Sous la verte feuillée de Thomas Hardy

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A la veille de Noël, le paisible village de Mellstock est en ébullition : une nouvelle institutrice vient d’arriver. Fancy Day est en fait une enfant du pays, la fille du garde-forestier avait quitté la région pour faire des études. Coquette et très apprêtée, elle fait rapidement tourner la tête de Dick Dewey, un jeune fermier, et de M. Maybold, le nouveau vicaire. La trouvant trop versatile, Dick finit par avoir un avis mitigé sur l’institutrice : « (…) Fancy était sinon une flirteuse, du moins une femme qui avait eu quantité d’admirateurs, elle s’occupait trop de ses robes, n’éprouvait aucun sentiment profond et se souciait beaucoup trop de l’effet qu’elle produisait sur les autres hommes. » La jeune femme saura-t-elle faire son choix entre ses prétendants ?

« Sous la verte feuillée » est le deuxième roman de Thomas Hardy et il se situe dans le comté imaginaire du Wessex. Ce roman léger, qui se déroule sur quatre saisons (le titre a parfois été traduit ainsi : « Quatre saisons à Mellstock »), rend hommage au monde rural qui est menacé par la modernité. Ici cela se matérialise par l’arrivée d’un orgue dans l’église du village qui menace le chœur d’hommes. Le roman s’ouvre sur la tradition du soir de Noël où la chorale va de maison en maison pour offrir sa musique. Les habitants de Mellstock sont très attachés à leur chorale mais le nouveau vicaire veut inviter Fancy à jouer de l’orgue. Les chanteurs, des hommes simples et pittoresques, doivent céder leur place à cette jeune femme vaniteuse et souvent inconséquente. Thomas Hardy penche vers la comédie, la frivolité, bien loin des drames de « Jude l’obscur » ou « Tess d’Urberville ».

Délicieusement champêtre et léger, « Sous la verte feuillée » est un roman très plaisant à lire même s’il n’a pas la profondeur, la complexité des chefs-d’œuvre de l’auteur.

Traduction Eve Paul-Marguerite

Une fin heureuse de Maren Uthang

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Nicolas Christiansen est croque-mort, comme sa mère et son grand-père avant lui. La mort tient une place essentielle dans cette famille depuis le XIXème siècle. Tout commença sur Tikopia, une ile polynésienne où le nombre d’habitants devait rester parfaitement identique et où l’on n’hésite pas à éliminer les nouveaux-nés pour ce faire. Un ancêtre de Nicolas se chargeait de cette sombre tâche. La lignée des Christiansen, où tous les garçons se nomment Christian et les filles Liliane, nous transporte ensuite à Amsterdam pour s’ancrer à Copenhague. Pendant qu’il prépare ses enfants à un voyage, Nicolas, le seul à ne pas porter le traditionnel prénom, se remémore ces sept générations qui s’occupèrent d’accompagner les morts et leurs familles. Et il constate que ce métier ne va pas sans apporter certaines tares aux membres de sa famille. Lui-même est nécrophile…

En lisant la 4ème de couverture du roman de Maren Uthaug, j’ai forcément pensé à la géniale série « Six feet under » où l’on voit évoluer une famille de croque-morts. L’autrice danoise pousse le curseur bien plus loin et a écrit un roman dérangeant (certaines scènes ne sont pas à mettre sous tous les yeux), provocant, avec une bonne dose d’humour noir et dont le titre est d’une ironie délectable. Côtoyer la mort abîme la famille Christiansen ou leurs gènes étaient-ils de toute façon corrompus ? Certains membres de la famille sont habités par le mal, visible par la rougeur de leurs yeux, par des perversions morbides (nécrophilie, torture d’animaux) ou des dons étranges (l’un d’eux voit et parle aux morts). C’est donc une saga familiale extrêmement particulière et tordue que nous propose Maren Uthaug, mais qui s’avère particulièrement réjouissante à lire (si vous avez le cœur bien accroché quand même).

« Une fin heureuse » nous offre également un panorama très intéressant sur les rites funéraires à travers le temps et l’évolution de notre rapport à la mort. C’est le cas notamment de l’incinération longtemps inadmissible ou des conditions d’hygiène dont on ne pensait pas qu’elles pouvaient augmenter la mortalité (il y a beaucoup d’épidémies dans le roman : choléra, diphtérie, etc…).

« Une fin heureuse » est un roman gonflé, déconcertant, à l’humour corrosif et assurément captivant. Âmes sensibles s’abstenir !

Traduction Marina et Françoise Heide

Comme si nous étions des fantômes de Philip Gray

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1919, Amiens, Amy Vanneck a traversé la Manche pour essayer de donner une sépulture à son fiancé Edward, porté disparu. Là-bas, elle est confrontée à la boue des tranchées, aux villages fantômes, aux soldats chargés de rassembler et d’identifier les dépouilles. Ce travail est principalement réalisé par les coolies, des soldats chinois venus prêter main forte aux alliés. A leur tête, le capitaine Mackenzie qui va tenter d’accompagner et de protéger Amy. La jeune femme téméraire ne recule devant aucune horreur pour honorer la promesse faite à Edward de retrouver son corps pour l’enterrer. Lors de leurs recherches, Amy et le capitaine Mackenzie découvrent treize cadavres dans une tranchée, mais il semble que les combats ne soient pas la cause de leur décès.

Le point fort du premier roman de Philip Gray est l’arrière-plan historique très détaillé et précis. L’auteur a étudié l’histoire à Cambridge et cela se sent dans la justesse de ce qu’il nous raconte. La période choisie est également intéressante puisqu’il choisit l’immédiat après-guerre. Les villages et les paysages sont dévastés, détruits. La désolation règle et la vie peine à reprendre. Et pour cause ! Les cadavres jonchent les champs. Le terrible travail d’identification des corps est également parfaitement décrit. Il semble être comme le tonneau des Danaïdes et pourtant la tâche est essentielle pour les familles. La partie thriller de l’intrigue est bien menée, même si elle aurait mérité d’être plus condensée. Elle nous entraîne dans la noirceur la plus totale, notamment les addictions des soldats pour supporter leur quotidien dans les tranchées. En revanche, les dernières pages du roman apportent un retournement bien inutile au reste de l’intrigue.

« Comme si nous étions des fantômes » est un premier roman qui n’est pas exempt de défauts, mais son intrigue solide et la justesse de l’arrière-plan historique en font un roman digne d’intérêt.

Traduction Elodie Leplat

Minka and Curdy d’Antonia White

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Victoria, le chat de Mrs Bell, vient de mourir de vieillesse après une vie choyée. C’était un chat exigeant, avare de ronronnements qui se prenait, et était traitée, comme une reine. Malgré son caractère difficile, Mrs Bell adorait sa compagnie et remplacer Victoria lui semble un manque de respect. Veuve avec deux filles adultes, Mrs Bell se sent bien seule dans son appartement. Sa locataire Alice travaille durant la semaine et Mrs Silver vient faire le ménage et ne peut pas rester toute la journée dans l’appartement. Les amis de Mrs Bell constatent sa tristesse et sa solitude. L’une d’entre elles va lui réserver un chaton roux à Rye où les chats sont réputés grands, beaux et ayant une splendide fourrure. En parallèle, un autre ami lui propose d’adopter un chaton siamois, le rêve absolu de Mrs Bell ! Elle va donc se retrouver avec deux chatons… mais feront-ils bon ménage ? La jeune siamoise, nommée Minka, semble en effet très possessive et jalouse.

« Minka et Curdy » a été publié en 1957 et il vient d’être republié par les éditions Virago dans leur collection Modern Classics. Ce court roman n’a absolument rien perdu de son charme, à l’instar des merveilleux dessins de Janet et Anne Johnstone qui se trouvent sur la couverture et à l’intérieur du livre. Mrs Bell, qui est écrivain, est immédiatement séduite par les deux chatons qui ont pourtant des caractères bien différents. Minka, la siamoise, est élégante, distinguée, très câline et demandant beaucoup d’attention. Curdy est un chaton roux facétieux, intrépide et extrêmement amical. Il veut à tout prix se faire adopter par la princesse siamoise ! Antonia White excelle à décrire les attitudes, les postures et le comportement des chats. C’est un régal de les voir évoluer dans l’appartement de Mrs Bell.

« Minka et Curdy » est un court roman plein de tendresse et de drôlerie qui rend un bel hommage aux chats et à ceux qui les aiment. Pour ceux, qui comme moi, ne sont pas bilingues en anglais, la langue est très accessible et se lit sans difficulté.

Sans toucher terre d’Antti Rönkä

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« Une semaine plus tard, je m’appuie au dossier du siège et contemple les lumières qui défilent à la fenêtre tandis que le car démarre. Je souris prudemment en songeant à l’automne qui s’achève, semestre qui devait marquer le commencement de ma nouvelle vie. Rien n’a commencé. Humainement, je n’ai pas progressé. Ça ressemble plutôt à une régression. » Récemment bachelier, Aaro s’est précipité dans une grande ville pour poursuivre ses études à l’université. Il fuit une ville où tout le monde se connaît et où il a été harcelé pendant toute sa scolarité. Mais aussi sa famille, à laquelle il n’a rien avoué de ses souffrances, où il se sent très seul. Il a notamment beaucoup déçu son père en abandonnant les compétitions d’athlétisme où il excellait à la course. Trop de pression sur les épaules de ce jeune homme qui est si mal dans sa peau. L’anonymat de la ville ne change rien à son mal-être et à ses difficultés à créer des liens. L’alcool, les médicaments et des dépenses effrénées n’empêcheront pas Aaro de devoir faire face à la réalité.

Le premier roman d’Antti Rönkä est une plongée vertigineuse dans les pensées de son héros qui se méprise. Le récit se fait à la première personne. Aaro ne ne supporte pas. Il se recoiffe quinze fois par jour, s’achète des vêtements hors de prix, mais se trouve toujours aussi laid. Ses pensées, étouffantes, virent souvent à la paranoïa vis-à-vis des comportements et propos des autres. Il est tellement obsédé par lui-même, tellement aliéné par ses propres pensées que les autres n’ont pas de place. Et c’est tout le paradoxe de ce personnage qui voudrait pourtant aller vers les autres. On aimerait parfois l’arrêter, le secouer pour le sortir de ses questionnements, tergiversations incessantes. Le texte d’Antti Rönkä n’est d’ailleurs pas si sombre qu’il n’y paraît ; il y a aussi beaucoup d’autodérision chez Aaro.

« Sans toucher terre » est le premier roman saisissant d’Antti Rönkä qui nous raconte le difficile passage à l’âge adulte d’un jeune homme qui se déteste.

Traduction Sébastien Cagnoli

Le champ des soupirs d’Elspeth Barker

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Écosse, milieu du 20ème siècle, le corps de Janet, 16 ans, est retrouvée au pied de l’escalier du manoir familial d’Auchnasaugh. La jeune fille était née pendant la guerre à Édimbourg et fut élevée durant ses premières années dans le presbytère édouardien de son grand-père paternel. Aînée de sa fratrie, Janet se retrouve rapidement seule en raison de son caractère particulier et de son amour pour la nature et les animaux qu’elle trouve plus fiables et moins cruels que ses congénères. Auchnasaugh est un lieu isolé, mal entretenu, entouré d’une nature sauvage que la jeune fille adore. Un endroit loin de tout qui répond parfaitement à ses envies de poésie, d’histoires tourmentées. En dehors du manoir, notamment au pensionnat, Janet est dans l’incapacité de s’adresser aux enfants de son âge ; elle est rejetée, s’isole encore plus et se réfugie dans les livres.

« Le champ des soupirs », publié en 1991, est l’unique roman d’Elspeth Barker et il est extrêmement singulier. L’ouverture du roman pourrait être trompeuse, le meurtre de Janet ne donne pas lieu à une enquête pour découvrir le coupable. Le texte, très autobiographique, est avant tout le portrait d’une jeune fille qui cherche sa place dans sa famille et dans le monde. Elle ne peut pas se conformer aux attentes de la société : sa mère la voudrait coquette et apprêtée alors qu’elle déteste ça, au pensionnat on l’oblige à faire du sport alors qu’elle n’aime que les livres et l’étude. Malgré l’incompréhension de tous, Janet ne se compromet jamais, ne cède sur rien de ce qui constitue sa personnalité. Roman initiatique, ambiance gothique, hommage à la beauté de la nature écossaise, l’histoire de Janet est tout cela à la fois. L’écriture d’Elspeth Barker est saisissante d’élégance, d’une beauté sombre qui m’a fait penser à Edgar Alan Poe.

« Le champ des soupirs » nous plonge dans la courte existence d’une jeune fille peu ordinaire, farouche, intelligente qui préfère la compagnie de Shakespeare, de Keats et des animaux à celle de ses proches. L’univers du roman d’Elspeth Barker mélange les genres avec aisance et nous offre un moment de lecture atypique.

Traduction Jean Esch

Miss Marple, douze nouvelles inédites

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Miss Marple, l’un des personnages emblématiques d’Agatha Christie, est à l’honneur dans ce recueil de douze nouvelles inédites écrites par des autrices contemporaines comme Kate Mosse, Val McDermid, Naomi Alderman ou Leigh Bardugo. « D’une manière générale, Jane Marple n’était guère différente de celle qu’elle avait été dans sa jeunesse. Elle arborait les mêmes gestes alertes, à la manière d’un oiseau, les mêmes yeux inquisiteurs et pétillants, la même aura d’intelligence tout aussi discrète que vraisemblablement redoutable. » Et c’est également le cas dans les douze nouvelles, on retrouve bien le personnage imaginé par Agatha Christie. Jane Marple est toujours cette discrète vieille dame qui tricote sans cesse, toujours à l’affût des commérages et avec un sens de la déduction exceptionnel. Comme dans les livres originels, elle passe totalement inaperçue alors que rien ne lui échappe. Il n’y a que la dernière nouvelle, « La disparition » écrite par Leigh Bardugo, où le choix final de Miss Marple me semble s’éloigner du personnage.

L’ensemble est très plaisant à lire et les nouvelles fonctionnent parfaitement. Les intrigues sont très variées, il n’y a d’ailleurs pas forcément de meurtres dans chacune d’entre elles. Les amoureux de la charmante vieille dame apprécieront les clins d’œil et références aux textes d’Agatha Christie (comme la nouvelle de Val McDermid intitulée « The second murder at the vicarage/Encore un meurtre au presbytère » » en écho avec « L’affaire Protheroe/The murder at the vicarage »). Ce qui est amusant, c’est que beaucoup des autrices ont voulu dépayser Miss Marple et elle voyage à New York, Hong Kong, la côte Amalfitaine, Cape Cod. Une véritable aventurière ! Mais il le faut reconnaître, je crois que je la préfère dans le cadre d’un petit village anglais comme dans « Le mystère du sol acide » de Kate Mosse ou « Crime champêtre » de Lucy Foley. Les pittoresques villages anglais font partie du charme des intrigues ayant pour personnage principal Jane Marple.

Je ne suis en général pas attirée par les reprises de personnages, je n’ai par exemple jamais lu les livres de Sophie Hannah avec Hercule Poirot. Néanmoins, je suis contente de m’être laissée tenter par ce recueil de nouvelles qui retranscrit parfaitement l’essence de Jane Marple.

Traduction Fabienne Gondrand

Les Vanderbeeker – On reste ici ! de Karina Yan Glaser

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La famille Vanderbecker réside dans la 141e rue dans un quartier paisible de Harlem. Le père a toujours vécu dans ce secteur. En dehors de son travail de réparateur informatique, il est également l’homme à tout faire de l’immeuble qui appartient à M. Beiderman qui loge au 3ème étage. Le vendredi 20 décembre, les parents doivent annoncer une triste nouvelle à leurs cinq enfants. M. Beiderman ne souhaite pas renouveler leur bail et ils doivent quitter leur appartement avant la fin du mois. Les jumelles Isa et Jessie, Oliver, Jacinthe et la cadette Laney sont outrés et n’ont pas l’intention de se faire mettre dehors. Ils élaborent un plan pour que M. Beiderman ait envie de les garder. Ils vont se faire apprécier du vieil homme ! Le problème, c’est qu’il ne sort quasiment jamais de chez lui, qu’il ne supporte pas le bruit (la pauvre Isa doit jouer du violon dans la cave) et qu’il est pour le moins acariâtre. La mission s’annonce compliquée pour la fratrie Vanderbecker.

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce roman jeunesse juste avant Noël. La famille Vanderbecker est très attachante, chacun de ses membres est très incarné : Isa la musicienne qui rêve d’être invitée au bal des 4èmes, Jessie le garçon manqué, Oliver le seul garçon de la fratrie, Jacinthe la timide couturière et Laney qui veut faire des câlins et des bisous à tout le monde. La famille est très implantée dans son quartier, très appréciée des autres voisins et commerçants. Cela donne envie de faire leur connaissance ! Le roman de Karina Yan Glaser est vraiment charmant, drôle et touchant également car Monsieur Beiderman ne s’est pas retiré du monde pour rien.

Le premier tome des aventures de la famille Vanderbecker est vraiment parfait pour la période de Noël et l’intrigue n’est jamais mièvre. J’espère ne pas attendre trop longtemps pour le second volet.

Traduction Nathalie Serval

Bilan 2023

2023 s’achève, il est donc tant de revenir sur mon année de lecture et de salles obscures. Mon nombre de livre est en baisse par rapport aux deux dernières années avec 102 livres dont huit bande-dessinée. Et voici le classement de mes livres préférés :

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1- « Le retour du soldat » de Rebecca West : un petit bijou de la littérature anglaise qui explore avec délicatesse et douceur les sentiments d’une famille marquée par la première guerre mondiale.

2- « Anna Thalberg » d’Eduardo Sangarcia : singulier, oppressant, envoûtant, à la forme originale, le premier roman d’Eduardo Sangarcia est une éclatante réussite.

3- « Le roitelet » de Jean-François Beauchemin : une histoire de profonde fraternité, d’émerveillement face à la beauté de la nature racontée dans une langue incroyablement poétique, juste et lucide.

4- « Vie et mort d’Harriett Frean » de May Sinclair : la vie d’une femme enfermée par son milieu social mais dont les travers et les défauts ne sont pas oubliés, l’acuité psychologique du portrait est remarquable.

5- ex-aequo : « Les enfants Opperman » de Lion Feuchtwanger et « L’amour » de François Bégaudeau : rien ne réunit ces deux livres à part le talent de leurs auteurs. Le roman de Lion Feuchtwanger est nécessaire, édifiant et d’une lucidité implacable. Celui de François Bégaudeau réussit de manière remarquable à raconter la vie d’un couple en moins de cent pages. Brillant et bouleversant.

Je voulais également revenir sur une série qui me passionne et qui ne faiblit pas en qualité : « Les chroniques de la cour carrée » de Tristan Saule. L’auteur publie un roman chaque année autour d’un habitant de ce quartier défavorisé. « Mathilde ne dit rien », « Héroïne » et « Jour encore, nuit à nouveau » sont les trois premiers volets de ce projet singulier qui nous plonge dans une atmosphère sombre et tendue. Les personnages se croisent, se recroisent, passent du premier au second plan au travers des trois romans. Le prochain, « Et puis, on aura vu la mer » sortira en février 2024, j’ai hâte.

Côté bande-dessinée, j’ai découvert cette année le talent de Paulina Spucches au travers de ses deux premiers albums : « Vivian Maier, à la surface d’un miroir » et « Brontëana ». Elle y met en lumière le travail et le talent de deux artistes remarquables qui restèrent longtemps dans l’ombre. Le trait vif, les couleurs flamboyantes et le découpage original des pages m’ont fait adoré ces deux bande-dessinées.

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Comme j’ai choisi six livres pour résumer mon année 2023, j’ai également choisi six films parmi ceux que j’ai eu le plaisir de voir. En début d’année, arrivait le nouveau film de Damien Chazelle « Babylon », 3h10 d’hommage flamboyant et explosif au cinéma, un régal ! J’ai également été envoûtée par l’originalité, la poésie du « Règne animal » de Thomas Caillet, la noirceur de « Burning days » d’Emin Alper et l’incroyable maîtrise de Justine Trier dans « Anatomie d’une chute ». Au cœur de l’été, j’avais eu le plaisir de voir deux films en avant-première qui ont marqué mon année de cinéma : « Entre les lignes » d’Eva Husson qui a su rentre parfaitement la délicatesse et la mélancolie du « Dimanche des mères » de Graham Swift et « Le procès Goldman » de Cédric Kahn qui rend la fièvre d’une époque et qui résonne avec notre époque. Arieh Worthalter y est exceptionnel.

Profitez bien de ce dernier jour de 2023 et on se retrouve en 2024 pour une nouvelle année placée sous le signe de la littérature et du cinéma !