La vie seule de Stella Benson

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Londres, 1918, lors d’une réunion d’un comité de bienfaisance, une étrange jeune femme fait une apparition fracassante. Elle entre en courant dans la pièce et se réfugie sous une table. Ses explications ne cessent de stupéfier l’assemblée et les participants à la réunion ne tardent pas à découvrir qu’ils sont en présence d’une sorcière. Après le départ de cette dernière, l’une des membres du comité, Sarah Brown, découvre que la sorcière a oublié son balai. Sur celui-ci figure une adresse, Sarah décide de s’y rendre. D’étonnantes aventures attendent alors la jeune femme.

Le court roman de Stella Benson est extrêmement surprenant. Il m’a tour à tour évoqué Harry Potter (nous assistons notamment à une terrible bataille de balais) et Alice aux pays des merveilles (« Les pâquerettes vous regardaient dans les yeux, mais pas les violettes, parce qu’elles refusaient les bonnes manières. »). « La vie seule » est un livre à la fantaisie débridée, aux situations totalement farfelues. Sarah Brown travaillera dans une ferme gérée par un dragon dans une Forêt enchantée. Nous croiserons un balai nommé Harold, une valise appelée Humphrey ou encore un cheval nommé Vivian. Un tourbillon d’évènements fantastiques va venir perturber la vie de Sarah Brown et des autres membres du comité de bienfaisance.

Ce qui rend le roman de Stella Benson vraiment intéressant, c’est la manière dont elle mêle la magie à la réalité de la vie des habitants de Londres en 1918. La ville est alors bombardée et nous assistons à leur repli dans des abris. Stella Benson en profite également pour placer quelques insertions ironiques sur la société anglaise de son temps : « Elle avait un mari, mais aucune autre tragédie marquante dans sa vie. » ; « Lady Arabel était une des personnes les plus gentilles du monde mais elle frémit à l’évocation de la classe moyenne. »  On sent également l’engagement de l’auteure auprès des Suffragettes au travers du destin de Sarah Brown, une jeune femme célibataire qui va conquérir son indépendance grâce à la sorcière.

« La vie seule » est un livre déroutant, original qui mêle réalisme et magie avec humour et ironie.

Traduction Leslie De Bont

10 ans du mois anglais

Un lieu à soi de Virginia Woolf

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Grâce au Café du classique sur Instagram, j’ai relu « A room of one’s own » de Virginia Woolf. J’ai choisi la récente traduction de Marie Darrieussecq qui m’a semblé plus fluide que celle de Clara Malraux qui est celle par laquelle j’ai découvert ce livre important de l’auteure. Et le choix de la traduction du titre me paraissait plus juste, plus proche de ce qu’avait voulu dire Virginia Woolf.

Cet essai, publié en 1929, a comme point de départ deux conférences sur le thème des femmes et de la fiction qui devaient avoir lieu aux Newnham College et au Girton College, deux institutions de Cambridge dédiées aux jeunes filles. Virginia Woolf choisit de décliner son propos sur deux journées où elle mélange flâneries et réflexions sur le thème des conférences. Il ne s’agit donc pas d’un essai classique, scolaire. L’auteure y écrit comme dans ses romans, exprimant un flux de conscience qui peut donner l’impression d’un livre déconstruit, aux propos éclatés. Comme toujours, Virginia Woolf écrit avec une grande liberté, une ironie grinçante et une culture remarquable. Ce qui m’a frappée durant cette relecture, c’est à quel point elle s’amuse, elle invente des personnages pour nous parler des femmes et de la fiction et le plus intéressant d’entre eux est celui de la sœur de Shakespeare qui, si elle avait voulu écrire, aurait connu un bien funeste destin.

Virginia Woolf choisit d’aborder le thème de ses conférences de manière concrète. Dès le départ, elle fait le constat que les pelouses, les bibliothèques des colleges masculins sont interdites aux femmes, leurs repas sont de meilleure qualité que ceux des jeunes filles. Cela peut paraître anecdotique mais pour elle, cela fait partie intégrante de son constat : « La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles. » Les femmes, pour créer, n’ont besoin que de deux choses : une pièce à soi et de l’argent. Elle montre bien à travers l’Histoire à quel point la création doit se libérer des contingences matérielles pour pouvoir exister et sa démonstration est brillante.

Bien entendu, le patriarcat a également tout fait pour brimer les femmes, les a modelées pour limiter leur envie d’expression, les a décrédibilisées. Certaines ont du prendre des noms masculins pour se faire publier (George Eliot, les sœurs Brontë, George Sand, etc…).

Pour autant, Virginia Woolf ne souhaite pas lancer une guerre ouverte entre les deux sexes. Elle préconise que chacun cultive ses différences. Elle insiste sur l’importance de l’éducation, elle qui a vu ses frères partir dans les College alors qu’elle n’a pas pu y aller. Elle invite les jeunes femmes à voir le monde, à avoir plus d’expérience pour en nourrir leurs œuvres et surtout à penser par elle-même : « Je me retrouve à dire brièvement et prosaïquement que le plus important est d’être soi-même, plutôt que n’importe quoi d’autre. »

La démonstration de Virginia Woolf dans « Un lieu à soi » est originale, impeccablement menée et imaginative. Le statut des femmes a changé depuis 1929 et pourtant cet essai résonne toujours avec notre actualité. Le chemin parcouru est important mais il ne s’arrête pas là et Virginia Woolf nous invite à rester vigilantes.

Traduction Marie Darrieussecq

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L’invitation à la valse de Rosamond Lehmann

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« Oui c’est certain, ces murs renferment un monde. Ici, la durée tisse sa toile d’une pièce à l’autre, d’un an à l’autre. Le temps est en sûreté dans cette maison. Quelque chose d’énergique, de concentré, de fort, de calme, s’y développe, quelque chose qui a ses lois, ses habitudes, quelque chose d’inquiétant, de tyrannique, à quoi il ne faut pas se fier tout à fait ; quelque chose d’atroce, peut-être. Une plante curieuse, aux fortes racines enchevêtrées, un spécimen unique. Une famille, en un mot. » Cette famille, c’est celle d’Olivia Curtis, qui réside dans le petit village de Little Compton. Nous sommes en hiver et la jeune femme fête ses 17 ans. Dans quelques jours, elle va assister à son premier bal chez Lord et Lady Spencer. Elle reçoit d’ailleurs, parmi ses cadeaux d’anniversaire, une étoffe rouge qui servira pour la confection de sa robe. Une couleur flamboyante choisie par sa sœur Kate et non par sa mère qui aurait préféré une couleur plus discrète pour une jeune fille. Olivia est enchantée et attend avec autant d’impatience qu’inquiétude le jour du bal.

J’ai déjà lu plusieurs romans de Rosamond Lehmann et le résultat n’a pas toujours été concluant. Mais comme il s’agit d’une romancière extrêmement appréciée par Jonathan Coe, je persiste dans la découverte de son œuvre. Cette fois, j’ai été totalement séduite par « L’invitation à la valse ». Ce passage à l’âge adulte est décrit avec beaucoup de délicatesse, de tendresse et avec finesse pour la psychologie de son héroïne. Olivia sent bien qu’elle est à un tournant de sa jeune vie. Le bal est son intronisation dans le monde des adultes, dans la haute société. Elle doit donc se présenter sous son meilleur jour. Cela est d’autant plus vrai que sa sœur Kate va bientôt quitter le foyer pour passer un an à Paris. Olivia devra faire son chemin seule. Le bal, qui occupe la moitié du roman, est formidablement décrit : le jeu social, le paraître, l’humiliation de ne pas avoir son carnet de bal rempli, les rencontres impromptues le temps d’une danse, la courtoisie. La soirée sera riche en expériences pour la jeune femme, beaucoup de possibilités s’ouvrent à elle et tout autant de questions sur son avenir.

« Tout va commencer », cette phrase se situe à la fin du roman et laisse en suspens ce qu’il va advenir de la jeune Olivia Curtis. Rosamond Lehmann nous permet de le découvrir dans « Intempéries ».

Traduction Jean Talva

10 ans du mois anglais

Sœurs de Daisy Johnson

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Sheela et ses deux filles, Septembre et Juillet, quittent Oxford pour s’installer dans une maison dans le Yorkshire suite à un « incident » au lycée. Les filles sont presque jumelles, elles n’ont que dix mois d’écart et sont totalement inséparables. Septembre et Juillet contre le reste du monde : « A quinze et seize ans, elles étaient plus proches que jamais. Septembre répondait à la place de sa sœur, elles partageaient la même assiette, leur repas soigneusement divisé en deux, dormaient la tête posée sur le même oreiller. » Septembre prend toujours le dessus sur sa sœur. Sa domination devient de plus en plus étouffante et malsaine.

J’avais découvert Daisy Johnson avec son 1er roman « Tout ce qui nous submerge ». Je n’avais pas été totalement convaincue par l’histoire mais l’écriture poétique, l’ambiance particulière m’avaient séduite. Cette fois, pas de sentiment mitigé, « Sœurs » est un roman parfaitement maîtrisé, à l’atmosphère sombre, âpre. Daisy Johnson s’est inspirée du roman gothique. On retrouve les éléments classiques de ce genre de littéraire si anglais :  la maison inquiétante « Échouée sur la lande du Yorkshire à peine en retrait de la mer », les cauchemars qui envahissent les nuits de Juillet, les éléments qui sont peu cléments (pluie, vent, tempête, boue) et une pointe de surnaturel pour parfaire l’ensemble. Le thème du double est également présent dans les romans gothiques, Daisy Johnson joue avec les identités des deux sœurs qui se fondent l’une dans l’autre. L’emprise totale de Septembre, ses jeux pervers nous mettent mal à l’aise, créent une ambiance troublante, sombre.

La force du roman est d’allier le roman gothique à des thématiques plus contemporaines. L’auteure sait parfaitement décrire les affres de l’adolescence, les difficultés à affirmer sa personnalité face à un groupe et les troubles du désir naissant. « Sœurs » parle également de harcèlement, de la cruauté implacable de cet âge.

L’écriture ardente, hypnotique de Daisy Johnson happe le lecteur dès les premières lignes et nous entraîne dans la noirceur de la relation exclusive et dévorante de Juillet et Septembre.

Traduction Laëtitia Devaux

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Le mois anglais : 10 bougies en juin

 

C’est avec grand plaisir que nous ouvrons les festivités de ce nouveau Mois anglais, qui débutera le 1er juin. Il y a dix ans LouCryssilda et moi lancions la toute première édition de ce challenge, sans imaginer que c’était le début d’une aussi belle aventure. Nous avons chaque année retrouvé avec bonheur des participant.e.s aussi enthousiastes que nous à l’idée de parler littérature anglaise, voyages, culture, et même cuisine ! D’autres ont rejoint le Mois plus tard avec tout autant de folie et de générosité. Merci pour cela ! Ce Mois anglais c’est un rendez-vous qui nous tient à cœur et nous sommes très heureuses de le passer une nouvelle fois avec vous.
 
Vous pourrez participer :
– Sur les blogs où est né le challenge
– Sur le groupe Facebook du Mois anglais (pour papoter, partager des idées et vos chroniques)
– Sur Instagram, avec le compte @ayearinengland2021 géré ensemble, et #lemoisanglais et/ou #ayearinengland et/ou #ayearinengland2021 (pensez à nous taguer et à utiliser les # pour nous aider à vous suivre).
 
Et voici maintenant le programme que certain.e.s d’entre vous attendaient avec impatience ! Merci pour toutes vos suggestions qui nous ont beaucoup inspirées. Nous avons voulu simplifier cette année pour laisser plus de place aux lectures libres, pour nous permettre de piocher dans nos PAL mais bien sûr, les thèmes non traités directement et surtout les auteurs s’intègrent aisément dans les rendez-vous par période que nous vous proposons (sur l’une de vos suggestions). On espère que ce programme vous plaira :
  • Présentation de PAL, d’envies : dès à présent
  • Billets libres: à tout moment
  • Avant 1837 : 3 juin
  • Animaux : 5 juin
  • 1ere ou 2e guerre mondiale : 7 juin
  • Littérature jeunesse / album jeunesse : 9 juin
  • Époque victorienne : 10 juin
  • Une saison au choix : 12 juin
  • Années 50/60 : 14 juin
  • Époque édouardienne : 17 juin
  • English Royals : 19 juin
  • Années 70/80/90 : 21 juin
  • Non fiction (essai / biographie / livre d’histoire) : 22 juin
  • Années 20/30/40 : 24 juin
  • Voyage / évasion au sens large (régions anglaises, voyage dans le temps, dans l’espace si l’équipage est anglais) : 26 juin
  • Années 2000 jusqu’à aujourd’hui : 28 juin

Nous vous souhaitons un excellent Mois anglais, de belles lectures et un excellent voyage en Angleterre, littéraire mais pas que !

Confusion de Elizabeth Jane Howard

Le troisième tome de la saga des Cazalet débute en mars 1942 et se terminera à l’armistice de 1945. Comme le volume précédent, Elizabeth Jane Howard se penche plus précisément sur le sort des trois cousines : Louise, Polly et Clary. La première va choisir le mariage plutôt que sa carrière au théâtre. Le résultat est plutôt mitigé, la maternité et les absences répétées de son mari n’arrangent pas les choses. A 17 ans, Polly et Clary cherchent encore leur voie mais ce dont elles sont certaines, c’est qu’elles veulent être indépendantes. Elles quittent donc le cocon de Home Place pour Londres qui, même sous les bombardements, reste le lieu où tout peut arriver.

J’ai retrouvé avec grand plaisir la plume si fluide, si élégante d’Elizabeth Jane Howard. Comme dans les deux premiers tomes, elle réussit à merveille à mélanger l’Histoire, ses évènements tragiques, à l’intimité des membres de la famille (l’un des personnages nommé Jack est à ce titre totalement bouleversant). La guerre apparaît ici comme une parenthèse où certaines choses sont autorisée, permises alors qu’elles ne seraient pas arrivées an tant normal. Par exemple, Jessica, la sœur de Villy Cazalet, se perd dans la fête, la légèreté alors qu’elle a toujours été une femme sérieuse et une mère de famille impliquée. Mais tout cela semble devoir se terminer à la fin de la guerre et le sentiment global de ce tome est une profonde tristesse et un grand gâchis notamment amoureux. Il n’y a pas d’amour heureux dans « Confusion ». Les femmes de la famille Cazalet peinent à trouver le bonheur, à trouver le bon compagnon de vie. Les unes après les autres, elles se retrouvent coincées dans des impasses qui s’achèvent souvent en moments tragiques.

La force d’Elizabeth Jane Howard est encore une fois de pénétrer avec acuité dans la psychologie de chacun. Cette connaissance précise des affres, des espoirs qui animent les personnages nous les rend infiniment proches et attachants. Mais cette description des personnages ne s’adresse pas qu’aux personnages principaux. Ce que j’apprécie beaucoup chez cette auteure, c’est l’attention qu’elle porte aux personnages secondaires. Elle dresse le portrait de chacun et en quelques lignes le personnage prend de l’épaisseur et de la densité. Elizabeth Jane Howard a vraiment un talent merveilleux pour donner vie à ses personnages.

« Confusion » s’achève sur un évènement qui questionne beaucoup l’avenir de la famille Cazalet, j’ai donc hâte de lire la suite en espérant que le ciel va enfin s’éclaircir pour certains personnages.

Traduction Anouk Neuhoff

Mr Wilder & me de Jonathan Coe

A 57 ans, Calista, compositrice de musique de film, sait que sa carrière est derrière elle. Ce sentiment est accentué par le fait que l’une de ses filles, Ariane, va quitter la maison pour s’installer en Australie. Son autre fille, Francesca, est enceinte et s’interroge sur son avenir. Calista tente de continuer à travailler en composant une suite de musique de chambre intitulée « Billy ». celle-ci lui rappelle un épisode décisif de sa jeunesse. En juillet 1976, Cal quitte sa Grèce natale pour un périple aux États-Unis. A 21 ans, elle part seule avec un sac à dos. Durant son voyage, elle rencontre une autre jeune femme nommée Gill. A Los Angeles, cette dernière lui propose de l’accompagner à un dîner avec un ami de son père. C’est ainsi que le chemin de Cal va croiser celui de Billy Wilder et de son ami scénariste Iz Diamond.

Un nouveau livre de Jonathan Coe est toujours un évènement pour moi et celui-ci ne déroge pas à la règle d’autant plus qu’il parle de cinéma. Son roman d’apprentissage oscille entre légèreté, humour et gravité. Jonathan Coe nous amène sur les lieux du tournage de « Fedora » : Corfou, l’île de Lefkada, Munich, Paris. Calista est au départ engagée comme interprète grecque mais elle restera auprès du réalisateur américain jusqu’à la dernière scène du film. La jeune femme ne connaît rien au cinéma lorsqu’elle rencontre Wilder à Los Angeles, elle apprendra ensuite des passages entiers de dictionnaires pour donner son avis sur des films qu’elle n’a jamais vus !

« Fedora » arrive à la fin de la carrière de Billy Wilder. Comme Cal au début du roman, il sait que son travail n’intéresse plus. Le crépuscule de la vie artistique du réalisateur n’est d’ailleurs pas s’en rappeler l’un de ses plus grands films : « Sunset boulevard ». Wilder voit arriver la nouvelle génération de réalisateurs : Coppola, Scorsese, Spielberg, « the kids with beards » comme il les surnomme ! Il ne comprend pas leur cinéma, même s’il reconnaît leur talent. Pour lui, le cinéma doit donner de la joie, apporter une étincelle dans le regard des spectateurs et non montrer à quel point la vie est laide. Malgré ses propos doux-amer sur le nouvel Hollywood, Wilder n’en oublie jamais son humour narquois, ironique (Al Pacino en fera les frais lors d’un repas à Munich…). « Les dents de la mer » ayant rencontré un immense succès, Wilder imagine Fedora se faire attaquer par des requins afin de convaincre les producteurs de financer son film !

Finalement, Billy Wilder ne prend qu’une seule chose au sérieux dans sa vie : le cinéma. Jonathan Coe montre un homme qui ne pense qu’à raconter des histoires, à divertir le spectateur. Et cette nécessité chez lui s’expliquera par une scène bouleversante au cœur du roman. Jonathan Coe adopte alors la forme d’un scénario ce qui renforce le côté cinématographique de ce roman qui est également brillamment construit.

« Mr Wilder & me » est un hommage élégant, délicat et pétillant à l’un des cinéastes les plus passionnants d’Hollywood. Ce nouveau roman de Jonathan Coe est emprunt de nostalgie, de mélancolie mais aussi d’humour et d’un charme indéniable. Ce régal de lecture vous donnera bien évidemment une furieuse envie de voir ou revoir la filmographie entière de Billy Wilder.

Le sixième ciel de L.P. Hartley

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Nous avions laissé Eustache et Hilda Cherrington à l’aube d’une nouvelle vie, séparés l’un de l’autre, grâce à l’héritage de Mrs Fothergill. Au début du « Sixième ciel », Eustache a 23 ans et il étudie à Oxford. Hilda, 27 ans, dirige une clinique pour enfants handicapés. Elle se dévoue entièrement à cette institution. Pas de prétendant à l’horizon pour Hilda alors que sa sœur cadette, Barbara, s’apprête à convoler en justes noces à 18 ans. Eugène fait partie d’un club semi-politique à l’université et c’est lors d’une conférence de ce club qu’il retrouve Dick Staveley qui lui avait porter secours lorsqu’ils étaient enfants. Ce dernier est devenu un député conservateur. Eustache est toujours aussi fasciné par lui et par sa somptueuse demeure.

Le deuxième tome de la trilogie, que L.P. Hartley a consacrée à Eustache et Hilda, nous permet de retrouver le charme suranné du premier volume. Les années ont passé mais le caractère des personnages est resté le même. Eustache cherche toujours à plaire aux autres et à aller dans leur sens. Contrarié ses interlocuteurs est le summum de la souffrance pour le jeune homme. Ses indécisions légendaires restent son trait de caractère le plus notable. Mais Eustache reste un jeune homme attachant qui arrive à provoquer des rencontres qui peuvent changer son destin. Hilda reste son pilier inébranlable, d’une solidité à toutes épreuves et toujours prête à épauler son jeune frère. La rencontre avec Dick Staveley va les faire revenir dans la ville de leur enfance où Eustache sera envahi par la nostalgie. Ce qui ne sera pas du tout le cas de sa sœur aînée…

L.P. Hartley sait parfaitement analyser le caractère de ses personnages que j’ai pris grand plaisir à suivre à nouveau. Dire qu’il va falloir attendre 2022 pour découvrir le 3ème tome…

Merci aux éditions de la Table Ronde pour cette lecture.

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Passion et repentir de W. Wilkie Collins

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Lors de la guerre de 1870, deux anglaises vont se croiser sur le front. Mercy Merrick est infirmière dans une ambulance française. Grace Roseberry est en transit. Après le décès de son père en Italie, elle tente de rejoindre l’Angleterre où elle doit être la dame de compagnie de Lady Janet Roy. Un obus va venir frapper la maison où les deux jeunes femmes se trouvent et leurs destinées en seront irrémédiablement bouleversées.

Voilà longtemps que je n’avais pas lu un roman de Wilkie Collins et j’ai été ravie de le retrouver. « Passion et repentir » a une forme particulière. En effet, le roman fut également une pièce de théâtre et il se découpe en plusieurs tableaux. Les lieux de l’action sont très restreints et les dialogues très développés. Ce qui m’a frappée dans ce roman, c’est le fait que les révélations concernant les agissements de Mercy arrivent rapidement. Après le préambule, le lecteur aurait pu s’attendre à ce que cela apparaisse à la toute fin du roman. Mais le suspens n’est pas ce qui intéresse Wilkie Collins dans cette histoire.

Le titre original du livre est « The new Magdalen » et c’est le destin de cette femme qui intéresse avant tout l’auteur. Ce qui est très novateur ici c’est le fait qu’une femme déchue, une anti-héroïne soit au cœur du roman. Cette femme cherche à avoir une seconde chance dans la vie ce que lui refuse la société victorienne si corsetée et moralisatrice. Wilkie Collins dénonce avec force les injustices qui lui ont été faites et qui perdurent. Cette nouvelle Marie-Madeleine est tombée dans le péché par pauvreté, par manque de chance et non par vice. L’histoire montre d’ailleurs à quel point cette femme perdue se montre droite et loyale lorsqu’il le faut. Même si elle est aidée en cela par un homme, ce personnage féminin est particulièrement captivant et bien dessiné.

« Passion et repentir » est un roman un peu à part dans l’œuvre de Wilkie Collins en raison de sa construction théâtrale et de son anti-héroïne. Encore une fois, l’histoire est extrêmement efficace et se dévore avec plaisir.

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La crevette et l’anémone de L.P. Hartley

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Début du 20ème siècle, dans une station balnéaire anglaise, Hilda et Eustache Cherrington profitent de la plage où ils construisent des digues, s’inventent des mondes entre les rochers et comptent les marches les ramenant vers la terre ferme. Ils vivent avec leur père, expert-comptable, leur tante Sarah qui s’occupe de leur éducation depuis la mort de leur mère à la naissance de leur petite sœur Barbara. Hilda, de quatre ans plus âgée, exerce son ascendant sur Eustache et elle tient à ce qu’il salue une veille dame en fauteuil roulant, Mme Fothergill, que certains enfants qualifient de sorcière. Le jeune garçon répugne à l’approcher et pourtant cette rencontre pourrait changer radicalement son avenir.

« La crevette et l’anémone » est le premier volet de la trilogie que L.P. Hartley a consacré à Eustache et Hilda. Celui-ci nous permet de les voir évoluer à la toute fin de l’enfance et nous montre les fondements de la relation entre la sœur et le frère. Hilda est très sûre d’elle, elle s’est positionnée comme mère de substitution pour Eustache et assume les responsabilités morales de ce choix. Eustache est un jeune garçon timoré, manquant totalement de confiance en lui et ne souhaitant que se fondre dans les désirs des autres. « La volonté de mériter l’approbation de sa sœur était la force qui régissait la vie intérieure d’Eustache, il lui fallait conformer son existence à l’idée qu’elle se faisait de lui, réaliser les ambitions qu’elle nourrissait à son égard. » Et la vie intérieure d’Eustache est débordante ! Chaque évènement est pour lui source de nombreuses rêveries ou d’anticipation de situation à venir, son caractère inquiet s’en donne à cœur joie. Les tribulations de Hilda et Eustache ont un charme désuet irrésistible. L.P. Hartley a un sens aigu de la psychologie de ses deux personnages et nous détaille avec justesse les circonvolutions de leurs jeunes esprits. Qu’ils sont attachants Hilda et Eustache et comme leur relation est riche et intense ! La très belle scène d’ouverture du roman en est une métaphore, ils sont inséparables comme la crevette et l’anémone. Nous découvrirons dans le tome 2 si le fait de ne plus être ensemble sera aussi dramatique pour eux que pour les deux créatures marines.

« La crevette et l’anémone » est une lecture délicieuse enfermée dans un écrin parfait : la couverture est sublime et des touches de couleurs turquoise émaillent l’ensemble du texte. J’ai hâte de retrouver Eustache et Hida et de suivre leur évolution vers l’âge adulte.

Traduction Corinne Derblum

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