Bleu d’août de Deborah Levy

Elsa M. Anderson, 34 ans, est une pianiste virtuose, très célèbre. Sa carrière s’est  arrêtée brutalement après un concert à Vienne. Durant le concerto pour piano n°2 de Rachmaninov, elle perd pied et quitte la scène. Après le confinement, elle part en Grèce où elle va donner des cours particuliers de piano. A Athènes, Elsa observe une femme qui achète dans une boutique des chevaux mécaniques. Elle convoite alors les deux jouets de manière obsessionnelle comme s’ils pouvaient lui révéler un secret sur elle-même. De Londres à Paris, Elsa aura l’impression de croiser sans cesse cette femme et dialoguera intérieurement avec elle.

« Bleu d’août » marque le retour de Deborah Levy au roman après le succès de sa formidable « autobiographie vivante ». Ici, son héroïne semble enfermée dans une vie qu’elle n’a pas totalement choisie. Prodige du piano à un très jeune âge, elle a été adoptée par Arthur Goldstein qui fit d’elle une musicienne de renom. Sa carrière, sa vie étaient donc toutes tracées. Elsa semble maintenant avoir besoin de reprendre les choses en main et surtout d’éclaircir son passé. Dans « Bleu d’août » , elle est un personnage en mouvement, s’échappant d’un lieu à l’autre pour mieux appréhender sa nouvelle vie. Deborah Levy explore avec finesse la psyché de son personnage au travers d’objets qui entrent en résonance avec des souvenirs oubliés. Le roman suit l’affirmation d’une personnalité, une libération d’un passé pesant.

J’ai à nouveau été séduite par l’écriture de Deborah Levy, par sa manière de construire un personnage toutes en nuances et très touchant. Un beau et singulier portrait de femme en mouvement et en devenir.

Traduction Céline Leroy

Une volière en été de Margaret Drabble

Récemment diplômée à Oxford, Sarah passe deux mois à Paris où elle  donne des cours d’anglais à de jeunes filles. Elle est rappelée en Angleterre pour être demoiselle d’honneur au mariage de sa sœur Louise. Celle-ci épouse Stephen Halifax, un écrivain et riche héritier. Sarah n’apprécie pas son futur beau-frère, un homme vaniteux et détestable. Pourquoi la sublime Louise a-t-elle décidé d’épouser un tel homme si ce n’est pour l’argent ? « J’imaginais que ce devait être assez agréable de se faire inviter par lui de temps en temps, pour le plaisir de commander tout ce qu’il y a de plus cher sur une carte, mais de là à l’épouser… Et à ce que Louise l’épouse. » Malgré une certaine distance physique et psychologique, Sarah va tenter de mieux comprendre les choix de son aînée.

De Margaret Drabble, je n’avais lu que son formidable recueil de nouvelles « Une journée dans la vie d’une femme souriante ». « Une volière en été » est son premier roman publié en 1963. Le titre original est « A summer birdcage », tiré d’une citation de John Webster qui est mise en exergue par l’autrice. Elle exprime parfaitement l’ambivalence vis-à-vis du mariage et l’opposition entre Sarah et Louise. Le mariage attire les jeunes filles mais ressemble à une prison pour celles à qui on a passé la bague au doigt. Margaret Drabble aborde dans son roman les choix qui s’offrent aux jeunes femmes sortant de l’université. Nombreuses sont celles qui, comme Louise, choisissent de se marier dès la fin de leurs études. La plupart le regrette, comme Louise qui n’est pas heureuse, ou comme Gill, une amie de Sarah, qui vient de se séparer de son mari après un avortement. Sarah cherche encore sa voie, n’est pas contre le mariage mais elle espère  que sa vie ne se réduira pas à cela. Ses attentes intellectuelles vont au-delà des conventions bourgeoises dans lesquelles la société voudrait encore enfermer les femmes. On sent bien ce moment charnière de possible émancipation pour les femmes et notamment celles qui sont éduquées.

Les personnages sont extrêmement bien construits et décrits avec un grande acuité,10 dans une langue sensible et ironique. « Une volière en été » est un roman d’apprentissage qui souligne les difficultés pour les femmes à choisir leur destinée.

Traduction Elisabeth Janvier

Woolf d’Adèle Cassigneul

En cette année du centenaire de la publication  de « Mrs Dalloway », de nombreuses publications sur Virginia Woolf ont fleuri sur les étagères des librairies. La plus originale est sans aucun doute celle d’Adèle Cassigneul dans la collection « Icônes » des éditions Pérégrines. La forme du texte est surprenante puisqu’elle mélange des paragraphes denses de réflexions avec des passages plus poétiques, plus déstructurés. L’essai est également singulier dans la manière qu’a Adèle Cassigneul de regarder, d’analyser l’œuvre woolfienne. 

« Défitichisons » me semble le maitre mot de « Woolf ». Le statut d’icône de l’autrice anglaise (sa photo de profil est devenue un objet commercial), qu’elle n’a jamais souhaité, masque en effet son œuvre mais également celles d’autres artistes ou penseuses. Adèle Cassigneul souhaite donc faire descendre Virginia Woolf de son piédestal pour mieux la lire et mettre en lumière celles qui ne le sont jamais (c’est notamment le cas des femmes qui ont travaillé pour les Woolf à la Hogarth Press ou à Monk’s House). 

L’essai aborde de nombreux thématiques : l’importance de la mère disparue trop tôt, le travail d’éditrice (la composition typographique des textes publiés aurait permis à VW de déconstruire la langue), de journaliste (VW a toujours vécu de sa plume), de remodelage de la phrase pour bouleverser l’ordre établi. 

Mais Adèle Cassigneul souhaite également montrer les limites de Virginia Woolf. Elle a tendance à perpétuer « (…) un canon de génies littéraires reconnues » au travers de ses  textes et ainsi d’invisibiliser la grande diversité et richesse  des écrits publiés à la même époque. De même, les questions de race semblent absentes de ses réflexions. Malgré ses efforts pour sortir des carcans de son époque. « VW était une femme de son temps, un temps qu’elle n’a pas su excéder et dont elle reflète les possibles comme les limites. » 

Loin de l’image mélancolique et spectrale de Virginia Woolf, Adèle Cassigneul nous offre un portrait vivant, foisonnant de l’autrice. Il ne faut pas figer Virginia Woolf mais sans cesse la lire et la relire en la faisant dialoguer avec des textes de féministes contemporaines. Une lecture particulièrement enrichissante. 

Orlando de Montse Mazorriaga

La dessinatrice espagnole Montse Mazorriaga a adapté « Orlando » dans une courte bande-dessinée. Ses dessins à l’aquarelle sont élégants, raffinés, d’une grande douceur. Ils m’ont enchantée et ont constitué le point fort de cet ouvrage.

Le texte est celui de Virginia Woolf et l’histoire d’Orlando nous est racontée par bribes, de manière elliptique, peut-être un peu trop. Il faut voir cette BD comme une évocation du formidable roman de Virginia Woolf mais je m’interroge sur l’accessibilité de l’intrigue pour ceux qui n’auraient pas lu le roman.

La dessinatrice rend néanmoins bien compte des thématiques de l’œuvre originale : la question du genre et surtout la position dans la société en fonction de son sexe. Elle souligne qu’à travers les époques, les femmes ne sont pas maîtresses de leur destinée. « La société dicte formellement ce qu’est une femme. » 

Je suis ravie de compter dans ma bibliothèque cette BD aux dessins délicats et poétiques mais je la conseillerais plutôt à des lecteurs connaissant déjà « Orlando ».

Traduction Stéphane Corbinais

En caravane d’Elizabeth Von Arnim

Pour célébrer ses noces d’argent (les siennes, pas celles de sa seconde épouse Edelgard), le baron von Ottringel décide de quitter sa très chère Storchwerder pour passer des vacances en Angleterre. Ce choix peut surprendre car l’officier prussien n’apprécie que peu ce pays. Mais le coût peu onéreux du voyage n’est pas indifférent au choix du baron. Avec des compatriotes et des anglais, il traversera le Kent et le Sussex en caravane. Malheureusement pour lui, la météo ne sera pas clémente. « Plus tard on essaya de me persuader que nous jouions de malchance et que les étés anglais étaient normalement inondés de soleil. Je n’en crois rien. La Providence doit au contraire châtier chaque année l’exécrable pays pour le punir d’exister. » Pire, le baron va se voir contraint de participer aux tâches ménagères comme faire la vaisselle,  allumer un feu ou négocier de la nourriture auprès des fermiers des alentours.

Pour écrire « En caravane », Elizabeth von Arnim s’est inspirée d’un voyage qu’elle fit durant l’été 1907 en roulotte à cheval pour rencontrer H.G. Wells dans le Kent. Elle entraina ses trois filles et E.M. Forster dans cette aventure (elle rencontra également Henry James à Rye). Le roman est doublement autobiographique puisque le personnage du baron von Ottringel est le double fictionnel du mari de l’autrice. Elle règle ses comptes avec lui avec un humour savoureux et caustique. Le portrait du baron est en effet particulièrement gratiné : vaniteux, égoïste, nationaliste, misogyne, radin. Il est donc parfaitement imbuvable, insupportable pour ceux qui voyagent avec lui et font tout pour l’éviter ! Mais notre baron est tellement sûr de lui qu’il ne se rend compte de rien et nous parait totalement ridicule. On sent qu’Elizabeth von Arnim s’est bien amusée à croquer ce personnage détestable et à le placer dans des situations inconfortables et rocambolesques. 

Je me suis régalée à lire « En caravane », journal fictif d’un baron allemand, imbu de lui-même, à travers le sud de l’Angleterre. L’humour d’Elizabeth von Arnim fait des merveilles et m’a réjoui.

Traduction François Dupuigrenet Desroussilles

 

Une bonne tasse de thé et autres textes de George Orwell

« Une bonne tasse de thé et autres textes » est un recueil composé de onze articles de George Orwell, écrits entre 1936 et 1948. On y retrouve l’humanisme, les convictions politiques et la clairvoyance de l’auteur. Mais les textes ne sont pas uniquement sérieux, ils sont également emprunts de beaucoup d’humour, d’ironie et de légèreté.

Une partie du recueil porte sur la culture anglaise auquel Orwell reste très attaché. Il nous donne ses conseils pour réaliser le thé parfait ( ce qui n’est pas anodin en cas de rationnement), défend les qualités de la cuisine anglaise et ses spécialités, il imagine le pub idéal avec cheminée, stout sous pression et repas peu couteux.

Les livres sont également très présents dans les articles. George Orwell évoque ses souvenirs de libraire (épousseter et trimbaler des livres d’un endroit à l’autre l’ont dégouté), de critique littéraire qui doit trop souvent écrire sur des livres insignifiants et il insiste sur le fait que acheter des livres coûte moins cher que d’acheter un paquet de cigarettes ! Aucune raison donc de ne pas se mettre à lire ! L’auteur exprime également la nécessité pour les artistes à s’engager. « En tout cas, comme je l’ai déjà dit, dans une époque comme la nôtre, aucune personne sensée ne peut ni ne doit vraiment se tenir à l’écart de la politique. » 

Justement les autres textes du recueil aborde cette thématique au travers du sport, trop souvent vecteur d’un fort nationalisme et de violence, ou des conditions de vie des pauvres (notamment dans un hôpital parisien). George Orwell se montre également visionnaire. Il voit arriver un monde de loisirs, de divertissement qui empêcherait de réfléchir. De même, il souligne l’importance de la préservation de la nature et du plaisir que procure l’observation de celle-ci au printemps.

« Une bonne tasse de thé et autres textes » montre bien l’humanisme, la lucidité mais aussi l’humour du grand écrivain qu’était George Orwell.

Traduction Nicolas Waquet

Trompeuse gentillesse d’Angelica Garnett

Au mois de mai, j’ai eu le plaisir de visiter Charleston Farmhouse où Vanessa Bell, la sœur de Virginia Woolf, s’installa à partir de 1916 avec Duncan Grant et son amant David Garnett. Dans cette maison, magnifiquement décorée, se retrouvent tous les amis du groupe de Bloomsbury : Clive Bell, Lytton Strachey, Maynard Keynes, les Woolves comme les intimes appelaient Virginia et Leonard, Roger Fry, E.M. Forster, etc…

« Trompeuse gentillesse » est le récit de l’enfance d’Angelica Garnett à Charleston. Elle travailla sur son livre durant sept ans et elle y analyse de façon précise ses relations avec sa mère Vanessa Bell et le reste de sa famille. Le traumatisme majeur de la vie de la jeune femme est la révélation à 17 ans du nom de son véritable père. Elle pensait être la fille de Clive Bell mais Duncan Grant était son géniteur. Cette révélation ne fit que compliquer une relation mère-fille qui n’en avait pas besoin. Angelica relève un véritable problème de communication entre elles. Vanessa, qui ne manquait pas d’amour pour ses trois enfants et pour sa sœur, n’exprimait pas ses sentiments et avait des difficultés à les montrer. Virginia Woolf, comme sa nièce, était pourtant désespérément en attente de tendresse et de signes d’affection. Angelica dresse le portrait de sa mère avec beaucoup d’acuité et avec le plus d’objectivité possible. Elle montre une femme complexe, passionnée par sa peinture mais manquant de confiance en elle, trop modeste, amoureuse désespérée de Duncan Grant tellement plus léger, insouciant et sûr de son talent. Ce qui m’a surprise, c’est le manque d’ambition intellectuelle que Vanessa avait pour sa fille. On sait à quel point Virginia regrettait de ne pas pouvoir suivre ses frères à Cambridge mais Vanessa fait peu de cas de l’éducation. Sa fille étant celle d’un peintre génial, elle doit forcément être talentueuse dans ce même domaine, son avenir est donc tout tracé. 

Angelica Garnett dresse de très beaux portraits des membres du groupe de Bloomsbury. C’est notamment le cas du couple Woolf. Virginia se révèle une tante attentive, aimante, malicieuse, perspicace, à l’imagination débordante. Leonard incarne une force morale inflexible, une autorité naturelle et un grand sérieux.

« Trompeuse gentillesse » est un livre passionnant pour tous ceux qui s’intéressent à Virginia Woolf et au groupe de Bloomsbury. Angelica Garnett donne un éclairage original et sans fard sur la vie à Charleston et nous offre des portraits très touchants des membres de sa famille. 

Traduction Traduction Sabine Porte

 

Repentirs de Chloe Ashby

« Nous nous étions rencontrés quand j’avais vingt-cinq ans et lui trente-six. Ça faisait dix ans que nous étions ensemble, et huit que nous étions mariés. Nous avions établi une routine, un mode de vie. N’ayant à nous préoccuper que de nous-mêmes, nous pouvions nous permettre d’être égoïstes, de donner la priorité à notre relation, notre travail, … les choses nous plaisaient comme ça. » Cathy et Noah vivent confortablement à Londres. Il est professeur à l’université, publie régulièrement des livres. Cathy est restauratrice d’œuvres d’art à la National Gallery. Alors qu’elle commence à travailler sur « Vue des sables de Scheveningen » de Hendrick van Anthonissen, ses certitudes sur son choix de ne pas être mère vacillent. Son questionnement, son indécision peuvent mettre en péril son couple. Noah pense que la grossesse de la meilleure amie de Cathy est à l’origine de ses doutes. Pour aggraver la situation, la mère de Cathy présente des signes de démence sénile.

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Chloe Ashby « Peinture fraîche » où elle questionnait le corps des femmes. Ici, elle explore la pression sociale liée à la maternité et qui pèse sur les épaules des femmes. Cathy est-elle totalement libre de ses choix de vie ? Le roman aborde également la question du couple, de l’amitié, du vieillissement des parents avec beaucoup de subtilité et de nuances. Ce que j’apprécie dans les livres de Chloé Ashby, c’est sa manière d’imbriquer le monde de l’art à ses intrigues. Un parallèle s’établit entre ses réflexions sur son désir de maternité et son travail de restauration. Elle tente de retrouver son instinct, de comprendre son véritable désir vis-à-vis de la maternité loin des pressions de la société ou de son entourage, tout en révélant le travail du peintre flamand sous les repentirs. La comparaison s’avère tout à fait pertinente.

Avec « Repentirs », Chloe Ashby confirme son talent à nouer des intrigues, à questionner la place et le désir des femmes avec une plume délicate et pleine d’intelligence.

Traduction Anouk Neuhoff

Le jeu de l’assassin de Ngaio Marsh

Sir Hubert Handesley reçoit ses amis pour le weekend dans sa demeure campagnarde de Frantock. Y seront reçus Arthur Wilde, un archéologue, et sa femme Marjorie, Angela North, la nièce de Sir Hubert, Rosamund Grant, Charles Rankin, le Dr Foma Tokareff. Un nouvel invité va découvrir les lieux pour la première fois : Nigel Bathgate, journaliste de son état et neveu de Charles Rankin. Afin de divertir ses amis, Sir Hubert a décidé d’organiser une murder party. L’assassin sera désigné par le majordome et il devra le soir même choisir sa victime. Un coup de gong et l’extinction des lumières marqueront le moment du meurtre. Mais lorsque cela se produit, c’est un véritable cadavre qui git en bas de l’escalier principal de Frantock. L’inspecteur principal Roderick Alleyn, de Scotland Yard, est mandaté pour mener l’enquête.

« Le jeu de l’assassin » est le premier tome des enquêtes de Roderick Alleyn. Le roman, publié en 1934, est un whodunit classique. Ngaio Marsh est née à Christchurch en Nouvelle Zélande et elle s’installe en 1928 en Angleterre. Ses cosy mysteries et ses pièces de théâtre connurent un grand succès. « Le jeu de l’assassin » est d’ailleurs un roman très théâtral. L’intrigue se déroule en huis-clos dans la splendide propriété de Sir Hubert. Elle respecte tous les codes du genre : des secrets inavouables dans une haute société anglaise policée, des rebondissements, de l’humour, une mystérieuse société secrète russe et un duo d’enquêteurs. En effet, Alleyn va s’appuyer sur Nigel Bathgate, après l’avoir pensé coupable, pour résoudre son enquête. A la manière des aventures de  Holmes et Watson, Ngaio Marsh va développer une série de romans autour de ces deux héros.

« Le jeu de l’assassin » fut une lecture tout à fait divertissante, dans l’esprit d’Agatha Christie, contemporaine Ngaio Marsh. Je conseille cette lecture aux amateurs de l’âge d’or du whodunit ou aux amoureux du Cluedo !

Traduction Roxane Azimi

Les sœurs Field de Dorothy Whipple

A Underwood, Lucy se réjouit à l’idée de recevoir ses deux sœurs Vera et Charlotte. Elles n’ont pas été réunies depuis plusieurs années depuis que chacune s’est mariée. A la mort de leur mère, Lucy a endossé la responsabilité d’élever ses sœurs et ses frères. Elle n’a pas profité de sa jeunesse contrairement à eux. Lucy épousa William, qui lui ressemble : calme, posé, réfléchi. L’éblouissante Vera avait tous les hommes à ses pieds mais elle choisit Brian, un homme bon mais surtout riche. Tandis que Charlotte se maria avec Geoffrey, un homme qui se révélera égoïste et vaniteux. Lucy reste le pilier de la famille, le lien qui unit ces familles si disparates. Durant leurs vies d’adultes, elle tente de veiller sur ses sœurs dont les mariages sont loin d’être heureux.

Grâce aux éditions de la Table Ronde, j’ai enfin pu découvrir « Les sœurs Field » de Dorothy Whipple qui fait partie des autrices republiées par Persephone Books. Le roman, publié en 1943, est un régal et il se dévore. L’autrice y parle de déception amoureuse et de désillusion. A part Lucy qui a choisi judicieusement son mari, Vera et Charlotte ont fait des choix inconsidérés. Ceux-ci définiront leurs vies d’adultes, d’épouses : tyrannie et brutalité pour Charlotte, frivolité et abandon pour Vera. Dorothy Whipple caractérise chaque personnage avec beaucoup de profondeur et d’acuité. Malgré leurs défauts, ils sont tous attachants (sauf Geoffrey) et les enfants ne sont pas laissés de côté. J’ai été particulièrement touchée par le destin de Judith, la fille de Charlotte, et de Sarah, celle de Vera. Bien évidement, Lucy est un personnage merveilleux, altruiste et généreuse, on aimerait que ses sœurs écoutent plus souvent ses conseils.

« Les sœurs Field » est un roman familial, à la narration tendue où Dorothy Whipple parle avec beaucoup de modernité de sororité, de domination masculine et nous offre des portraits plein d’empathie.

Traduction Amélie Juste-Thomas