Le Père Goriot d'Honoré de Balzac

Il faut toujours laisser une seconde chance aux livres étudiés à l’école. Le roman de Balzac, au programme de la classe de troisième, m’avait laissé un souvenir déplorable : descriptions interminables, intrigue alambiquée, sentiments exacerbés, « Le père Goriot » n’avait pas grand-chose pour séduire un élève de quinze ans obligé de se coltiner cette « vieillerie » très XIXème. Des années – et beaucoup de livres – plus tard, c’est avec grand plaisir que je me suis replongé dans ce classique, avec l’impression de le lire pour la première fois.

Il commence avec une longue description de la miteuse pension bourgeoise de madame Vauquer, sise dans un quartier misérable de Paris. Trois de ses pensionnaires sont les personnages principaux de cette histoire qui commence en 1819 : Goriot, Vautrin et Rastignac.

Goriot est un ancien commerçant qui s’est considérablement enrichi pendant la Révolution, et qui s’est retiré dans cette pension après avoir marié ses deux filles, Delphine et Anastasie, la première à un riche banquier, l’autre à un aristocrate. Il idolâtre ses filles au point de se ruiner pour elles, mais celles-ci en retour n’ont que dédain pour ce père aimant jusqu’à la bêtise. Vautrin est un forçat évadé, recherché par la police, un homme révolté contre la société mais lucide sur son compte, qui ne connaît de morale que son intérêt. Il cherche le coup qui lui permettra de se retirer aux Etats-Unis, dans une plantation avec des esclaves. Eugène de Rastignac pourrait lui en fournir l’occasion.

Rastignac est le personnage central du roman. Issu d’une noblesse provinciale peu fortunée, il est monté à Paris faire son droit et tenter de se faire une place. Ebloui par la haute société dans laquelle il est introduit par une vague parente, il rêve d’en faire partie et de s’y faire un nom. Il comprend vite que le moyen le plus sûr pour gravir les échelons passe par les femmes. Sa route croisera celle d’Anastasie, puis celle de Delphine, les propres filles de Goriot qu’il tentera d’utiliser à ses propres fins avec la bénédiction de ce dernier.

Balzac fut un fin observateur de la société de son temps. Le Paris qu’il décrit est peu reluisant et tient plus de la jungle que d’une cité civilisée. Tout n’y est qu’ambition, intérêt, tromperie, calomnie, manipulation et corruption. Le mariage n’est qu’une forme déguisée de prostitution, et tout sentiment noble passerait pour un aveu de faiblesse. La médiocrité règne partout en maître, chez les nantis comme dans le peuple. Rastignac, qui ne manque pourtant pas de cœur, en fera l’expérience et retiendra la leçon.

C’est cette férocité, cette cruauté dans les rapports sociaux qui m’ont tant plu dans ce chef-d’œuvre. Bien sûr on peut déplorer le côté outrancier et quelque peu théâtral des dialogues et des situations. Mais ce défaut propre aux œuvres de cette époque ne parvient pas à éclipser à mes yeux la finesse psychologique et le sens de la dramaturgie. Un livre à découvrir donc – ou à redécouvrir.

12 réflexions sur “Le Père Goriot d'Honoré de Balzac

  1. J’ai moi aussi un mauvais souvenir de ce roman mais comme je ne pense pas que, contrairement à toi, j’aurai le courage de le relire, j’ai lu ton billet avec d’autant plus d’intérêt !

  2. @Brize : j’ai mis du temps à me décider, j’ai longtemps cru que je ne le relirais jamais tellement le souvenir était mauvais. Et puis les avis des uns et des autres, les critiques, le XIXème, tout ça… Les goûts changent en vieillissant.

    @Lilly : oui je ne regrette pas car j’ai eu l’impression de le découvrir pour la première fois, comme toi cette année. Il n’est jamais trop tard en littérature.

    @keisha : je ne connaissais pas ta Balzacmania. Je n’en suis pas à ce stade, mais j’ai très envie de poursuivre la découverte de l’oeuvre de Balzac, et peut-être que finirai par être atteint par cette manie bien inoffensive.

    @amanda : si c’est un souvenir d’école, je suis bien placé pour comprendre. Mais puisque tu en as envie, essaie et sait-on jamais…

  3. Je suis tout à fait d’accord avec toi, il faut redonner une chance aux livres lus au lycée ou au collège.
    Comme toi j’avais un très mauvais souvenir de ce livre lu au collège, j’ai eu le courage lollll de le relire une quinzaine d’années aprés et je ne le regrette pas, j’ai beaucoup aimé « le père Goriot », ce fut un très bon moment de lecture 🙂

  4. On est nombreux dans ce cas j’ai l’impression. Il faut parfois faire l’effort de surmonter ce mauvais souvenir, sinon on risque de passer à côté d’un grand plaisir de lecture. Puisse notre expérience servir !

  5. Je ne l’ai jamais lu celui-là… mais il est dans ma pile depuis le billet d’Erzébeth!!! Pour ma part, c’est Madame Bovary qu’il faudrait que je retente parce que ouuuuffff!!!

  6. J’ai lu ce livre au Lycée et je l’avais déjà beaucoup aimé. Bizarre, depuis je ne l’ai jamais relu ni même lu un autre livre de Balzac. Une bonne idée de résolution pour 2010.

  7. @Karine 🙂 : n’hésite pas lire « Le père Goriot » et tu me diras ce que tu en penses. Quant à « Madame Bovary » j’adore ce livre pour ma part, mais je ne l’ai pas lu dans le cadre de l’école, ceci explique peut-être cela. Allez, donne-lui une seconde chance !

    @zarline : enfin quelqu’un qui l’a aimé à l’école. Ca devrait t’inciter à le relire, la relecture est souvent une redécouverte agréable. Je crois que 2010 va être pour moi l’occasion de lire d’autres Balzac.

  8. Rebonsoir, Le père Goriot a aussi été une lecture « imposée » en 2nde au Lycée. J’avais beaucoup aimé à l’époque. Le personnage de Rastignac m’avait plus intéressé que celui de Julien Sorel du Rouge et le Noir (étudié en même temps et que je n’ai jamais terminé). Je ne l’ai jamais relu mais je ne dis pas que je le relirais pas un jour.

  9. Décidément « Le père Goriot » fait partie des « figures imposées » à l’école. Tu fais partie de ceux qui l’ont apprécié à l’époque, moi il m’a fallu du temps pour m’y replonger.

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