Le verger de marbre de Alex Taylor

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Au fin fond du Kentucky, la Gasping River s’écoule, profonde et tumultueuse, dans la vallée. Clem Sheetmire possède un ferry qui permet de passer d’une rive à l’autre. Certains soirs, c’est son fils Beam qui effectue les traversées. Ce mardi-là, il n’avait pris sur le ferry qu’un paysan avec son tracteur. Jusqu’à ce qu’un homme se présente en pleine nuit. Le passage d’une rive à l’autre se fit dans le calme de la nuit. « Il fit ronronner l’accélérateur et le moteur crachota, l’écume de l’eau bouillonnant autour de l’hélice tandis que le ferry progressait lentement dans le courant, les poulies grinçant sur leurs câbles. Un morceau de bois flotté s’agita sur la rivière et l’odeur âcre de vase et de fleurs de robinier s’éleva, puissante et corsée, au-dessus de la puanteur de gasoil carbonisé. Quand il s’approcha, Beam coupa le moteur et laissa le ferry accoster sur l’embarcadère (…). » Arrivé à destination, le passager refuse de payer la course, pire il tente de voler la caisse. Beam se défend et tue l’homme. Clem vient en aide à son fils en jetant le corps dans la rivière et en l’aidant à fuir. Le cadavre est en effet celui du fils de Loat Duncan, le caïd du coin.

« Le verger de marbre » est le premier roman d’Alex Taylor, ce qui est assez incroyable tant son intrigue est maîtrisée et son écriture est ciselée et de toute beauté. La quatrième de couverture compare le livre à une tragédie grecque chez les frères Coen et je trouve que l’idée résume bien le roman.

L’intrigue se déroule dans le Sud profond, rural. L’ambiance y est poisseuse, moite et perverse. Loat Duncan y fait régner la violence, les règlements de compte. Le shérif ne peut rien pour l’arrêter. L’ennui, le désespoir n’arrangent rien à la situation et ne font qu’alourdir l’atmosphère déjà sombre et pesante.

Dans ce cadre, les personnages ne semblent avoir aucune chance de s’en sortir. La famille de Beam fait partie des perdants. Beam porte cet héritage familial même si, comme il va peu à peu le découvrir, il ne le connaît pas réellement. Les Sheetmire sont rongés par leurs secrets et leur fils va devoir payer la note de ces omissions. Comme dans les tragédies grecques, son destin est totalement inéluctable.

La galerie de personnages qui l’entoure est digne d’un film des frères Coen : Loat Duncan est cruel et se promène avec une meute de chiens, le propriétaire du rade du coin est un manchot, un routier en costard se révèle être un psychopathe, un vieil homme a comme cachette privilégiée un cimetière. Les habitants sont à l’image de l’endroit où ils vivent.

« Le verger de marbre » est un premier roman noir parfaitement maîtrisé et très littéraire de par son écriture. Alex Taylor est un écrivain américain à suivre.

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5 réflexions sur “Le verger de marbre de Alex Taylor

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