Bilan livresque et cinéma d’octobre

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Sept livres m’ont accompagnée durant le mois d’octobre et certains sont des merveilles :

-J’ai retrouvé avec grand plaisir Hadrien Klent et son personnage Emilien Long dans « La vie est à nous » dont le propos est toujours aussi réjouissant ;

-« Yellowface » de Rebecca F. Kuang à la narration maligne mais qui s’est révélé moins accrocheur que ce que j’espérais ; 

-J’ai découvert les trois premiers textes de Gabriella Zalapi qui forment une passionnante et subtile biographie familiale et dont le deuxième volet, « Willibald », a été un gros coup de cœur pour moi ;

-Autre coup de cœur de ce mois d’octobre, « La petite bonne » de Bérénice Pichat d’une construction et d’une sensibilité remarquables ;

-« Long Island » de Colm Toibin qui nous fait retrouver avec grand plaisir les personnages de « Brooklyn ». 

J’ai vu huit films durant le mois d’octobre dont voici mes préférés :

Souleymane

Souleymane n’a jamais le temps de souffler. Livreur à vélo, il pédale comme un fou dans les rues de Paris pour faire le plus de courses possibles. Le jeune guinéen sans papiers sous-loue le compte d’un autre qui doit lui reverser une petite part de ses commissions. Mais Souleymane doit sans cesse le relancer. Il a besoin de cet argent pour payer l’homme qui lui a écrit son « histoire », celle qui lui permettra d’obtenir ses papiers lors de son audition à la préfecture. En attendant cette date, Souleymane pédale, court après le car qui l’emmène chaque soir au centre social où il passe la nuit.

« L’histoire de Souleymane » est un film immersif, jamais la caméra ne quitte Souleymane. Le spectateur est en apnée de bout en bout jusqu’à la bouleversante scène finale où enfin Souleymane est assis, posé lors de son entretien à la préfecture. Le film est tendu, stressant tant la vie du jeune homme peut basculer en un clin d’œil (une commande refusée par une cliente par exemple). Il se bat, se débat pour rester digne, pour gagner le droit de travailler légalement, contre la moquerie des policiers, les rebuffades d’un restaurateur. Abou Sangaré incarne de manière remarquable Souleymane, il est formidablement émouvant et pour cause car cette histoire est très proche de la sienne. Un film humaniste, réaliste à ne pas manquer.

The outrun

A presque 30 ans, Nora revient s’installer chez sa mère dans les îles Orcades. Après avoir fui une famille dysfonctionnelle en raison de la bipolarité du père, la jeune femme quitte Londres où elle fait des études de biologie. L’alcool a peu à peu ravagé sa vie, son couple. Elle retrouve ses parents divorcés, son père vit seul dans une caravane et est berger, sa mère s’est réfugiée dans la foi. Les relations entre les membres de cette famille restent tendues et difficiles. Une opportunité va s’offrir à Nora : la Société Royale de Protection des Oiseaux lui propose d’aller observer le « roi caille » sur une île encore plus sauvage. Elle se retrouve quasiment coupée du monde, au milieu d’une nature rude et hostile.

Saoirse Ronan est à l’origine de ce projet d’adaptation de « L’écart » d’Amy Liptrot. La réalisatrice Nora Fingscheidt magnifie le texte avec des choix de réalisation pertinents. La rédemption du personnage principal est racontée de façon déstructurée, son passé et ses excès, sa plongée dans l’alcool apparaissent par brimes. Le personnage se dévoile petit à petit. La beauté infinie des paysages, l’apaisement qu’ils procurent, contrebalancent les images douloureuses du passé. Sur cet archipel du nord de l’Écosse, la réalisation se fait sensorielle, les bruits notamment sont essentiels et enveloppent le personnage. Saoirse Ronan est extraordinaire, époustouflante dans le rôle de Nora. « The outrun » est l’intense récit d’une guérison dans des paysages à couper le souffle et servi par une actrice extrêmement talentueuse.

Et sinon :

  • « Le robot sauvage » de Chris Sanders : Le robot Rozzoum 7134, dite « Roz » est envoyé sur une île sauvage. Étant un robot de services, Roz cherche une mission à remplir. Mais elle ne fait qu’effrayer les animaux qui peuplent l’île. Suite à un accident, elle se retrouve avec un œuf orphelin. Un oisin, nommé Joli-bec, en sort et Roz trouve alors un but : apprendre à nager et à voler à Joli-bec pour qu’il puisse rejoindre les autres oies au moment de la migration. Elle sera aider par un malin et sympathique renard. Les studios Dreamworks nous offre un magnifique récit d’apprentissage. Les décors luxuriants et magnifiques de  l’île sont peints et se mélangent parfaitement avec les animations en 3D. L’histoire est celle de l’apprentissage aussi bien de Joli-bec que de Roz mais aussi des autres animaux qui doivent apprendre à cohabiter pour survivre. « Le robot sauvage » est également une belle fable écologiste sur l’importance de la conservation de la nature (tout en ne cachant pas la dure loi de la chaine alimentaire). Des personnages attachants, de belles techniques d’animation, « Le robot sauvage » est une belle réussite.

 

  • « Barbès little Algérie » d’Hassan Guerrar : Malek s’installe à Barbès pendant la crise du covid. Sa boutique d’informatique est fermée et il essaie de travailler de chez lui en prodiguant des conseils à distance. Lui, qui a coupé les ponts avec sa famille restée au pays, il se retrouve au cœur de la communauté algérienne. Il finit par créer des liens avec les figures du quartier. Bientôt son neveu débarque pour passer un entretien à la Sorbonne. Son oncle le prend sous son aile d’autant plus que le dealer du quartier s’intéresse à lui. Hassan Guerrar montre à merveille la vie de Barbès, la gouaille de ses habitants, la solidarité mais aussi les petites magouilles et les grands trafics. Il y a beaucoup de chaleur, d’humour dans ce film même si un drame s’y  déroule. Les figures du quartier sont attachantes et Sofiane Zermani est absolument formidable dans le rôle de Malek.

 

  • « Sauvages » de Claude Barras : Kéria, 11 ans, recueille un bébé orang-outan qu’elle nomme Oshi. Sa mère a été tuée par des ouvriers de l’exploitation forestière qui est en train de s’attaquer à la forêt de Bornéo. La jeune fille va être encore plus sensibilisée à ce problème avec l’arrivée de son cousin Selaï, issu d’une famille nomade du peuple penan. Ses parents veulent le protéger du conflit qui les opposent à ceux qui détruisent leur territoire. « Sauvages » est le deuxième film d’animation de Claude Barras, « Ma vie de courgette » était une merveille de délicatesse. Il montre la découverte par Kéria de ses origines et des combats de sa mère trop tôt disparue. Le film n’est pas manichéen puisque la modernité de s’y oppose pas forcément à la nature sauvage et sa préservation. Parfois la technologie peut aider ! En plus de la beauté de la nature qu’il faut défendre, « Sauvages » parle de liens familiaux avec beaucoup de sensibilité.
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  • « Miséricorde » d’Alain Guiraudie : Jérémie est de retour dans son village des Cévennes. Il est revenu pour assister à l’enterrement du boulanger, qui a été son patron. Le jeune homme s’installe chez la veuve du défunt, Martine. Il revoit d’anciens camarades de classe comme le fils du défunt qui finit par s’inquiéter de son séjour prolongé chez sa mère. Les films d’Alain Guiraudie sont déstabilisants. « Miséricorde » fait penser au « Théorème » de Pasolini. Jérémie vient perturber la vie de son paisible village et réveille le désir de tous les habitants (prêtre compris !). Il n’a d’ailleurs pas besoin d’être assouvi et fonctionne surtout à sens unique. Sa présence dérange également et un meurtre sera commis dans les bois. Mais l’intrigue ne tourne pas au tragique, l’humour pince-sans-rire, l’amoralité et le fantasque restent de mise. Étrange, surprenant, perturbant, « Miséricorde » confirme le talent singulier d’Alain Guiraudie.

 

  • « Quand vient l’automne » de François Ozon : Vivant depuis longtemps à la campagne, Michelle est une retraitée pleine d’énergie, qui aime à se balader avec son amie Marie-Claude, à aller à la messe et surtout à recevoir son petit-fils. Sa fille Valérie vient justement lui emmener pour les vacances. Malheureusement, le repas se termine mal puisque Valérie finit à l’hôpital après avoir mangé les champignons cuisinés par sa mère. Leur relation était déjà tendue, l’incident jette de l’huile sur le feu. « Quand vient l’automne » a une ambiance chabrolienne, venimeuse comme les champignons cueillis par Michelle. Le drame couve, le trouble s’installe petit à petit autour de Michelle qui semble pourtant une grand-mère respectable et paisible. Hélène Vincent joue à merveille l’ambiguïté de son personnage, aussi rassurante qu’inquiétante. Michelle a choisi sa famille avec Marie-Claude et son fils sorti de prison, loin de la cruauté de sa propre fille. Thriller aux airs de chronique familiale, le dernier film de François Ozon séduit tout en souffrant de quelques longueurs.

 

  • « Lee Miller » d’Ellen Kuras : Un journaliste, dont on comprend rapidement son lien avec celle qu’il a en face de lui, interroge Lee Miller sur son parcours. Il s’attarde surtout sur la période de la deuxième guerre mondiale où la photographe décida de rejoindre le front pour le documenter. Le destin fascinant et incroyable de Lee Miller valait bien un biopic et on comprend la volonté de Kate Winslet de la remettre en lumière. Elle produit le film et interprète la farouche ténacité de la photographe. Le film est très didactique, trop classique pour cette femme si libre. Rien à reprocher à Kate Winslet mais la narration manque de subtilité, tout est très appuyé et certains moments sont gênants (celui où Lee Miller parle des violences sexuelles dont elle fut la victime enfant tombe comme un cheveu sur la soupe). Tant mieux si le film permet à un large public de découvrir le travail de la photographe mais Lee Miller méritait mieux.

 

 

 

 

Bilan livresque et cinéma de septembre

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Comme toujours, septembre est synonyme de ralentissement de mon rythme de lecture, qui n’est déjà pas bien élevé en temps normal ! Voici les quatre livres lus :

-« Girlfriend on Mars » de Deborah Willis qui est un premier roman et qui revisite le thème du couple en envoyant l’un des deux protagonistes sur Mars ! L’autrice était présente au Festival America et elle est absolument charmante !

-« Absolution » d’Alice McDermott qui nous plonge dans le Saïgon de 1963 auprès de femmes de diplomates ou autres hauts gradés de l’administration américaine. La plume de l’autrice, également présente au festival de Vincennes, fait encore une fois merveille dans l’analyse fine et sensible de la position de ses femmes d’expatriés avant la catastrophe. 

-« La route » de Manu Larcenet qui est la formidable adaptation du roman de Cormac McCarthy. Le dessinateur rend parfaitement l’ambiance du roman, les dessins sont glaçants et extrêmement sombres.

-« Ironopolis » de Glen James Brown qu’il était tant que je sorte de ma pal ! La présence de l’auteur au festival America était l’occasion rêvée pour le faire. Foisonnant, original, surprenant, ce premier roman, qui parle de la crise des logements sociaux, est une réussite. 

J’ai compensé mon faible rythme de lecture par sept séances au cinéma dont voici mes deux préférés du mois : 

Emilia Perez

Rita est avocate à Mexico. Son patron exploite honteusement ses talents. En manque de reconnaissance, elle aimerait pouvoir changer de vie. Dans une ruelle, elle se fait kidnappée par les hommes du puissant narcotrafiquant Manitas Delmonte. Il veut l’engager pour organiser sa transition d’homme en femme. L’avocate doit trouver un chirurgien, trouver un refuge pour la famille de Manitas, lui établir de nouveaux papiers et transférer son argent sur de nouveaux comptes. Le criminel fera croire à sa mort pour renaitre en Emilia Perez. 

Le projet de Jacques Audiard était plus que périlleux : raconter le changement de sexe d’un dangereux narcotrafiquant sous forme de comédie musicale et uniquement dans des décors de studio. Dans la deuxième partie, on frôle même la telenovela. Jacques Audiard ne s’embarrasse pas de réalisme et sa mise en scène nous embarque totalement. La musique de Camille et de Clément Ducol se fond parfaitement dans l’univers proposé par le réalisateur. La chanson « El mal », interprétée par le personnage de Rita dans une immense salle de réception, est un sommet de mise en scène. Les actrices, qui ont reçu le prix d’interprétation à Cannes, participent grandement à la réussite du film. Zoé Saldaña, Selena Gomez et surtout Karla Sofia Gascon qui a elle-même changé de sexe et joue à la fois Manitas et Emilia. Elle apporte la véracité et la profondeur nécessaires à un tel personnage. Thriller, mélo, comédie musicale, « Emilia Perez » est tout cela à la fois, l’équilibriste Jacques Audiard nous propose là un très grand spectacle.

Tatami

Championnat du monde de judo, une délégation iranienne arrive en car. A son bord, la très déterminée Leïla qui est accompagnée par son entraineuse Maryam. Les premiers combats de Leïla se déroulent très bien et la jeune femme semble être en mesure de remporter la médaille d’or. Mais Maryam reçoit un appel de la République islamique. Leïla doit se retirer de la compétition car elle risque de devoir affronter la judokate israélienne ne demi-finale ou en finale. Leïla refuse d’abandonner au risque de mettre en danger ses proches restés en Iran.

« Tatami » a été écrit et réalisé par un israélien, Guy Mattiv,  et une iranienne, Zar Amir Ebrahimi qui a elle-même fui son pays. Ils ont choisi un noir et blanc expressionniste pour accentuer la tension de leur intrigue. Le lieu participe également à cette atmosphère oppressante, il s’agit d’un bâtiment de l’époque soviétique aux couloirs labyrinthiques. Le suspens se développe en temps réel avec une alternance de scènes sur le lieu de la compétition où Leïla est surveillée et intimidée par des hommes du régime, et des scènes en Iran auprès de son mari et de son fils. Même les scènes de combat contribuent à la tension, tout semble menaçant. Arienne Mandi est formidable dans le rôle de la judokate : combative, enragée, au bord de la crise de nerfs. Face à elle, Zar Amir Ebrahimi joue une entraineuse plongée en plein dilemme et en plein doute. « Tatami » est un thriller politique haletant et parfaitement mis en scène. 

Et sinon :

  • « A son image » de Thierry Peretti : Antonia est photographe de mariage. Après l’un d’eux, elle rentre chez elle, s’endort au volant et sa voiture file tout droit vers le précipice. Son histoire est ensuite racontée par fragments. C’est son parrain, un prêtre, qui lui a offert un appareil photo lorsqu’elle était adolescente. Elle en a fait son métier en étant photoreporteur à Corse matin. Elle s’y ennuie à couvrir les fêtes de village ou les tournois de pétanque. Elle couvre aussi les conférences de presse du FLNC dont son amoureux fait partie. Antonia n’est pas dupe de ces démonstrations de virilité et de violence. Questionnant les évènements de son île, son métier, la jeune femme décide de partir à Vukovar durant le siège de la ville. J’avais beaucoup aimé le roman de Jérôme Ferrari dont est tiré le film de Thierry de Peretti. « As on image » a une tonalité mélancolique puisque son héroïne périt dès les premières images. Antonia est un très beau personnage féminin, avide d’indépendance et en quête de sens. Elle évolue dans une société fortement patriarcale et marquée par la violence du FLNC. Antonia reste observatrice des affrontements, suit sa propre voie. Le film est sobre, proche du documentaire. D’ailleurs, les acteurs sont tous non professionnels. 

 

  • « Le procès du chien » de Laëtitia Dosch : Avril, une avocate, a l’habitude de défendre les causes perdues. Mais cette fois, elle compte bien gagner sa prochaine affaire. Elle se présente sous la forme d’un chien nommé Cosmos par son maître Dariuch. L’animal a mordu au visage la femme de ménage portugaise de son maître. Ce dernier refuse de voir son compagnon euthanasié. Avril va donc demander au juge d’assimiler Cosmos à une personne et non à une chose comme cela est défini dans le code civil. S’ensuit un procès qui va faire grand bruit. Le premier film de Laëtitia Dosch est à son image : fantaisiste, énergique et tendre. Le procès de Cosmos interroge les rapports de l’homme à l’animal, le spécisme avec légèreté et humour. François Damiens, en maître malvoyant, Jean-Pascal Zadi, en dresseur de chien, Anne Dorval, en avocate teigneuse de la défense, nous réservent des numéros d’acteurs hilarants. Le film n’est pas sans maladresse mais le tourbillon Laëtitia Dosch emporte tout sur son passage. Et le chien Cosmos est absolument craquant !      

 

  • « Les barbares » de Julie Delpy : Paimpont, petite bourgade bretonne, se prépare à accueillir des réfugiés ukrainiens. Au grand désespoir du maire et de certains habitants ce ne sont pas des ukrainiens, très demandés, mais des syriens qui vont arriver dans la commune. L’envie d’aider est soudainement beaucoup moins forte… J’apprécie beaucoup la fantaisie et l’énergie de Julie Delpy que l’on retrouve dans cette comédie grinçante. Elle force le trait pour accentuer l’humour avec des personnages gratinés : l’institutrice bien pensante, le plombier macho et raciste, l’épicière qui picole pour oublier les infidélités de son mari. Les acteurs, Sandrine Kiberlain, Laurent Laffite, Mathieu Demy, India Hair, Julie Delpy herself, semblent beaucoup s’amuser et nous transmettent leur plaisir de jouer. La réalisatrice assume un happy end qui donne de l’espoir et fait du bien dans la morosité ambiante.

 

  • « Ma vie ma gueule » de Sophie Fillière : Barberie Bichette, que tout le monde appelle Barbie, ne va pas bien. Elle gâche ses talents de poétesse dans une agence de pub, elle s’est éloignée de ses enfants et son thérapeute ne semble pas beaucoup l’aider. La solitude, la dépression finissent par l’envoyer dans un hôpital psychiatrique. Mais le voyage de Barberie ne s’arrêtera pas là. « Ma vie ma gueule » est le dernier film de Sophie Fillière dont elle n’a pas pu superviser le montage. Barbie est un double de la cinéaste et certaines scènes en deviennent très émouvantes. Agnès Jaoui incarne parfaitement ce personnage fantasque, au bord du gouffre et qui répond qu’elle se trouve moche lorsqu’on lui demande comment elle va. Le film manque un peu de rythme mais pas d’espoir et de sensibilité. 
  • Septembre sans attendre » de Jonàs Trueba : Après 15 ans de vie commune, Ale et Alex vont se séparer et ils souhaitent organiser une grande fête à cette occasion avec leurs amis et familles. L’incrédulité frappe leur entourage tant ils étaient fusionnels même dans le travail puisqu’Alex jouait dans les films de sa compagne. L’idée de départ fait penser aux comédies de remariage américaines et il y a beaucoup de joie et de malice dans le film de Jonàs Trueba. Le réalisateur s’amuse également avec des mises en abime entre son travail et le film réalisé par Ale. Au fil de l’intrigue, une certaine mélancolie s’immisce dans le quotidien des personnages, les souvenirs partagés remontent à la surface. Et malheureusement, un certain ennui s’installe également ce qui m’a empêchée de totalement apprécier « Septembre sans attendre ». 

Bilan livresque et cinéma d’août

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Nous voici déjà en septembre, il est donc temps de revenir sur les livres qui m’ont accompagnée durant le mois d’août :

-« La fileuse de verre » de Tracy Chevalier qui sait toujours raconter des histoires, décrire un artisanat avec précision mais dont je n’ai pas compris la parti pris narratif ;

-« Un métier dangereux » où Jane Smiley s’amuse à détourner les codes du western pour nous offrir un roman féministe et plein de charme ;

-« Trois étés » de Margarita Liberaki, un roman hautement conseillé par mon amie Emjy et qui est roman d’apprentissage intense, lumineux, écrit dans une langue poétique ;

-« Célèbre » qui est le deuxième roman de Maud Ventura : cynique, réjouissant et une héroïne que l’on adore détester ;

-« Les deux visages du monde » où David Joy est au sommet de son art avec un roman noir, éminemment social et politique et qui fait la part belle aux personnages féminins ;

-« Les hommes manquent de courage » de Mathieu Palain qui dévoile la vie chaotique et bouleversante d’une femme qui a toujours du subir la violence des hommes ;

-« Justine » de Lawrence Durrell, premier volet du fameux Quatuor d’Alexandrie, exigeant, parfois difficile à suivre mais les descriptions d’Alexandrie sont ébouriffantes de beauté et de poésie ;

-« D’acier » de Sylvia Avallone que je découvre enfin avec son premier roman qui décrit l’amitié indéfectible de Francesca et Anna sur fond de misère sociale ;

-« L’imposture » de Zadie Smith, je triche un peu car je suis plongée dedans et forcément l’inspiration dickensienne et l’ironie de son autrice me plaisent beaucoup.

Pour cause de vacances loin de Paris, mon bilan cinéma est pauvre avec un seul et unique film :

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Aymeric est profondément gentil, il ne voit le mal nulle part. Lorsque, adolescent, il se fait larguer par sa copine, il lui trouve des excuses et garde précieusement les négatifs des photos qu’il a pris d’elle. Lorsque des copains l’entrainent dans un casse foireux, il y va sans se poser de question et se retrouve en prison pour dix huit mois. Aymeric se laisse porter par la vie, passe de petit boulot en petit boulot, sans véritable ambition. A l’hiver 2000, sa route recroise celle de Flo qui avait travaillé au Spar avec lui. La jeune femme est enceinte. Ils tombent amoureux et s’installe dans le gite de la mère de Flo. A la naissance de Jim, Aymeric est en extase devant lui. Il l’élève et l’aime comme son propre fils. La petite famille s’épanouit dans les paysages du Jura jusqu’à ce que le véritable père de Jim fasse son apparition.

Les frères Larrieu retrouve les paysages montagneux qui leur sont chers en adaptant le roman de Pierric Bailly. Ils suivent Aymeric pendant trente ans, dans ses joies, dans ses profondes douleurs et son incroyable abnégation. Le mélodrame est simple, sans mièvrerie aucune. Qui d’autre que Karim Leklou pour incarner ce personnage plein de tendresse, timide, discret ? Il est impeccable et bien entouré avec les fantasques Laëtitia Dosch et Sara Giraudeau et le mélancolique Bertrand Belin. Le film est épuré pour mieux laisser s’exprimer les émotions, l’amour infini d’Aymeric pour Jim est bouleversant.

 

 

Bilan livresque et cinéma de juillet

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Sept livres et une bande dessinée m’ont accompagnée durant ce mois de juillet. Vous pouvez déjà lire mes avis sur le second roman de Benjamin Stevenson qui réjouira les amateurs d’Agatha Christie, sur le premier roman d’Anita Brookner qui est en partie autobiographique et parle de sa jeunesse et de ses débuts dans l’âge adulte, sur le flamboyant « Senso » de Camillo Boito et sur la délicieuse bande dessinée d’Edith adaptée d’un classique de la littérature jeunesse anglaise. Je vous parle très bientôt de « La disparition de Chandra Levy » de Hélène Coutard qui fait partie de la collection True crime de 10/18 et Society, de « L’amour comme par hasard » de Eva Rice, de la biographie des sœurs Brontë par Jean-Pierre Ohl que j’ai relue en prévision de mes vacances dans le Yorkshire et du dernier roman traduit de Margaret Kennedy « Les oracles ». 

J’ai également pu voir sept films en juillet dont voici mes deux préférés : 

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Des hommes épuisés, hébétés sont sortis d’un camion en plein désert. Ils viennent de sortir de la prison de Saidnaya en Syrie où ils ont été torturés. Deux ans après, on retrouve l’un d’eux à Strasbourg. Hamid travaille sur des chantiers. Mais sur son temps libre, il cherche un homme et tente de le retrouver en montrant sa photo dans les foyers de réfugiés, les restaurants syriens. Il pense le reconnaître et se met à le suivre. Hamid fait en fait partie d’un réseau qui poursuit les criminels syriens cachés en Europe. Mais comment être certain de ne pas faire d’erreur sur l’identité de son bourreau alors que l’on avait toujours les yeux bandés ?

« Les fantômes » est le premier film, remarquable, de Jonathan Millet. Venant du documentaire, il s’est beaucoup renseigné sur ces cellules de recherche de criminels ce qui donne beaucoup de solidité et de justesse à l’histoire d’Hamid. Comme dans un film d’espionnage, l’atmosphère est extrêmement tendue, lancinante. Le personnage d’Hamid y contribue, son visage fermé et buté ne laisse transparaître aucune émotion. Pour nous laisser percevoir malgré tout la souffrance profonde, la solitude du personnage, il fallait un acteur exceptionnel et Jonathan Millet l’a trouvé avec Adam Bessa, incroyablement magnétique. Inquiétant, troublant, tendu, « Les fantômes » est un grand film. 

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Après la mort de son mari policier lors d’une émeute, Santosh se voit offrir la possibilité de récupérer son poste puisqu’elle n’a ni travail ni enfant. Sa belle famille ne voulant pas entendre parler d’elle, elle n’a pas le choix et endosse les habits de policier.  Elle va découvrir une institution corrompue et extrêmement machiste. Sa situation s’améliore un peu quand une commissaire prend la tête de l’équipe où travaille Santosh. Les deux femmes vont bientôt s’épauler lorsque le corps d’une jeune fille dalit, une communauté très pauvre et déclassée, est retrouvée dans un puit. Elle a été violée et assassinée. 

Le premier film de Sandhya Suri est passionnant dans son analyse de la société indienne. Les personnages évoluent dans une zone rurale sous une chaleur accablante. La violence qui règne entre les différentes castes est très prégnante. Tout le monde se fiche de la jeune fille assassinée, seule Santosh s’obstine à vouloir faire la lumière sur cette affaire. Le mépris, l’intolérance entre les religions, la misogynie seront des freins dans son travail. Santosh et sa supérieure sont des personnages fascinants d’ambiguïté. La première se révèle une excellente policière à l’instinct sûr mais capable aussi d’une grande violence. La deuxième, sous couvert de défendre le droit des femmes, est capable d’avaler les pires couleuvres. « Santosh » est un thriller social, très réussi, qui nous montre la brutalité et l’inégalité de la société indienne. 

Et sinon : 

  • « Vice-versa 2 » de Kelsey Mann : Nous avions suivi le quotidien de la jeune Riley dans le premier « Vice-versa » et nous la retrouvons adolescente cette fois. De nouvelles émotions s’ajoutent à sa personnalité : Anxiété, Embarras, Envie et Ennui ( qui a un accent français  en vo !). Les sautes d’humeur de Riley se multiplient, l’envie de grandir et d’être prise au sérieux s’imposent. L’adolescente s’inscrit dans un stage de hockey sur glace participant aux sélections pour l’année suivante. Elle veut impressionner les filles plus âgées et leur coach, tant pis si cela doit la brouiller avec ses meilleures amies. Dans son cerveau, c’est Anxiété qui prend les commandes, expulsant bien loin Joie, Colère, Peur et Dégoût. Les studios Pixar réussissent parfaitement ce deuxième volet, le récit d’apprentissage de Riley se poursuit avec toujours autant de talent. L’adolescence, ce moment douloureux du passage de l’enfance à l’âge adulte, faite d’exaltation et de volonté d’intégration dans un groupe, est bien captée Les anciennes et les nouvelles émotions doivent apprendre à cohabiter et c’est toujours aussi drôle et touchant. 
  • « Gondola » de Veit Helmer : Employées d’un téléphérique reliant deux vallées géorgiennes, Iva et Nino se croisent plusieurs fois par jour dans les airs. Pour se séduire, elles commencent à s’envoyer des fruits en plein air, pour ensuite transformer leur cabine de manière de plus en plus perfectionnée : bateau, fusée, avion, etc… Elles s’offrent également des concerts suspendus. Le film de Veit Helmer est sans parole et d’une fantaisie poétique. Les deux amoureuses font preuve d’une créativité folle pour émerveiller l’autre et cela nous enchante. Les deux actrices, Mathilde Irrman et Nino Soselia, sont expressives, délicieuses de malice. Un film sans prétention, original et plein de charme. 
  • « El professor » de Maria Alché et Benjamin Naishtat : Marcelo est enseignant de philosophie à l’université de Puan. Lorsque son mentor décède, il est logiquement pressenti pour le remplacer. Mais le retour au pays du très populaire Rafael, qui enseignait en Allemagne, va compliquer la vie de notre héros. Maria Alché et Benjamin Naishtat nous offre un personnage très attachant, loin de l’image solennelle et sérieuse des professeurs d’université. Marcelo n’est pas sûr de lui en dehors de ses cours, il est maladroit (sa rencontre avec une couche de bébé usagée est mémorable). Il faut dire que son statut économique est précaire.  Il doit trouver d’autres moyens de subsistance comme donner des cours à une vieille femme riche qui s’endort en l’écoutant. Devoir prouver sa valeur face à Rafael permettra à Marcelo de reconsidérer ses schémas de pensée et de s’ouvrir au monde. En passant, les deux réalisateurs nous montrent à quel point l’université n’est pas un lieu sanctuarisé en Argentine et cela n’a pas du s’arranger depuis l’élection de Javier Milei.
  • « Juliette au printemps » de Blandine Lenoir : Juliette a trente ans et elle se remet tout juste d’une dépression. Elle part se réfugier dans la petite ville de son enfance où vivent toujours ses parents divorcés et sa sœur. Son père s’enferme dans sa solitude, sa mère s’est mise à peindre des tableaux érotiques et sa sœur, qui s’ennuie avec son mari, a pris un amant qui se déguise en lapin géant pour venir la voir. Pas sûr que ce soit le meilleur environnement pour que Juliette aille mieux. Le film de Blandine Lenoir est l’adaptation de la délicate bande dessinée de Camille Jourdy. Le point fort du film est son casting : Izia Igelin incarne l’héroïne, Jean-Pierre Darroussin en papa poule maladroit, Noémie Lovsky toujours parfaite en personnage fantasque, Sophie Guillemin en grand sœur fatiguée en quête de distraction. Le film oscille entre humour et émotion tout en restant un peu sage. 
  • « Le comte de Monte Christo » de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière : Comme « Les trois mousquetaires » précédemment, le destin d’Edmond Dantès fait encore l’objet d’une adaptation, à croire qu’il n’y a pas d’autres romans d’aventures dans la littérature française. N’ayant toujours pas lu le roman, je ne jugerai bien entendu pas la fidélité de l’intrigue. Le film dure 2h58 et il faut reconnaître que l’on ne s’ennuie pas et que les rebondissements s’enchaînent sans temps mort. Le casting est un atout essentiel, Pierre Niney s’en sort fort bien, les méchants (Bastien Bouillon, Laurent Lafitte et Patrick Mille) sont détestables à souhait, Anaïs Demoustier et Anamaria Vartolomei sont parfaites et émouvantes. « Le comte de Monte Christo » est un divertissement de qualité qui souffre néanmoins d’une musique et de mouvement de caméra grandiloquents. 

Bilan livresque et cinéma de juin

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Mes lectures de juin ont presque toutes été dédiées au mois anglais et mes avis sont déjà en ligne. Comme toujours, j’aurais aimé avoir plus de temps pour lire mais j’ai quand même réussi à publier dix billets. Durant ce mois, j’ai été ravie de découvrir le talent unique et singulier de Barbara Comyns et j’espère que d’autres romans seront traduits à l’avenir. J’ai également été enthousiasmée par la lecture de « Qui a écrit Trixie ? », un régal d’humour à l’anglaise. Ce fut encore une fois un plaisir d’organiser ce mois anglais avec ma chère Lou et de lire vos nombreuses participations. A l’année prochaine pour une nouvelle d’édition du mois anglais ! Et je vous parle très bientôt de l’excellent premier roman d’Elizabeth O’Connor « Sur l’île ».

En juin, mon bilan cinéma est un peu maigre avec seulement quatre films dont voici mon préféré :

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Lors d’une soirée d’anciens du lycée, Saul se rapproche d’une femme assise à l’écart. Sylvia s’enfuit immédiatement et rejoint son domicile. Saul l’a suivie et il passe la nuit en bas de son immeuble. La jeune femme se barricade dans son appartement mais, au petit matin, elle appelle une ambulance pour Saul qui est toujours en bas de chez elle. Il s’avère qu’il est atteint de démence précoce. Une relation étrange va se nouer entre ces deux êtres profondément blessés.

« Memory » est un formidable mélo qui sait rester juste malgré les sujets extrêmement lourds dont il est question. Au début du film, on comprend que Sylvia est une ancienne alcoolique qui peine à joindre les deux bouts. Par la suite, par petites touches, son histoire terrible se dessine et nous fera comprendre sa méfiance envers Saul. Les deux personnages sont infiniment attachants et l’on espère durant tout le film que rien ne viendra les séparer. Jessica Chastain et Peter Sarsgaard sont fabuleux, à fleur de peau. Plus ces deux-là se rapprochent et plus notre cœur se serre. Michel Franco signe une romance singulière, loin des codes du genre et avec des acteurs au sommet de leur art.

Et sinon :

  • « Les pistolets en plastique » de Jean-Christophe Meurisse : Zavatta est un extraordinaire profileur, connu dans le monde entier pour son intuition sans faille…ou presque ! Dans un aéroport, il croit reconnaître Paul Bernardin, recherché pour avoir tué toute sa famille. Mais l’homme arrêté ne ressemble absolument pas au tueur ce qui n’empêchera pas la police de lui faire subir des interrogatoires musclés. Attention, âmes sensibles s’abstenir ! Le cinéma de Jean-Christophe Meurisse n’est pas à mettre sous tous les yeux. Son humour est très très noir et trash (dans « Oranges sanguines » et dans celui-ci un homme est séquestré et connaît des moments très douloureux). Entre une scène d’ouverture à la morgue aux dialogues délirants, à une visioconférence entre la police danoise et deux flics français plutôt idiots, en passant par deux enquêtrices web en manque de notoriété, le réalisateur se moque de la fascination de ses compatriotes pour les faits divers sanglants. Décapant, cinglant, l’humour et le cinéma de Jean-Christophe Meurisse ne peuvent pas plaire à tout le monde et c’est tant mieux !
  • « La petite vadrouille » de Bruno Podalydès : Le patron de Justine lui propose de mettre à sa disposition la somme de 14 000€ pour qu’elle lui organise un week-end insolite et romantique. Elle voit là une occasion de renflouer ses caisses ainsi que celles de ses amis qui vont participer à cette petite arnaque. Pour un coût minimal, la petite bande va mettre sur pied une croisière sur les canaux de la Bourgogne. Taxes énormes à chaque écluse, vente de produits locaux à chaque étape ou de tableaux (ou plutôt de croutes) tout est bon pour plumer le pigeon ! J’apprécie depuis toujours l’univers fantaisiste de Bruno Podalydès et cette balade champêtre est pleine de charme. Il y a déjà le plaisir de retrouver la troupe du réalisateur avec son frère, Isabelle Candelier, Jean-Noël Brouté, Sandrine Kiberlain ou Florence Muller. Daniel Auteuil se fond parfaitement dans la bande et rajoute à la malice de l’ensemble. Tout le monde manipule tout le monde mais la duperie ne durera pas et elle aboutira à une fin pleine de lumière et d’humanisme.
  • « Hors du temps » d’Olivier Assayas : Paul, cinéaste, et son frère Etienne, journaliste rock, se confinent durant la crise du covid dans leur maison familiale dans la vallée de la Chevreuse. Ils y amènent leurs fiancées pour partager ce temps suspendu. Olivier Assayas a réalisé un film très personnel où à plusieurs reprises, il décrit le village, la maison, les pièces remplies des affaires de ses parents. Les souvenirs affluent comme l’amour de l’art de ses parents, la chambre de sa mère où elle s’installait chaque week-end après la séparation d’avec son mari, l’immense terrain des voisins où il s’amusait enfants. La maison semble un véritable refuge, figé dans le temps, pour les deux frères. « Hors du temps » n’est d’ailleurs pas que mélancolique. Paul et Etienne sont souvent tournés en dérision, la forte paranoïa du premier en raison du covid notamment. Leurs attitudes nous rappellent ce que nous avons vécu : la peur, la privation de liberté et pour certains le plaisir d’une bulle hors du temps qui permet une échappée du rythme frénétique du quotidien. Touchant et drôle, Olivier Assayas nous offre une jolie parenthèse.

Bilan livresque et cinéma de mai

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Le mois de juin est déjà là, il est donc temps de faire le bilan du mois qui vient de s’achever. Un mois de mai finalement bien rempli avec :

  • des bandes dessinées : le passionnant « Brancusi contre États-Unis » d’Arnaud Nebbache, « C’est chic !  » et « Notre cabane » de la talentueuse Marie Dorléans et le touchant « Lebensborn » d’Isabelle Maroger ;
  • des découvertes : le poétique « Un amour de poisson rouge » de Kanoko Okamoto, le joyeux « Juliette Pommerol chez les angliches » de Valentine Goby  et « De mes nouvelles » de Colombe Boncenne où l’amour de la littérature est mise à l’honneur ;
  • des habitués : « Vivarium » de Tanguy Viel dont la lecture n’a pas été facile, « Les cœurs bombes » de Dario Levantino qui m’a permis de retrouver la ville de Palerme et Rosario, « Le ciel ouvert » de Nicolas Mathieu dont l’écriture me séduit toujours, « Nos armes » le dernier roman plein de rage de Marion Brunet, « Hot milk » qui me permet de découvrir la Deborah Levy romancière et « Le maître du jugement dernier » du formidable et toujours surprenant Leo Perutz.

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Le 1er juin est également la date de lancement du mois anglais que j’ai le plaisir d’organiser avec Lou pour la 13ème année. Cette année, nous vous proposons une totale liberté dans vos choix de lectures, pas de programme, pas de rendez-vous imposés, juste le plaisir de vivre à l’heure anglaise ! Alors amusez-vous bien, profitez de ce mois anglais et nous avons hâte de vous lire !

Côté cinéma, voici mes films préférés du mois :

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David, grand séducteur, est importuné par les assiduités d’une jeune femme, Florence, follement éprise. Même si elle est très belle, David ne souhaite pas poursuivre cette relation et cherche à pousser Florence dans les bras de son ami Willy. C’est en tout cas ce qu’il lui explique longuement en marchant au bord d’une route. De son côté, Florence souhaite présenter David à son père. Les quatre protagonistes se retrouvent dans un restoroute.

Cette mince intrigue n’est qu’une des strates qui composent le dernier film de Quentin Dupieux qui est passé maître dans l’art de la mise en abime. Film dans le film, film sur un tournage, la réalité et la fiction ne cessent de se mélanger et de surprendre le spectateur. Les personnages changent, ne sont pas ce qu’ils paraissaient au départ. Pour incarner ce quatuor à géométrie variable, il fallait quatre grands acteurs : Léa Seydoux, Louis Garrel, Vincent Lindon et Raphaël Quenard font ici montre de toute l’étendue de leur talent. Un cinquième larron vient se joindre à cette troupe : Manuel Guillot joue le patron du restoroute. Dans cette satire souvent percutante du monde du cinéma et de son égocentrisme, ce personnage introduit de la gravité, de l’émotion et un brin de malaise. Beaucoup de thématiques actuelles sont également abordées dans « Le deuxième acte » ce qui donne de l’épaisseur à cette comédie fantasque et inventive.

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Chiara Mastroianni passe un casting pour Nicole Garcia et donne la réplique à Fabrice Luchini. La réalisatrice n’est pas satisfaite de la scène et demande à son actrice d’être plus Marcello que Catherine. Toujours renvoyée à sa prestigieuse ascendance, Chiara finit par avoir le cafard et rêve de s’effacer entièrement. Elle se met alors à s’habiller comme son père et à obliger son entourage à l’appeler Marcello. Le seul qui accepte de rentrer dans son jeu est Fabrine Luchini qui aurait aimer tourner avec le grand acteur italien.

Christophe Honoré s’amuse à brouiller les pistes dans son film où les acteurs jouent leur propre rôle ou presque. La perplexité, l’acceptation, la colère, chacun réagit de façon différente à la réapparition de Marcello. Le film suit Chiara dans une balade qui nous entraine jusqu’à Rome et est une belle évocation de la carrière de son père. « Marcello mio » est vertigineux, troublant dans ce jeu entre la réalité et la fiction. Chiara Mastroianni, actrice fétiche de Christophe Honoré, est absolument formidable, d’une fantaisie folle et d’une douce mélancolie. Le rôle était risqué et le pari est réussi. Il y a également beaucoup d’humour dans les répliques, les situations. Fabrice Luchini apporte beaucoup au film, il est pétillant et léger. Le film se déploie comme un songe habité par le fantôme de Marcello Mastroianni. Touchant, drôle, poétique, un régal de cinéma.

Et sinon :

  • Un homme en fuite de Baptiste Debraux : A Rochebrune, petite ville qui décline avec la probable fermeture de son usine, Johnny a disparu après le braquage d’un fourgon blindé qui a mal tourné. L’un des passagers est mort. Une capitaine de gendarmerie est chargée de l’enquête et le recherche activement. Elle n’est pas la seule puisque Paul, l’ami d’enfance de Johnny, est revenu dans sa ville natale pour essayer de l’aider. Le premier film de Baptiste Delvaux est une réussite. Il sait rendre parfaitement l’atmosphère tendue, explosive d’une ville au bord du drame de la désindustrialisation, du chômage et des horizons qui semblent soudain totalement bouchés. Sur ce fond social très fort vient s’inscrire une amitié dense et indéfectible entre Johnny, issu d’un milieu défavorisé et vivant avec une mère fragile, et Paul, bourgeois qui, devenu adulte, a fui son milieu pour devenir écrivain. Leur histoire se développe en flash-backs parfaitement distillés tout au long du film. Pierre Lottin, Bastien Bouillon et Léa Drucker partagent l’affiche de ce film noir et intense.

 

  • L’esprit Coubertin de Jérémie Sein : 2020, qualifié aisément pour les Jeux Olympiques, Paul ne pourra pourtant pas participé suite au baiser enthousiaste de sa coach qui lui refile la mononucléose. Notre champion de tir sera cloué au lit. 2024, cette fois Paul ne va pas rater sa chance. Son talent pour le tir lui promet à coup sûr la médaille d’or. Il est d’ailleurs la dernière chance de la France qui n’a récolté aucune médaille en dix jours ! Mais le très sérieux et rigide Paul va devoir partager sa chambre avec un athlète frivole et plein de charme. De quoi perturber sa concentration mais ce qui pourrait également lui permettre de perdre enfin sa virginité. Après nous avoir régalé avec la série « Parlement », Jérémie Sein nous offre une comédie potache sur les JO. On y retrouve la légèreté, l’esprit piquant de sa série. Le réalisateur s’intéresse surtout aux coulisses des JO, au village olympique qui ressemble ici plus à une cour de maternelle qu’à un lieu de préparation sportive. Les enjeux politiques et les récupérations du gouvernement sont moqués car les athlètes ne sont intéressants que lorsqu’ils gagnent. Benjamin Voisin, totalement méconnaissable, est drôlissime en champion de tir coincé et pas futé. Emmanuelle Bercot semble beaucoup s’amuser dans le rôle de sa coach hyper cool.

 

  • Jusqu’au bout du monde de Viggo Mortensen: Dans les années 1860, Vivienne Le Coudy, jeune femme indépendante, fait la connaissance de Holger Olsen, un immigrant danois. Ensemble ils décident de s’installer dans un endroit très reculé du Nevada. Leur maison se situe dans un canyon désertique. A peine le couple installé, Holger décide de s’engager dans l’armée nordiste laissant seule Vivienne. Pour son second film en tant que réalisateur, Viggo Mortensen choisit le cadre très classique du western. Mais ici, la place centrale est occupée par une femme, Vivienne, incarnée par l’éclatante et merveilleuse Vicky Krieps. Les hommes n’ont pas vraiment le beau rôle, entre le mari qui s’enfuit à peine installé, les membres officiels de la communauté tous corrompus et le fils brutal et violent du maire. Cette touche féministe et la performance de Vicky Krieps font tout l’intérêt de ce western.

 

  • Le tableau volé de Pascal Bonitzer : André Masson est commissaire-priseur dans une société de ventes aux enchères internationale. Il est aussi habile qu’odieux, aussi ambitieux que froid.  Une toile d’Egon Schiele aurait été retrouvé chez un jeune ouvrier chimiste de Mulhouse. André s’y rend avec son ex-épouse, elle aussi du métier, pour authentifier ce tableau et peut-être le mettre en vente. L’histoire du dernier film de Pascal Bonitzer semble improbable mais elle s’inspire de faits réels. L’œuvre, retrouvée miraculeusement, avait été volée à un collectionneur juif pendant la guerre. Avec des dialogues ciselés et un casting impeccable, le réalisateur nous plonge dans le milieu de l’art et dans la sombre histoire de certaines œuvres. Cela aurait du suffire mais Pascal Bonitzer s’éparpille en voulant changer de points de vue à plusieurs reprises (les aventures mythomanes de l’assistante d’André Msason n’apportent par exemple rien au film).

Bilan livresque et cinéma d’avril

Avril

Le mois d’avril s’achève et il fut bien rempli avec sept livres et trois bandes dessinées. Je vous ai déjà parlé de ma déception concernant « La boule de neige » et de mon ravissement à la lecture de « Rose à l’île ». Même si je n’en ferai pas la chronique, je vous conseille la série des Paul de Michel Rabagliati et le charmant dernier album de Camille Jourdy « Pépin et Olivia ». J’ai eu un grand plaisir à lire « Qui a écrit Trixie ? » de William Caine, un roman satirique très réussi sur la société anglaise, « Janvier noir » le premier volet de la série très sombre d’Alan Parks, « Le sang des innocents » le dernier roman de S.A. Cosby que je souhaitais découvrir depuis longtemps, « Mon fils, mon désastre » sur la relation de Suzanne Valadon et de son fils Maurice Utrillo et « Katie » de Michael McDowell qui nous offre un nouveau roman réjouissant, populaire et sanguinolent ! 

Côté cinéma, voici mes films préférés du mois :

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Deuxième volet de la trilogie de Nicolas Philibert, « Averroès & Rosa Parks » s’intéresse à deux unités de l’hôpital Esquirol dans le Val-de-Marne. Nous assistons aux entretiens entre les patients et leurs psychiatres mais aussi à des séances de groupes où l’on peut discuter ensemble de sujets divers et de ce qui pourrait être amélioré à l’hôpital.  Certains patients nous sont connus puisque nous les avions croisés sur la péniche l’Adamant. Ici, les situations sont plus lourdes, plus violentes. L’Adamant est un lieu où la créativité peut s’exprimer, où l’on participe à des activités ludiques. A l’hôpital, on sent les situations plus désespérées comme cette femme âgée atteinte d’une psychose paranoïaque effrayante. Certains ont été enfermés toute leur vie, ont des moments de lucidité sur leur situation et celle de l’hôpital. Et c’est également cela que montre le film, une psychiatrie qui manque de moyens financiers et humains pour accompagner mieux les malades. Beaucoup aimerait plus de tendresse de la part des soignants qui sont bien entendu débordés. Les psychiatres, comme Nicolas Philibert, montrent de l’empathie, une infinie patience et une écoute infaillible. Le film dure 2h23 et on en redemande ! Admirable d’humanisme et de sens du partage, « Averroès & Rosa Parks » est un documentaire à ne pas rater ! 

Borgao

Surveillante de prison, Mélissa quitte la région parisienne pour la prison de Borgo, près de Bastia. Elle prend la prime insulaire pour repartir à zéro avec son mari Djibril et leurs deux enfants. En prison, Mélissa, surnommée rapidement Ibiza, sait se faire respecter tout en restant humaine et attentive aux besoins des prisonniers. En dehors, la vie quotidienne est difficile. Djibril galère à trouver du travail et il subit le racisme des voisins. Les retrouvailles de Mélissa avec un jeune détenu, Saveriu, vont bizarrement arranger tout. La jeune femme ne se rend pas compte qu’elle vient de mettre les doigts dans un terrible engrenage. 

Le nouveau film de Stéphane Demoustier est un formidable thriller, extrêmement tendu. Petit à petit, Mélissa est prise au piège des tentacules de la pieuvre mafieuse. Insidieusement, elle pénètre dans sa vie alors que la matonne pensait seulement rendre service. Le film est également très bien construit. En parallèle de la vie de Mélissa se déroule une enquête sur un double assassinat à l’aéroport dont on ne prendra la mesure  qu’à la fin. « Borgo » est porté par la talentueuse Hafsia Herzi qui rend son personnage troublant, ambigu, insaisissable au fur et à mesure que l’intrigue avance. 

Et sinon :

  • « La machine à écrire et autres sources de tracas » de Nicolas Philibert : Ce film clôt le triptyque documentaire de Nicolas Philibert sur le pôle psychiatrique de Paris-Centre. Après l’Adamant et l’hôpital Esquirol, nous pénétrons dans les chambres, les appartements des patients. Nicolas Philibert suit des soignants qui ne se contentent pas de soigner les âmes mais qui réparent les appareils électro-ménagers. Patrice a besoin de sa machine à écrire pour taper les poèmes qu’il compose chaque jour. Muriel fait réparer son lecteur CD, sans la musique les voix dans sa tête deviennent envahissantes. Ivan a besoin de faire réparer son imprimante et de comprendre comment fonctionne son lecteur Dvd. Tout en démontant les appareils, les soignants prennent le temps de discuter, de prendre un café  et de combler un peu la solitude des malades. Cas à part : Frédéric, artiste peintre qui ne jette rien et a besoin d’aide pour faire le tri pour pouvoir à nouveau circuler dans son logement ! Nous avions déjà croisé sur l’Adamant certains des malades et c’est un plaisir de les retrouver, de voir où et comment ils vivent. Comme dans les deux autres documentaires, l’humanisme et l’empathie de Nicolas Philibert rendent le film sensible et les malades touchants. Contrairement à « Averroès & Rosa Parks », il se permet d’intervenir, de participer à la convivialité de certaines scènes. 

 

  • « L’homme aux mille visages » de Sonia Kronlund : Sonia Kronlund, productrice de France Culture, avait réalisé en une émission en 2017 sur un mythomane latin-lover. Elle a ensuite enquêté pendant cinq ans sur cet homme qui a vécu plusieurs vies en même temps. Il était ingénieur chez Peugeot, chirurgien thoracique, pilote de ligne et se prénommait Ricardo, Alexander, Daniel. De France en Pologne, il a fait croire au grand amour à plusieurs femmes qui témoignent dans le documentaire. Charmeur, affable, sociable, notre latin lover plait à tout le monde avec une facilité déconcertante. L’argent, parfois les cadeaux, passent d’une femme à l’autre alimentant ainsi ses mensonges. Sonia Kronlund tente de comprendre  ce qui unit, ou non, ces victimes de la passion amoureuse. Y-a-t-il un profil type pour se laisser aveugler ? La réalisatrice retrouve à la fin le mythomane et se procure une petite vengeance que l’on sent jubilatoire chez elle même si elle est teintée d’amertume. 

 

  • « Le jeu de la reine » de Karim Aïnouz : Catherine Parr fut la sixième et dernière femme d’Henri VIII, la seule à lui survivre. Cultivée, ayant des sympathies pour le protestantisme, elle méritait bien que l’on s’intéresse à elle notamment parce qu’elle fut l’une des premières femmes à publier un livre. Elle s’occupa également des enfants qu’Henri VIII eut avec ses femmes précédentes, comme s’ils étaient les siens. Le film de Karim Aïnouz est une reconstitution minutieuse de l’Angleterre du XVIème siècle et des intrigues de la cour qui craignait son roi. Violent, paranoïaque, brutal, dévoré par la gangrène, Henri VIII a de quoi faire peur et Jude Law est ici méconnaissable et extraordinaire. Alicia Vikander interprète avec grâce et dignité Catherine Parr. Le film a choisi de créer un suspens autour de la possible exécution de la reine, c’est un peu artificiel et la fin est assez absurde et décevante. 

 

  • « Le mal n’existe pas » de Ryusuke Hamaguchi : Takumi est veuf, il vit seul avec sa fille au cœur de la nature. Il est homme à tout faire, il aide la communauté en puisant de l’eau pure qui sera utilisée pour la cuisine d’un restaurant, il coupe des bûches. Sa vie semble en parfaite harmonie avec l’environnement qui l’entoure. Un projet de camping de luxe dans la région va bouleverser la vie des villageois et surtout celle de Takumi. J’avais adoré « Drive my car » et j’ai retrouvé dans « Le mal n’existe pas » la contemplation, la parole rare et précieuse, la splendeur plastique des images. La nature, les paysages sont sublimés. Le projet de camping va rompre l’équilibre, les communicants vont abreuver de mots les habitants. Deux mondes, qui s’opposent, vont rentrer en collision et provoquer un drame. Jusqu’aux dix dernières minutes, le film de Ryusuke Hamaguchi est passionnant, intrigant par son jeu avec la musique et sa puissante mélancolie. La fin du film gâche un peu l’ensemble en étant opaque et incompréhensible. 

Bilan livresque et cinéma de mars

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Le mois de mars était placé sous le signe de la découverte avec uniquement des auteurs que je n’avais jamais lus jusqu’à présent :

-Léna Ghar et son très original « Tumeur ou tutu » qui évoque une enfance maltraitée ;

-Marcia Burnier dont le premier roman, « Les orageuses » dormait dans ma pal depuis sa sortie… j’ai profité de la venue de l’autrice en Vleel pour enchaîner avec son deuxième roman ;

-Florent Marchet et son dernier roman « Tout ce qui manque » qui a reçu le prix Vleel cette année ;

-Harry Grey dont le livre largement autobiographique, « Il était une fois en Amérique »,  a inspiré Sergio Leone pour son dernier film ;

-Gillian McAllister et son étonnant thriller « Après minuit » qui plonge son héroïne dans un voyage dans le temps pour résoudre un meurtre ;

-Jérôme Moreau et sa colorée et écologiste bande-dessinée « Les Pizzlys ».

Côté cinéma, voici mes films préférés :

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Des vols ont eu lieu dans une école. Un jeune élève d’origine turque a rapidement été soupçonné. Son enseignante principale, Carla Nowak, n’a pas apprécié la façon dont le garçon a été accusé et elle décide de mener sa propre enquête. Le vol ayant eu lieu dans la salle des profs, elle y laisse son ordinateur pour qu’il filme ce qui s’y passe. La découverte de l’identité du pickpocket va déclencher une véritable tempête dans le collège.

« La salle des profs » est un formidable thriller, haletant et tendu. Le film se déroule en huis-clos et Carla Nowak est de plus en plus acculée. Ses bonnes intentions se transforment en véritable cauchemar. D’ailleurs, la vérité reste, durant tout le film, soumise à diverses interprétations et n’est pas aussi claire qu’il n’y parait au départ. Beaucoup de sujets sont évoqués dans le film autour du monde scolaire, des relations avec les parents d’élèves, les apparences trompeuses. Le cœur du film reste néanmoins le thriller qui est parfaitement mené.

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Après la mort de son frère au front, l’écrivain Siegfried Sassoon (1886-1967) refuse d’y retourner et l’exprime fermement devant une commission d’officiers. Il échappe de justesse à la peine de mort et il est envoyé dans un hôpital militaire en Écosse où il est soigné pour neurasthénie. Par la suite, il réussira à survivre à son retour au front contrairement à beaucoup de ses connaissances. Durant l’entre-deux-guerres, sa liberté et son charisme feront de lui la coqueluche des milieux littéraires et de la haute société.

Le dernier films de Terence Davies, décédé en octobre 2023, n’est pas un biopic classique, il se développe sous forme de réminiscences du passé. Le parcours de Siegfried Sassoon, son cheminement sont retracés par petites touches, par des aller-retours dans le temps (Jack Lowden puis Peter Capaldi interprètent le personnage). Homosexuel assumé dans le milieu mondain qu’il côtoie, il va pourtant épouser une femme, avoir un fils et se convertir au catholicisme. Les textes de l’auteur sont lus à de nombreux reprises en voix off, des images d’archives enrichissent également le film. Le travail de Terence Davies rend hommage à Sassoon, à la complexité de sa personnalité, ses choix, sa solitude et son pacifisme. Élégant, raffiné, « Les carnets de Siegfried » est un très beau film testamentaire.

Et sinon :

  • « La vie de ma mère » de Julien Carpentier : Pierre, trentenaire, est fleuriste. Son élégante boutique est prospère. A part sa difficulté à s’engager avec sa petite amie, tout semble aller pour le mieux dans la vie du jeune homme. Un matin où il est à Rungis avec son employé Ibou, un coup de téléphone va bouleverser son paisible quotidien. Sa mère Judith, bipolaire, vient de s’échapper de sa clinique. Après deux ans à avoir construit sa vie loin d’elle, Pierre doit à nouveau s’en occuper et doit la ramener à la clinique. « La vie de ma mère » est un film d’une délicatesse et d’une tendresse infinies. Pierre et sa mère partent pour un court voyage qui sera riche en émotions fortes. Petit à petit, on comprend le ressentiment, la lassitude de Pierre qui a du prendre en charge sa mère dès son plus jeune âge et gérer ses changements d’humeur. Derrière les excès de Judith, on entraperçoit la douleur d’être internée dans une clinique où son fils ne vient jamais la voir. On sent aussi, entre les deux personnages, un amour très profond et contrarié. Pour que le film soit touchant et loin de toute mièvrerie, il fallait deux acteurs au sommet de leur art et c’est le cas avec Agnès Jaoui et William Lebghil en parfaite symbiose.
  • « Scandaleusement vôtre » de Thea Sharrock : Littlehampton, une petite ville côtière du sud de l’Angleterre dans les années 20, est le théâtre d’un retentissant scandale. La très pieuse et coincée Edith Swan reçoit des lettres anonymes particulièrement ordurières et pleine d’insanités. Les soupçons se portent rapidement sur la voisine d’Edith, Rose Gooding, une irlandaise très libre et effrontée. Une policière, Gladys Moss, est persuadée de l’innocence de Rose et va mener son enquête avec un groupe de villageoises. Cette comédie réjouissante s’inspire de faits réels. Elle nous montre une Angleterre de l’entre-deux-guerres où le puritanisme et le patriarcat dominent la société. Le personnage d’Edith, superbement interprété par Olivia Colman, en est la victime. Elle est assez pitoyable, rongée par les frustrations et par la colère. La reconstitution historique est de qualité, tout comme le sont les dialogues. La satire aurait pu être encore plus cruelle pour être encore plus délectable. La force du film est son casting impeccable jusqu’aux seconds rôles. Le duo Olivia Colman/Jessie Buckley, qui incarne Rose, est parfait et elles nous offrent deux beaux numéros d’actrices.
  • « The sweet east » de Sean Price Williams : Lilian, une lycéenne de la côte est, est en voyage scolaire à Washington. Elle semble vaguement s’ennuyer. Durant une alerte terroriste dans un bar, où la classe est réunie, Lilian en profite pour s’échapper en suivant un jeune punk qui connait un passage secret vers l’extérieur. Le jeune fille va vivre quelques jours dans le squat où il vit avec d’autres activistes. Mais son voyage ne fait que commencer. « The sweet east » est une sorte d’Alice au pays des merveilles. Lilian va croiser la route de personnages très différents, souvent inquiétants mais comme Alice, rien de grave ne va lui arriver. Le réalisateur nous montre une Amérique extrêmement contrastée (un universitaire réactionnaire aux activités louches, des afro-américains intellos et engagés, une secte masculiniste installée dans le Vermont). Des courants de pensées totalement irréconciliables qui soulignent bien l’antagonisme fort qui scinde le pays. « The sweet east » est aussi un éloge de la fuite puisque son héroïne semble apprécier son étrange voyage. Le film est intéressant, plutôt plaisant malgré une certaine langueur.

Bilan livresque et cinéma de février

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Février a tiré sa révérence, il est donc temps de faire mon bilan ! Sept livres et une bande-dessinée ont été lus durant ce mois. Je vous ai déjà parlé des « Voleurs d’innocence » de Sarai Walker à l’atmosphère gothique. J’ai eu le plaisir de retrouver des auteurs que j’apprécie tout particulièrement : Jean-François Beauchemin, May Sinclair, Agatha Christie et Malika Ferdjoukh. Grâce aux éditions Bartillat, j’ai découvert l’auteur autrichien Ferdinand von Saar dont je vous reparle très vite. Et je me suis enfin décidée à lire la série des Paul de Michel Rabagliati. Mieux vaut tard que jamais !

Côté cinéma, j’ai pu voir cinq films dont voici mes deux préférés :

Daaaaaali !

Le dernier film de Quentin Dupieux n’est bien entendu pas un biopic ordinaire. Le choix de Dali n’est pas un hasard, il est même plutôt évident tant l’univers fantasmagorique de l’artiste colle parfaitement à la folle imagination du réalisateur. Le film tourne autour de la possible interview (avec ou sans caméra!) du grand maitre dont l’égo est démesuré. Quentin Dupieux s’amuse avec des boucles temporelles, des rêves, des couloirs d’hôtel qui n’en finissent pas. L’évocation de Salvador Dali est parfaite, on se croirait dans l’un de ses tableaux. La fantaisie débridée de la mise en scène s’étend aux comédiens. Il n’y pas un mais six interprètes pour incarner Dali. Certains apparaissent peu dans le film et deux crèvent l’écran. Édouard Baer et Jonathan Cohen sont absolument incroyables et d’une drôlerie irrésistible. « Daaaaaali ! » c’est du Quentin Dupieux au carré : décalé, barré, onirique, drôle, ludique, absurde. Un régal en somme.

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Pour son travail de scénariste, Adam se replonge dans les souvenirs de son enfance et retrouve des photos de la maison de ses parents. Ils sont morts tragiquement dans un accident de voiture lorsque Adam était enfant. Il y a tant de choses qu’ils n’auront jamais su sur lui. Adam retourne voir la maison de son enfance où ses parents l’accueillent à bras ouverts… A son retour, il fait la connaissance de Harry qui habite dans le même immeuble que lui. Une relation amoureuse se noue entre les deux hommes.

« Sans jamais nous connaître » est un film bouleversant sur l’impossibilité du deuil. La solitude profonde d’Adam frappe d’emblée. Sa difficulté à créer des liens vient de la perte de ses parents, de la peur de perdre à nouveau des êtres chers. Son besoin de consolation est immense et à ce titre les scènes avec ses parents sont fortes et touchantes. Pouvoir leur dire qu’il est homosexuel, qu’ils l’acceptent ainsi fait partie de la réparation du personnage. Chez Harry aussi, la différence a créé un fossé avec sa famille. Deux solitudes, deux écorchés vif se trouvent et s’aiment. C’est déchirant, plein de tendresse et de délicatesse. Les quatre acteurs principaux sont fabuleux : Andrew Scott, Paul Mescal, Claire Foy et Jamie Bell. La tristesse, la mélancolie imprègnent le film mais son message est celui d’un partage encore possible, d’une ouverture à l’autre indispensable pour continuer à vivre.

Et sinon :

  • « A man » de Kei Ishikawa : Rie tient une papeterie avec sa mère. Son premier mari est parti après la mort de leur deuxième enfant. Elle rencontre Daisuke, un bûcheron qui vient d’arriver dans la région. Ils marient et ont ensemble une petite fille. Cinq plus tard, Daisuke meurt dans un accident. C’est lors de ses funérailles que Rie apprend que son deuxième époux vivait sous une identité d’emprunt. La veuve charge son avocat, Akira Kido, de faire la lumière sur cette affaire. « A man » est un thriller maîtrisé qui interroge profondément l’identité. Plusieurs personnages cherchent à échapper à la dureté de la société japonaise, à ses préjugés (Akira est sans cesse ramené à ses origines coréennes) et à son besoin de performance. Une autre vie, une autre identité pour se réinventer et pour enfin être soi-même. Les sentiments ont bien du mal à percer la carapace de la bienséance sociale. Ce qu’exprime Kei Ishikawa sur la société japonaise est passionnant et sa critique est fine. L’intrigue n’est pas laissée de côté au profit de cette critique et de nombreux rebondissements rendent ce film très réussi.
  • « La zone d’intérêt » de Jonathan Glazer : Jouxtant le mur du camp d’Auschwitz, se trouve la maison du commandant en charge de ce lieu, Rudolf Höss. Il y vit avec sa famille : sa femme Hedwig et leurs enfants parfaitement blonds. La maison est grande, elle possède un jardin verdoyant et une piscine. Un endroit de rêve que Hedwig ne voudrait quitter pour rien au monde ! La fumée se dégageant des cheminées du camp ou les miradors ne semblent pas la gêner le moins du monde. Dans son film, Jonathan Glazer a choisi de ne pas montrer ce qui se déroule de l’autre côté du mur. Les atrocités restent hors-champ et pourtant elle ne cesse de s’imposer à nous. Le réalisateur a fait un gros travail sur le son : ordres hurlés, claquements, chiens qui aboient, tirs. Le quotidien de la famille Höss, qui est filmé de loin comme pour une étude d’entomologiste, est émaillé de rappels de la Shoah ; les vêtements récupérés, une bague trouvée dans un tube de dentifrice, un enfant qui joue avec des dents. C’est la banalité du mal que choisit de nous montrer Jonathan Glazer. « La zone d’intérêt » comporte quelques défauts (les scènes en caméra thermique n’apportent pas grand chose) mais le résultat est saisissant et surtout parfaitement glaçant.
  • « La bête » de Bertand Bonello : 2044, Gabrielle passe un entretien d’embauche pour obtenir un poste avec plus de responsabilités. Mais elle vit dans un monde où l’intelligence artificielle a pris le pouvoir et où les affects doivent être éliminés. Pour ce faire, la jeune femme doit subir un traitement de purification. Durant cette opération, elle va revivre les moments forts de ses vies antérieures. Bertrand Bonello nous fait voyager entre trois époques : 1910, 2014 et 2044 avec comme fil rouge l’histoire d’amour de Gabrielle et Louis. les époques s’entrelacent de façon très fluide et les genres cinématographiques également : film historique, thriller, SF, l’ombre de David Lynch plane sur plusieurs scènes. Inspiré de la nouvelle d’Henry James « La bête dans la jungle », le film de Bertrand Bonello porte sur les émotions et la peur que l’on peut ressentir à l’idée d’en éprouver de trop fortes. Léa Seydoux est exceptionnelle dans ce rôle et elle est bien accompagnée par George MacKay qui est captivant. Un peu long, un peu froid, « La bête » n’en reste pas moins un film ambitieux aussi bien au niveau narratif qu’esthétique.

Bilan livresque et cinéma de janvier

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J’inaugure l’année 2024 avec six romans et une bande-dessinée. J’ai retrouvé avec un immense plaisir Michaël McDowell avec « Les aiguilles d’or » un roman qui aurait plu à Charles Dickens et Vincent Almendros qui a l’art de la concision et de la chute ce qu’il prouve à nouveau dans « Sous la menace ». La langue de Cécile Coulon m’a encore une fois séduite dans son dernier roman « La langue des choses cachées » et j’ai apprécié de retrouver le talentueux David Park dans un livre qui se rapproche du travail de Graham Greene. J’ai également lu deux premiers romans : celui de Tom Crewe qui nous parle de l’homosexualité à l’époque victorienne et de l’impact du procès d’Oscar Wilde ; celui de Dario Levantino, « De rien ni de personne » qui est le premier tome d’une trilogie. Son second roman est d’ailleurs sorti en grand format. Enfin, je me suis lancée dans la série Paul de Michel Rabagliati que je souhaitais lire depuis longtemps.

Du côté du cinéma, j’ai pu voir neuf films dont voici mes préférés :

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Dog vit seul dans un Manhattan peuplé d’animaux. Un soir ordinaire où il mange devant sa t.v., il voit une publicité pour un robot. Ce dernier lui est livré en pièces détachées et dès qu’il l’allume, Dog et lui deviennent inséparables. Tous les deux déambulent joyeusement dans les rues, mangent des hot dogs et font du patin dans Central Park au son de « September » d’Earth Wind and Fire. Les amis passent une journée sur la plage de Coney Island mais lorsque le soir advient, Robot tombe en panne. Impossible pour son ami de le porter jusqu’à chez lui. Il lui promet de revenir le lendemain avec l’équipement adéquat. Lorsqu’il revient, Dog découvre que la plage est fermé pour un an.

Quelle merveille de délicatesse que ce film d’animation ! Le thème de l’amitié puis celui de la séparation sont universels mais il y a tant de tendresse, d’affection entre nos deux héros que leur histoire est irrésistible. Au fil des saisons, la vie reprend son cours pour Dog qui pense de moins en moins à aller sauver son ami mais aussi pour Robot qui sert de nid à une famille d’oiseaux ou est victime d’un ferrailleur. On a le cœur serré à voir les deux amis s’éloigner, on aimerait tant les voir à nouveau réunis. Dog et Robot sont infiniment attachants, ils évoluent dans un New York des années 70-80 merveilleusement reconstitué. « Mon ami Robot » est aussi joyeux que mélancolique, un régal pour les grands et les petits.

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Dans leur banlieue parisienne, Giselle et son fils Bellisha sont les derniers juifs à vivre là. Même l’épicerie casher a fermé ses portes. La mère ne cesse de ruminer qu’ils doivent déménager dans une autre ville pour retrouver leur communauté. Mais Giselle a une santé très fragile et c’est Bellisha qui s’occupe de tout : le marché, la cuisine, etc… Lunaire, le fils de 30 ans ne semble s’inquiéter de rien, un brin mytho pour enjoliver la vie pour sa mère, un brin vieux avant l’âge tant il est ancré dans ses habitudes.

« Le dernier des juifs » est le premier long-métrage de Noé Debré qui avait jusqu’à présent exercer ses talents comme scénariste. Il est sur un fil durant tout le film, le sujet abordé étant délicat. Giselle s’exprime régulièrement sur le fait qu’il y a beaucoup de noirs dans le quartier, beaucoup de médecins arabes à l’hôpital. Un tag pro-palestinien apparaitra dans l’immeuble mais pas sur la porte de Giselle, sur celle de ses voisins chinois ! Ce joyeux mélange de communautés pourrait être source de tension mais les habitants du quartier savent se soutenir quand le malheur frappe à leurs portes. La judéité est également questionnée puisque Bellisha doit la cacher puis prouver qu’il est bien juif. Le film oscille entre la comédie (les scènes où Bellisha tente de vendre des pompes à chaleur avec son cousin sont hilarantes) et le drame. C’est subtil, intelligent et servi par deux acteurs exceptionnels : Agnès Jaoui et Michael Zindel.

Et sinon :

  • « Bonnard, Pierre et Marthe » de Martin Provost : En 1893, Pierre Bonnard invite une inconnue croisée dans la rue à poser pour lui. De cette rencontre va naître l’un des couples iconiques de la peinture du 19ème siècle. Le film de Martin Provost rend hommage à Marthe et Pierre Bonnard en racontant leur vie entre lumière (leur quotidien joyeux dans leur maison en bord de Seine) et ombre (l’infidèle Pierre et le suicide de Renée). La peinture n’est pas le cœur du film, le réalisateur nous montre plutôt ce qui a nourri l’œuvre du plus célèbre des Nabis. L’image est belle, lumineuse. Ce qui est le plus plaisant dans le film est la mise en avant de Marthe qui fut muse, amante, épouse (tardivement, Pierre refusant de se marier), âme sœur et surtout artiste quand Pierre la délaisse. Je regrette cependant une trop grand ellipse après le décès de Renée. On ne sait, par exemple, pas si Marthe a continué à peindre et comment la culpabilité a joué sur les relations du couple. Le duo Cécile de France/ Vincent Macaigne fonctionne d’ailleurs à merveille.
  • « Making of » de Cédric Kahn : Au début de son tournage, Simon, un réalisateur reconnu, apprend qu’il a perdu la plus grande partie de son financement. Son film porte sur le combat d’ouvriers qui ont pris possession de leur usine pour éviter une délocalisation. Leur histoire ne se termine pas bien contrairement à ce que le producteur de Simon a raconté aux financeurs. Pendant que le producteur essaie de trouver de l’argent (et répond de moins en moins au téléphone), Simon doit continuer son tournage au milieu d’une star à l’ego démesuré, des techniciens qui se questionnent sur leur salaire et une directrice de production qui veut faire des coupes dans le scénario. Cédric Kahn est décidément un réalisateur surprenant qui n’est jamais où on l’attend. Après son formidable « Procès Goldman » sorti en octobre 2023, il nous propose une comédie sur le milieu du cinéma. Le tournage, comme la révolte des ouvriers, tourne au naufrage et Simon sombre dans la dépression (il faut dire aussi que sa femme le quitte). Ce que capte le jeune homme en charge du tournage du making of du film, mise en abyme savoureuse qui montre les déboires de Simon. Cédric Kahn s’est offert un casting cinq étoiles avec Denis Podalydès, Emmanuelle Bercot, Valérie Donzelli, Xavier Beauvois, Jonathan Cohen, les jeunes Stéphane Crepon (repéré dans « Le bureau des légendes ») et Souheila Yacoub. C’est drôle, ironique mais également touchant.
  • « La fille de son père » d’Erwan Le Duc : Etienne a 20 ans, il rencontre Valérie et c’est le coup de foudre. Rapidement la jeune femme tombe enceinte. Une petite fille naît mais l’histoire tourne mal, Valérie s’enfuit sans explication. Étienne décide de vivre pour sa fille Rosa, d’être toujours présent pour elle. A 16 ans, elle est admise aux Beaux-Arts de Metz, à 300 km de son père. Comme va-t-il prendre cette future séparation ? Après « Perdrix », je retrouve la douce fantaisie d’Erwan Le Duc avec plaisir. Cette relation père-fille sort de l’ordinaire, ils ont quasiment grandi ensemble et on les prendrait presque pour des frère et sœur. Dans leur quotidien, tout est poétique et singulier. Rosa, plus mature que son père, est parfois dure avec lui pour essayer de le pousser à vivre sa vie, à dépasser le drame de l’abandon dont il ne s’est jamais remis. Céleste Brunnquell et Nahuel Pérez Biscayart sont plus que parfaits dans cet univers qui leur va si bien. Il faut aussi parler de Mohammed Louridi, qui interprète le petit ami de Rosa et qui pratique l’amour courtois, la poésie épique et préfère rentrer par la fenêtre que par la porte pour impressionner Rosa ! Son personnage est tout simplement fabuleux.

 

  • « La tête froide » de Stéphane Marchetti : Marie, 45 ans, vit dans un mobil-home à défaut de pouvoir se payer autre chose. Elle est serveuse la nuit et pour arrondir les fins de mois, elle trafique des cartouches de cigarettes entre l’Italie et la France. Son amant, un policier aux frontières, lui indique la route à prendre avec sa marchandise sans être contrôlée. Lors de l’un de ses voyages de l’autre côté des Alpes, elle rencontre Souleymane, jeune réfugié qui veut rejoindre Calais, où se trouve sa sœur, avant de traverser la Manche. Marie le convoie dans sa voiture et l’héberge. Le jeune homme lui propose de faire passer d’autres clandestins. Marie a besoin d’argent urgemment pour payer son emplacement au camping, elle accepte mais ne le fera qu’une seule fois. Le premier film de Stéphane Marchetti fait preuve d’humilité dans sa réalisation. Pas de sensationnalisme ou de tire-larmes dans cette histoire. Le réalisateur cherche avant tout le réalisme et la justesse et il y parvient. Florence Loiret-Caille incarne Marie et c’est toujours un immense plaisir de voir cette comédienne au jeu sensible. J’aurais sans doute beaucoup plus apprécié ce film s’il ne m’avait pas tant rappelé « Les survivants » de Guillaume Renusson où Denis Menochet aidait une jeune afghane à traverser les Alpes pour rejoindre la France.
  • « May december » de Todd Haynes : Gracie vit avec Joe avec qui elle a eu trois enfants. Elle avait une trentaine d’années et lui 13 ans lorsqu’ils furent surpris en plein ébat à l’arrière de l’animalerie où travaillait Gracie. A sa sortie de prison, elle épouse Joe et ils s’installent avec leurs enfants. Même si leur vie semble paisible et agréable, le couple reste sulfureux et dérangeant pour certains voisins. Les relations de Gracie avec sa première famille sont également délicates et douloureuses. C’est alors qu’arrive dans la vie du couple, Elizabeth, une actrice qui va interpréter le rôle de Gracie sur grand écran et vient étudier cette famille singulière. Todd Haynes s’est inspiré d’un véritable fait divers pour son dernier film mais c’est plutôt la relation entre Gracie et Elizabeth qui est au cœur du film. L’actrice devient de plus en plus le miroir de son modèle, vampirisant ses attitudes, ses manières de bouger. L’une semble très spontanée, naïve alors que l’autre est cérébrale, elle note et analyse tout. Le duo est étonnant, ambigu et un malaise profond surgit (ou resurgit) dans la vie du couple. Le personnage de Joe est également très intéressant, très révélateur de ce qui se passe sous la surface. Peut-être un peu trop froid, le film offre deux interprétations maîtrisées par deux grandes actrices : Julianne Moore et Natalie Portman.

 

  • « Priscilla » de Sofia Coppola : 1959, sur une base militaire allemande, la jeune Priscilla, 14 ans, rencontre Elvis Prestley qui y faisait son service. Trois ans plus tard, la jeune fille s’envole pour Graceland et devient l’unique femme du king. Le film de Sofia Coppola s’est inspiré du livre de Priscilla Prestley et adopte son point de vue. Le traitement de son histoire rappelle d’autres films de la réalisatrice : l’ennui, la mélancolie de l’adolescence comme dans « Virgin suicides », la prison dorée comme celle de Marie-Antoinette. Comme ces héroïnes, Priscilla est perdue, elle semble isolée et loin du milieu du show business. On découvre un Elvis manipulateur, façonnant sa femme comme une poupée décorative, la bourrant de médicaments. Mais il est également un petit garçon vulnérable et influençable. Rien à reprocher aux acteurs mais j’ai trouvé que la mise en scène, les ellipses nous tenaient à distance de Priscilla et je n’ai pas ressenti beaucoup d’empathie pour elle.

 

  • « La vie rêvée de Miss Fran » de Rachel Lambert : La vie de Fran est monotone et solitaire. Elle se rend à son travail mais ne communique pas avec ses collègues. Elle vit seule et ne semble pas avoir de loisir. Son quotidien va changer avec l’arrivée d’un nouveau collègue vers qui elle va avoir envie d’aller. Le film de Rachel Lambert a un certain charme : l’humour caustique Fran lorsqu’elle commence à s’ouvrir au monde, son imagination concernant les façons dont elle peut mourir. Fran est inadaptée à la vie sociale, une anti-héroïne comme les États-Unis aiment en créer. Néanmoins, je reconnais m’être un peu ennuyée face à l’histoire de Fran.