Archibald Jones et Samad Iqubal se sont rencontrés durant la seconde Guerre Mondiale et se sont liés d’une amitié indéfectible. Chacun est revenu de la guerre avec un handicap : Archie boite et Samad a perdu l’usage d’un bras. Le premier est un cockney, l’autre un indien du Bangladesh. Tous deux vivent dans le nord de Londres, Archie est employé dans une entreprise où il effectue de la mise sous plis, Samad est serveur dans un restaurant indien du quartier. Ils ont également tous les deux épousé une femme beaucoup plus jeune : Alsana, indienne et musulmane comme son mari et Clara une exubérante jamaïcaine. Les deux femmes tombent enceinte en même temps ce qui les rapproche. Alsana donne naissance à des jumeaux, Millat et Magid tandis que Clara met au monde une fille prénommée Irie. Les destinées des trois enfants, comme celles de leurs pères, vont être intimement liées.
« Sourires de loup » est le premier roman de Zadie Smith et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Sur plus de 700 pages, elle nous raconte la saga des familles Jones et Iqubal de la seconde Guerre Mondiale à 1999. Son roman est truculent et dramatique à la fois, il foisonne d’anecdotes, de digressions, de retour en arrière sans que jamais le lecteur ne soit perdu.
Zadie Smith y aborde de nombreux sujets mais celui qui lui tient le plus à cœur est celui de la mixité puisqu’elle même est née d’un père britannique et d’une mère jamaïcaine. En découle, la question des racines et de la façon dont on peut conjuguer celles-ci à la vie occidentale. Samad a peur que ses fils perdent leur identité et oublient leurs origines. Lui même a du mal à s’intégrer et la société anglaise ne l’aide puisque tout le monde le traite de « paki » en se moquant bien de son véritable pays d’origine. « Plus je vais et plus j’ai l’impression qu’on fait un pacte avec le diable quand on débarque dans ce pays. On tend son passeport au contrôle, on obtient un tampon, on essaie de gagner un peu d’argent, de démarrer… mais on n’a bientôt qu’une idée en tête : retourner au pays. Qui voudrait rester ? Il fait froid et humide ; la nourriture est immonde, les journaux épouvantables – qui voudrait rester ; je te le demande ? Dans un pays où on passe son temps à vous faire sentir que vous êtes de trop, que votre présence n’est que tolérée. Simplement tolérée. Que vous n’êtes qu’un animal qu’on a fini par domestiquer. Il faudrait être fou pour rester ! Seulement voilà, il y a ce pacte avec le diable… qui vous entraîne toujours plus loin, toujours plus bas, et qui fait qu’un beau jour on n’est plus apte à rentrer ; que vos enfants sont méconnaissables, qu’on n’appartient plus à nulle part. » Samad est déboussolé et ira jusqu’à séparer ses jumeaux pour « sauver » l’un d’eux en l’envoyant au Bangladesh. Mais le résultat ne sera pas forcément celui qu’il attendait.
Ce que montre également « Sourires de loup », c’est une société en pleine mutation, en plein changement où chacun a du mal à trouver sa place. Dans les années 80, les années Thatcher où un fort individualisme se met en place, plusieurs personnages se réfugient dans des groupes aux valeurs fortes et souvent radicales. Magid rejoint des musulmans radicaux ; Joshua, un ami d’Irie et de Magid, adhère à un groupe d’activistes écologistes ; la grand-mère d’Irie tente de la faire rentrer chez les témoins de Jéhovah ; Millat ne reconnaît que les bienfaits de la science et des modifications génétiques. Chacun se cherche une cause à défendre, un engagement lui donnant une identité, une utilité. Une crise identitaire et sociétale que l’on a d’ailleurs toujours pas régler et qui en a laissé beaucoup sur le bord de la route.
« Sourires de loup » est une fresque passionnante, remarquablement construite, au style fluide, aux personnages attachants que j’étais bien triste de quitter à la dernière page.
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J’avais adoré « De la beauté » mais j’ai été déçue par « Ceux du Nord-Ouest », du coup, j’hésite…
Si ça peut t’aider, j’ai préféré « Sourires de loup » à « De la beauté ». Je n’ai pas encore lu « Ceux du Nord-Ouest », je verrai bien !
Je pourrais me laisser tenter du coup !
😀
Je l’ai lu il y a pas mal d’années. Mes souvenirs sont nébuleux… Mais de fait, pour un premier roman, c’est réussi !
Je suis bien d’accord, c’est assez audacieux d’écrire un tel premier roman.
Comme Anne, souvenirs nébuleux mais positifs!
L’intrigue est tellement riche et foisonnante qu’il est difficile de garder tout en mémoire.
Tu m’as eue, je note !!
YES ! Tu peux le garder pour le mois de juin, quand tu auras du temps pour lire…
Du temps ?? My god, va falloir me faire un don !
Tu m’as toujours dit que tu avais du temps en juin !!!
D’habitude, oui, je prenais mes congés à ce moment là, tout le mois, mais depuis le changement de directeur et depuis que c’est un %$&€#@`µ~ de fils de %$&€ (mots censurés) de sa mère, ben je l’ai eu dans le CUL !! Juin, au boulot, il m’a accordé novembre, l’en**** ! Un jour,… PAF le dirlo…. 🙂
Je suis exactement dans le même cas qu’Adalana (bon, j’aurais pu lire « Sourires de loup », depuis le temps que j’ai lu « De la beauté » (à sa sortie), mais j’ai toujours hésité de peur d’être déçue … et j’ai été déçue avec « Ceux du nord-ouest », finalement).
Je vois que vos avis convergent pour « Ceux du Nord-Ouest ». Comme je le disais à Adalana, j’ai largement préféré celui-ci à « De la beauté », j’y ai pris plus de plaisir.
Beaucoup d’ingrédients pour me plaire, je le note.
Tant mieux, tu devrais passer un bon moment.
J’aurais voulu la lire pour ce 20 novembre mais pris par trop de lectures, challenges etc… Je la lirai dès que possible.
J’espère que ce n’est que partie remise car il en vaut la peine.
Parmi les auteurs des lectures communes, elle était celle que je voulais le plus découvrir. Evidemment, je n’ai eu ni l’occasion ni le temps. Mais je suis certaine de la lire un jour.
J’ai un roman de Julian Fellowes dans ma PAL mais je ne promets rien en cette période.
Tu as quel roman de Julian Fellowes ? Je vais lire « Passé imparfait ».
Moi aussi
700 pages pour un premier roman, il faut oser ! Jamais lu Zadie Smith mais je pense que j’aimerais.
Oui, je trouve ça très audacieux et en plus c’est une réussite.
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Je pensais justement lire celui-là et puis finalement … je n’ai pas réussi à me motiver !
Cela dit, ton billet pourrait me convaincre, tu écris de jolies choses sur la mixité et ça ressemble à une fresque familiale (et ça, j’aime beaucoup).
Bref ! je suis plus difficile avec les auteurs anglais contemporains que avec les auteurs classiques 🙂
C’est effectivement une fresque familiale, on suit les deux familles sur une longue période de temps et il se lit comme un Dickens ! Il faudra te laisser tenter…
« Dickens » c’est un peu le mot magique 🙂
Toujours pas lu Zadie Smith et j’ai raté l’occasion de le faire avec la LC du 20/11. Bon, ce n’est que partie remise, ton billet est très convaincant, je pense que la thématique me parlera, et si je devais lire un Zadie Smith, ce serait celui-là du coup.
J’espère avoir réussi à en convaincre un certain nombre de lire « Sourires de loup » que j’ai vraiment dévoré.
Je note ce titre immédiatement! Il me plait bien!
Excellent choix !!! Franchement, c’est vraiment un très bon roman, parfaitement construit et foisonnant.
Merci, cela donne envie. J’ai adoré « Swing time »