Bilan livresque et cinéma de mai

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Huit romans et trois BD/roman graphique/manga se sont rajoutés en mai aux livres lus en 2022. J’ai déjà pu vous parler du formidable « Connemara » de Nicolas Mathieu. A part l’hilarante BD de FabCaro et le manga consacré à la relation d’un vieil homme et son chat, le reste de mes lectures s’inscrivent dans le cadre du mois anglais qui va commencer le 1er juin. Je vous reparle donc très prochainement des enquêtes de Jane Austen et des sœurs Brontë, de la vie fantasque de W. Somerset Maugham, du retour en enfance d’Elizabeth Von Arnim et de Lord Berners, d’un été sur l’ile d’Hydra avec Elizabeth Jane Howard et du dernier roman d’Elizabeth Day. Le dernier roman lu durant le mois de mai fut le tome 3 de la saga Blackwater, « La maison » et je l’ai dévoré en une journée. Je vous reparle de la série une fois que j’aurais lu les six volumes.

Mes films préférés du mois de mai sont :

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Alice hait son frère Louis et elle le lui a dit. Certes, elle le fait avec le sourire mais la phrase se révèle juste au fil des années. Le frère et la sœur, lui écrivain et elle comédienne, cessent de se voir, de se parler. Lorsque leurs parents sont victime d’un terrible accident, Alice et Louis vont avoir du mal à s’éviter dans les couloirs de l’hôpital.

Après « Tromperie », adaptation de Philip Roth qui ne m’avait pas convaincue, Arnaud Desplechin retourne à son thème de prédilection : la famille. La détestation entre un frère et une sœur était déjà au cœur de « Rois et reines » et d’un « Conte de Noël ». La rupture n’est ici jamais explicitée, on devine une rivalité entre Alice et Louis qui connaissent tous les deux le succès, une question d’orgueil et d’ego. Ce qui frappe, c’est la violence des sentiments qui animent les deux personnages : la scène d’ouverture où Louis met à la porte sa sœur et son mari venus lui présenter leurs condoléances après la mort de son fils, Alice qui hurle sur un pharmacien pourtant bienveillant. Le ton du film est grave, la mise en scène classique avec quelques fantaisies (Louis volant au-dessus des toits de Paris) et les deux interprètes principaux sont parfaits dans des rôles excessifs : Marion Cotillard, intense, Melvil Poupaud (que l’on voit beaucoup ces derniers temps pour mon plus grand plaisir) à fleur de peau. Mon seul bémol concerne les deux épilogues qui clôturent le film et qui ne me semble pas apporter grand chose à l’intrigue.

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Au début des années 80, Elisabeth vit avec ses deux enfants dans une tour du quartier Beaugrenelle. Son mari l’a quittée et elle peine à relever la tête. Elle n’a aucune expérience professionnelle et aucune confiance en elle. Pourtant, elle ose se rendre dans le studio de radio où s’enregistrent durant la nuit les émissions de Vanda Dorval qu’elle admire. Elle se fait engager pour répondre aux auditeurs et gagne ainsi un peu d’indépendance (financière et intellectuelle). C’est dans le studio qu’elle rencontre une jeune femme paumée, sans abri qu’elle décide d’aider.

Pourquoi un film vous touche plus qu’un autre ? Difficile de définir précisément ce qui m’a bouleversée dans « Les passagers de la nuit ». Mikhaël Hers insuffle beaucoup de nostalgie à son film qui, pourtant, est l’histoire d’une renaissance, d’une émancipation. Les moments heureux sont toujours furtifs semble nous dire le cinéaste, même s’ils se gravent dans la mémoire. Le film est également hanté par la figure de Pascale Ogier, étoile filante du cinéma français de cette époque. Noée Abita, qui interprète la jeune femme perdue, lui ressemble beaucoup et notamment dans la tonalité de sa voix. Charlotte Gainsbourg est très touchante, tout en timidité et en fragilité pour incarner Elizabeth. Le réalisateur nous offre également des images magnifiques de Paris à l’aube, la nuit, qui donnent un grain particulier à l’atmosphère du film.

Et sinon :

  • « Varsovie 83, une affaire d’Etat » de Jan P. : A Varsovie, le 14 mai 1983, un lycèen est arrêté par la police avec son meilleur ami sans raison apparente. Roué de coups au commissariat, sous les yeux de son ami, il meurt à l’hôpital suite à ses blessures. Sa mère est une opposante au régime, proche de Solidarnosc et elle va se battre pour que les assassins de son fils soient jugés. Le seul témoin est Jurek, l’ami de son fils, et l’Etat va tout faire pour étouffer l’affaire. Le film de Jan P. dure 2h40 mais à aucun moment il ne s’essouffle. La tension est constante et l’on ne cesse de s’inquiéter pour Jurek et la mère de son ami. La mécanique de la dictature du général Jaruzelski est bien connue mais elle est ici minutieusement détaillée. Chaque maillon de la chaine, qui veut faire taire les opposants, a son importance. Le réalisateur fait revivre cette époque, cette oppression avec beaucoup de force et nous rappelle que la menace reste très actuelle.
  • « Downton Abbey II : une nouvelle ère » de Simon Curtis : Il faut bien le reconnaître, même après six saisons et un premier film, c’est toujours un plaisir de retrouver la famille Crawley. Une nouvelle ère s’annonce et cela est matérialisé par le tournage d’un film sur le domaine de Downton. C’est la bonne idée du film qui rend un hommage savoureux à « Chantons sous la pluie ». Certains personnages, malchanceux et malheureux en amour, vont enfin trouver leur place. De l’humour, de l’élégance, de l’émotion et la toujours piquante Maggie Smith nous permettent de passer encore une excellent moment.
  • « Sentinelles sud » de Mathieu Gérault : Christian et Mounir sont revenus déboussolés d’Afghanistan. Le premier tente de retrouver une vie normale en bossant dans un supermarché. Le second préfère reprendre ses petits trafics. Mais une opération spéciale, qui eut lieu pendant la guerre, continue de les hanter et les empêche de tourner la page. Le film de Mathieu Gérault est tout entier tourné vers ses deux personnages centraux aux liens indéfectibles. Leur amitié, née avant la guerre, les soude même si cela signifie de plonger ensemble. Déboussolés, se débattant pour atteindre une forme de paix, ces deux personnages poignants sont formidablement interprétés par Niels Schneider er Sofian Khammes. S’ajoute à leur histoire, une intrigue sombre, noire à propos de l’opération spéciale qui donne encore plus d’ampleur au film.
  • « Et j’aime à la fureur » d’André Bonzel : André Bonzel collectionne les films amateurs. Pour raconter son histoire et celle de sa famille, il mêle les films de sa collection et ceux qu’il a réalisés depuis son plus jeune âge avec sa caméra Pathé-Baby. Il a de plus retrouver des images de son père qu’il n’avait jamais vues et qui remettent en perspective ses souvenirs. « Et j’aime à la fureur » est un documentaire très original, très touchant, mâtiné d’un humour caustique et de mélancolie. Il s’agit également d’un formidable hommage au cinéma, à la puissance des images. La musique originale de Benjamin Biolay magnifie l’ensemble.

5 réflexions sur “Bilan livresque et cinéma de mai

  1. Sentinelles sud je l’ai raté et pourtant je voulais vraiment le voir. en dvd ça sera donc. Varsovie 83 est encore à l’affiche, je compte bien le voir celui-ci!

  2. « Frère et sœur » et « Les passagers de la nuit » sont deux films que j’espère voir, je suis donc contente de lire tes retours. La saga « Blackwater » me fait sacrément envie mais il y a déjà six tomes, il me semble ! Je pense que j’achèterai le premier en numérique et, si ça me plaît, je les prendrai tous au format poche (l’édition est si belle !).

  3. J’ai beaucoup ri avec Fabcaro. J’ai adoré « Avril enchanté » d’Elizabeth von Arnim. Pendant ce mois anglais, je compte lire un Jane Austen, un Somerset Maugham et pourquoi pas un Rebecca du Maurier ? Un saison à Hydra est dans ma pal, du coup je lirai ton avis avec attention.

  4. Un beau florilège !! j’avais prévu d’aller voir « Downton Abbey II » mais bon, ce sera sur une plateforme plus tard, tant pis… Très bon début de Mois Anglais, Titine ! 🙂

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