Mon vrai nom est Elisabeth d’Adèle Yon

« Si je devais qualifier la relation qui se noue alors avec cette arrière-grand-mère que je n’ai pas connue, si j’avais suffisamment de souvenirs de cette période obscure qu’est l’adolescence pour le faire, je dirais que son idée fait naître ma première véritable peur : celle d’être folle. » Cette inquiétude a touché toutes les femmes de la famille d’Adèle Yon, comme si la schizophrénie de leur aïeule était héréditaire ou contagieuse. Le souvenir d’Elisabeth, appelée Betsy, plane sur la famille sans qu’elle ne soit jamais évoquée. Malgré les non-dits et les réticences des membres de sa famille, Adèle Yon continue à questionner, à gratter là où ça fait mal pour découvrir l’histoire de son arrière-grand-mère.

Au travers de documents d’archives (notamment ceux de l’asile), de lettres, de témoignages de sa famille, Adèle Yon dresse le portrait édifiant et bouleversant de Betsy. Née en 1916 à St Germain-en-Laye dans une famille bourgeoise, elle fut mariée à André à 24 ans et elle a six enfants en sept ans. Exubérante, ayant un grand besoin de liberté et fragilisée par ses grossesses à répétition, Betsy fut diagnostiquée schizophrène et elle a subi des traitements d’une violence inouïe (électrochocs, cure de Sakel qui est l’enchainement de comas hypoglycémiques), avant d’être lobotomisée et internée pendant dix sept ans à la demande de son mari et de son père.

Ce qui m’a frappée, c’est l’évidente incompatibilité entre Betsy et son futur mari, un catholique forcené qui veut que sa femme soit une sainte. Dans les documents de l’hôpital, les symptômes de Betsy ne correspondent pas à la schizophrénie mais il fallait se débarrasser de cette épouse trop vivante, trop enjouée, trop sensible et donc dérangeante. Ce qui est également édifiant dans l’enquête d’Adèle Yon, c’est l’usage de la lobotomie qui n’a jamais eu pour but de soigner. Elle n’a aucune fonction thérapeutique mais uniquement un rôle social. Grâce à cette opération, les femmes rentrent dans le rang et redeviennent de bonnes ménagères, de bonnes mères. Le destin de Betsy fait écho à beaucoup d’autres, j’ai pensé à Rosemary Kennedy, Sylvia Plath, Camille Claudel mais également au superbe roman de Maggie O’Farrell « L’étrange disparition d’Esme Lennox ».

Adèle Yon redonne vie à son arrière-grand-mère grâce à son enquête obstinée. Un destin brisé, étouffé comme celui de nombreuses femmes dont le goût pour la liberté effrayait les hommes. Un livre évidemment bouleversant.

2 réflexions sur “Mon vrai nom est Elisabeth d’Adèle Yon

  1. On en a parlé lors d’un club de lecture ; certaines personnes l’ont lu et leur avis était enthousiaste, ça m’a donné envie. Ton retour renforce mon désir de découvrir, à mon tour, ce roman 🙂

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