russ Willard, y cherche à déverrouiller et explorer les mystères de l’univers. La ville est peuplée de tours, de sphères étranges et futuristes, dans les bois on croise un robot usé à l’allure mélancolique. Les habitants sont régulièrement témoins de phénomènes paranormaux.

« Tales from the loop » est une uchronie qui s’inspire des œuvres rétro-futuristes de Simon Stalenhag. L’esthétique est celle des années 80, les ordinateurs mastodontes côtoient la robotique et l’intelligence artificielle. Chaque épisode est une histoire en soi mais ils sont liés les uns aux autres par les personnages qui se croisent et se recroisent. Une jeune fille cherche désespérément sa mère disparue, deux adolescents s’amusent à s’échanger leurs corps, un jeune couple arrête le temps. Chaque épisode est une pièce du puzzle.

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La série de Nathaniel Halpern est humaniste, elle interroge les tourments existentiels des personnages. Elle navigue entre surnaturel et quotidien, le premier s’insinuant dans la vie ordinaire des personnages. Ce qui frappe c’est l’incroyable beauté mélancolique de la série. Elle déploie ses histoires, ses contes avec lenteur, une infinie délicatesse et beaucoup de sensibilité. La mise en scène est au diapason de l’écriture. Certaines images sont incroyablement poétiques.

mv5bnmyznwjjmdqtmgvmyi00nmjhltgyngmtymjjnzu5ntk5ntmzxkeyxkfqcgdeqxvymdc2ntezmw._v1_sy1000_sx1500_al__0« Tales from the loop » est une série de science-fiction singulière, à l’esthétique rétro-futuriste et au ton contemplatif. Une série en huit épisodes qu’il faut savourer tant elle est belle et poétique.

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En 1971, Phyllis Schlafly, mère au foyer conservatrice, se lance dans une campagne contre l’Equal rights amendment (ERA) qui doit garantir l’égalité de droits entre les hommes et les femmes. Phyllis crée un groupe de femmes pour combattre cet amendement qui, pour elle, va détruire la famille américaine. Son mouvement va prendre beaucoup d’ampleur et va être un sérieux frein au combat féministe. Face à Phyllis, Gloria Steinnem, Bella Abzug, Betty Friedan, Shirley Chisholm se battent pour les femmes, l’avortement, l’homosexualité et leur mouvement rejoint celui des droits civiques (Shirley Chisholm est la première femme afro-américaine membre du congrès).

La série de Dahwi Waller (Desperate housewives, Mad men) résonne avec notre actualité. A la fin de la série, l’ERA n’a pas été ratifié par les 38 états nécessaires. En 1982, date butoir imposée pour la ratification, seuls 34 états avaient voté pour. Mais, depuis 2017, les trois états manquants se sont reliés au texte. Une bataille est en cours pour annuler la date butoir.

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Chaque épisode de la série se focalise sur une ou plusieurs personnalités : Phyllis, Gloria, Shirley, Betty, Bella, etc… La série les suit sur plusieurs années et permet de voir l’évolution des deux groupes. Alice, qui accompagne Phyllis dès le début, est le personnage qui évolue de la manière la plus intéressante.

« Mrs America » montre que chaque groupe est le lieu de dissensions, de compromis pour maintenir une certaine cohésion. Chaque groupe connaît ses victoires et ses défaites. Phyllis Schlafly est un personnage extrêmement complexe et contradictoire. C’est une femme au foyer catholique fervente, elle a six enfants. Mais se battre contre l’ERA, lui permet de mettre en valeur ses talents. Elle rêve de politique, d’études de droit. Et ses enfants sont élevés par sa belle-sœur (qu’elle ne remercie jamais) puisqu’elle passe son temps en meetings. En raison de ses ambitions, Phyllis subit la misogynie des hommes politiques. Mais cela ne la fait pas changer de camp ! Cate Blanchett incarne à la perfection l’ambiguïté de Phyllis. L’ensemble du casting est absolument impeccable : Rose Byrne, Sarah Paulson, Tracy Ullman, Uzo Aduba et toutes les autres.

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Il faut souligner également la qualité des choix musicaux qui illustrent cette série, le générique est un fantastique mélange de la 5ème symphonie de Beethoven et de disco (signé Walter Murphy). Il donne parfaitement le ton de cette série maîtrisée et passionnante.

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1832, Anne Lister revient chez elle à Halifax dans la propriété que son oncle lui a légué, Shibden Hall. Il s’avère qu’Anne s’est trouvée forcée à retourner chez elle après une histoire d’amour malheureuse. Malgré cette contrariété, Anne va se réacclimater à la région et elle décide de reprendre le domaine en main. Elle s’occupe du paiement des loyers, des renouvellements de bail de ses métayers et surtout elle veut se mettre à exploiter la mine de charbon qui se trouve sur ses terres. Elle va alors se confronter aux frères Rawson, ses voisins, qui pillent sa mine depuis des années. En plus de rétablir son domaine, Anne veut une vie personnelle heureuse. Elle cherche donc la femme idéale pour partager sa vie. Anne veut s’affranchir de toutes les conventions sociales mais elle éprouvera quelques difficultés à trouver quelqu’un d’aussi courageux qu’elle.

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Sally Wainwright aime les personnages féminins forts et indépendants comme elle nous l’a précédemment montré dans « Happy valley » et « Walk invisible » (deux séries que je vous conseille vivement si vous ne les avez pas déjà vues). Dans cette nouvelle série, son personnage principal ne déroge pas à cette règle. Sally Wainwright s’est inspirée de la véritable Anne Lister (1791-1840) qui était surnommée Gentleman Jack (d’ailleurs la série a été tournée dans la véritable propriété de Anne Lister, Shibden Hall). Elle a laissé un journal très fourni (on la voit dans la série écrire chaque jour) et surtout codé. Ses relations féminines devaient rester un minimum secrètes, Anne les assumait mais elle protégeait ainsi ses amantes d’autant plus que certaines étaient mariées.

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Anne Lister est un personnage extraordinaire, indépendante, aimant voyager, capable de tenir tête aux hommes dans les affaires et s’intéressant à de nombreux domaines. Elle est surtout quelqu’un qui refuse les concessions. Lorsqu’une amie lui suggère d’épouser un homme pour faire taire les rumeurs, elle lui dit vouloir vivre avec quelqu’un qu’elle aime. Et elle pense l’avoir trouvé en la personne de Ann Walker, une riche héritière qui peine à trouver un mari au grand dam de sa famille. Ces deux personnages féminins sont interprétés par deux actrices remarquables : Suranne Jones (« Docteur Foster ») et Sophie Rundle (« Happy valley », « The Blentchley circle », « Brief encounters » et « Peaky Blinders »). Le reste du casting est à la hauteur des deux actrices principales.

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Sally Wainwright apporte beaucoup d’humour dans cette histoire. Anne Lister m’a fait penser à Fleabag puisqu’elle s’adresse directement aux spectateurs pour des apartés. Le rythme est enlevé à l’image de son personnage principal qui ne peut rester en place. Les séries contemporaines ont déjà abordé la thématique de l’homosexualité, des transgenres mais il est original de voir ces mêmes thématiques dans une série historique. J’aurais un seul petit bémol, il porte sur une intrigue secondaire, celle de Thomas Sowden, métayer de Anne Lister. Cette histoire ne me semble pas apporter grand chose à l’intrigue principale. Et surtout elle nous éloigne d’Anne qui est un personnage tellement fort et énergique que l’on aimerait ne pas la quitter une seconde.

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Avec « Gentleman Jack », Sally Wainwright nous montre à nouveau l’étendue de son talent et elle nous présente un personnage féminin charismatique, puissant et incroyablement indépendant pour le 19ème siècle.

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Fleabag, saison 1 et 2

 

Je n’avais pas eu l’occasion de vous parler de « Fleabag », la saison 2 me permet heureusement de le faire. « Fleabag » (sac à puces) a tout d’abord été crée par Phoebe Waller-Bridge sur scène. La créatrice et actrice, à l’origine également de la formidable série « Killing Eve », a ensuite décidé de tirer une série de son spectacle. Et je l’en remercie car « Fleabag » est une série vraiment originale, drôle et tragique à la fois.

Fleabag a la trentaine, elle tient un café qu’elle a créé avec sa meilleure amie Boo. Celle-ci est malheureusement morte dans des conditions que nous découvrons au fur et à mesure de la première saison. La jeune femme est proche de la dépression et son entourage ne va pas beaucoup l’aider. Sa mère est décédée ; son père est en couple avec la marraine de ses filles qui ne perd aucune occasion de les rabaisser ; sa sœur Claire est psychorigide et elle est mariée à un homme détestable. Pour couronner le tout, le café,  de Fleabag, qui a pour thématique les cochons d’Inde, est désespérément vide. Pour oublier ses problèmes, l’héroïne se console en ayant de très nombreux amants qui valent le détour ! Entre celui qui a les dents de Bugs Bunny, celui qui aime les petits seins et celui qui collectionne les dinosaures, le tableau est des plus réjouissant ! Cette première saison culminait dans une sexhibition où sont exposés les œuvres de la belle-mère et où l’humiliation de Fleabag sera à son comble.

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La deuxième saison s’ouvre de manière magistrale avec notre héroïne le nez en sang dans les toilettes dans restaurant. Nous découvrirons à travers l’épisode que cette scène est la conclusion d’un repas de famille ! Tout a l’air pourtant d’aller mieux pour notre trentenaire, elle semble avoir repris les choses en main et son café fonctionne à merveille. Le seul hic, c’est qu’elle tombe sous le charme du prêtre catholique (qui a peur des renards…) qui doit unir son père et sa belle-mère et qu’elle rencontre lors du dîner (jeu de massacres) familial.

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« Fleabag » est une série originale par sa forme. En effet, l’héroïne crée un lien tout particulier avec les spectateurs en faisant des apartés à la caméra. Tout au long des deux saisons, elle commente ce que nous voyons à l’écran, ce qu’elle vit. Le ton de ces apartés est très libre, très ironique et plein d’autodérision. Phoebe Waller-Bridge parle de tous les sujets sans aucun tabou ce qui peut parfois donner des scènes ou des dialogues assez trash. Les règlements de compte en famille sont à chaque fois des moments d’anthologie où l’ironie, la violence verbale et physique sont à leur summum. C’est cru, cynique et terriblement réjouissant ! Les dialogues sont extrêmement rythmés et ciselés ce qui est essentiel à une bonne comédie. Mais « Fleabag » n’est pas qu’une comédie. La verve et l’humour de l’héroïne ne servent qu’à masquer sa culpabilité, sa tristesse et son immense sentiment de solitude. Et le casting de la série est absolument fabuleux à commencer par Phoebe Waller-Bridge qui est formidable, Olivia Colman qui réalise encore une performance incroyable, Bill Paterson, Sian Clifford, Andrew Scott dans la saison 2 et tous les autres qui participent pleinement à la réussite de cette série (mention spéciale au discours féministe de Kristin Scott-Thomas dans la saison 2).

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« Fleabag » est une comédie au goût amer, féministe et au ton particulièrement cru. Les acteurs, les dialogues, la mise en scène, tout concoure à faire de cette série une oeuvre originale, drôle et touchante à la fois. Une réussite totale qui malheureusement ne durera que deux saisons. J’ai hâte de découvrir la suite du travail de Phoebe Waller-Bridge.

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Trois séries françaises : Ad vitam,Aux animaux la guerre et Hippocrate

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Darius Asram a presque 120 ans, il est flic et pense sérieusement à changer de métier. Sa dernière enquête portera sur un suicide collectif d’un groupe d’adolescents. Quelques années auparavant, des jeunes gens avaient déjà choisi d’en finir dans cette société qui a aboli la mort. Darius va aller chercher de l’aide auprès de Christa Novak. La jeune femme, mise sous surveillance, avait fait partie de la première vague de suicide. Elle en avait réchappé et semble la plus à même de comprendre la psychologie des victimes.

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Thomas Cailley s’était déjà fait remarquer avec son premier film, « Les combattants », qui était original et totalement maîtrisé. Sa série l’est tout autant. Il imagine une société qui a vaincu la mort et où les hommes se régénèrent dans des caissons. La série présente alors les conséquences de cet état de fait. Elle s’ouvre sur l’annonce d’un vote portant sur le contrôle des naissances. Et c’est bien la première conséquence de l’abolition de la mort : quelle est la place de l’enfant, de la jeunesse ? La planète est surpeuplée et avoir des enfants ne ferait qu’aggraver le problème. La question de la limitation du nombre des naissances semble alors s’imposer. Les jeunes ne trouvent plus leur place dans cette société d’autant plus que la majorité est portée à trente ans, l’indépendance est donc longue à venir. Le seul moyen de se rebeller et surtout d’exister est paradoxalement de se suicider. La mort est devenu le tabou ultime, le seul et unique interdit.

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La disparition de la mort empêche également de sentir un élan vers le futur, le désir de vivre a lui aussi disparu. Pour se sentir vivant, les hommes recherchent la souffrance et à frôler la mort (combats violents, morsures de chien, etc…). L’ambiance dans cette société est plutôt dépressive, la possibilité de l’immortalité a fait perdre le sens de l’existence. Le duo d’acteurs principaux fonctionne à merveille. Yvan Attal est parfait dans le rôle du flic bourru et blasé. Face à lui, Garance Marillier crève l’écran. Dans « Grave », elle réalisait déjà une formidable performance, la série de Thomas Cailley confirme son incroyable intensité de jeu. Si vous avez raté la diffusion de « Ad vitam » sur Arte, je vous conseille vraiment de visionner cette série entre polar et dystopie.

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Dans les Vosges, l’usine de sous-traitance automobile Velocia va fermer ses portes. Les salariés désignent Martel, un syndicaliste, comme secrétaire du comité d’entreprise. C’est lui qui va devoir défendre les autres. Martel cherche de l’aide auprès de Rita, inspectrice du travail engagée. Le syndicaliste a un deuxième travail, il est videur dans une boîte de nuit pour pouvoir offrir à sa mère une maison de retraite de luxe. Le fait d’être bientôt au chômage l’amène à s’engager dans une voix criminelle : kidnapper une prostituée pour la revendre à deux caïds.

AUX ANIMAUX LA GUERRE

Alain Tasma adapte ici le premier roman de Nicolas Mathieu qui a également collaboré au scénario. « Aux animaux la guerre » met en valeur la France des zones périurbaines où la fermeture d’une usine est une véritable catastrophe puisqu’elle fait vivre toute une population. Martel refuse le déclassement social pour sa mère, il se bat pour elle comme il se battra pour sauver son usine. La fresque sociale se transforme en polar quand Martel tente tout pour acquérir de l’argent et tombe dans la délinquance. La désespérance, le chômage amènent la colère et la violence. L’atmosphère est pesante et le paysage (la vallée, la forêt) renforce cette impression de confinement. Il faut quitter la région si l’on veut survivre, ce que vont faire les deux jeunes adolescents de la série.

AUX ANIMAUX LA GUERRE

Ce qui fait également l’intérêt de « Aux animaux la guerre », c’est le récit choral, une constellation de personnages entourent Martel : Rita, l’inspectrice du travail passionnée et rongée par le deuil de son mari, Bruce le bodybuilder qui vit de petits trafics, sa sœur la pin-up du coin, Serge Tokarev le caïd en fin de vie. Et quel casting pour servir ces différents personnages : Roschy Zem, Olivia Bonamy, Tchéky Karyo, Rod Paradot, Eric Caravaca, etc…

« Aux animaux la guerre » est vraiment une réussite qui montre la France délaissée, celle des plans de licenciement qui détruisent toute une région. Il ne me reste plus qu’à découvrir le roman de Nicolas Mathieu.

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Dans l’hôpital de Garches, les médecins titulaires doivent être mis en quarantaine. Les internes vont devoir gérer en attendant leur retour. Chloé est la plus expérimentée, elle semble totalement dominer la situation. Pour la seconder, deux jeunes internes, Alyson et Wagner, qui sont plus novices et Arben, médecin légiste qui aspire à rejoindre la médecine généraliste. Les quatre internes vont devoir se serrer les coudes pour faire tourner le service.

HIPPOCRATE Saison 1 - Episode 4

Thomas Lilti, lui-même médecin, a déjà réalisé deux films sur sa profession : « Hippocrate » avec Vincent Lacoste et Reda Kateb et « Première année » toujours avec Vincent Lacoste et William Lebghil. Comme dans le film éponyme, Thomas Lilti fait le choix du réalisme pour sa série. C’est le quotidien des médecins, leurs questionnements, les gardes sans fin, et celui des patients qui nous est présenté. Les acteurs utilisent les termes techniques exacts, procèdent aux véritables gestes techniques qui ont beaucoup été travaillés. Il y a aussi l’envers du décor : les gages entre internes, la cantine où l’on ne doit pas parler de médecine, la crudité des mots pour aider affronter le quotidien.

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Les personnages sont extrêmement bien dessinés et crédibles : Chloé l’ambitieuse qui se veut froide et distante, professionnelle à outrance pour masquer ses faiblesses ; Arben est bienveillant, attentif mais il cache un grave secret ; Alyson est fragile, elle veut tellement bien faire qu’elle finit par douter de sa vocation ; Wagner est insouciant, léger mais il est le fils d’un médecin titulaire et il a peur de ne pas être à la hauteur. Comme pour « Aux animaux la guerre », il faut saluer la qualité du casting : Louise Bourgoin encore une fois parfaite, Alice Belaïdi, Karim Leklou, Zacharie Chasseriaud, Anne Consigny ou encore Eric Caravaca complètent ce casting.

J’ai toujours beaucoup aimé les séries médicales et celle-ci est sans doute la plus aboutie. Elle sait allier réalisme et tension romanesque avec un casting cinq étoiles. J’espère qu’une deuxième saison est envisagée !

 

Killing Eve / Sharp Objects

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Eve Polastri travaille pour le MI5 et s’ennuie derrière son bureau. Une série de meurtres particulièrement violents aiguise sa curiosité. Elle étudie le profil possible de l’assassin et en conclue qu’il s’agit d’une femme. Elle garde sa théorie pour elle, jusqu’à ce qu’on lui confie la surveillance du seul témoin de l’assassinat d’un homme politique russe à Vienne. Eve pressent qu’il s’agit de l’œuvre de sa tueuse. Sa théorie arrive aux oreilles du MI6 qui décide de mettre en place une cellule pour traquer cette tueuse qui sévit de manière très efficace à travers le monde.

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« Killing Eve » est la nouvelle série de la scénariste anglaise Phoebe Waller-Bridge. Elle est l’auteur d’une série que j’avais beaucoup appréciée et dont je ne vous avais pas parlé : « Fleabag » qui était le portrait d’une trentenaire londonienne mal dans sa peau. Une comédie qui était crue, grinçante, intime, sensible et totalement irrésistible ! Phoebe Waller-Bridge s’essaie cette fois au thriller d’espionnage et c’est à nouveau une réussite.

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Certes, le scénario n’est pas extrêmement novateur mais il est parfaitement efficace. En revanche, ce qui fait l’intérêt de « Killing Eve » est son duo de personnages centraux. Comme pour « Fleabag », Phoebe Waller-Bridge a choisi de mettre les femmes à l’honneur et ce sont deux personnages atypiques et détonants. Eve Polastri est une femme au quotidien tranquille, elle n’a pas d’enfants mais elle adore son mari. Cette vie plan-plan commence à la lasser et Eve ne rêve que d’actions, d’une vie professionnelle mouvementée. Elle n’hésite donc pas une seconde quand on lui propose de poursuivre sa tueuse et met de côté, sans vraiment de remords, son mari. Face elle, on découvre Villanelle, une jeune femme psychopathe, engagée pour tuer par de mystérieux employeurs. C’est une jeune femme qui fait preuve d’un grand sang-froid et d’intelligence quand elle exécute ses contrats mais qui en dehors, est totalement fantasque et enfantine. Ce qui est intéressant dans la série, c’est la relation qui se noue entre Eve et Villanelle, une relation trouble, ambigüe. Elles jouent au chat et à la souris et les rôles s’inversent tout au long de la série. Les deux femmes sont également tenaces, obstinées et ne sont pas prêtes à lâcher leur proie. Eve et Villanelle sont interprétées par deux formidables actrices : Sandra Oh et Jodie Comer, leur duo fonctionne à merveille.

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« Killing Eve » est un thriller efficace, maîtrisé, féministe et imprégné d’humour noir. Vivement la saison 2 !

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Camille Preaker est journaliste à St Louis. Son chef décide de l’envoyer à Windgap dans le Missouri où une jeune femme a été assassinée et une autre portée disparue. Il sait très bien que Windgap est la ville natale de Camille et il espère qu’aller là-bas lui permettra  de résoudre certains de ses problèmes. Elle est en effet extrêmement mal dans sa peau, elle boit plus que de raison et se scarifie le corps. Elle ne porte d’ailleurs que des vêtements lui couvrant entièrement le corps. C’est donc à contrecœur que Camille se rend à Windgap où elle devra affronter une affaire de meurtres et son passé.

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« Sharp objects » est adapté du premier roman de Gillian Flynn. Son ambiance poisseuse, torturée et délétère m’a fait penser à celle de la première saison de « True Detective ». Nous sommes ici également dans une petite bourgade du sud des États-Unis à l’atmosphère étouffante. Chacun sait tout sur ses voisins mais le mutisme est de mise face à ceux qui enquêtent. Dans le cas de « Sharp objects », le shériff du coin a l’air d’en savoir autant que ses administrés mais il se garde bien de communiquer quoique ce soit au flic venu enquêter sur place. L’ambiance est malsaine, les habitants se repaissent de célébrations sur les victoires du Sud pendant la guerre de Sécession. Il n’y a pas que Camille qui est rongée par le passé.

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« Comme « Killing Eve », « Sharp objects » est une série qui se consacre entièrement aux femmes, les personnages masculins restent en marge de l’histoire. Et plus précisément, la série s’interroge sur la violence faite aux femmes, qu’elles subissent et qu’elles infligent. Au cœur du récit, on trouve Camille, sa mère Adora et Amma, la demi-sœur de Camille. Un trio qui transpire le malaise. Comme je le disais plus haut, Camille est fragile psychologiquement et en découvrant sa mère, on comprend mieux pourquoi. Adora est issue d’une famille riche, sa demeure (typique du sud esclavagiste) est la plus grande de la ville. Elle est respectée et son image est toujours impeccable et lisse. Dans l’intimité, elle est toxique pour ses filles, elle les couve de manière outrancière, elle les oppresse d’attentions. Adora en veut à Camille de lui avoir échappé en allant à St Louis. Amma est une jeune fille modèle mais quand le soir tombe, elle se transforme en jeune femme délurée qui boit énormément comme sa demi-sœur. L’alcool sert de psychothérapie dans la région ! Tout se joue entre ces trois femmes et une quatrième qui vient du passé, l’autre demi-sœur de Camille morte à l’âge de 14 ans. Le passé et le présent ne sont pas très réjouissants pour Camille. Les trois actrices, Amy Adams, Patricia Clarkson et Eliza Scanlen, sont éblouissantes et participent grandement à la réussite de la série.

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« Sharp objects » est une série particulièrement sombre à l’atmosphère délétère qui explore les relations et la psychologie de trois femmes. La résolution de l’enquête est absolument glaçante et si vous voulez y assister il faut attendre la fin du générique du dernier épisode.

 

Patrick Melrose, showtime

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Un téléphone sonne. Une main hésitante décroche le combiné. Au bout du fil, une voix lointaine annonce à Patrcik Melrose que son père est décédé à New York. Patrick se penche, se contorsionne, un  effet du choc ? Non, il ramasse juste une seringue dont il vient de se servir pour s’injecter de l’héroïne. Une tâche de sang sur sa chemise en témoigne. La conversation se termine assez vite et sur le  visage de Patrick Melrose se dessine un large sourire, effet combiné de la drogue et du soulagement à l’annonce de la mort de son père qui avait abusé de lui durant son enfance.

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Cette série de cinq épisodes, diffusée sur showtime, est tirée des romans fortement autobiographiques de Edward St Aubyn. Elle retrace l’histoire de Patrick Melrose de la fin des années 60 à 2005. Le personnage vit une vie oisive, de débauches, entre alcool, héroïne, cocaïne et autres drogues diverses. Cet abrutissement par les psychotropes sert à calmer les envies suicidaires de Patrick Melrose et à lui éviter d’affronter la réalité. La mort de son père réveille les traumas de l’enfance et l’oblige à faire face. Les cinq épisodes montrent les efforts de Patrick pour rester sobre et remplacer les drogues par de véritables relations humaines qui lui permettront de se tourner vers le futur et non plus vers le passé.

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Benedict Cumberbatch était le choix idéal pour ce rôle qu’il souhaitait interpréter depuis longtemps. Il colle totalement au personnage dans les différentes phases de son changement de vie. Le premier épisode est tonitruant. Patrick Melrose est en surrégime passant d’une drogue à l’autre, de la surexcitation à l’apathie. Le corps de Benedict Cumberbatch semble totalement élastique, allant jusqu’au dérapage burlesque (la scène au restaurant où il semble fonctionner au ralenti après une prise de drogue ; la scène au funérarium où il soulève le drap recouvrant son père comme s’il ouvrait un cadeau). Le cynisme du personnage teinte ce premier épisode. Mais Benedict Cumberbatch saura également parfaitement incarné un Patrick Melrose lucide, dépressif, aussi agaçant qu’attachant.

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Il est entouré par un casting cinq étoiles : Hugo Weaving, monstrueux père au regard glaçant, Jennifer Jason Leigh, toujours aussi extraordinaire pour incarner les personnages border-line, Holliday Grainger, Jessica Raine, etc … Un casting qui est à la hauteur de le performance de son acteur principal. La production est extrêmement soignée, les images sont léchées et sont caractérisées par des couleurs vives, saturées. Les dialogues sont ciselés, travaillés. La réalisation est minutieuse, élégante et elle s’accorde totalement aux différents états du personnage central.

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« Patrcik Melrose » est une série qui m’a emballée de part sa réalisation soignée, son intrigue parfaitement maîtrisée à l’aide de flash-backs et un Benedict Cumberbatch en totale adéquation avec le personnage qu’il interprète.

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