
« Défile devant moi la vie en instantanées d’une femme vouée à l’oubli, l’histoire d’une femme sans histoire qui raconte peut-être mieux que les grandes victoires l’exercice de vivre auquel nous sommes soumis. » Cette femme, c’est Thérèse Lefebvre née Larin, décédée le 29 septembre 1970 à l’âge de 27 ans et grand-mère d’Alexandra Boulard-Lefebvre. Un jour, le père de l’autrice sort de son portefeuille une petite photo cartonnée, celle de sa mère qu’il garde toujours avec lui. Durant des vacances d’été, il montre à sa fille la maison où il a grandi, celle où Thérèse est morte. Ces deux évènements, ces deux apparitions de sa grand-mère dans sa vie ont donné envie à Alexandra Boulard-Lefebvre d’écrire sur elle. Car, comme l’arrière-grand-mère d’Adèle Yon dont elle parle dans « Mon vrai nom est Elisabeth », Thérèse a été effacée de l’histoire familiale. Personne ne parle d’elle, ne l’évoque. D’ailleurs, peu de temps après son décès, ses affaires ont été débarrassées de sa maison de Chicoutimi.
Dans « Une histoire silencieuse », Alexandra Boulard-Lefebvre alterne la description de photos où figure Thérèse avec des témoignages de sa famille, de ses amis. L’autrice conserve l’oralité des propos tenus et la seule photo que le lecteur pourra voir est celle de la couverture. De ces choix narratifs émerge le portrait évanescent, par fragments, de Thérèse. Une silhouette se dégage, malgré les zones d’ombre, celle d’une jeune femme vive, intelligente brimée par son éducation catholique et le rôle imposé aux femmes dans les années 60. Thérèse a épousé Roger jeune pour fuir sa famille où elle étouffait. Le couple a quitté Montréal, Thérèse son emploi chez un notaire pour que son mari développe son commerce. Il travaille beaucoup, Thérèse ne connait personne dans sa nouvelle ville, devient mère et s’ennuie profondément. Elle se sent prisonnière mais il est très difficile de divorcer à cette époque, d’autant plus lorsque l’on vient d’une famille aussi croyante. Le portrait, émouvant et sincère, est celui d’une housebound housewife, typique de sa génération.
Alexandra Boilard-Lefebvre reconstitue de façon impressionniste la courte vie de sa grand-mère, plongée dans la mélancolie et la lassitude dues à une vie monotone. Sa fin tragique, son destin brisé m’ont profondément touchée et j’ai beaucoup apprécié l’originalité de la narration choisie par l’autrice.
un récit qui a l’air très touchant en effet.