Yellow birds de Kevin Powers

John Bartle s’est engagé dans l’armée pour fuir Richmond en Virginie. A 21 ans, il se retrouve à Al Tafar en Irak pour libérer la ville. Lors du camp d’entraînement, il fait la connaissance de Daniel Murphy. Avant le départ en Irak, les soldats ont droit à une soirée avec leurs familles. C’est là que Bartle promet à la mère de Murph qu’il prendra soin de lui et le ramènera sain et sauf. Très rapidement, on comprend que cette promesse ne pourra être tenue. Bartle reviendra aux Etats-Unis sans Murph at sa mort va le ronger nuit et jour.

« La guerre essaya de nous tuer durant le printemps. L’herbe verdissait les plaines de Ninawa, le temps s’adoucissait, et nous patrouillions à travers les collines qui s’étendaient autour des villes. Nous parcourions les herbes hautes avec une confiance fabriquée de toutes pièces, nous frayant, tels des pionniers, un chemin dans la végétation balayée par le vent. Pendant notre sommeil, la guerre frottait ses milliers de côtes par terre en prière. Lorsque nous poursuivions notre route malgré l’épuisement, elle gardait nos yeux blancs ouverts dans l’obscurité. Nous mangions, et la guerre jeûnait, se nourrissant de ses propres privations, donnait naissance, et se propageait par le feu. « 

Le début de « Yellow birds » m’a vraiment frappé à plusieurs titres. Tout d’abord, j’ai compris que je tenais là l’œuvre d’un grand écrivain. Pour son premier roman, Kevin Powers fait preuve d’une exceptionnelle maîtrise narrative et stylistique. Avec une écriture sobre et poétique, il alterne les chapitres sur la guerre et ceux sur le retour de Bartle aux États-Unis. Un va-et-vient parfaitement fluide qui ne se contente pas de raconter mais qui crée un certain suspens puisque nous devons attendre la fin du livre pour connaître les circonstances de la mort de Murph. Ce qui permet également de mieux comprendre l’impossibilité du retour à la vie quotidienne pour Bartle.

La deuxième chose qui frappe dans ce début de roman, c’est la manière dont le narrateur parle de la guerre. Il la personnifie totalement, c’est une entité vivant en dehors et au-delà des hommes. Bartle et Murph l’apprivoisent, la recherchent, la défient et finissent par la détester. Tous deux sont venus là pour grandir, devenir des hommes et fuir leurs campagnes ennuyeuses. Mais Bartle comprend rapidement qu’il a fait une erreur en s’engageant. La guerre est absurde, la ville d’Al Tafar est reprise pour la septième fois ! La guerre se nourrit d’elle-même, les hommes ne sont là que pour l’empêcher de s’éteindre. La violence, la destruction, la mort deviennent le quotidien de ces deux jeunes hommes. D’ailleurs, le pire n’est peut-être pas le champ de bataille, c’est le retour au pays. Comment rentrer après avoir vu ce que l’on a vu ? Comment vivre après ce que l’on a fait ? Non seulement Bartle culpabilise de revenir sans Murph, mais il ne supporte pas qu’on le traite en héros. Tuer des hommes, des femmes, des enfants, c’est faire preuve d’héroïsme ? C’est inacceptable pour Bartle qui ne sait plus comment vivre. Ce pays dont il rêvait en Irak, ne peut comprendre son dégoût, sa douleur profonde. La guerre ne quitte pas John Bartle, elle le dévore de l’intérieur.

« Yellow birds » est un roman admirable sur une âme en souffrance, une promesse non tenue et l’absurdité des combats. Kevin Powers est d’une grande justesse aussi bien dans les scènes de guerre que dans l’émotion des différents personnages. Pas étonnant que cette oeuvre puissante et émouvante ait été finaliste du Booker Prize.

27 réflexions sur “Yellow birds de Kevin Powers

  1. Le sujet a priori n’est pas trop pour moi, mais tu en parles de telle sorte qu’il attise ma curiosité, sans doute le lirai-je s’il sort en poche.

    • Le sujet non plus ne m’aurait pas attiré à priori. Mais j’ai été vraiment très agréablement surprise quant à la manière de le traiter et l’écriture est très belle.

  2. Tu affoles à nouveau tes pauvres victimes,NOUS, avec encore un billet qui nous donne envíe de lire le livre que tu nous proposes. AU SECOURS! Il nous faut plus d’une vie pour tout lire!

    • Je suis une nouvelle fois navrée d’alourdir ta liste de livre à découvrir. Malheureusement nous n’aurons pas assez d’une vie pour lire tous les livres qui nous tentent. Il falloir commencer à jouer au loto pour avoir plus de temps libre !

    • Malheureusement ce n’est pas ce roman qui a été retenu par le jury d’avril pour la course finale. Il est vrai que les trois romans proposés étaient de qualité.

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