10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange de Elif Shafak

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Tequila Leïla, prostituée stambouliote, vient d’être brutalement assassinée. Son corps a été abandonné dans une benne à ordures. Pendant 10 minutes et 38 secondes après la mort, l’esprit de Leïla va encore fonctionner. Pendant ce laps de temps, elle va parcourir ses souvenirs : son enfance en Anatolie avec son père et ses deux femmes, son oncle pédophile qui commence à la toucher lorsqu’elle a 6 ans, sa fuite à Istanbul à 17 ans, sa vente à un bordel par un couple d’escrocs. Dans cette vie chaotique, Leïla a pourtant trouvé deux choses précieuses : cinq amis indéfectibles et un grand amour.

« 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange » est le deuxième roman de Elif Shafak que je lis et décidément j’aime beaucoup son univers. La première chose à souligner est la formidable construction du roman. Durant le temps qui est imparti à son esprit, Leïla se souvient de sa vie à travers des odeurs plus ou moins agréables. Les souvenirs ne lui reviennent pas dans l’ordre chronologique : « Mais la mémoire humaine ressemble à la nuit d’un fêtard qui a bu quelques coups de trop : elle a beau s’appliquer, elle ne parvient pas à marcher droit. Elle vacille à travers un labyrinthe d’inversions, se déplace souvent en zigzags vertigineux, indifférente à la raison et susceptible de s’effondrer à tout moment. » La première partie du livre s’intéresse à ces 10 minutes et 38 secondes pour ensuite passer au corps de Leïla, enterré au cimetière des abandonnés, pour finir avec son âme.

La deuxième partie est entièrement dédiée aux cinq amis qui ne supportent pas de savoir Leïla dans le cimetière pour les laissés-pour-compte. Tous les cinq sont eux aussi des parias de la société turque, des marginaux regardés de travers. Et c’est également l’une des grandes forces du roman. Tous les personnages sont incroyablement attachants, plein d’humanité malgré leurs failles et leurs blessures. Leïla est celle qui les liait les uns aux autres malgré leurs origines, leurs religions disparates. Ensemble, ils sont plus forts, ils forment un tout. Cette amitié est vraiment très touchante.

Istanbul est également l’un des personnages du livre. Une ville tiraillée entre Orient et Occident dont l’histoire transparaît au fil des pages. Le roman regorge de senteurs, de couleurs et nous montre une ville pleine de contrastes, en perpétuels mouvements et transformations.

Avec beaucoup d’humanité et de tolérance, Elif Shafak  rend un bel hommage aux parias, aux abandonnés de la société turque et à Istanbul, ville à l’histoire et aux influences complexes.

 

5 réflexions sur “10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange de Elif Shafak

  1. Une formidable découverte et certainement un de mes plus gros coups de cœur de ce prix. J’ai très envie de retrouver la plume de cette auteure qui m’était inconnue. La beauté de ses personnages et sa capacité de faire de cette lecture un moment qui joue avec tous les sens, ça m’a bouleversé !

    • Ce ne fut pas un coup de coeur pour moi mais il fait partie des grands romans de ce prix. Il s’agissait de ma 2ème lecture de l’auteure et il fait absolument que je lise ses autres romans.

  2. Pingback: Bilan livresque et cinéma de mars | Plaisirs à cultiver

  3. J’ai adoré l’autre roman que j’ai lu de l’autrice, lu en Turquie… et depuis que j’ai visité le pays, j’ai encore plus envie de découvrir.

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