Adam et Cassandra de Barbara Pym

Grâce à Lilly, j’ai enfin découvert Barbara Pym et contrairement à elle, j’ai apprécié ma lecture.

Adam et Cassandra Marsh-Gibbon habitent le petit village de Up Callow dans le Shropshire. Lui est un écrivain à la renommée locale et elle soutient son époux avec dévotion. L’arrivée d’un nouveau voisin hongrois, Mr Tilos, va quelque peu bouleverser les habitudes de la petite communauté.

Comme souvent chez les romancières anglaises, Barbara Pym nous parle essentiellement du mariage. Dans Up Callow, on trouve l’institution matrimoniale dans tous ses états. Adam et Cassandra sont mariés depuis cinq ans et la cour assidue de Mr Tilos fait prendre conscience à Cassandra que l’ennui gagne son couple. Miss Gay, vieille fille de 35 ans, tente de séduire l’un après l’autre Adam, Mr Tilos et le jeune vicaire. Mrs Gower, veuve d’un professeur, finit par trouver un nouveau mari en Mr Gay, l’oncle de la vieille fille. L’amour se décline à tous les âges et surtout il triomphe car Barbara Pym est une grande optimiste. Je vous rassure néanmoins, Mrs Pym n’a pas écrit pour la collection Harlequin et le lecteur retrouve l’ironie anglaise comme lorsque Mrs Gower et Mr Gay se marient pour se rendre la vie confortable !

« Adam et Cassandra » est un roman au charme suranné. Les personnages passent le plus clair de leur temps à écouter les rumeurs du voisinage, à prendre le thé, à faire de la broderie et à jouer au bridge. Entrer dans l’univers de Barbara Pym, c’est entrer dans un cocon douillet et familier. La littérature anglaise n’a bien entendu pas été révolutionnée par l’écriture de cet auteur mais son univers m’a ravie.

A conseiller avant tout aux accros de la british touch !

La séance de John Harwood

Les éditions du Cherche-Midi rendent hommage aux romans gothiques victoriens avec « La séance » de John Harwood et j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette oeuvre.

Constance Langton vit à Londres et nous sommes en 1889 lorsque débute son récit. La vie de Constance n’est pas très rose : sa mère ne se remet pas de la mort de sa fille Alma une dizaine d’années auparavant et son père décide de quitter son foyer pour se consacrer à son travail. Constance tente d’aider sa mère à travers des séances de spiritisme où Alma reviendrait réconforter sa mère. Malheureusement ces apparitions venues de l’au-delà ne provoquent pas l’effet escompté et la mère de Constance se suicide afin de retrouver sa fille cadette. Notre héroïne va alors habiter chez son oncle et c’est chez lui que son destin prend un tournant inattendu. Elle y reçoit la visite d’un avocat, John Montague, qui lui annonce qu’elle hérite d’un manoir de famille dans le Suffolk : Wraxford Hall. Montague lui conseille de vendre la propriété mais c’est sans compter sur la curiosité de Constance. Elle découvrira rapidement que Wraxford Hall possède de sinistres secrets.

John Harwood recrée avec brio l’ambiance des romans gothiques de l’époque victorienne. Wraxford Hall est le lieu idéal pour les mystères, son aspect est des plus effrayant ainsi que nous le montre le témoignage de John Montague : « Je reportai mon attention sur l’habitation principale. Même à cette distance, les signes d’un abandon de longue date étaient évidents ; les fissures irrégulières dans la maçonnerie, une profusion de ronces et de rejets poussant par endroits contre le mur. Toutes les fenêtres étaient fermées par des volets, sauf une rangée au premier étage (…). Les volets au deuxième étage étaient beaucoup plus petits, avec, en surplomb, les greniers, chacun avec son propre pignon et tous à des niveaux différents. Une douzaine de cheminées en ruine se découpaient sur le ciel lumineux, dont jaillissaient des sortes de lances braquées vers les cieux. Ces paratonnerres auguraient bien des étranges obsessions de la famille Wraxford. » Et en effet, il se passe de bien étranges évènements dans cette famille. Wraxford Hall est le cadre de disparitions mystérieuses de membres de la famille Wraxford, d’apparitions fantômatiques de moines, d’alchimie et de meurtres. John Harwood utilise tous les éléments classiques du roman gothique et réussit à nous plonger dans cette ambiance inquiétante.

La forme du roman fait également référence au roman gothique ou à mystères. L’histoire s’offre à nous sous forme de différents témoignages nous donnant des points de vue variés sur l’histoire des Wraxford. Ce procédé était déjà utilisé par Mathurin pour son cultissime « Melmoth » mais aussi par Wilkie Collins dans « Pierre de lune ». Cette technique a deux avantages : distiller les révélations petit à petit au fil des témoignages et du coup lancer le lecteur sur de fausses pistes. L’atmosphère de mystère est alors conservée jusqu’au bout pour le plus grand plaisir du lecteur.

« La séance » est un hommage réussi au roman gothique et un excellent page-turner. Merci aux éditions du Cherche-Midi et à Solène de me l’avoir fait découvrir (sortie le 3 juin).

Nord et Sud de Elizabeth Gaskell

Margaret Hale s’apprête à rejoindre sa ville natale de Helstone dans le Sud de l’Angleterre après avoir passé plusieurs années à Londres chez sa tante. Le bonheur de retrouver sa paisible région n’est que de courte durée. Son père, pasteur, décide de renoncer à l’Eglise et du coup de quitter Helstone pour une ville du Nord : Milton. Mr Hale pense trouver facilement du travail dans le Nord en pleine expansion industrielle. Le choc du déracinement, le changement radical d’environnement vont beaucoup perturber Margaret. C’est un monde nouveau qui s’offre à elle, le monde industriel du patron de filature John Thornton qui est bien loin de la douceur de la campagne de Helstone.

L’exceptionnel roman de Elizabeth Gaskell se fonde sur une opposition entre Nord et Sud qui se retrouve à différents niveaux. Helstone représente le Sud de l’Angleterre  caractérisé par une campagne verdoyante, par son agriculture et son calme serein. Margaret y est pleinement heureuse : « Et lorsqu’elle traversait une lande, le dos exposé à la douce violence du vent d’ouest, elle paraissait comme poussée vers l’avant, aussi légère et libre que la feuille d’automne portée par la brise. » Milton est la quintessence du Nord en plein développement industriel où s’entassent les usines, les immeubles d’habitation. La famille Hale découvre avec douleur leur nouvelle ville : « Plusieurs kilomètres avant d’arriver à destination, ils voyaient déjà à l’horizon, en direction de la ville, un épais nuage gris plombé qui paraissait encore plus sombre par opposition au pâle gris-bleu du ciel d’hiver (…) »

Ces deux mondes s’incarnent dans les deux personnages centraux : Margaret Hale et John Thornton. Elle est snob, méprisante envers les gens du Nord mais sa philanthropie l’emmène vers les autres. Il est un self-made man, travailleur, volontaire, ne s’intéressant que peu à ses ouvriers mais il est conscient de ses lacunes et il cherche à se cultiver grâce au père de Margaret. Leurs deux milieux sociaux s’opposent totalement. Margaret est issue de la gentry, elle a un savoir-vivre distingué mais sa famille est pauvre. A contrario, John est très riche mais il s’est construit à la force de son travail et il vient des milieux pauvres. Margaret dénigre cette nouvelle classe sociale émergente des commerçants. John ne peut que détester cette jeune femme : « Jamais je n’ai vu fille aussi orgueilleuse et désagréable. A tel point que ses manières méprisantes font oublier à quel point elle est belle. »

L’immense talent de Elizabeth Gaskell est de rapprocher ses deux personnages avec une grande subtilité. Chacun va avancer vers l’autre à la suite de différents évènements. Les drames, les deuils vont rendre Margaret plus humble. John devra s’ouvrir aux autres à cause de son amour pour Margaret. Pour les deux, une rencontre est décisive, celle de Nicholas Higgins. Celui-ci est ouvrier dans une filature et c’est aussi un syndicaliste convaincu. Car « Nord et Sud » est également un formidable livre sur la condition des ouvriers au XIXème siècle. Higgins explique longuement ses conditions de vie et de travail à Margaret. Mais le propos n’est pas consensuel, les syndicats sont présentés dans leur complexité : ils soutiennent mais ils peuvent exclure voire même bannir. De même, les idées de John Thornton sont largement exposées ce qui permet de confronter les points de vue. La force d’Elizabeth Gaskell est sa connaissance du milieu ouvrier et sa volonté de laisser la parole à chaque classe sociale. La parole, l’explication mènent chez elle à une meilleure compréhension des uns et des autres.

Ce qui m’a beaucoup séduit aussi chez Elizabeth Gaskell est son extraordinaire finesse psychologique. Chaque personnage est très approfondi, exploré dans ses zones de lumière comme dans ses zones d’ombre. L’histoire n’est pas manichéenne, elle est pleine de nuances et cela rend les personnages très touchants. C’est très visible chez Thornton qui est ferme, tranchant dans son usine mais que l’on découvre timide, emprunté face à Margaret. Cette volonté d’humanisation des personnages est servie par une écriture très fluide, élégante. Je ne résiste pas à une dernière  citation pleine de beauté : « Mais lorsqu’arriva la nuit, que toute la maison fut plongée dans le silence, Margaret resta assise à contempler la beauté du ciel de Londres à cette heure tardive, par ce soir d’été et le léger reflet rose que projetaient les lumières terrestres sur les nuages moelleux qui semblaient sortir de l’obscurité chaude cernant l’horizon et flottaient tranquillement au clair de lune. « 

« Nord et Sud » est un roman foisonnant, passionnant, au propos humaniste. J’ai trouvé ce livre admirable, c’est vraiment un énorme coup de coeur. Si vous avez apprécié la compassion de Dickens envers les ouvriers dans « Temps difficiles », si vous avez frémi à l’histoire d’amour d’Elizabeth Bennet et Mr Darcy, précipitez-vous sur « Nord et Sud », ce livre est fait pour vous !

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Temps difficiles de Charles Dickens

L’intrigue de « Temps difficiles » se situe dans la ville imaginaire de Coketown (qui est en fait Manchester) au plus fort de l’industrialisation. Nous découvrons sur plusieurs années la vie d’une famille de notables : les Gradgrind.

Les deux enfants de la famille Gradgrind sont élevés dans la doctrine utilitariste. Leur père l’applique absolument à tous les compartiments de la vie quotidienne. Les enfants ne peuvent passer leur temps qu’à étudier, l’amusement et l’imagination sont totalement proscrits. « En toutes choses, vous devez vous régler, vous laisser diriger par les faits. Nous espérons avoir avant longtemps un Comité des faits, composé de commissaires des faits, qui forceront les gens à ne considérer que les faits et rien que les faits. Vous devez exclure de votre vocabulaire le mot Imagination. Vous n’avez rien à en faire. Vous ne devez en avoir dans aucun objet usuel, dans aucun ornement, ce qui serait, en fait, une contradiction.  » Cette doctrine va effectivement très loin puisque les deux enfants Gradgrind ne peuvent aller au cirque ou même avoir des chevaux sur leur papier-peint puisque ces animaux ne peuvent marcher aux murs ! Charles Dickens nous montre l’évolution de ces deux enfants imprégnés d’utilitarisme et le moins que l’on puisse dire, sans trop en dévoiler, c’est que les idées de leur père ne feront pas d’eux des adultes heureux.

« Temps difficiles » est également l’occasion pour Charles Dickens de faire une sévère critique de l’industrialisation à outrance de l’Angleterre. Les conditions de vie des ouvriers des filatures de tissu sont longuement décrites et critiquées par Dickens. Les ouvriers sont exploités, usés par le travail à la chaîne. On suit le personnage de Stephen, ouvrier à l’usine, dans ces différents malheurs. Il vit misérablement, supporte une femme devenue alcoolique mais il reste honnête. Il est même pour Dickens l’incarnation de la droiture. Les patrons de l’usine n’ont que mépris pour Stephen et ses semblables et pour eux aucune de leurs plaintes n’est recevable. La ville de Coketown est très marquée par l’industrialisation. Les descriptions de Dickens sont extraordinaires, la ville est peuplée de hautes cheminées d’usines qui crachent perpétuellement de la fumée. Le jour n’atteint pas les habitations rouge brique, toute la ville est plongée dans un épais brouillard. Le nom choisi par Dickens le dit bien : Coketown c’est la ville du charbon. « C’était un jour d’été ensoleillé. La chose arrivait parfois, même à Coketown. Vu de loin par ce temps, Coketown apparaissait noyé dans une brume inaccessible aux rayons du soleil. On savait seulement que la ville était là, parce qu’on savait que la tâche maussade qui s’étalait dans le paysage ne pouvait être qu’une ville. Un brouillard de suie et de fumée qui se dirigeait confusément tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, tantôt montait vers la voûte du ciel, tantôt s’avançait sombrement au ras du sol, selon que le vent s’élevait ou s’apaisait ou changeait de direction, un enchevêtrement compact, sans forme, traversé par des nappes d’une lumière oblique qui ne laissait voir que de grosses masses noires : Coketown, vue de loin, s’évoquait lui-même bien qu’on ne pût distinguer aucune de ses briques. »

« Temps difficiles » est un roman assez court par rapport aux autres oeuvres de Charles Dickens. Pour cette raison, on ne retrouve pas le foisonnement de personnages auquel l’auteur est habitué. Ici nous ne suivons que la destinée de la famille Gradgrind et celle de Stephen en pointillés. D’ailleurs l’ouvrier croise la famille Gradgrind à de nombreuses reprises et il finit par s’intégrer à leur histoire. Comme toujours chez Dickens, les personnages sont extrêmement tranchés. Les « bons » le sont du début à la fin et sont irréprochables. Ils sont incarnés par Stephen et son amie Rachael, tous deux ouvriers, ils servent à défendre la thèse de l’auteur contre l’industrialisation. Les mauvais bougres sont bien évidemment des notables. Ils sont facilement identifiables puisqu’ils sont les victimes de l’ironie féroce de Dickens. Un exemple avec la description de Mr Bounderby, ami de Mr Gradgrind : « Il n’avait guère de cheveux. On pouvait imaginer qu’il les avait fait s’envoler à force de parler, et que ceux qui lui restaient et qui se dressaient en désordre sur son crâne ne se trouvaient dans cet état que parce qu’ils étaient sans cesse éparpillés par le vent de sa vantardise. »

« Temps difficiles » ne fait que conforter mon admiration pour Charles Dickens. J’apprécie son extraordinaire style, ses envolées lyriques, ses personnages si tranchés, son parti-pris et son humour qui adoucit la noirceur de la fumée de Coketown. La condamnation du capitalisme est de plus très moderne. Le personnage de Bounderby, parti de rien et devenu riche, ne comprend pas pourquoi les ouvriers ne font pas tous comme lui. Si lui l’a fait, tout le monde peut le faire. On entend toujours aujourd’hui ce type de discours chez les fervents défenseurs du capitalisme. Dickens continue à nous faire méditer.

 

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L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

Nous sommes en Angleterre, en 1985. Thursday Next est un agent des opérations spéciales et plus précisément chez les LittéraTecs. Cette brigade s’occupe des crimes littéraires et notamment d’éradiquer les faux manuscrits. Au début du roman, Thursday est appelée sur une enquête importante : le manuscrit de « Martin Chuzzlewit » a disparu. Cette affaire va obliger Thursday à affronter celui qui se veut le plus grand malfaiteur de tous les temps : Achéron Hadès.

Jasper Fforde a une imagination foisonnante, il a créé une véritable uchronie pour « L’affaire Jane Eyre ». Nous sommes en 1985 mais tout est bien différent du 1985 que nous avons vécu. La guerre de Crimée entre l’Angleterre et la Russie n’est toujours pas terminée et Thursday y a laissé son frère. Le Royaume-Uni n’existe pas puisque l’Ecosse est une République. Et les chrono-gardes voyagent dans le temps selon leurs missions. Le père de Thursday, ancien chrono-garde, fait des apparitions cocasses où il vérifie ce qu’il est advenu de Nelson, Churchill afin que les français ne modifient pas l’Histoire !

Ce qui est très plaisant dans l’univers créé par Jasper Fforde est la place primordiale accordée à la littérature. La disparition du manuscrit de « Martin Chuzzlewit  » ou le kidnapping de Jane Eyre sont vécus comme des drames nationaux. Les références à la littérature anglaise sont pléthore et réjouissantes lorsque l’on aime (comme c’est mon cas) les auteurs cités. Shakespeare a une place importante dans l’uchronie puisqu’il existe des automates citant des passages du grand dramaturge en pleine rue et pour 10 sous ! Et de nombreux comités tentent de prouver que Shakespeare n’a pas écrit ses pièces de théâtre ! Grâce au portail de la prose inventé par Mycroft, l’oncle de Thursday, il est possible de voyager dans les livres. Notre héroïne va pouvoir voyager au coeur de « Jane Eyre » et discuter avec Rochester, la veinarde ! Mais je ne lui en veux pas puisque la fin du roman de Charlotte Brontë ne serait pas la même sans Thursday !

J’ai néanmoins deux petits bémols à apporter. Le premier porte sur l’histoire d’amour de Thursday. Cette partie de l’intrigue me semble inutile et notre pauvre héroïne se voit affubler d’un amoureux complètement falot. Le deuxième bémol concerne la longueur du roman, je pense qu’il aurait gagné en rythme, en tension en étant plus court. La scène d’affrontement sur le toît de Thornfield Hall se traîne en longueur. Thursday met un temps infini à deviner comment éliminer Achéron Hadès alors que le lecteur l’a compris bien avant. Les chapitres suivant la résolution de l’affaire Jane Eyre proprement dite m’ont également quelque peu ennuyée.

 « L’affaire Jane Eyre » reste, malgré mes bémols, une lecture fort plaisante. L’uchronie créée par Jasper Fforde ne peut que réjouir les amoureux de la littérature anglaise dont, bien entendu, je fais partie.

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L'insupportable Bassington de Saki

Francesca Bassington habite une maison cossue dans Blue Street W. Elle est très fière de son intérieur et notamment de son salon richement décoré de porcelaine de Saxe, de tapis persans, de services à thé de Worcester, d’un meuble Boulle et surtout d’un Van der Meulen ayant appartenu à son père. Cette pièce reflète parfaitement la personnalité de Francesca : « Francesca elle-même, si on l’avait brusquement priée de décrire son âme, aurait probablement décrit son salon. Non parce qu’elle aurait considéré que le salon avait marqué son empreinte sur l’âme, et qu’on pouvait donc grâce à l’examen approfondi du premier, découvrir les traits dominants de la seconde, et même deviner ses replis secrets, mais bien parce qu’elle aurait obscurément reconnu que son salon était son âme. » Le problème c’est que la maison de Blue Street n’appartient pas à Francesca, elle lui a été léguée par une vieille amie, Sophie Chetrof qui souhaitait l’offrir à sa fille Emeline lorsque celle-ci se marierait. La seule solution pour que Francesca puisse conserver sa précieuse maison est que son fils, Comus, épouse Emeline Chetrof. Mais Comus Bassington est un personnage difficile à manipuler.

Hector Hugh Munro dit Saki (« échanson » en farsi) eut une carrière littéraire fort courte. Né dans la colonie anglaise de Birmanie en 1870, il rentra en Angleterre à l’âge de deux ans. Il voyagea, à partir de 1900, dans les Balkans, en Pologne, en Russie et à Paris. A partir de 1908, il commença sa carrière d’écrivain notamment avec des recueils de nouvelles comme « Reginald » ou « Les chroniques de Russie ». Il s’engagea dès 1914 dans l’armée et mourut en France en 1916.

« L’insupportable Bassington » fut écrit en 1912 et c’est une démonstration des deux facettes de la personnalité de Saki : l’humour et la noirceur. La victime de l’humour cruel de Saki et de Francesca Bassington, c’est Comus. Le pauvre garçon a le défaut de la frivolité, de l’amour du jeu et de la féroce gaieté. « Son physique correspondait exactement à son étrange nom païen. Ses grands yeux gris-vert semblaient toujours étinceler d’une malice diabolique et d’une joie orgiaque ; ses lèvres arquées auraient pu appartenir à quelque faune au rire pervers et on s’attendait presque à voir des embryons de cornes se dessiner dans ses cheveux noirs lissés, et brillants. » Sa mère aime trop son confort, ses précieux objets, pour le laisser vivre à sa guise. Elle a besoin qu’il s’établisse, qu’il se marie pour lui assurer son avenir. Elle échafaude des plans afin d’y arriver mais Comus est un être fantasque. Par exemple, afin de lier Comus à Emeline Chetrof, Francesca demande à son fils de prendre soin du petit frère de celle-ci, Lancelot, admis dans la même école. Mais Comus ne trouve rien de mieux que de battre à coups de canne ce jeune bizut ! Autant dire que les projets de mariage de sa mère tombent à l’eau…

Mais le roman de Saki a une face plus sombre. Francesca Bassington souhaite que son fils parte assez loin et a du mal à supporter autant d’énergie. « Je l’aime beaucoup, évidemment, mais je supporte très bien la séparation. » Après plusieurs tentatives pour le marier, son voeu se réalise. Francesca oblige Comus à prendre un poste de secrétaire en Afrique. A partir du départ de Comus, le ton change. De l’ironie des premiers chapitres, on passe aux regrets. La jeune femme courtisée par Comus, a épousé un prétendant plus solide mais elle le regrette dès son voyage de noces. La mère de Comus se sent finalement bien seule et son petit monde s’effrite petit à petit. L’amertume emplit son salon jusqu’à la cruelle conclusion.

« L’insupportable Bassington » était la première oeuvre de Saki que je lisais mais ce n’est pas la dernière. J’ai beaucoup apprécié son humour féroce sur ses différents personnages. Les travers de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie édouardienne sont épinglés de manière incisive et pince-sans-rire. A noter que les éditions Pavillons Poche ont complété le roman de quatre nouvelles, genre dans lequel Saki était passé maître.

Orlando de Virginia Woolf

« Orlando » de Virginia Woolf est un roman surprenant. L’intrigue débute au XVIème siècle. Orlando est alors un adolescent, aristocrate qui bénéficie des largesses de la reine Elizabeth. « Car le vieille femme aimait Orlando, et la Reine qui savait reconnaître un homme quand elle en voyait un (…) rêva pour lui d’une splendide carrière. Elle lui donna des terres, elle le dota de maisons. » Lors du grand gel qui s’abattit sur l’Angleterre durant le règne de Jacques Ier, Orlando tomba éperdument amoureux d’une princesse russe : Sacha. Celle-ci trahit Orlando qui, éperdu de douleur, décide de fuir la gente féminine. C’est pour cette raison que,  deux siècles plus tard, Orlando demande au roi Charles de le nommer ambassadeur à Constantinople. C’est dans cette ville qu’Orlando se réveille en femme après une longue léthargie. Elle retourne alors en Angleterre au moment où s’éveille le XIXème siècle : « Tandis que frappaient les 9ème, 10ème et 11ème coups, une ombre énorme croula et couvrit Londres. Et quand le 12ème coup de minuit sonna, la nuit était complète. Un noir déluge tumultueux avait noyé la ville. Tout n’était que ténèbres, que doute, que chaos. Le XVIIIème siècle avait vécu, le XIXème venait de naître. » Orlando commence alors à apprivoiser sa nouvelle identité.

Comme mon résumé vous l’aura montré, « Orlando » est une fable, un conte où le personnage traverse les époques et se métamorphose. Le personnage reste néanmoins le même, Orlando reste passionné(e) par la nature et la littérature. Depuis son plus jeune âge, le personnage admire les écrivains et rêve d’en devenir un. Ce personnage ambigu sexuellement et qui deviendra une femme de lettres, permet à Virginia Woolf de rendre hommage à sa très chère amie Vita Sackville-West. Certains éléments de sa biographie sont reconnaissables : la reine Elizabeth avait donné le château de Knole aux Sackville-West au XVIème siècle, l’amour d’Orlando pour Sacha évoque l’histoire de Vita et de son amie d’enfance Violet Trefusis, Orlando est ambassadeur à Constantinople tout comme le mari de Vita. Ouvertement bisexuelle, Vita put, comme Orlando, profiter des avantages des deux sexes : « (…) il est certain qu’elle récolta ainsi double moisson ; les plaisirs de la vie furent accrus pour elle, et ses expériences multipliées. Elle échangeait contre la rigueur des pantalons la séduction des jupons, et connaissait la joie d’être aimée des deux sexes également. » La liberté de Vita fascinait Virginia Woolf. « Orlando » lui permet d’expérimenter la multiplication des identités, des réalités et des possibilités. Néanmoins cette allégorie des différents « moi » se teinte de mélancolie, le « moi » profond d’Orlando reste insaisissable.

Durant tout le roman, Orlando est traversé(e) de moments mélancoliques. Le personnage pense souvent à la brièveté de la vie, il est méditatif, replié sur soi. Même la littérature qu’il vénère n’est pas une source de plaisir. Orlando est en mal de littérature, en mal d’écrire. Le roman se conclut sur un ton totalement mélancolique. On est alors en 1928 et le monde a beaucoup changé. Orlando vit toujours dans le même château où rien n’a été modifié. Mais les objets semblent lui échapper, elle se sent repoussée par les pièces du château. Tout se rattache au passé, les souvenirs affleurent sans cesse, Orlando ne vit plus dans le temps présent. Cette part du personnage est très proche du caractère de Virginia Woolf qui a mis en valeur dans son oeuvre l’éphémère de nos sensations, de nos vies.

« Orlando » parle donc des sujets de prédilection de Virginia Woolf : la brièveté de nos vies, la difficulté de créer et le questionnement sur l’identité. « (…)la plus longue lettre d’amour de l’histoire« , comme le fils de Vita définissait « Orlando », est un roman certes complexe mais il est surtout d’une poésie folle.

Lu dans le cadre d’une lecture commune avec Lou, DeL.

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Une belle canaille de W. Wilkie Collins

Francis Softly est la belle canaille du roman de Wilkie Collins. Sa mère est issue d’une noble lignée, tandis que son père est un honorable médecin. Il tente d’ailleurs de faire embrasser cette carrière à son fils qui n’éprouve qu’un profond ennui à cette idée. Pour s’occuper et gagner de l’argent, Francis dessine des caricatures de l’aristocratie rencontrée dans les salons de sa grand-mère. Malheureusement, son père le découvre et le jette à la porte. Notre ami étant plein de ressources, il s’essaie à la carrière de portraitiste qui ne rapporte pas assez. « Cela eût suffi à décourager des personnes mieux intentionnées et pourvues d’un caractère moins bien trempé ; mais votre franche canaille est dotée d’un tempérament élastique, non aisément comprimable sous la pression du désastre quelle qu’elle soit. » Francis se trouve donc une nouvelle activité : la copie d’oeuvres de grands maîtres. Mais les aventures de Francis ne font que commencer…

Ce roman réjouissant de Wilkie Collins fut écrit à Paris en 1856. Il fut ensuite publié en feuilleton dans Household Words, le journal de Charles Dickens. Wilkie Collins rencontra l’auteur d’« Oliver Twist » en 1851 et tous deux devinrent amis et collaborateurs. Dickens emmena son jeune ami en villégiature à travers l’Europe et ils se retrouvèrent à Paris en février 1856. Dickens exigeait beaucoup de travail de Wilkie Collins qui devait écrire en cachette ses oeuvres. L’amitié du grand écrivain était probablement teintée de jalousie et il étouffait quelque peu la créativité de son cadet. Il n’en publia pas moins « A Rogue’s life » dans son hebdomadaire mais il essaya de modifier la fin de l’histoire qui manquait singulièrement de morale. Fort heureusement Wilkie ne changea rien à son texte.

Ce qui m’a tant plu chez Francis Softly est justement ce que Dickens lui reprochait : son manque de morale. C’est un personnage frivole, désinvolte et bourré d’humour. Le ton du roman est très surprenant lorsque l’on a abordé l’oeuvre de Wilkie Collins par « La dame en blanc » et « Pierre de lune« . L’auteur est connu essentiellement pour ses romans à suspense, ses intrigues mystérieuses. Ici on ne trouve rien de tout cela, il s’agit uniquement du portrait d’une belle canaille qui se joue de tous les obstacles, de toutes les mésaventures avec panache et amusement. Ce Wilkie Collins est extrêmement jouissif, quelle légèreté dans le ton, quel plaisir de lecture ! Le rythme du roman est une grande réussite. Les aventures de Francis Softly sont pleines de rebondissements : jeté à la porte par son père, il devient portraitiste, faussaire, secrétaire d’une institution culturelle et faux-monnayeur par amour ! « Existence passablement changeante que la mienne, n’est-il pas? (…) Shakespeare devait penser prophétiquement à moi lorsqu’il évoquait « tel homme jouant maints rôles en son temps ». Quel personnage j’aurais composé pour lui, si seulement il avait encore été de ce monde ! » Le récit de la vie de Francis Softly est entraînant et se lit d’une traite. Le roman est court, contrairement aux oeuvres victoriennes qui étaient en général conséquentes (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle « Une belle canaille » n’a été publiée en volume qu’en 1879). Les aventures se succèdent de manière enlevée, dynamique et on ne s’ennuie à aucun moment.

Le personnage de Francis Softly est terriblement plaisant, sa drôlerie et son irrévérence m’ont conquises. Wilkie Collins semble s’être follement amusé à nous raconter cette histoire et c’est contagieux. Je dois cette lecture à Cryssilda, fan numéro 1 de Wilkie, car malheureusement « Une belle canaille » n’est plus rééditée. C’est fort dommage car cette oeuvre mérite d’être largement diffusée.

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Le secret de lady Audley de Mary Elizabeth Braddon

J’ai découvert Mary Elizabeth Braddon avec « Sur les traces du serpent » réédité par Phébus et grâce au challenge de Lou j’ai lu son roman le plus connu « Le secret de Lady Audley ».

Sir Michael Audley est veuf et est propriétaire d’un grand domaine dans le comté d’Essex. Ayant été séduit par la nouvelle institutrice, Sir Michael décide d’organiser une soirée afin de faire plus ample plus connaissance avec cette jeune personne. « Cette délicieuse soirée décida du sort de Sir Michael. Il fut fasciné par ces yeux bleus si doux et si touchants, la gracieuse élégance de ce cou svelte et de cette tête inclinée ornée de splendides boucles de cheveux aux reflets dorés et par la charmante voix qui résonnait comme une suave mélodie.  Tout son être dégageait une telle harmonie que chacun de ses attraits semblait avoir été formé l’un en fonction de l’autre. Tous ces charmes subjuguèrent tant le baron qu’il lui fut aussi impossible d’y résister que de se soustraire à sa destinée !  » Sir Michael épouse la très séduisante Lucy Graham et son bonheur semble complet jusqu’à l’arrivée de son neveu Robert Audley et de son ami George Talboys. Lady Audley agit alors de manière très étrange et George Talboys disparaît mystérieusement. Robert Audley n’aura de cesse de faire la lumière sur la disparition de son ami.

Je n’en dirai pas plus car il ne faut bien entendu pas trop déflorer l’intrigue conçue par Mary Elizabeth Braddon même si son roman n’est pas un whodunit classique. En effet, au bout d’environ 150 pages, le lecteur sait ce qui est arrivé à George Talboys mais surtout qui est à l’origine de sa disparition. Le suspense n’est donc pas dans la recherche du coupable, il est ailleurs. C’est l’enquête de Robert Audley qui va tenir le lecteur en haleine tout au long du roman. On a beau savoir très vite le nom du coupable, on ne connaît pas les raisons qui l’ont fait agir. Robert Audley va de plus affronter un être d’une grande perversité, d’une grande intelligence, prêt à tout pour que ses crimes restent impunis. Le lecteur est inquiet pour ce héros éminemment sympathique et désinvolte qu’est Robert Audley.

« Le secret de Lady Audley » a été publié en feuilleton en 1862 et la volonté de l’auteur de donner envie aux lecteurs de se précipiter sur le prochain épisode est visible. Cela se sent très fortement en fin de chapitre. Mary Elizabeth Braddon les termine par des révélations inattendues comme la mort de la femme de George Talboys qui revenait d’Australie pour la retrouver ; par des annonces de voyages qui permettront à Robert de découvrir de nouvelles pièces du puzzle ; par l’interpellation du lecteur : « Et pouvait-il maintenant sortir de l’enquête dans laquelle il se trouvait impliqué ? Pouvait-il s’arrêter ? Non, mille fois non. » Mais parfois Mary Elizabeth Braddon cherche trop à créer du suspense en lançant des pistes qui n’aboutiront jamais (je ne sais si c’est volontaire ou non). C’est le cas par exemple d’une lettre écrite à Robert Audley par sa cousine Alicia. L’auteur nous dit : »Si quelqu’un avait dit à ce moment au jeune avocat que la courte lettre de sa cousine devait être un jour l’un des maillons du terrible enchaînement de preuves nécessaires pour élucider le seul cas criminel  dont il aurait à s’occuper, Mr Robert Audley aurait peut-être haussé les sourcils de surprise. » En réalité, c’est le lecteur et non Robert qui hausse les sourcils car Mary Elizabeth Braddon ne nous reparle jamais de cette lettre !

Ce dernier détail ne m’a pas empêché d’apprécier ce roman plein de rebondissements. J’y ai retrouvé une atmosphère très victorienne que j’apprécie tout particulièrement. Et j’ai trouvé très originale la forme de suspense créée par Mary Elizabeth Braddon : le lecteur sait dès le départ le nom du coupable et pourtant il ne peut lâcher ce livre de 470 pages !

 

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Coeur des ténèbres de Joseph Conrad

Un soir sur la Tamise, sur une yole en partance pour la haute mer, un marin, Charlie Marlow, raconte à ses camarades l’aventure qu’il a vécue autrefois : engagé comme capitaine d’un steamer par une société européenne faisant du commerce sur le fleuve Congo, on lui confia la mission d’aller chercher un agent de la compagnie, Kurtz, qu’on disait malade. Marlow  commence la remontée du fleuve Congo, expédition qui va le mener au cœur des ténèbres.

Les livres de Joseph Conrad sont de ceux qui ne se laissent pas facilement appréhender. De « Cœur des ténèbres » se dégage une atmosphère étrange. Au fil de sa remontée du fleuve, Marlow a l’impression de revenir aux âges primitifs de l’humanité, à l’époque des origines, quand régnait la barbarie. A mesure qu’il pénètre dans les profondeurs de la jungle, celle-ci se fait plus menaçante et oppressante : « Remonter le fleuve, c’était comme retourner aux premiers âges de la Terre, lorsque la végétation abondait et que régnaient les grands arbres. Un cours d’eau vide, un grand silence et partout une forêt impénétrable. L’air était chaud, épais, lourd et gluant, l’éclat du soleil, sans gaieté ». Une scène résume à elle seule cette sensation d’étouffement et de danger, lorsqu’un brouillard blanc épais s’abat sur le fleuve et qu’une clameur sauvage s’élève de la forêt environnante.

Mais la sauvagerie n’est pas que le fait des autochtones. Avides et rapaces, les colons Européens les exploitent sans merci et les traitent avec cruauté tout en prétendant faire œuvre de civilisation. Le personnage de Kurtz symbolise cette ambiguïté. Agent très efficace de la compagnie pour laquelle il collecte de l’ivoire, il a également été chargé par l’ « Association internationale pour la suppression des coutumes barbares » de rédiger un rapport. Or, au bout de son périple, Marlow découvre en Kurtz une sorte de chef de tribu sur laquelle il paraît exercer une grande fascination et qui commet des actes barbares en son honneur, peut-être même de par sa volonté. L’humaniste semble avoir sombré dans la folie du mal.

Le mérite de Conrad est de préserver jusqu’au bout le mystère qui entoure Kurtz. Il n’apparaît que dans le dernier quart du roman, alors qu’il n’est plus qu’un homme malade et délirant. Pourtant, il est déjà présent bien avant grâce aux informations que recueille Marlow sur son compte dès son arrivée en Afrique. Elles font toutes de lui un grand homme, voire un génie, promis à un brillant avenir. Avant même de le rencontrer, Marlow est déjà sous l’emprise de Kurtz, et ce qu’il découvrira de l’horrible réalité n’y changera rien.

Conrad signe là une œuvre envoûtante sur l’horreur du colonialisme et la fascination du mal, sur ces ténèbres nichées au cœur des hommes. Dans le but de rendre justice à la modernité de ce texte, les Editions des Equateurs ont voulu dépoussiérer les précédentes traductions de Heart of darkness (plus connu sous le titre de « Au cœur des ténèbres »). Par les exemples qu’elle donne dans la préface, il semble bien que la traductrice a réussi à rendre sa fluidité à la prose de Conrad, tout en préservant cette ambivalence et cet art de l’évocation qui la caractérisent. A noter pour finir que « Cœur des ténèbres » inspira le film de Francis Ford Coppola « Apocalypse Now », transposé pendant la guerre du Vietnam, avec Marlon Brando dans le rôle de Kurtz. On y trouve comme dans le livre cette impression d’asphyxie, cette noirceur de l’âme. Le livre comme le film ne se laisseront pas facilement oublier.