Bilan livresque et cinéma de janvier

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Cinq livres et une bande-dessinée à mon compteur de janvier, c’est honorable pour débuter 2018 ! J’ai attaqué l’année avec une nouvelle auteure : Tessa Hadley, très respectée en Angleterre mais inconnue en France et c’est fort dommage. J’ai pris beaucoup de plaisir à retourner à Peyton Place même si ce deuxième tome n’a pas le ton acide du premier. J’ai enfin lu le premier tome des aventures de Daisy et Hazel, deux jeunes filles qui se prennent pour Sherlock Homes et le Docteur Watson, un roman jeunesse réussi et divertissant. Je vous parle très vite de ma lecture de Captive de Margaret Atwood que j’ai fini il y a peu. En revanche, je n’ai pas trouvé le temps de faire un billet sur La vérité sur Bébé Donge mais Simenon est une valeur sûre, ses romans noirs sont des bijoux. La BD du mois était un peu décevante mais on ne peut pas gagner à tous les coups !

Et côté cinéma, mes coups de coeur :

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Mildred Hayes loue trois panneaux à l’entrée de sa ville pour faire passer un message à sa communauté. Sa fille a été violée et tuée quelques mois plus tôt et la police n’a toujours trouvé son meurtrier. La colère de Mildred n’épargne personne, même pas le chef de la police atteint d’un cancer. Mildred veut faire bouger les choses, faire réagir. Mildred, c’est Frances McDormand qui mérite tous les prix du monde pour sa prestation. Elle est obstinée Mildred, courageuse mais aussi colérique et totalement égoïste dans sa souffrance. Elle semble complètement oublier que son fils est encore vivant et que son ex-mari a également perdu sa fille. Ce fort personnage est extrêmement bien entourée et ce sont également les personnages secondaires qui font le sel de ce film. Le chef de la police, Woody Harrelson, est un brave type, père exemplaire, qui essaie de s’occuper au mieux de ses concitoyens. Le flic interprété par Sam Rockwell, est encore plus marquant : raciste, homophobe, bête à manger du foin, est celui que les trois tableaux fera le plus évoluer. La douleur de Mildred provoquera une étincelle chez lui. « 3 billboards » est un film remarquable, une tragédie aux dialogues ciselées et emprunte d’humour noir.

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Marguerite Duras attend le retour de son mari, Robert Antelme, déporté. Nous sommes dans les derniers mois de la seconde guerre mondiale. Marguerite, résistante, est prête à côtoyer l’inspecteur Pierre Rabier, collabo notoire, pour avoir des nouvelles. Une relation ambiguë se noue entre eux alors que le réseau résistant de Marguerite s’en inquiète. Tous les deux vont jouer au chat et à la souris. Après la libération, dans la seconde partie du film, Marguerite attend toujours, incapable de se réjouir de la victoire, rongée intensément par la douleur de l’attente. Je n’ai pas lu le roman-autobiographique de Marguerite Duras mais j’ai retrouvé dans le film l’atmosphère, le rythme de la langue de l’auteure. Emmanuel Finkiel reprend de longs passages du roman lus en voix-off. Les pensées de l’auteure portant sur l’absence de son mari tournent à l’obsession, elles deviennent hypnotiques, entêtantes et les mots prononcés par Mélanie Thierry restent longtemps dans la tête du spectateur une fois le film terminé. Il faut dire que l’actrice est admirable, toujours juste et intense, touchante et troublante. Sans masque, sans fard, elle est marquée par cette douleur, cette impatience à revoir son mari. Les hommes qui l’entourent sont à la hauteur de sa prestation : Benoît Magimel, mielleux et fielleux à souhait, Benjamin Biolay, grave et solide. La réalisation d’Emmanuel Finkiel colle parfaitement au texte et à l’état d’esprit de son héroïne passant poétiquement du net au flou.

  • L’échange des princesses de Marc Dugain : Afin de consolider la paix entre la France et l’Espagne, le régent Philippe d’Orléans a l’idée de faire un échange de princesses. L’Infante d’Espagne, âgée de quatre ans, épousera Louis XV et la fille de Philippe d’Orléans, Mlle de Monpensier, adolescente, à Don Luis, le futur roi d’Espagne. Le mariages n’auront pourtant pas l’effet escompté. Marc Dugain adapte ici le roman éponyme de Chantal Thomas qui a travaillé au scénario. Les deux pauvres jeunes filles sont des objets, des pions dans ce décorum grandiose. L’Infante d’Espagne réagit comme une adulte, prête pour son rôle de reine mais elle ne pourra pas donner un héritier au trône avant de nombreuses années. Mlle de Montpensier réagit comme une adolescente, rejetant avec insolence et ironie son pauvre mari et toute la cour d’Espagne. Marc Dugain montre la grandeur et la décadence des cours européennes avec un grand savoir-faire et beaucoup de minutie (costumes, décors et images sont somptueux). Les acteurs sont impeccables à commencer par les deux princesses : Juliane Lepoureau et Anamaria Vartolomei. Il faut souligner également les prestations de Lambert Wilson en Philippe V d’Espagne hystérique de religion après avoir été un fou de guerre, et Catherine Mouchet qui joue la nourrice royale avec une infinie délicatesse.

 

  • Fortunata de Sergio Castellitto : Fortunata est coiffeuse à domicile dans la banlieue populaire de Rome. Elle travaille au noir essayant d’accumuler l’argent nécessaire à l’achat de son propre salon. Fortunata passe ses journées à courir en mini-jupe et talons hauts, s’occupant en plus de sa fille de huit ans, d’un ami tatoueur dépressif et en évitant la violence de son futur ex-mari. Sa fille, perturbée par le divorce et la vie trépidante de sa mère, se comporte mal. Fortunata doit l’emmener voir un psy, un homme bien qui s’intéresse sincèrement à l’histoire de cette famille bancale. Sergio Castellitto réalise une splendide comédie à l’italienne où le tragique affleure. Il réussit un très beau portrait de femme, une mamma Roma incroyablement énergique et résistante. Fortunata rêve d’une vie calme et heureuse mais elle est entraînée dans un véritable tourbillon. Son farouche désir d’indépendance se heurte à des réalités qu’elle ne maîtrise pas et qui font vaciller la bonne fortune qu’elle essaie de conquérir. Jasmine Trinca est absolument formidable dans le rôle de Fortunata, elle s’inscrit dans la belle lignée des actrices italiennes comme Anna Magnani, Monica Vitti ou Sofia Loren.

 

  • The Florida project de Sean Baker : Moonee, six ans, explore joyeusement son terrain de jeu pendant l’été : elle et sa mère vivent dans un motel bas de gamme. Mais peu importe pour Moonee et ses amis, tout ce qui les entoure est source de jeu, de découverte : un champ de vaches se transforme en safari, des lotissements abandonnés en maisons hantées.  Les enfants sont totalement livrés à eux-mêmes. Les parents sont dépassés par la pauvreté, la quête de l’argent nécessaire pour payer le loyer. Ce film de Sean Baker est un conte de fées cruel. Moonee et ses amis débordent d’énergie, d’envie. Le cinéaste montre parfaitement la puissance de l’imaginaire enfantin. La vie est pour eux un immense parc d’attraction. Mais la dure réalité les rattrape souvent. le gérant du motel (Willen Defoe, parfait) essaie d’éviter les ennuis à tous mais il ne peut rien faire quand certains dérapent. « The Florida project » est un très beau film sur l’enfance comme l’était « Les 400 coups », sur l’amitié et l’amour entre une mère et une fille.

 

  • El presidente de Santiago Mitre : Un sommet réunit les présidents d’Amérique latine en vue de la création d’une alliance pétrolière. Le Mexique voudrait voir les USA s’associer au projet et voudrait faire pencher l’Argentine de son côté. Le président argentin, Herman Blanco, est un homme qui se veut simple, normal. Mais le sommet va se compliquer pour lui avec un scandale qui implique sa fille. Santiago Mitre crée une ambiance inquiétante, une atmosphère étrange avec des images de routes en lacets complexes, des baies vitrées au-dessus du vide, des scènes d’hypnose. Ricardo Darin incarne également cette inquiétude sourde, son personnage est insondable. Mais je dois avouer ne pas avoir compris les interactions entre l’histoire privée et la décision politique prise à la fin par le président Blanco. Les deux volets ne m’ont pas semblé s’emboîter et j’ai eu l’impression de voir deux films différents.

Bilan 2017

Cette année, j’ai lu 81 romans et 16 bandes-dessinées, ce qui est mieux que l’année passée. Cela ne fait néanmoins pas baisser ma PAL…il y a parfois des phénomènes physiques inexpliqués…

Mon top 5 de l’année 2017 :

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A égalité à la tête de mon classement, deux livres très différents par leur style et leur univers mais qui m’ont tous les deux éblouie par leur originalité : l’inclassable et foisonnant « Le séducteur » de Jan Kjaerstad et « Le château » steampunk de Edward Carey. Ces deux romans représentent vraiment l’imagination à l’état pur, la créativité débridée. Les deux livres sont le premier volet d’une trilogie.

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Depuis « L’absolue perfection du crime », je guette avec impatience chaque roman de Tanguy Viel. Le dernier en date est un excellent cru qui évoque l’atmosphère des meilleurs romans de Simenon. Admirablement maitrisé, « Article 353 du code pénal » montre le basculement d’un homme vers le crime suite à de terribles désillusions. Le roman prend la forme d’une confession devant le juge et montre un personnage brisé et terriblement attachant.

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J’ai participé cette année au prix du meilleur polar des éditions Points et malheureusement, je n’ai pas lu de roman qui soit du même niveau que « 911 » de Shannon Burke. Ce récit de la vie des ambulanciers à New York est une réussite totale. Son style frénétique, haletant nous emporte à la suite des ambulanciers confrontés à la misère sociale et la violence quotidienne. Un roman noir, réaliste comme j’aimerais en lire plus souvent.

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Un premier roman et une superbe découverte d’une auteure américaine : « Un travail comme un autre » de Virginia Reeves avait remporté le prix Page des libraires au dernier festival America et c’était largement mérité. L’histoire est originale et raconte l’arrivée de l’électricité dans les campagnes du Sud des États-Unis dans les années 20. Virginia Reeves entrelace parfaitement plusieurs récits, plusieurs époques. La narration est parfaitement maitrisée, le style est déjà là, les personnages sont incarnés et touchants. Vivement son prochain roman !

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La vie de Truman Capote est fascinante, l’ange de la littérature américaine des années 50 s’est brûlé les ailes. Melanie Benjamin s’empare de son histoire et nous décrit la vie mondaine dans laquelle il évoluait dans les années 50-70. L’auteure décrit les relations de Truman Capote avec les dames de la haute société new-yorkaise avec beaucoup d’élégance et de subtilité.

Parmi les 16 BD lues cette année, ma préférence va à « La loterie » de Miles Hyman :

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Cette BD a été sélectionnée cette année pour le prix polar SNCF et ce choix m’a fait grand plaisir. Tirée d’une nouvelle de Shirley Jackson, l’histoire de cette loterie vous glacera les sangs. Le dessin de Miles Hyman rend parfaitement l’atmosphère inquiétante et mystérieuse.

Dans un style totalement différent, j’ai également beaucoup aimé « Juliette » de Camille Jourdy dont j’avais précédemment beaucoup apprécié son album « Rosalie Blum ».

Côté challenges, « A year in England » se poursuit encore cette année, même si j’ai du mal à suivre et à mettre à jour le billet récap… Je prolonge également mon challenge consacré au groupe de Bloomsbury, j’ai encore beaucoup de livres à lire concernant ce passionnant groupe d’artistes. Sur le très riche forum Whoopsy Daisy (si vous ne le connaissez pas, je vous le conseille très fortement), j’ai également lancé un challenge consacré aux soeurs Mitford.

C’est donc reparti pour une nouvelle année de lectures enrichissantes et passionnantes !

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Bilan livresque et films de décembre

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Avant 12 jours, les patients internés sans leur consentement dans un hôpital psychiatrique doivent passer devant un juge pour que la procédure se poursuive ou non. Raymond Depardon utilise le même procédé que dans « Flagrants délits » notamment, sa caméra est posée entre le juge et le patient et se fait totalement invisible. Les mouvements de caméra se réduisent à des champs/contre-champs entre les deux parties. Nous assistons, comme si nous étions dans la pièce, à ses entretiens. Ce qui est frappant, c’est l’incommunicabilité entre les deux parties. Les juges tentent, le plus souvent avec bienveillance, d’évaluer les capacités des patients à vivre à l’extérieur. Les patients sont eux bien souvent trop malades, trop désespérés pour comprendre la procédure qu’on leur expose. En découlent des dialogues surréalistes, absurdes qui font rire ou froid dans le dos. Certains montrent toute la violence de notre société et ont été placés après un burn out ou sont atteints de schizophrénie, de paranoïa. Le regard de Raymond Depardon est plein d’humanisme, il est sans jugement envers ses personnes fracassées par la vie. C’est d’ailleurs toujours le cas avec les documentaires de Raymond Depardon ; sa compassion, son regard lucide font du bien.

Reza est éleveur de poissons à la campagne avec sa femme, directrice de lycée, et son fils. Il veut simplement vivre paisiblement de son travail. Mais ce n’est pas ainsi que fonctionne l’Iran aujourd’hui. Comme Reza le dit lui-même, on est soit oppresseur, soit oppressé. Essayant de vivre honnêtement, Reza refuse un pot de vin à un banquier et préfère payer des agios supplémentaires. Ces dettes vont empirées lorsqu’une société va tout faire pour récupérer ses terres. Reza s’entête et refuse de céder aux intimidations malgré les conseils de son épouse. Il ne lâchera rien mais ceux qui sont en face de lui non plus. Le réalisateur Mohammad Rasoulof dresse un portrait noir et pessimiste de la société iranienne.  Il le paie d’ailleurs cher puisque son passeport lui a été retiré, qu’il ne peut plus travailler et qu’il vit sous la menace d’une incarcération. « Un homme intègre » montre une société gangrenée par les pots-de-vin, par la loi du plus fort. Tout s’achète, tout se négocie et tout le monde est complice de ce système. Seuls quelques-uns tentent de résister et changer les choses. Mais la fin du film est glaçante et montre que la définition de Reza est parfaitement exacte. Les acteurs du film sont excellents avec en tête Reza Akhlaghirad, taiseux et tout en colère rentrée.

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Johnny travaille dur à la ferme familiale perdue au fin fond du Yorshire. Il y vit avec sa grand-mère et avec son père, handicapé suite à un AVC. Son seul échappatoire : des bitures homérique au bar du coin et des étreintes brutales avec le premier garçon qui passe. A la période de l’agnelage, son père embauche un saisonnier roumain Gheorghe. Les deux jeunes hommes se tournent autour, s’apprivoisent petit à petit. Johnny, rustre et rude, met du temps à comprendre qu’un sentiment profond naît entre eux. « Seule la terre » est un film rugueux, rocailleux comme la lande qui entoure la ferme. Les paysages sont d’ailleurs magnifiquement filmés en plan large comme en plan rapproché. De même, les animaux ont une place essentielle dans le film, comme dans la vie des fermiers qui s’en occupent. La relation qui naît entre Johnny et Gheorghe sonne parfaitement juste. Leur histoire d’amour se dessine tout en pudeur, en subtilité. Josh O’Connor est absolument formidable dans ce rôle. Son visage fermé, renfrogné se détend au fur et mesure. Il devient lumineux et incroyablement émouvant dans une confrontation avec Gheorghe à la fin du film.

Et sinon :

  • La villa de Robert Guédiguian : Dans un village surplombant une calanque, l’attaque d’un père oblige une fratrie à se réunir. Armand a pris la suite du restaurant familial, Joseph a été licencié et s’est fait largué par sa jeune fiancée et Angèle est actrice, elle habite sur Paris et n’était pas revenue depuis très longtemps. Chacun ressasse le passé et ses reproches. Chacun doit retrouver ses repères face aux autres. Ce dernier film de Robert Guédiguian est marqué par la perte et par la mélancolie. Le père va bientôt disparaître tout comme l’esprit du village qui se vide. Les belles maisons construites entre amis sont peu à peu achetées par de riches étrangers. L’âme du petit village populaire se perd. La fratrie revit les bons moments et les drames avec nostalgie (très beau moment que cet extrait d’un des premiers films du réalisateur où l’on voit les mêmes acteurs jeunes). On sent une fracture entre les anciens et les jeunes, les opinions diffèrent sur l’importance du travail et de l’argent. Mais le film n’est pas que sombre et désespéré. Il est également lumineux grâce à l’amour qui renait, à la beauté des paysages, à la simplicité de la vie en bord de mer et à l’entraide. Et voir un film de Robert Guédiguian, c’est retrouver une famille, des amis que l’on a plaisir à revoir : Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin, Robinson Stevenin, Jacques Boudet.

 

  • Le crime de l’Orient-Express de Kenneth Branagh : L’histoire est des plus connues : un meurtre est commis dans l’un des wagons de l’Orient-Express. Se trouve dans celui-ci le plus grand détective Hercule Poirot qui va donc enquêter sur cet assassinat en huis-clos. La version de Sidney Lumet avait un côté suranné que l’on a plaisir à revoir. Kenneth Branagh a voulu moderniser Agatha Christie. Il le fait par des scènes « d’action » pas forcément pertinentes mais aussi par un jeu extravagant et fantasque. Kenneth Branagh cabotine, prend toute la place par son jeu excessif. Mais ça fonctionne plutôt bien et l’ego surdimensionné de Poirot est bel et bien visible. Il a gardé de Lumet, l’idée du casting cinq étoiles. Nous trouvons dans les différents compartiments : Johnny Deep en voyou, Judi Dench en princesse russe, Olivia Coleman en dame de compagnie, Penelope cruz  en dévote, Michelle Pfeiffer en veuve américaine, Derec Jacobi en valet, Willem Defoe en professeur d’université, etc… Un casting royal, un Poirot exubérant et cabotin rendent ce film parfaitement divertissant.

 

  • L’expérience interdite de Niels Arden Oplev : Pour comprendre ce qui se passe après la mort, cinq étudiants en médecine se lancent dans une expérience dangereuse : l’un après l’autre vont mourir quelque minute. Ce film est un remake d’un film avec Julia Roberts et Kiefer Sutherland sorti en 1990. L’original n’était pas un chef-d’oeuvre mais il était plutôt énergique et le casting tenait bien la route. Le remake est très loin d’être à la hauteur. Nous sommes ici plus proche d’une série B que d’un film. Et le casting est navrant alors même qu’il comporte Ellen Page et James Norton. En bref : passez votre chemin !

Bilan livresque et films de novembre 

Un mois de novembre bien occupée avec huit romans et trois bandes-dessinées : je lis en parallèle les œuvres du prix du meilleur polar Points (« Lagos Leye » et « L’affaire Sodorski » dont je vous parle bientôt) et du prix polars SNCF (« Bâtard » et « Tu sais ce qu’on raconte », j’ai commencé le prix par sa sélection de BD). J’ai également lu, pour les matchs de la rentrée littéraire de Price Minister, le magnifique roman de Sorj Chalandon, « Le jour d’avant », et pour le blogoclub le très inspirant « Dans les forêt de Sibérie » de Sylvain Tesson. Je ne sais pas si je pourrais faire des billets sur mes autres lectures, mais je ne peux que vous conseiller très, très fortement la lecture du dernier roman de Patrick Modiano et de découvrir la plume délicate de Michel Bernard. Pour ce qui est de la trilogie des ferrailleurs d’Edward Carey, je vous parle très bientôt du premier tome « Le château ».

Et côté cinéma :

Mes coups de cœur vont ce mois-ci à :

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Ce documentaire d’Eric Caravaca porte sur un secret de famille, sa propre famille. L’acteur-réalisateur cherche les traces de sa sœur aînée Christine, morte à l’âge de trois ans et enterrée carré 35 du cimetière de Casablanca. Ses parents ne parlaient jamais d’elle, ils n’ont conservé aucune photo de la fillette. Patiemment, Eric Caravaca enquête, interroge sa propre famille. Les entretiens avec sa mère sont surprenants. Elle résiste aux questions, à la vérité. Le déni incarné. Dans son documentaire, Eric Caravaca mélange petite et grande histoire, celle de colonisation, du Maroc et de l’Algérie. Subtilement, , avec délicatesse, il se rapproche de la jeunesse de ses parents sans les effaroucher ou les braquer. Petit à petit, Christine prend vie, elle existe à nouveau grâce à la caméra de son frère. Eric Caravaca réalise un très beau documentaire, lumineux et réparateur.

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Joe, ancien vétéran en Irak, est une sorte de tueur à gages. Il est cette fois engagé pour retrouver la fille d’un sénateur qui a été enlevée par un réseau de prostitution. « A beautiful day » est un film qui n’est pas mettre sous tous les yeux. Par sa violence brutale, son esthétique très travaillée, il n’est pas sans rappeler « Drive ». Le personnage central est extrêmement inquiétant. Traumatisé par les violences conjugales de son père, par la guerre d’Irak ( nous découvrons tout cela par des flashbacks dont on aurait pu se passer), Joe est attiré par la mort. Il enfile régulièrement un sac plastique sur sa tête et le retire juste avant l’étouffement. « A beautiful day » est un film dans lequel le spectateur est totalement immergé notamment en raison d’un univers sonore marqué et saturé. Il l’est également grâce à la prestation de Joaquim Phoenix que l’on ne quitte pas une seconde et qui est un monolithe de brutalité pure. Sa présence électrise et hypnotise. Une expérience cinématographique qui ne peut pas plaire à tout le monde.

Et sinon :

  • Simon et Théodore de Mikaël Buch : Simon est fragile et instable. Il s’est fait soigné et sort enfin pour retrouver sa femme rabbin qui est sur le point d’accoucher. Mais cette future paternité perturbe beaucoup Simon. Il croise alors la route de Théodore, un adolescent en colère contre sa mère. Les deux hommes vont déambuler dans Paris, se fuyant et s’épaulant tour à tour. Ce très joli film de Mikaël Buch oscille entre comédie et drame. Les acteurs sont tous parfaits à commencer par Félix Moati qui incarne à merveille un Simon fébrile, fragile et infiniment touchant.

 

  • Le semeur de Marine Francen : En 1852, dans un hameau de montagne, tous les hommes sont emmenés par la police. Les femmes s’organisent sans eux, elles réalisent les travaux des champs en espérant leur retour. Les saisons défilent et elles sont toujours seules. Elles décident alors de se partager le premier homme qui passera par là pour assurer la pérennité du village. C’est alors qu’un inconnu fait son apparition. La thématique du film de Marine Francen évoque « Les proies » de Sofia Coppola. Ici, point de violence ou d’hystérie parmi les femmes, même si la zizanie n’est pas loin. C’est plutôt la naissance d’un amour qui est montrée ici, celle de l’inconnu et d’une jeune femme du village, Violette. L’amour, le paysage sont filmés avec douceur, luminosité et sincérité.

10 ans !

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Et voilà 10 ans jour pour jour que je débutais ce blog. Je n’aurais jamais pensé fêter un jour ses dix ans ! En ouvrant ce blog, je ne pensais pas non plus que l’aventure serait si riche en rencontres et je lui dois de très belles amitiés. Et j’espère en faire d’autres grâce à lui.

En dix ans, j’ai lu beaucoup bien évidemment et j’ai repassé le fil des années pour ne garder qu’un roman par an. Voici donc la liste de la crème de la crème des livres que j’ai ouvert durant ces dix années :

Le choix fut difficile mais je trouve que le résultat reflète bien mes goût en littérature (même si ça manque un peu d’auteurs russes !).

Qui dit anniversaire, dit cadeau, je vous propose donc de gagner l’un des romans de liste. Pour ce faire, laissez-moi un commentaire précisant quel livre vous voudriez gagner et pourquoi. Je vous laisse jusqu’au 18 novembre pour me laisser un commentaire.

L’aventure continue donc, c’est reparti pour dix ans !!!

 

Bilan livresque et films d’octobre

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Octobre fut bousculé pour des raisons professionnelles et je n’ai consacré que peu de temps à mon blog. J’ai néanmoins réussi à lire six livres (ridicules à côté des 20 d’Eva !). J’ai essayé de rattraper mon retard de lecture pour le prix du meilleur polar Points avec « Le fleuve des brumes » de Valerio Varesi et « Il était une fois l’inspecteur Chen » qui est plus le récit du début de carrière de l’inspecteur plutôt qu’un véritable polar. J’ai découvert, grâce à ma copine Emjy, Patrick de Witt avec « Heurs et malheurs du sous majordome Minor« , un univers décalé  et fantasque. j’ai eu le plaisir de lire deux formidables romans de la rentrée littéraire avec deux auteures que j’affectionne : « Point Cardinal » de Léonor de Récondo et « Souvenirs de la marée basse » de Chantal Thomas dont je vous parlerai la semaine prochaine. Et j’ai retrouvé la pauvre Gervaise ; la lecture de « L’assommoir » m’avait marqué au collège et je suis toujours impressionnée par la force de ce roman. Chapeau Monsieur Zola !

Et côté cinéma :

Mes coups de cœur du mois :

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Juste avant l’armistice de novembre 1918, une attaque inutile est lancée par le lieutenant d’Aulnay-Pradelle. Albert se retrouve enseveli avec un cheval et c’est Edouard qui réussit à le sortir de là. Mais une bombe explose et Edouard est défiguré. A la fin de la guerre, Albert prend soin de celui qui l’a sauvé. La France a du mal à accueillir ses soldats et les deux hommes ont du mal à joindre les deux bouts. Edouard a alors l’idée d’une arnaque d’envergure : concevoir et vendre des monuments aux morts qui ne seront jamais construits. Je n’ai pas encore lu le roman de Pierre Lemaître, j’ai donc découvert l’adaptation d’Albert Dupontel sans à priori. Ce film est une réussite. L’intrigue foisonnante est menée tambour battant et c’est une véritable fresque avec ses héros cabossés, son histoire d’amour, son méchant odieux. Et quel casting ! Nahuel Pérez Biscayart réussit à nous toucher uniquement avec le regard, Laurent Lafitte est impeccable en mièvre et lâche d’Aulnay Pradelle, Albert Dupontel est parfait en naïf et modeste comptable. Et il faudrait également citer tous les grands acteurs qui jouent ici des seconds rôles formidables. La réalisation, les costumes, les décors sont soignés et participent à la réussite du film.

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Mariam est une jeune étudiante tunisienne; Elle a organisé une fête avec son école. Elle s’est faite belle, elle veut s’amuser. Quelques heures plus tard, elle ère dans les rues, elle a été violée par des policiers. Le jeune homme, avec qui elle était sortie discuter, l’aide à porter plainte. Une longue nuit commence pour eux, entre hôpital, commissariat, menaces et brutalités. Il faudra beaucoup de courage à Mariam pour faire respecter ses droits. Le film de Kaouther Ben Hania dénonce avec force le machisme de la société tunisienne, le mépris que reçoit Mariam à chaque démarche fait froid dans le dos. Mais « La belle et la meute » n’est pas qu’une dénonciation, c’est un véritable thriller haletant où la tension grimpe au fur et à mesure. La jeune actrice Mariam Al Ferjani est de tous les plans, elle incarne avec ténacité et fragilité cette jeune femme en lutte. Le récit du film est malheureusement inspiré d’une histoire vraie.

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En Virginie Occidentale, la famille Logan est réputée pour sa poisse : l’aîné, Jimmy, était promis à une grande carrière de footballeur avant qu’il s’endommage le genou, le cadet, Clyde, a perdu un avant-bras en Irak. Jimmy vient de se faire licencier du chantier où il travaillait. Lui vient alors l’idée de proposer un casse à son frère : cambrioler le circuit automobile pendant l’une des courses les plus populaires de l’année. Pour les aider, il leur faut faire appel à un spécialiste des coffres-forts : Joe Bang. Le problème, c’est que celui-ci est en prison. « Logan Lucky » c’est « Ocean eleven » chez les rednecks. Soderberg réalise toujours avec beaucoup de malice et d’humour ces histoires de braquage. Ici, nous sommes bien loin de Las Vegas et les moyens du bord sont plus que limités (la bombe de Joe Bang en est un bon exemple !). Il n’y a pas de condescendance pour ces paumés de l’Amérique mais bien de l’empathie. Les acteurs semblent avoir pris beaucoup de plaisir et sont tous très convaincants. Mention spéciale à Daniel Craig qui joue une partition bien différente de celle de James Bond ! « Logan lucky » est un divertissement de qualité, drôle, espiègle et plein de surprises.

Et sinon :

  • « L’atelier » de Laurent Cantet : Antoine, jeune homme solitaire de La Ciotat, participe à un atelier d’écriture avec d’autres jeunes en insertion. Ils doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière parisienne. Rapidement, Antoine se démarque des autres, les provoque. Olivia est intriguée par ce jeune homme intelligent et inquiétant. Comme dans « Entre les murs », Laurent Cantet filme l’adolescence et il sait parfaitement choisir ses acteurs. Le groupe de l’atelier montre des jeunes gens de milieux modestes, criant de vérité. Mais l’intérêt du film est le duel entre Antoine et Olivia. Cet affrontement intellectuel et social amène de la tension au film. La relation entre Antoine, proche des idées nationalistes, et Olivia, bob parisienne, devient ambiguë, trouble. Un film qui démarre comme une chronique réaliste pour s’achever en film noir.

 

  • « Espèces menacées » de Gilles Bourdos : Dans ce film, des destins s’entrecroisent. Joséphine et Tomasz viennent de se marier. La fête est à son comble jusqu’à ce que les époux se retrouvent seuls. La belle histoire vire alors au cauchemar. Les parents de Joséphine essaie d’aider leur fille. Mélanie annonce à ses parents qu’elle est enceinte d’un homme plus âgé que son père. Enfin, un étudiant lunaire revient vivre dans la maison de sa mère hospitalisée en psychiatrie. Le film de Gilles Bourdos est inspiré de nouvelles de l’écrivain américain Richard Bausch. La famille est au centre du film. Elle est destructrice, violente, fantasque. Les personnages sont touchants, trop humains. Cette mosaïque de relations humaines prend vie grâce au travail d’acteurs d’exception : Vincent Rottiers d’une intensité renversante, Eric Elmosnino qui joue un père à côté de ses pompes, Gregory Gadebois qui alterne faiblesse et rage, Damien Chapelle qui est une découverte.

 

  • « Confident royal » de Stephen Frears : 1887, la reine Victoria fête son jubilé d’or. Lors des cérémonies, elle tombe sous le charme d’Abdul, un jeune valet indien venu lui rendre hommage. Victoria ne veut plus quitter son jeune ami indien. Celui-ci lui parle de l’Inde, lui apprend sa langue. La reine renaît au contact d’Abdul, reprend goût à la vie. Et cela ne plaît guère à l’entourage royal. Stephen Frears a décidément une prédilection pour les reines anglaises. Après « The queen » sur Elizabeth II, il s’attaque cette fois à Victoria. Sous couvert d’un film classique et d’une luxueuse reconstitution, il en profite pour égratigner le pouvoir et la cour. Se faire voler leurs places par un indien est tout simplement insupportable pour les proches de la reine. Le film vaut également le détour grâce à la prestation de Judi Dench incroyablement juste.

 

  • « Nos années folles » de André Téchiné : André Téchiné reprend l’histoire vraie d’un couple pendant la première guerre mondiale. Après deux ans au front, Paul se mutile pour fuir l’horreur des tranchées. Ne voulant en aucun cas y retourner, il déserte. Sa femme, Louise, décide de travestir son mari en femme pour qu’il ne soit pas arrêté. Mais en 1925, au moment de l’amnistie des déserteurs, Paul ne veut pas redevenir un homme. le film de Téchnié peine à démarrer. La chronologie est embrouillée pour finalement s’éclaircir. Le début m’a un peu gâché le film qui avait tout pour me plaire. L’histoire du couple est fascinante (et déjà formidablement racontée dans la BD « Mauvais genre »), Céline Sallette et pierre Deladonchamps sont absolument formidables et la reconstitution historique est soignée. Un joli film malgré un début embrouillé.

Bilan livresque et films de septembre

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Peu de livres en ce mois de septembre : quatre seulement mais tous les quatre de très haute tenue :

Cassandra au mariage de Dorothy Baker qui évoque, de façon originale et psychologique, le destin de jumelles dont l’une se marie ;

-Je m’appelle Lucy Barton de Elizabeth Strout, un roman touchant, délicat et sobre qui parle d’une renaissance grâce aux pouvoirs de l’écriture ;

Les douze tribus d’Hattie d’Ayana Mathis, premier roman marquant et bluffant qui raconte l’histoire d’une femme noire au travers du destin de ses enfants ;

-Le chemin des âmes de Joseph Boyden qui entrecroise formidablement l’histoire de la famille Bird et celle de son dernier descendant, Xavier, indien Cree engagé dans la première guerre mondiale aux côtés des troupes canadiennes.

Ces quatre romans ont conclu magnifiquement mon mois américain et je remercie les nombreux participants qui se sont encore une fois enthousiasmés pour la littérature américaine.

Le mois de septembre fut très riche en films :

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Un réalisateur réalise un film consacré à Barbara. On suit la réalisation des scènes, l’actrice qui travaille son personnage, répète les chansons. Mathieu Amalric ne réalise pas un simple biopic de Barbara. Son film ne présente pas de manière linéaire la vie de la dame en noir. Il s’agit plus ici d’une évocation, Barbara est une présence insaisissable tout au long du film. Mathieu Amalric mélange les images d’archive à son film de manière tellement intime que l’on a parfois du mal à distinguer Jeanne Balibar de Barbara. La vie de la chanteuse est évoquée par petite touches, Barbara est tour à tour attachante, fragile, autoritaire, drôle, fantasque et poétique. Je ne suis pas une spécialiste de Barbara mais j’ai été envoûtée par le film de Mathieu Amalric et l’incroyable incarnation de la troublante Jeanne Balibar. L’admiration de Amalric et Balibar est palpable mais elle n’étouffe jamais le film.

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Pierre a repris la ferme de ses parents et il s’occupe seul de ses vaches. Il n’a rien d’autre dans la vie que son exploitation, il lui donne tout son temps et toute son énergie. Pierre n’a pas de vie amoureuse et garde un contact lointain avec ses amis. La seule personne qui le côtoie régulièrement est sa sœur vétérinaire. Lorsqu’une de ses vaches semble avoir contracté les premiers symptômes d’une épidémie, Pierre est prêt a tout pour que son troupeau ne soit pas abattu. La thématique n’est peut-être pas tentante à première vue. Mais le réalisateur est lui-même fils d’éleveur et tout sonne juste dans son film. Ce dernier n’est d’ailleurs pas un pis-aller au documentaire, l’histoire de Pierre se transforme en véritable suspens. Sa volonté de protéger son troupeau se transforme en obsession, en véritable paranoïa. Les deux acteurs principaux sont remarquables : Sara Giraudeau qui interprète la sœur et Swann Arlaud qui captive le spectateur par sa présence inquiète et fiévreuse.

Et sinon :

-« The party » de Sally Porter : Janet a invité ses meilleurs amis pour fêter le plus grand moment de sa carrière : elle a été nommée ministre de la santé. La soirée, qui devait être joyeuse, se transforme vite en jeu de massacre. Les ressentiments, les angoisses et la violence remontent rapidement. Et une invitée brille par son absence : Marianne, l’assistante de Janet qui est tant appréciée et louée. Ce huis-clos est court, vif et imprégné d’ironie. Les dialogues sont ciselés et cruels. Et le film de Sally Porter est servi par une pléiade d’acteurs brillants et justes : Kristin Scott Thomas, Cillian Murphy, Timothy Spall, Bruno Ganz, etc… « The party » est un très réjouissant et réussi film noir.

-« Good time » de Josh et Benny Safdie : Connie sort de force son frère aîné de l’hôpital psychiatrique. A cours d’argent, Connie décident de braquer une banque avec l’aide de son frère. Malheureusement, le frère déficient se fait prendre par la police. Connie va tout mettre en oeuvre pour le sortir de prison. Le film est la cavalcade de Connie qui cherche à aider son frère mais aggrave leurs situations. On suit les péripéties du héros au plus près, caméra à l’épaule, musique électronique qui illustre la frénésie de ce que se passe à l’écran. Robert Pattinson excelle dans ce rôle de loser qui ne sait plus se sortir de ses problèmes et s’y enfonce.

-« Le redoutable » de Michel Hazanavicius : Jean-Luc Godard vient de tourner « La chinoise » et il est en couple avec Anne Wiazemsky. Le cinéaste est totalement absorbé par son maoisme et par mai 68, au point d’en oublier totalement sa jeune compagne. Il en devient jaloux jusqu’à l’obsession. Le film de Michel Hazanavicius réalise un pastiche, une fantaisie autour de Jean-Luc Godard. C’est sympathique, drôle mais un peu creux. Heureusement, regarder Louis Garrel incarner Godard est tout à fait réjouissant.

-« Gabriel et la montagne » de Fellipe Barbosa : Gabriel Buchmann, étudiant brésilien, a raté son entrée à Harvard. Pour se changer les idées, il décide de voyager à travers le monde en vivant au plus près des habitants. Le film reconstitue les soixante-dix derniers jours du jeune homme qui est mort d’hypothermie sur le mont Mulanje au Malawi. Fellipe Barbosa est l’ami d’enfance de Gabriel et il réalise un film à la forme originale. Gabriel et sa petite amie, qui le rejoint pendant un temps, sont joués par de véritables acteurs mais toutes les personnes, croisées par Gabriel, sont ceux-là même que le véritable Gabriel croisa. Nous sommes donc à la croisée du film et du documentaire qui se transforme en un bel hommage à un ami disparu. Gabriel est un personnage complexe, aussi agaçant que désarmant et on finit par s’attacher à lui  et à sa folle curiosité pour le monde.

-« Patti cakes » de Geremy Jasper : Patti est habité par flow endiablé. Elle se rêve en star du rap. Mais la réalité est beaucoup satisfaisante. Elle vit avec une mère alcoolique, une grand-mère malade et est serveuse dans un rade. Mais Patti peut toujours compter sur son meilleur ami pour lui remonter le moral. Elle fait également la connaissance d’un jeune musicien asocial. Les trois amis vont commencer à composer des chansons avec les paroles détonantes de Patti. « Patti cakes » est un feel good movie qui donne la parole aux perdants de l’Amérique, ceux qui n’ont aucune chance de réussir. Danielle Macdonald interprète une Patti survoltée et totalement sympathique.

 

Bilan livresque et films d’août

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Ce mois d’août marque la fin des vacances mais il est également sous le signe du mois américain. Cinq livres à mon compteur qui seront tous chroniqués en septembre. Mes préférés sont « L’homme de la montagne » de Joyce Maynard, « Un travail comme un autre » de Virginia Reeves qui avait obtenu le prix Page des libraires l’année dernière et « Tribulations d’un précaire » de Iain Levison que la ministre du travail ferait bien de lire avant d’attaquer notre code du travail.

Trois films sortent du lot :

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Au début des années 90, Act up met en place des actions frappants l’opinion publique afin de faire sortir de l’ombre les malades du sida. Les réunions hebdomadaires servent à planifier et à débriefer ces actions. S’y rencontrent Thibault, le leader du mouvement, Sean, séropositif vindicatif et radical et Nathan, jeune homosexuel ayant échappé à la maladie. Sean et Nathan débutent une histoire d’amour sous le signe de la maladie. Leurs histoires personnelles se mélangent à la vie du collectif et c’est la grande force du film de savoir parfaitement entrelacer les deux. C’est un film politique qui montre tous les enjeux de la lutte d’Act Up pour la prévention et le traitement de la maladie. C’est également un film sur le plaisir, la joie d’être en vie et d’en profiter tant que cela est possible. De bout en bout, le film de Robin Campillo est remarquable de justesse, d’intelligence. Les acteurs contribuent à cette belle réussite : Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois et Antoine Reinartz pour ne citer que le trio de tête. Le Grand Prix du dernier festival de Cannes était très largement mérité.

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En Virginie, pendant la guerre de Sécession, le caporal John McBurney est un soldat nordiste blessé. Une enfant le découvre et l’emmène dans son pensionnat de jeunes filles dirigée par Miss Martha qui est secondée par Edwina, l’institutrice. Les deux femmes et les jeunes filles soignent le caporal et tombent sous son charme. Celui-ci doit tout faire pour qu’elles ne le livrent pas aux sudistes et n’a aucune envie de repartir sur le front. Les jalousies commencent à poindre. « Les proies » avaient déjà été adaptées par Don Siegel en 1971 avec le charismatique Clint Eastwood. Ici, nous sommes bien dans un film de Sofia Coppola, ce qui l’intéresse le plus ce sont les jeunes filles. Et c’est leur point de vue qui est privilégié, leur frustration, la convoitise qui couve le corps du caporal. Nicole Kidman est magistrale, ses regards se font de plus en plus inquiétants, de plus en plus pervers.  Colin Farrell joue plus sur la vulnérabilité de McBurney, sur l’émotion alors que Clint Eastwood était tout en magnétisme. Sofia Coppola a su parfaitement adapter ses propres obsessions à cette histoire et  lui donner une tonalité différente de celle du film de Don Siegel.

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Durant l’été caniculaire, à Madrid, une série de viols suivis de meurtres sur des vieilles dames a lieu. Deux flics sont chargés de l’enquête : un bègue et une tête brûlée. Torturés, violents, les deux policiers vont devoir lutter contre leurs démons pour affronter ce prédateur sexuel. « Que dios nos perdone » s’inscrit dans la réalité politique et social de l’Espagne. La crise est manifeste et le mouvement des indignés se met en place. Ces derniers croisent dans les rues les fervents catholiques venus assister à la visite de benoît XVI dans la capitale espagnole. Les meilleurs polars sont ceux qui réussissent à entremêler le contexte social et l’enquête policière et c’est bien le cas ici. L’atmosphère est sombre, plombée aussi bien par les fortes températures que par la perversité des crimes. Les apparences sont trompeuses et les pulsions les plus malsaines se cachent sous un visage d’ange. Un thriller extrêmement réussi.

Et sinon :

  • My cousin Rachel de Roger Michell : Philip, adopté par son oncle, apprend à distance le mariage puis la mort de celui-ci en Italie. Sûr que Rachel, la femme de son oncle, est à l’origine du décès, Philip compte se venger. Mais lorsque Rachel vient s’installer en Angleterre, la réaction de Philip est tout autre. Il tombe sous le charme de sa magnifique tante. Le point fort de cette adaptation du roman de daphné du Maurier est Rachel Weisz qui incarne divinement la vénéneuse tante de Philip. Les costumes, les images sont certes léchées mais la réalisation manque de relief. L’ambiguïté, au coeur du roman, en perd de sa force.

 

  • Une vie violente de Thierry de Peretti : Stéphane apprend, alors qu’il s’est réfugié à Paris, la mort d’un de ses amis avec qui il était entré dans le groupe Armata Corsa. Il décide alors de revenir en Corse même si cela signifie mettre sa vie en danger. Le film montre le parcours d’un jeune homme de bonne famille qui bascule dans la violence du nationalisme par idéologie. L’histoire de Stéphane ressemble aux drames antiques, son destin semble un engrenage inéluctable nourrit par les vendettas de l’île. Le jeune homme se perd dans la lutte collective. Dommage que, par moments, les enjeux entre les différentes factions, les personnages ne soient pas très compréhensibles pour le spectateur.

 

  • Djam de Tony Gatlif : Djam doit aller à Istanbul pour acheter une pièce de bateau russe pour son beau-père. La jeune femme, passionnée de musique traditionnelle, traverse la Turquie pour revenir ensuite sur son île de Lesbos. Elle croise sur sa route une jeune française paumée, des réfugiés, un grec au bord du gouffre à cause de la crise financière. La jeune femme est débordante de vie, fiévreuse et très intense. Elle est incroyablement libre et n’a pas froid aux yeux. A travers son road-trip, Tony Gatlif nous montre une Europe mal en point, en difficulté mais encore pleine d’humanité, de dignité. Daphné Patakia, qui incarne Djam, est sidérante de naturel et de fraîcheur.

Bilan livresque et films de juillet

Juillet

Un mois de juillet extrêmement bien rempli et qui fleure bon les vacances ! Parmi les onze livres que j’ai lu en ce mois estival, il y a du bon, du très bon et un chef-d’oeuvre ! « Le château » d’Edward Carey m’a absolument éblouie et j’ai vraiment hâte de découvrir le deuxième tome. Je vous reparle de toutes ces belles lectures très rapidement.

Du très bon également du côté du cinéma avec trois coups de cœur :

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Agnès Varda s’est trouvée un camarade de jeu pour son dernier film : le plasticien J.R. Comme dans « Les glaneurs et la glaneuse » ou « Les plages d’Agnès », le film prend la forme d’un journal intime, d’une flânerie. Les deux compères vont parcourir la France pour réaliser des installations. Certaines sont particulièrement émouvantes comme celle qui consiste à mettre, sur la façade de sa maison, la photo de la dernière habitante d’un lotissement autrefois dédié aux corons. Ils mettent des photos des habitants sur les murs de leur ville, mettent en valeur les femmes des dockers du Havre, etc… Comme toujours avec Agnès Varda, c’est plein d’humanité et de bienveillance envers l’autre. C’est aussi un film sur le temps qui passe, la vieillesse, les êtres que l’on a perdu (formidable séquence de la photo de Guy Bourdin sur un bunker normand), ceux qui se sont éloignés (Jean-Luc Godart qui fait pleurer Agnès Varda en raison de son absence). C’est touchant, drôle, malicieux, délicieusement fait de bric et de broc, bref du Agnès Varda tout craché !

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L’inspecteur Nourredine est un policier égyptien comme les autres. Il touche backchich sur bakchich. Le système est totalement corrompu et il en profite comme les autres. Mais deux choses vont faire bouger le système : les manifestations de la place Tahrir et le meurtre d’une chanteuse dans un palace. L’inspecteur Nourredine va révéler sa vraie nature à cette occasion : celle d’un véritable enquêteur, tenace et plus intègre qu’il n’y parait. « Le Caire confidentiel » a la noirceur de son homologue de Los Angeles. Le personnage central est désabusé, cynique mais il mettra sa vie en danger pour révéler l’identité du meurtrier. Et cette fois, pas de corruption ! L’autre personnage du film est la ville du Caire, mégalopole qui ressemble à un labyrinthe de ruelles sombres et oppressantes. « Le Caire confidentiel » est un polar politique, tendu, violent et donc parfaitement réussi.

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Armand et Leïla sont étudiants à la Sciences-Po, ils sont amoureux et prévoient de poursuivre leurs études à New York. C’était sans compter sur le frère aîné de Leïla, Mahmoud, qui revient radicalisé d’un séjour au Yémen. Il renie son passé, enferme sa sœur et veut la marier à un vrai musulman. Il lui confisque son passeport et ne veut plus entendre parler d’Armand. Ce dernier trouve un moyen de continuer à voir Leïla : il porte un niqab et se fait passer pour une femme pieuse ! Voilà une comédie très réussie qui ose aborder des thèmes d’actualité sous l’angle humoristique. On est proche de « Certains l’aiment chaud » de Wilder. La réalisatrice Sou Abadin nous donne à voir des scènes burlesques, des filatures, des courses poursuites, des quiproquos. C’est enlevé, sans aucun temps mort. Le casting est absolument parfait avec en tête le sémillant et charmant Félix Moati.

Et sinon :

  • Le dernier vice-roi des Indes de Gurinder Chadha : Lord Mountbatten est envoyé en Inde en mars 1947 pour être son dernier vice-roi et préparer le pays à l’indépendance. L’attendent de nombreux conflits religieux et la volonté des musulmans à créer leur propre pays : le Pakistan. L’Inde serait alors diviser mais comment procéder à la répartition des territoires ? Gurinder Chadha réalise une très belle fresque historique. La reconstitution est somptueuse. Cet épisode nous est peu connu. Lord Mountbatten vient pour la paix et il prend une décision (forcée, la main de Churchill est dans l’ombre) qui change le cours de l’histoire et créé des tensions parmi le peuple indien. La casting est irréprochable avec en tête Hugh Bonneville et la merveilleuse Gillian Anderson. Le seul reproche que j’ai à formuler concerne l’histoire d’amour entre un valet et une gouvernante qui est inutile et n’apporte rien à l’histoire.
  • KO de Fabrice Gobert : Antoine Lecomte dirige une chaîne de télévision. Il a beaucoup de pouvoir et en abuse. Il renvoie sèchement un animateur qui le menace. Il finit par lui tirer dessus. Lorsque Antoine se réveille à l’hôpital, il découvre qu’il n’est que le présentateur de la météo. L’idée de départ de ce film était très prometteuse. L’atmosphère est sombre, inquiétante et on navigue entre rêve et réalité. Le problème, c’est que le procédé se répète et que le spectateur a l’impression de tourner en rond. Le film ne semble jamais vouloir se terminer. Laurent Lafitte et Chiara Mastroianni n’ont rien à se reprocher, ils jouent parfaitement leurs rôles et apportent du mystère et de l’ambiguïté. C’est dommage, ce thriller à l’ambiance étrange et onirique avait beaucoup d’atouts dans sa manche.

Bilan livresque et films de juin

De belles lectures en juin avec le très beau « Les filles au lion » de Jessie Burton dont le talent de conteuse m’avait déjà séduite dans « Miniaturiste » ; je vous conseille également le nouveau roman de Melanie Benjamin qui parle de la gloire et la chute de Truman Capote au travers de sa relation avec ses amies de la haute société new new-yorkaise ; j’ai (enfin !) lu « Miss Charity » et je n’ai pas été déçue par ce délicieux roman ; « Mörk » de Ragnar Jonasson me prépare au prix du meilleur polar Points puisque son premier roman est dans la sélection ; enfin j’ai terminé le mois avec « Un roman anglais » de Stéphanie Hochet qui rend un joli hommage à Virginia Woolf. A propos de cette dernière, j’ai également lu une biographie très intéressante de Jane Dunn qui retrace le parcours de l’écrivain en parallèle de celui de sa sœur Vanessa Bell. Je ne désespère pas de vous en parler avant mon départ en vacances.

Seulement quatre films au compteur pour ce mois de juin :

Mon coup de coeur :

La bande-dessinée de Benjamin Renner avait été un coup de cœur et j’ai eu le même plaisir à voir le film. En plus de notre renard-maman-poule, nous faisons la connaissance d’autres personnages qui font l’objet de deux histoires : un cochon raisonnable et pragmatique qui tente de rattraper les bêtises des ces fantasques amis lapin et canard. Nos trois compères vont tour à tour jouer le rôle de la cigogne livreuse de bébé et du père Noël. On retrouve dans les trois histoires, qui composent le film, ce qui faisait la réussite de la bande-dessinée : un mélange d’humour et de tendresse. Les aventures de ces différents animaux de la ferme sont hilarantes, burlesques mais sont aussi empreintes d’humanité et d’amitié. C’est donc un régal qui s’adresse aussi bien aux petits qu’aux grands.

Et sinon :

  • Les fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin : Carlotta (Marion Cotillard), la femme d’Ismaël (Matthieu Amalric), a disparu il y a vingt ans. Ce dernier met du temps à se remettre de sa supposée mort. Il finit par rencontrer Sylvia (Charlotte Gainsbourg) avec qui il redécouvre la vie. Mais un jour, Carlotta refait surface et elle veut reprendre sa place. Le dernier film d’Arnaud Desplechin est un condensé de ce qu’il a fait précédemment et un hommage à ses maîtres. Les échanges verbaux brutaux, fiévreux font penser à Bergman. Carlotta est un clin d’œil à « Sueurs froides » d’Hitchcock. Le tournage de film dans le film (Ismaël est cinéaste) évoque « La nuit américaine » de Truffaut. On retrouve également des rappels des autres œuvres du cinéaste : le nom de Dedalus était celui de Mathieu Amalric dans « Comment je me suis disputé… » ; le fantôme du conjoint renvoie à « Rois et reine », la ville de Roubaix, où est né le cinéaste, était le cadre de « Trois souvenirs de ma jeunesse », l’histoire d’espionnage (qui m’a semblé totalement superficielle) évoque « La sentinelle ». Le film aurait peut-être gagné à se resserrer sur le trio amoureux mais Desplechin aime les narrations multiples, les personnes excessifs et il semble s’être follement amusé à réaliser ce film que je conseillerais en priorité aux amateurs du cinéaste.

 

  • L’amant double de François Ozon : Chloé (Marine Vacth) a des douleurs aigües au ventre. La médecine n’ayant pas pu la soulager, elle prend un rendez-vous chez un psy (Jérémie Renier). Tous les deux tombent amoureux et se mettent ensemble. Chloé doit trouver un autre psy. Au détour d’un trajet en bus, elle découvre que Paul a un frère jumeau, psy également. François Ozon est clairement sous l’influence de David Cronenberg. On retrouve ici le thème de la gémellité, traité dans « Faux semblants » par le cinéaste canadien, et de la monstruosité.  François Ozon l’a déjà prouvé dans ses films précédents, il sait distiller le malaise, le trouble. Il réalise ici un film splendide esthétiquement mais dont l’élégance froide m’a mise à l’écart, à distance.

 

  • Le vénérable W de Barbet Schroeder : Avec ce documentaire, Barbet Schroeder termine sa trilogie du mal (« Général Idi Amim Dada : autoportrait » et « L’avocat de la terreur »). Le réalisateur part en Birmanie où il rencontre le vénérable Wirathu. Le bonze est un fou fanatique qui s’est mis en tête de faire exterminé la minorité musulmane des Rohingyas. Barbet Schroeder n’apporte aucun commentaire. Il laisse s’écouler le flot de paroles du bonze et ses propos sont tellement monstrueux et ignobles qu’il n’est effectivement pas la peine d’en rajouter. Le cinéaste montre à travers son documentaire la puissance incendiaire des mots. Ce sont ceux qui sortent de la bouche du bonze qui feront commettre les pires actes à des bouddhistes. Cette religion de la paix est ici responsable de violences, d’incendies de maisons, d’exécutions. Le documentaire de Barbet Schroeder est glaçant et souligne bien qu’il ne faut jamais laisser la haine de l’autre se propager.