Gentleman Jack, HBO

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1832, Anne Lister revient chez elle à Halifax dans la propriété que son oncle lui a légué, Shibden Hall. Il s’avère qu’Anne s’est trouvée forcée à retourner chez elle après une histoire d’amour malheureuse. Malgré cette contrariété, Anne va se réacclimater à la région et elle décide de reprendre le domaine en main. Elle s’occupe du paiement des loyers, des renouvellements de bail de ses métayers et surtout elle veut se mettre à exploiter la mine de charbon qui se trouve sur ses terres. Elle va alors se confronter aux frères Rawson, ses voisins, qui pillent sa mine depuis des années. En plus de rétablir son domaine, Anne veut une vie personnelle heureuse. Elle cherche donc la femme idéale pour partager sa vie. Anne veut s’affranchir de toutes les conventions sociales mais elle éprouvera quelques difficultés à trouver quelqu’un d’aussi courageux qu’elle.

Gentleman-Jack

Sally Wainwright aime les personnages féminins forts et indépendants comme elle nous l’a précédemment montré dans « Happy valley » et « Walk invisible » (deux séries que je vous conseille vivement si vous ne les avez pas déjà vues). Dans cette nouvelle série, son personnage principal ne déroge pas à cette règle. Sally Wainwright s’est inspirée de la véritable Anne Lister (1791-1840) qui était surnommée Gentleman Jack (d’ailleurs la série a été tournée dans la véritable propriété de Anne Lister, Shibden Hall). Elle a laissé un journal très fourni (on la voit dans la série écrire chaque jour) et surtout codé. Ses relations féminines devaient rester un minimum secrètes, Anne les assumait mais elle protégeait ainsi ses amantes d’autant plus que certaines étaient mariées.

Gentleman Jack - Ep 3

Anne Lister est un personnage extraordinaire, indépendante, aimant voyager, capable de tenir tête aux hommes dans les affaires et s’intéressant à de nombreux domaines. Elle est surtout quelqu’un qui refuse les concessions. Lorsqu’une amie lui suggère d’épouser un homme pour faire taire les rumeurs, elle lui dit vouloir vivre avec quelqu’un qu’elle aime. Et elle pense l’avoir trouvé en la personne de Ann Walker, une riche héritière qui peine à trouver un mari au grand dam de sa famille. Ces deux personnages féminins sont interprétés par deux actrices remarquables : Suranne Jones (« Docteur Foster ») et Sophie Rundle (« Happy valley », « The Blentchley circle », « Brief encounters » et « Peaky Blinders »). Le reste du casting est à la hauteur des deux actrices principales.

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Sally Wainwright apporte beaucoup d’humour dans cette histoire. Anne Lister m’a fait penser à Fleabag puisqu’elle s’adresse directement aux spectateurs pour des apartés. Le rythme est enlevé à l’image de son personnage principal qui ne peut rester en place. Les séries contemporaines ont déjà abordé la thématique de l’homosexualité, des transgenres mais il est original de voir ces mêmes thématiques dans une série historique. J’aurais un seul petit bémol, il porte sur une intrigue secondaire, celle de Thomas Sowden, métayer de Anne Lister. Cette histoire ne me semble pas apporter grand chose à l’intrigue principale. Et surtout elle nous éloigne d’Anne qui est un personnage tellement fort et énergique que l’on aimerait ne pas la quitter une seconde.

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Avec « Gentleman Jack », Sally Wainwright nous montre à nouveau l’étendue de son talent et elle nous présente un personnage féminin charismatique, puissant et incroyablement indépendant pour le 19ème siècle.

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Fleabag, saison 1 et 2

 

Je n’avais pas eu l’occasion de vous parler de « Fleabag », la saison 2 me permet heureusement de le faire. « Fleabag » (sac à puces) a tout d’abord été crée par Phoebe Waller-Bridge sur scène. La créatrice et actrice, à l’origine également de la formidable série « Killing Eve », a ensuite décidé de tirer une série de son spectacle. Et je l’en remercie car « Fleabag » est une série vraiment originale, drôle et tragique à la fois.

Fleabag a la trentaine, elle tient un café qu’elle a créé avec sa meilleure amie Boo. Celle-ci est malheureusement morte dans des conditions que nous découvrons au fur et à mesure de la première saison. La jeune femme est proche de la dépression et son entourage ne va pas beaucoup l’aider. Sa mère est décédée ; son père est en couple avec la marraine de ses filles qui ne perd aucune occasion de les rabaisser ; sa sœur Claire est psychorigide et elle est mariée à un homme détestable. Pour couronner le tout, le café,  de Fleabag, qui a pour thématique les cochons d’Inde, est désespérément vide. Pour oublier ses problèmes, l’héroïne se console en ayant de très nombreux amants qui valent le détour ! Entre celui qui a les dents de Bugs Bunny, celui qui aime les petits seins et celui qui collectionne les dinosaures, le tableau est des plus réjouissant ! Cette première saison culminait dans une sexhibition où sont exposés les œuvres de la belle-mère et où l’humiliation de Fleabag sera à son comble.

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La deuxième saison s’ouvre de manière magistrale avec notre héroïne le nez en sang dans les toilettes dans restaurant. Nous découvrirons à travers l’épisode que cette scène est la conclusion d’un repas de famille ! Tout a l’air pourtant d’aller mieux pour notre trentenaire, elle semble avoir repris les choses en main et son café fonctionne à merveille. Le seul hic, c’est qu’elle tombe sous le charme du prêtre catholique (qui a peur des renards…) qui doit unir son père et sa belle-mère et qu’elle rencontre lors du dîner (jeu de massacres) familial.

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« Fleabag » est une série originale par sa forme. En effet, l’héroïne crée un lien tout particulier avec les spectateurs en faisant des apartés à la caméra. Tout au long des deux saisons, elle commente ce que nous voyons à l’écran, ce qu’elle vit. Le ton de ces apartés est très libre, très ironique et plein d’autodérision. Phoebe Waller-Bridge parle de tous les sujets sans aucun tabou ce qui peut parfois donner des scènes ou des dialogues assez trash. Les règlements de compte en famille sont à chaque fois des moments d’anthologie où l’ironie, la violence verbale et physique sont à leur summum. C’est cru, cynique et terriblement réjouissant ! Les dialogues sont extrêmement rythmés et ciselés ce qui est essentiel à une bonne comédie. Mais « Fleabag » n’est pas qu’une comédie. La verve et l’humour de l’héroïne ne servent qu’à masquer sa culpabilité, sa tristesse et son immense sentiment de solitude. Et le casting de la série est absolument fabuleux à commencer par Phoebe Waller-Bridge qui est formidable, Olivia Colman qui réalise encore une performance incroyable, Bill Paterson, Sian Clifford, Andrew Scott dans la saison 2 et tous les autres qui participent pleinement à la réussite de cette série (mention spéciale au discours féministe de Kristin Scott-Thomas dans la saison 2).

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« Fleabag » est une comédie au goût amer, féministe et au ton particulièrement cru. Les acteurs, les dialogues, la mise en scène, tout concoure à faire de cette série une oeuvre originale, drôle et touchante à la fois. Une réussite totale qui malheureusement ne durera que deux saisons. J’ai hâte de découvrir la suite du travail de Phoebe Waller-Bridge.

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Trois séries françaises : Ad vitam,Aux animaux la guerre et Hippocrate

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Darius Asram a presque 120 ans, il est flic et pense sérieusement à changer de métier. Sa dernière enquête portera sur un suicide collectif d’un groupe d’adolescents. Quelques années auparavant, des jeunes gens avaient déjà choisi d’en finir dans cette société qui a aboli la mort. Darius va aller chercher de l’aide auprès de Christa Novak. La jeune femme, mise sous surveillance, avait fait partie de la première vague de suicide. Elle en avait réchappé et semble la plus à même de comprendre la psychologie des victimes.

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Thomas Cailley s’était déjà fait remarquer avec son premier film, « Les combattants », qui était original et totalement maîtrisé. Sa série l’est tout autant. Il imagine une société qui a vaincu la mort et où les hommes se régénèrent dans des caissons. La série présente alors les conséquences de cet état de fait. Elle s’ouvre sur l’annonce d’un vote portant sur le contrôle des naissances. Et c’est bien la première conséquence de l’abolition de la mort : quelle est la place de l’enfant, de la jeunesse ? La planète est surpeuplée et avoir des enfants ne ferait qu’aggraver le problème. La question de la limitation du nombre des naissances semble alors s’imposer. Les jeunes ne trouvent plus leur place dans cette société d’autant plus que la majorité est portée à trente ans, l’indépendance est donc longue à venir. Le seul moyen de se rebeller et surtout d’exister est paradoxalement de se suicider. La mort est devenu le tabou ultime, le seul et unique interdit.

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La disparition de la mort empêche également de sentir un élan vers le futur, le désir de vivre a lui aussi disparu. Pour se sentir vivant, les hommes recherchent la souffrance et à frôler la mort (combats violents, morsures de chien, etc…). L’ambiance dans cette société est plutôt dépressive, la possibilité de l’immortalité a fait perdre le sens de l’existence. Le duo d’acteurs principaux fonctionne à merveille. Yvan Attal est parfait dans le rôle du flic bourru et blasé. Face à lui, Garance Marillier crève l’écran. Dans « Grave », elle réalisait déjà une formidable performance, la série de Thomas Cailley confirme son incroyable intensité de jeu. Si vous avez raté la diffusion de « Ad vitam » sur Arte, je vous conseille vraiment de visionner cette série entre polar et dystopie.

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Dans les Vosges, l’usine de sous-traitance automobile Velocia va fermer ses portes. Les salariés désignent Martel, un syndicaliste, comme secrétaire du comité d’entreprise. C’est lui qui va devoir défendre les autres. Martel cherche de l’aide auprès de Rita, inspectrice du travail engagée. Le syndicaliste a un deuxième travail, il est videur dans une boîte de nuit pour pouvoir offrir à sa mère une maison de retraite de luxe. Le fait d’être bientôt au chômage l’amène à s’engager dans une voix criminelle : kidnapper une prostituée pour la revendre à deux caïds.

AUX ANIMAUX LA GUERRE

Alain Tasma adapte ici le premier roman de Nicolas Mathieu qui a également collaboré au scénario. « Aux animaux la guerre » met en valeur la France des zones périurbaines où la fermeture d’une usine est une véritable catastrophe puisqu’elle fait vivre toute une population. Martel refuse le déclassement social pour sa mère, il se bat pour elle comme il se battra pour sauver son usine. La fresque sociale se transforme en polar quand Martel tente tout pour acquérir de l’argent et tombe dans la délinquance. La désespérance, le chômage amènent la colère et la violence. L’atmosphère est pesante et le paysage (la vallée, la forêt) renforce cette impression de confinement. Il faut quitter la région si l’on veut survivre, ce que vont faire les deux jeunes adolescents de la série.

AUX ANIMAUX LA GUERRE

Ce qui fait également l’intérêt de « Aux animaux la guerre », c’est le récit choral, une constellation de personnages entourent Martel : Rita, l’inspectrice du travail passionnée et rongée par le deuil de son mari, Bruce le bodybuilder qui vit de petits trafics, sa sœur la pin-up du coin, Serge Tokarev le caïd en fin de vie. Et quel casting pour servir ces différents personnages : Roschy Zem, Olivia Bonamy, Tchéky Karyo, Rod Paradot, Eric Caravaca, etc…

« Aux animaux la guerre » est vraiment une réussite qui montre la France délaissée, celle des plans de licenciement qui détruisent toute une région. Il ne me reste plus qu’à découvrir le roman de Nicolas Mathieu.

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Dans l’hôpital de Garches, les médecins titulaires doivent être mis en quarantaine. Les internes vont devoir gérer en attendant leur retour. Chloé est la plus expérimentée, elle semble totalement dominer la situation. Pour la seconder, deux jeunes internes, Alyson et Wagner, qui sont plus novices et Arben, médecin légiste qui aspire à rejoindre la médecine généraliste. Les quatre internes vont devoir se serrer les coudes pour faire tourner le service.

HIPPOCRATE Saison 1 - Episode 4

Thomas Lilti, lui-même médecin, a déjà réalisé deux films sur sa profession : « Hippocrate » avec Vincent Lacoste et Reda Kateb et « Première année » toujours avec Vincent Lacoste et William Lebghil. Comme dans le film éponyme, Thomas Lilti fait le choix du réalisme pour sa série. C’est le quotidien des médecins, leurs questionnements, les gardes sans fin, et celui des patients qui nous est présenté. Les acteurs utilisent les termes techniques exacts, procèdent aux véritables gestes techniques qui ont beaucoup été travaillés. Il y a aussi l’envers du décor : les gages entre internes, la cantine où l’on ne doit pas parler de médecine, la crudité des mots pour aider affronter le quotidien.

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Les personnages sont extrêmement bien dessinés et crédibles : Chloé l’ambitieuse qui se veut froide et distante, professionnelle à outrance pour masquer ses faiblesses ; Arben est bienveillant, attentif mais il cache un grave secret ; Alyson est fragile, elle veut tellement bien faire qu’elle finit par douter de sa vocation ; Wagner est insouciant, léger mais il est le fils d’un médecin titulaire et il a peur de ne pas être à la hauteur. Comme pour « Aux animaux la guerre », il faut saluer la qualité du casting : Louise Bourgoin encore une fois parfaite, Alice Belaïdi, Karim Leklou, Zacharie Chasseriaud, Anne Consigny ou encore Eric Caravaca complètent ce casting.

J’ai toujours beaucoup aimé les séries médicales et celle-ci est sans doute la plus aboutie. Elle sait allier réalisme et tension romanesque avec un casting cinq étoiles. J’espère qu’une deuxième saison est envisagée !

 

Killing Eve / Sharp Objects

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Eve Polastri travaille pour le MI5 et s’ennuie derrière son bureau. Une série de meurtres particulièrement violents aiguise sa curiosité. Elle étudie le profil possible de l’assassin et en conclue qu’il s’agit d’une femme. Elle garde sa théorie pour elle, jusqu’à ce qu’on lui confie la surveillance du seul témoin de l’assassinat d’un homme politique russe à Vienne. Eve pressent qu’il s’agit de l’œuvre de sa tueuse. Sa théorie arrive aux oreilles du MI6 qui décide de mettre en place une cellule pour traquer cette tueuse qui sévit de manière très efficace à travers le monde.

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« Killing Eve » est la nouvelle série de la scénariste anglaise Phoebe Waller-Bridge. Elle est l’auteur d’une série que j’avais beaucoup appréciée et dont je ne vous avais pas parlé : « Fleabag » qui était le portrait d’une trentenaire londonienne mal dans sa peau. Une comédie qui était crue, grinçante, intime, sensible et totalement irrésistible ! Phoebe Waller-Bridge s’essaie cette fois au thriller d’espionnage et c’est à nouveau une réussite.

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Certes, le scénario n’est pas extrêmement novateur mais il est parfaitement efficace. En revanche, ce qui fait l’intérêt de « Killing Eve » est son duo de personnages centraux. Comme pour « Fleabag », Phoebe Waller-Bridge a choisi de mettre les femmes à l’honneur et ce sont deux personnages atypiques et détonants. Eve Polastri est une femme au quotidien tranquille, elle n’a pas d’enfants mais elle adore son mari. Cette vie plan-plan commence à la lasser et Eve ne rêve que d’actions, d’une vie professionnelle mouvementée. Elle n’hésite donc pas une seconde quand on lui propose de poursuivre sa tueuse et met de côté, sans vraiment de remords, son mari. Face elle, on découvre Villanelle, une jeune femme psychopathe, engagée pour tuer par de mystérieux employeurs. C’est une jeune femme qui fait preuve d’un grand sang-froid et d’intelligence quand elle exécute ses contrats mais qui en dehors, est totalement fantasque et enfantine. Ce qui est intéressant dans la série, c’est la relation qui se noue entre Eve et Villanelle, une relation trouble, ambigüe. Elles jouent au chat et à la souris et les rôles s’inversent tout au long de la série. Les deux femmes sont également tenaces, obstinées et ne sont pas prêtes à lâcher leur proie. Eve et Villanelle sont interprétées par deux formidables actrices : Sandra Oh et Jodie Comer, leur duo fonctionne à merveille.

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« Killing Eve » est un thriller efficace, maîtrisé, féministe et imprégné d’humour noir. Vivement la saison 2 !

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Camille Preaker est journaliste à St Louis. Son chef décide de l’envoyer à Windgap dans le Missouri où une jeune femme a été assassinée et une autre portée disparue. Il sait très bien que Windgap est la ville natale de Camille et il espère qu’aller là-bas lui permettra  de résoudre certains de ses problèmes. Elle est en effet extrêmement mal dans sa peau, elle boit plus que de raison et se scarifie le corps. Elle ne porte d’ailleurs que des vêtements lui couvrant entièrement le corps. C’est donc à contrecœur que Camille se rend à Windgap où elle devra affronter une affaire de meurtres et son passé.

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« Sharp objects » est adapté du premier roman de Gillian Flynn. Son ambiance poisseuse, torturée et délétère m’a fait penser à celle de la première saison de « True Detective ». Nous sommes ici également dans une petite bourgade du sud des États-Unis à l’atmosphère étouffante. Chacun sait tout sur ses voisins mais le mutisme est de mise face à ceux qui enquêtent. Dans le cas de « Sharp objects », le shériff du coin a l’air d’en savoir autant que ses administrés mais il se garde bien de communiquer quoique ce soit au flic venu enquêter sur place. L’ambiance est malsaine, les habitants se repaissent de célébrations sur les victoires du Sud pendant la guerre de Sécession. Il n’y a pas que Camille qui est rongée par le passé.

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« Comme « Killing Eve », « Sharp objects » est une série qui se consacre entièrement aux femmes, les personnages masculins restent en marge de l’histoire. Et plus précisément, la série s’interroge sur la violence faite aux femmes, qu’elles subissent et qu’elles infligent. Au cœur du récit, on trouve Camille, sa mère Adora et Amma, la demi-sœur de Camille. Un trio qui transpire le malaise. Comme je le disais plus haut, Camille est fragile psychologiquement et en découvrant sa mère, on comprend mieux pourquoi. Adora est issue d’une famille riche, sa demeure (typique du sud esclavagiste) est la plus grande de la ville. Elle est respectée et son image est toujours impeccable et lisse. Dans l’intimité, elle est toxique pour ses filles, elle les couve de manière outrancière, elle les oppresse d’attentions. Adora en veut à Camille de lui avoir échappé en allant à St Louis. Amma est une jeune fille modèle mais quand le soir tombe, elle se transforme en jeune femme délurée qui boit énormément comme sa demi-sœur. L’alcool sert de psychothérapie dans la région ! Tout se joue entre ces trois femmes et une quatrième qui vient du passé, l’autre demi-sœur de Camille morte à l’âge de 14 ans. Le passé et le présent ne sont pas très réjouissants pour Camille. Les trois actrices, Amy Adams, Patricia Clarkson et Eliza Scanlen, sont éblouissantes et participent grandement à la réussite de la série.

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« Sharp objects » est une série particulièrement sombre à l’atmosphère délétère qui explore les relations et la psychologie de trois femmes. La résolution de l’enquête est absolument glaçante et si vous voulez y assister il faut attendre la fin du générique du dernier épisode.

 

Patrick Melrose, showtime

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Un téléphone sonne. Une main hésitante décroche le combiné. Au bout du fil, une voix lointaine annonce à Patrcik Melrose que son père est décédé à New York. Patrick se penche, se contorsionne, un  effet du choc ? Non, il ramasse juste une seringue dont il vient de se servir pour s’injecter de l’héroïne. Une tâche de sang sur sa chemise en témoigne. La conversation se termine assez vite et sur le  visage de Patrick Melrose se dessine un large sourire, effet combiné de la drogue et du soulagement à l’annonce de la mort de son père qui avait abusé de lui durant son enfance.

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Cette série de cinq épisodes, diffusée sur showtime, est tirée des romans fortement autobiographiques de Edward St Aubyn. Elle retrace l’histoire de Patrick Melrose de la fin des années 60 à 2005. Le personnage vit une vie oisive, de débauches, entre alcool, héroïne, cocaïne et autres drogues diverses. Cet abrutissement par les psychotropes sert à calmer les envies suicidaires de Patrick Melrose et à lui éviter d’affronter la réalité. La mort de son père réveille les traumas de l’enfance et l’oblige à faire face. Les cinq épisodes montrent les efforts de Patrick pour rester sobre et remplacer les drogues par de véritables relations humaines qui lui permettront de se tourner vers le futur et non plus vers le passé.

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Benedict Cumberbatch était le choix idéal pour ce rôle qu’il souhaitait interpréter depuis longtemps. Il colle totalement au personnage dans les différentes phases de son changement de vie. Le premier épisode est tonitruant. Patrick Melrose est en surrégime passant d’une drogue à l’autre, de la surexcitation à l’apathie. Le corps de Benedict Cumberbatch semble totalement élastique, allant jusqu’au dérapage burlesque (la scène au restaurant où il semble fonctionner au ralenti après une prise de drogue ; la scène au funérarium où il soulève le drap recouvrant son père comme s’il ouvrait un cadeau). Le cynisme du personnage teinte ce premier épisode. Mais Benedict Cumberbatch saura également parfaitement incarné un Patrick Melrose lucide, dépressif, aussi agaçant qu’attachant.

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Il est entouré par un casting cinq étoiles : Hugo Weaving, monstrueux père au regard glaçant, Jennifer Jason Leigh, toujours aussi extraordinaire pour incarner les personnages border-line, Holliday Grainger, Jessica Raine, etc … Un casting qui est à la hauteur de le performance de son acteur principal. La production est extrêmement soignée, les images sont léchées et sont caractérisées par des couleurs vives, saturées. Les dialogues sont ciselés, travaillés. La réalisation est minutieuse, élégante et elle s’accorde totalement aux différents états du personnage central.

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« Patrcik Melrose » est une série qui m’a emballée de part sa réalisation soignée, son intrigue parfaitement maîtrisée à l’aide de flash-backs et un Benedict Cumberbatch en totale adéquation avec le personnage qu’il interprète.

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A very english scandal de Stephen Frears, BBC

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« A very english scandal » est une mini-série de trois épisodes écrite par Russell T. Davies, d’après le livre éponyme de John Preston, et réalisée par Stephen Frears. Elle est inspirée d’une réelle affaire qui se déroula dans les années 70. Jeremy Thorpe est député du parti libéral, puis leader du parti lui-même, a une liaison avec un jeune homme rencontré à la campagne, Norman Scott. Leur histoire prend un tour plus sérieux quand ce dernier décide de venir à Londres. Jeremy Thorpe l’installe alors dans une garçonnière où il peut venir en toute discrétion. L’homosexualité a certes été dépénalisée à la fin des années 60, elle n’en reste pas moins une pratique honteuse. Jeremy Thorpe, en pleine ascension politique, ne peut se permettre un scandale. Il clôt sa liaison avec Norman, se marie et pense avoir évité les ennuis. Mais Norman est un jeune homme fragile émotionnellement, il menace Jeremy de tout révéler. Le député imagine donc de se débarrasser physiquement du jeune homme.

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Cette série est une réussite totale qui alterne parfaitement rire, émotion et gravité. Le scénariste et le réalisateur ont choisi le ton de la comédie pour nous raconter ce scandale qui a marqué les esprits en Angleterre. Il faut dire que Jeremy Thorpe choisit fort mal les personnes à qui il confie la sombre tâche d’éliminer Norman Scott. Une vraie bande de pieds-nickelés ! Le summum étant la scène où Norman est mis en joue par un tueur du dimanche et qui bien évidemment rate lamentablement sa cible pour tuer un grand danois que promenait Norman. Si l’histoire n’était pas vraie, elle paraîtrait trop fantasque pour être crue ! Les épisodes sont rythmés, les personnages secondaires sont tous parfaits et donnent du relief à l’histoire. Sous le couvert de la comédie, la série souligne bien évidemment la difficulté à être homosexuel au grand jour. Les associations gays de l’époque étaient présentes lors du procès. Jeremy Thorpe, qui défendait pourtant des idées progressistes au parlement, ne leur en demandait pas tant !

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La série est également un vrai plaisir car ses deux acteurs principaux sont absolument exceptionnels. La prestation de Ben Wishaw est de plus en plus remarquable au fil des épisodes et de la pousse de ses cheveux ! Il incarne un Norman Scott enfantin, immature et hypersensible. Et que dire de Hugh Grant, acteur extraordinaire et malheureusement souvent sous-employé ? Dans le premier épisode, il est rayonnant, charmant, littéralement primesautier. Il est extrêmement séducteur et l’on découvre au fur et à mesure son égotisme, son hypocrisie et sa soif de pouvoir. Hugh Grant joue ce personnage aux multiples facettes avec beaucoup d’habileté et de subtilité. Stephen Frears ne pouvait rêver mieux pour son casting.

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« A very english scandal » est une farce, une comédie aux côtés sombres qui met en scène la relation, dans les 70’s, de Jeremy Thorpe, député, face à son ex-amant Norman Scott. Excellemment interprété et réalisée, cette mini-série vaut vraiment le détour.

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Les adaptations de Tess d’Urberville

La semaine dernière, je vous parlais du magnifique roman de Thomas Hardy : « Tess d’Urberville ». J’ai eu l’occasion depuis de voir trois adaptations tirées du livre : celle de Roman Polanski qui date de 1979, celle de ITV de 1998 et celle de la BBC de 2008. Laquelle des trois est la plus réussie ?

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1-La fidélité au roman

Les trois adaptations sont très fidèles au roman et reprennent les scènes essentielles. Roman Polanski est celui qui fait le plus de coupe dans le roman et son film ne comporte ni la scène nocturne où le cheval des Dubeyfield est tué, ni la conversion de Alec D’Urberville. Ce sont des scènes importantes du livre mais l’intrigue n’en est pas dénaturée pour autant. Et Polanski respecte un moment clef du livre qui est détourné dans les deux autres adaptations : la raison pour laquelle Angel abandonne Tess juste après leur mariage. Il reprend exactement ce que Thomas Hardy a écrit. Angel quitte Tess non pas à cause de sa relation avec Alec mais parce que son manque de volonté est pour lui le signe de la décadence des familles aristocratiques anglaises. Cette scène est pour moi essentielle car tous les malheurs de Tess ne découlent que de son nom, de sa descendance avec les D’Urberville.

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2-L’esthétique 

Là, les trois adaptations sont disparates quant à ce point. La version ITV est assez pauvre sur ce plan et les images ne sont pas très travaillées. La version de la BBC s’en sort bien avec de splendides paysages de la campagne anglaise. La dernière scène à Stonehenge est particulièrement réussie. Mais tout cela est peu trop lisse, un peu trop sage pour emporter une adhésion totale. Roman Polanski apporte un véritable regard de cinéaste sur l’histoire de Tess, les cadrages sont beaucoup plus travaillés que dans les deux autres adaptations. De plus, le réalisateur a énormément travaillé pour que l’arrière-plan de l’intrigue soit des plus réalistes. Le film fut tourné sur huit mois pour respecter le rythme des saisons, le mobilier est en partie d’époque, la reconstitution est vraiment saisissante.

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3-Alec D’Urberville

Le personnage est interprété par Leigh Lawson chez Polanski, Jason Flemyng pour ITV et Hans Matheson pour la BBC. Clairement, Jason Flemyng n’est pas à la hauteur des deux autres. Il est beaucoup trop fade et on se demande comment il est possible que Tess lui cède si facilement ! Le choix entre les deux autres acteurs est difficile. Hans Matheson nous propose un Alec torturé, complexe et pris entre un repentir sincère et son envie de posséder Tess coûte que coûte. Leigh Lawson joue un Alec dominateur de bout en bout. Il est brutal, pervers mais sait aussi se faire charmant quand il s’agit de séduire Tess. Les deux interprétations sont vraiment intéressantes et les deux acteurs sont tous les deux très convaincants.

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4-Angel Clare

Ici, le choix est beaucoup plus simple. Oliver Milburn et Peter Firth sont de charmants Angel. Mais ma préférence va à Eddie Redmayne qui décidément est un acteur remarquable. Je trouve qu’il incarne totalement la candeur, la naïveté de Angel. Chacune de ses apparitions illuminent la série de la BBC. Il apporte beaucoup de romantisme à cette histoire, son duo avec Gemma Arterton fonctionne totalement. On sent aussi parfaitement l’orgueil buté d’Angel qui l’empêche de pardonner à Tess et son changement, suite à son voyage au Brésil, se lit sur le visage de Eddie Redmayne.

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Là aussi, le choix s’impose de lui même. Nastassja Kinski EST Tess ! Il n’y a pas grand chose à reprocher à Justine Waddell et à Gemma Arterton, elles livrent deux très belles prestations. J’ai d’ailleurs trouvé que Gemma Arterton était encore meilleure dans le tragique qu’au début de la série. Mais Nastassja Kinski est vraiment très au-dessus de ces deux actrices dans le rôle de Tess. Elle en est l’incarnation idéale et c’est sans aucun doute son plus beau rôle. Elle est parfaite à chaque moment de l’intrigue et son jeu est tout en subtilité.  Sa beauté, sa pureté éclatent à l’écran au début du film. Les épreuves traversées par Tess marquent son visage et elle semble beaucoup plus vieille à la fin du film. Elle est empreinte de gravité alors qu’elle n’est qu’innocence à l’ouverture du film. Roman Polanski a su choisir l’actrice parfaite pour ce rôle.

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Après avoir visionné ces trois adaptations, celle de Roman Polanski s’impose comme la plus réussie. Il est vrai que le réalisateur a pris beaucoup de soin à réaliser cette histoire bouleversante et romanesque. C’est en effet Sharon Tate, quelques mois avant son assassinat, qui indiqua à son mari que le roman de Thomas Hardy ferait un bon film. Roman Polanski lui dédie ce qui ne fait que renforcer le côté poignant de « Tess ».