Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo

Paris, 1760. Gaspard monte à Paris pour fuir sa province. Il vient de Quimper où ses parents possèdent une porcherie. Gaspard fuit cette vie dont il ne veut pas. « Il se remémorait aussi le bruit des cochons entassés dans la porcherie attenante à la maison, le grognement des porcelets agglutinés entre les truies, l’amoncellement de chair maculée de purin, le clapotement des groins remuant la boue mêlée de déjections, le frottement des peaux couvertes de soies longues, l’odeur, l’odeur acide jusqu’à la nausée, imprégnant les murs de la maison, les cheveux de sa mère. Sa mère puait la truie.«  La capitale est pour lui le lieu de sa réussite, de son ascension sociale et de tous les possibles.

Gaspard commence néanmoins par la fange, les bas-fonds de la ville. Il y rencontre Lucas qui l’aide à trouver un travail : acheminer du bois de la Seine à ses berges. Les hommes sont dans l’eau, dans la boue du fleuve putride qui charrie aussi bien les immondices que les cadavres. Gaspard est obsédé par le fleuve qui en même temps le dégoûte, il s’abrutit dans son travail. « L’enchaînement mécanique des gestes, l’implacabilité des jours anéantissaient toute probabilité de réflexion du moins pour Gaspard qui était étranger à la tension perceptible dans les bas-fonds parisiens. Le ventre de Paris avait faim. Gaspard avait faim, et cette faim l’hébétait un peu plus, tout comme la chaleur, le ronronnement fangeux quotidien. »

Mais le moteur de la venue à Paris de Gaspard, l’ambition, reprend le dessus pour le sortir de cette misère. Gaspard se retrouve apprenti perruquier et c’est là qu’il rencontre celui qui va changer sa vie : le comte Etienne de V., un homme « (…) sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. » Etienne, qui fascine Gaspard, l’entraine dans des sorties nocturnes dans les lieux les plus lugubres, les plus morbides. Le jeune homme semble avoir des prédispositions pour l’amoralité ce qui en fait un digne élève. L’ascension de Gaspard se fera par la chair ainsi que sa chute.

« Une éducation libertine » est le premier roman de Jean-Baptiste Del Amo qui nous narre, dans un style extrêmement travaillé, l’apprentissage pervers de ce jeune provincial. Le roman n’est pas sans rappeler « Le parfum » de patrick Suskind, le personnage de Del Amo est aussi corrumpu que celui de Suskind et on trouve la même insistance sur les odeurs. « On s’éventait avec un rien, un vieux chiffon, une gazette, une main. On soulevait, ce faisant, le remugle aigrelet des corps transpirants. La puanteur de l’un se mêlait à la ouanteur de l’autre quand déjà les corps ne se frottaient pas, mélangeant leurs sueurs respectives. Cette pestilence gonflait les haillons, les vêtements de peu couvrant un reste de pudeur, montait paresseusement dans l’air stagnant, fleurissait, envahissait la ville entière. » Paris est d’ailleurs sur ce point une ville parfaitement égalitaire : « Il eût été préférable que ces gens se taisent et cessent de dévorer l’oxygène de la salle, mais tous semblaient se complaire dans la réunion de leurs sueurs. L’Opéra puait à défaillir. »

Jean-Baptiste Del Amo montre surtout la violence des rapports humains, l’abjection des sentiments. L’animalité prédomine dans toutes les strates de la société. Cela va du père de Gaspard qui veut obliger son fils à léchert le sang d’un cochon égorgé, en passant par Etienne de V. qui rejette Gaspard par ennui et à Gaspard lui-même livrant à la police son ancien ami Lucas devenu mendiant pouilleux.

« Une éducation libertine » est une extraordinaire fresque sur un jeune arriviste nauséabond dans un Paris proche de Sodome et Gomorrhe.

 

 

3 réflexions sur “Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo

  1. Bonsoir,

    Je fais un petit passage éclair dans le coin pour te souhaiter une très belle année 2009 et une longue vie à ton blog !

    Amicalement,

    Shin.

  2. Bonjour,

    j’ai lu ce livre, avec beaucoup d’intérêt, dès sa sortie
    et trouvé le style de cet auteur Del Amo, déjà très affirmé,

    amicalement
    Erdrek

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