Bilan livresque et cinéma d’août

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Le mois d’août fut bien entendu marqué par la préparation du mois américain avec livres très différents et tous intéressants. Vivian Gornick, Anaïs Barbeau-Lavalette, Claire Vaye Watkins, Jacqueline Woodson et Brit Bennett seront toutes présentes au festival America de Vincennes. J’ai hâte de les écouter ! Je vous reparle donc très rapidement de leurs ouvrages. Stay tuned !!!

Je n’aurais pas le temps de vous parler des deux BD que j’ai lues pendant le mois d’août mais je vous conseille fortement la lecture de la série « Les beaux étés » de Zidrou et Jordi Lafebre dont le tome 4 est sorti récemment et celle de « Calpurnia » de Daphné Collignon au magnifique univers. Mon premier livre de la rentrée littéraire est celui de Adrien Bosc, « Capitaine », aussi exigeant qu’intéressant.

Et côté cinéma ?

Mes films préférés du mois :

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En bord de mer au sud de l’Italie, Marcello est toiletteur pour chiens dans une petite ville pauvre et décrépie. Marcello adore son travail, sa fille et ses voisins commerçants. Sa vie pourrait être paisible sans la présence violente et malsaine de Simone. Marcello est son souffre-douleur. Chétif et petit, le toiletteur cède sans cesse à la brute jusqu’à se sacrifier pour lui. Mais le martyrisé pourrait bien se rebeller. Matteo Garrone nous montre une Italie au bord du gouffre, rouillée, écaillée. La ville de Marcello est presque une ville-fantôme, aux bords de l’abandon. L’atmosphère du film est crépusculaire, la violence, la peur dominent les habitants. Le destin de Marcello est terrible, le personnage est troublant d’avilissement et de colère rentrée. Pour l’incarner, un acteur incroyable qui méritait son prix d’interprétation à Cannes : Marcello Fonte qui habite son rôle avec justesse et force. La vision de Matteo Garrone est bien sombre et sans espoir.

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Fiona Maye est magistrate à la Haute Cour de Londres. Elle est spécialisée dans les affaires familiales. Au moment où son mariage se défait, Fiona est confrontée à une affaire épineuse. Un médecin demande à la justice de l’autoriser à soigner de force Adam atteint de leucémie. L’adolescent de 17 ans est témoin de Jéhovah et refuse la transfusion sanguine qui pourrait l’aider. Fiona doit trancher en faveur de l’intérêt de l’enfant, mais celui-ci implique-t-il de respecter ses convictions religieuses ? « L’intérêt de l’enfant » était un roman de Ian McEwan qui a travaillé au scénario du film de Richard Eyre. L’histoire de Sam est absolument poignante et la décision de Fiona va la hanter et l’habiter. Tout repose sur les deux personnages et la finesse psychologique du romancier est rendue par deux formidables acteurs : Fionn Whitehead et Emma Thompson. Cette dernière se fait décidément trop rare sur grand écran. « My lady » est l’occasion d’admirer sa justesse, sa précision et son incroyable subtilité. La relation entre les deux acteurs fonctionnent formidablement et elle est plaine d’émotions (peut-être un peu trop dans une des dernières scènes à l’hôpital mais c’est un détail).

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L’histoire est vraie et totalement incroyable. Dans les années 70, Ron Stallworth, jeune flic noir, veut prouver sa motivation à sa hiérarchie. Dans la presse locale, il découvre une annonce du Ku Klux Klan qui recrute. Ron décroche son téléphone et se fait passer pour le pire des racistes afin d’infiltrer l’organisation. Cela fonctionne à merveille, la cellule locale veut le rencontrer. Ron ne peut de toute évidence pas se rendre au rendez-vous. C’est donc son collègue Flip Zimmerman qui va prendre sa place. Cela faisait bien longtemps que l’on avait pas vu un bon film de Spike Lee. Sa colère contre Donald Trump est manifestement un excellent vecteur créatif. Le film est une charge contre ce dernier et souligne la nécessité de l’indignation et de la continuité du combat. Spike Lee nous offre 2h16 de péripéties rythmées et drolatiques. Mais « Blackkklansman » est également emprunt de gravité avec une très belle mise en parallèle d’une réunion du KKK et du récit (par Harry Belafonte) du lynchage de Jesse Washington en 1916. La fin du film montre également les terribles images des manifestations d’extrême droite de Charlottesville en 2017. Adam Driver est décidément toujours sur les bons coups et on découvre John David Washington, le fils de Denzel, est promis à un très bel avenir.

Et sinon :

  • Mary Shelley de Haifaa Al-Mansour : Ce film retrace la vie de Mary Shelley de sa rencontre avec Percy à l’édition de « Frankenstein ». Le film m’a semblé fidèle quant à la vie audacieuse de Mary Shelley, même si je connais celle-ci que dans les grandes lignes. Le point fort du film est la prestation de Elle Fanning qui livre une belle incarnation de la romancière avec une certaine fougue. Les autres acteurs ne déméritent pas non plus, Douglas Booth inclus qui a l’art d’interpréter les personnages tête-à-claques ! Malheureusement, la mise en scène est extrêmement académique, sans réel point de vue sur l’histoire de Mary Shelley. Celle-ci aurait mérité une réalisation plus flamboyante, à la mesure de son audace. Certaines scènes frôlent le ridicule ou l’atteignent comme la scène de fin qui se déroule dans une librairie entre Percy et Mary. L’ensemble n’est pas déplaisant, il aura au moins le mérite de mieux faire connaître le destin de Mary Shelley.

 

  • Sur la plage de Chesil de Dominic Cooke : Le film est la deuxième adaptation sortie ce mois-ci d’un roman de Ian McEwan. Comme pour « My lady », l’écrivain a participé au scénario. « Sur la plage de Chesil » montre la nuit de noces catastrophique de Florence et Edward dans les années 60. Les deux jeunes gens sont de milieux sociaux différents, le poids des rapport de classe finit par miner la relation des deux époux. Le mépris des parents de Florence pour Edward fait naître une terrible rancœur qui rejaillit durant la nuit de noces. Les deux époux sont également totalement inexpérimentés sexuellement, méconnaissance qui tournera au fiasco. Saoirse Ronan et Billy Howle sont parfaits, ils incarnent merveilleusement et avec beaucoup de sensibilité Florence et Edward. Esthétiquement, le film offre de très belles images, élégantes. Malheureusement, l’ensemble est totalement plombé par une fin ridicule et inutile. Pourquoi avoir rajouté ces scènes qui n’apportent strictement rien ? Cela reste un mystère, elles sont, de plus,  bien loin de l’ironie qui fait le sel des romans du romancier. Un beau gâchis.

 

  • Le monde est à toi de Romain Gavras : François vit en banlieue parisienne. Il voudrait arrêter de dealer pour lancer la franchise Mr Freeze au Maghreb. Il pensait avoir de l’argent de côté mais sa mère a tout dépensé au jeu. François se voit obligé d’aller en Espagne pour récupérer un chargement de drogue pour un caïd lunatique Poutine. Les choses vont bien évidemment se compliquer. Romain Gavras tente de faire du Tarantino à la française avec son nouveau film. La fin évoque également les Ocean de Steven Soderbergh, le glamour en moins. Il y a de l’humour, de l’outrance et un casting cinq étoiles avec en tête Karim Leklou qui confirme son talent. Le film se laisse bien regarder, les numéros de Isabelle Adjani et Vincent Cassel sont amusants. Mais le film n’a rien de révolutionnaire et son souvenir risque bien d’être fugitif.

 

  • Paul Sanchez est revenu de Patricia Mazuy : Cette fois-ci, c’est sûr, Paul Sanchez est revenu. Meurtrier recherché depuis dix ans, il a été aperçu à la gare des Arcs sur Argens. Son retour avait déjà été annoncé à plusieurs reprises mais cette fois les témoins oculaires se multiplient. On l’a vu errer dans la région. Les gendarmes doutent toujours à l’exception de Marion, petite gendarmette gaffeuse, qui voit dans la traque de Paul Sanchez une occasion de briller. Le film de Patricia Mazuy évoque l’affaire de Dupont de Ligonnès. Il suffit que le criminel disparaisse pour qu’on le voit partout. La réalisatrice dénonce à travers son film le sensationnel qui est créé lors des faits-divers. Tout devient spectacle, tout exacerbe l’hystérie des habitants de la petite ville. Les paysages du Var, où se terre Paul Sanchez,  ressemble au Grand Canyon et donne un côté western à cette traque. Laurent Lafitte est parfait dans le rôle de Paul Sanchez, incarnant ce personnage trouble avec beaucoup d’ambiguïté.

 

  • Under the silver lake de David Robert Mitchell : Sam n’a plus de boulot. Il passe ses journées dans sa résidence de Los Angeles, à observer ses voisines à la jumelle. Il découvre une très jolie jeune femme qui habite à côté de chez lui. Celle-ci disparaît et Sam décide de partir à sa recherche. Le film de David Robert Mitchell est peuplé de clins d’œil cinématographiques comme à « Fenêtre sur cour » ou « Mulholland drive ». La première heure du film est vraiment intéressante. Elle interroge les paranoïas, les folies contemporaines. Le héros est un looser attachant et totalement paumé. Malheureusement, le film devient rapidement interminable. Les 2h19 se sentent réellement. Le héros passe de personnages étranges en personnages étranges, l’histoire devient de plus en plus abracadabrante et délirante. N’est pas David Lynch qui veut et l’intérêt du début se mue en ennui total.

10 réflexions sur “Bilan livresque et cinéma d’août

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