Ballet shoes de Noel Streatfeild

Matthew Brown, surnommé Great Uncle Mathew, est un explorateur qui collectionne les fossiles. Il a d’ailleurs acheté une maison à Cromwell Road pour les entreposer. Comme il ne cesse de parcourir le monde, il a laissé sa demeure aux soins de la veuve de son neveu, sa fille Sylvia et sa nurse Nana. La maison se remplissant très rapidement, il est demandé à GUM d’arrêter de ramener des fossiles. Il change donc de collection et rapporte des bébés de ses voyages ! Il sauve Pauline de la noyade, Petrova est orpheline et son père la lui confie avant de disparaitre, la mère de Posy, une danseuse, n’a pas les moyens de la garder. Les trois enfants vont prendre le nom de Fossil et vont grandir à Londres bien entourées malgré les difficultés financières de la famille.

« Ballet shoes » a été publié en 1936, le roman de Noel Streatfeild est un classique de la littérature jeunesse qui a été adapté plusieurs fois. Le roman comporte des illustrations qui ont été réalisées par Ruth Gervis qui était la sœur de l’autrice. Le chapitre d’ouverture est formidable de drôlerie et de fantaisie. GUM est un personnage excentrique et généreux mais nous ne le retrouvons qu’à la fin du roman. Après son départ (son absence durera de nombreuses années), Sylvia va avoir la charge des trois enfants. Ses difficultés financières sont très présentes dans le roman :  le fait de compter chaque dépense, de faire des économies notamment sur les vêtements sont au cœur du quotidien de la famille. Mais Noel Streatfeild nous montre un groupe de femmes plein de ressources. Sylvia va louer des chambres et les locataires vont bientôt former une famille très solidaire, ce qui très touchant.

Pauline, Petrova et Posy présentes des dispositions artistiques qui les amènent à suivre les cours d’une académie spécialisée. Cela leur permettra de travailler dès l’âge de 12 ans et d’aider Sylvia. L’autrice nous montre ainsi les coulisses des spectacles, des auditions. Les trois filles ont des personnalités très fortes et très bien dessinées. Pauline est une actrice née et est très généreuse, Posy est certaine de son talent de danseuse et peut sembler imbue d’elle-même. Mais celle qui m’a le plus intéressée, c’est Petrova qui a des aspirations bien différentes des jeunes filles de son époque puisqu’elle aime la mécanique et veut devenir pilote d’avion !

« Ballet shoes » est un roman plein de charme où l’entraide a une place importante et où les femmes (il y a peu d’homme dans le roman) apprennent à se débrouiller, à être indépendantes. J’ai lu ce roman en anglais mais il existe également en français sous le titre « Le serment des sœurs Fossil » aux éditions Novel.

Rebecca de SunnyBrook de Kate Douglas Wiggin

Rebecca Randall, 10 ans, est envoyée par sa mère chez ses tantes Jane et Miranda à Riverboro dans le Maine. La famille Randall est lourdement endettée depuis le décès du père. Ce départ soulagera sa mère et permettra à Rebecca d’avoir une éducation. Jeremiah Cobb, qui est venu la récupérer à la diligence, découvre une enfant très vive : « Sous ses sourcils délicats brillaient deux étoiles noires, qui renvoyaient une lumière intense, chargée d’une curiosité insatiable pour tout ce qui l’entourait. Ce regard semblait transpercer les gens. Il était impossible de le satisfaire » Ses tantes pensaient recevoir la calme et posée Hannah, l’ainée de la fratrie Randall, et elles se retrouvent avec une jeune fille énergique et remuante. La cohabitation avec la rigide Miranda va se révéler difficile.

« Rebecca de Sunnybrook » a été publié en 1903 et c’est un classique de la littérature jeunesse américaine appréciée par Jack London ou Mark Twain. Le roman n’est pas sans évoquer « Anne of Green Gables », le destin des deux jeunes filles est proche. Rebecca est une enfant immédiatement attachante, pétillante, lumineuse et pleine d’imagination. Ses qualités attirent l’attention et lui permet de lier de solides amitiés : Emma Jane qui l’admire et poursuivra ses études à ses côtés, Jeremiah Cobb qui tombe sous son charme en premier, M. Aladin qui l’aidera à s’accomplir. Kate Douglas Wiggin décrit toute une petite communauté qui va être marquée (positivement bien-sûr !) par l’arrivée du tourbillon Rebecca. Ce qui m’a également beaucoup plu, c’est le réalisme de cette histoire. L’autrice ne cache pas la pauvreté de la famille de Rebecca ou de celle des Simpson, la douleur de l’arrachement de la jeune fille à sa maison et aux paysages qu’elle apprécie mais Kate Douglas Wiggin souligne également l’importance de l’éducation pour les filles à la fin du 19e siècle.

Après avoir été enchantée par la lecture des « Enfants du chemin de fer » d’Edith Nesbit, j’ai découvert avec délice le roman d’apprentissage de Kate Douglas Wiggin. Merci aux éditions Novel de nous permettre de découvrir ces grands classiques de la littérature jeunesse.

Traduction Jacques Martine

Dans la maison de ma grand-mère d’Alice Melvin/La maison à la petite porte rouge de Grace Easton

La jeune Alice rend visite à sa grand-mère. Elle la cherche de pièce en pièce nous révélant  ses objets préférés : la vache en porcelaine qui sert de pichet à lait, le fauteuil à bascule, la mappemonde, la lampe chat, le grenier où sont entreposés les jouets de sa grand-mère.

L’album d’Alice Melvin est un très bel et tendre hommage à sa grand-mère. La maison est joyeuse, colorée, le jardin d’hiver luxuriant. Elle fourmille de détails : de jolis papiers peints fleuris ou rayés, des objets précieux, de belles tasses, des chiens Staffordshire. L’album comporte de nombreuses portes découpées qui laissent entrevoir la pièce suivante, une page se déplie en hauteur pour nous montrer le grenier, ce qui rend l’album très ludique. Les dessins sont d’une grande délicatesse, la maison de la grand-mère a un charme suranné assez irrésistible, un vrai régal !

Olivia se sent seule dans sa maison à la petite porte rouge. Au fond du jardin, dans un arbre, Souriceau aimerait avoir quelqu’un à qui parler. La neige, qui a recouvert tout le paysage, va les rapprocher mais elle va également détruire la maison du petit rongeur. Olivia va l’aider à retrouver une demeure. Est-ce que ça sera la théière, la pendule ou une chaussure ?

Quelle merveille que cet album de Grace Easton ! Comme dans l’album d’Alice Melvin, il y a de nombreux rabats nous révélant de délicieuses surprises (et une petite araignée qui se glisse partout !). Les dessins sont absolument splendides, doux et délicats. Les intérieurs sont chaleureux et cosy, les paysages sont enneigés et apaisants. J’ai adoré cet album sur l’importance de l’amitié qui regorge de jolies trouvailles.

 

 

 

Multicolore de Léa Maupetit

J’apprécie depuis de nombreuses années le travail de Léa Maupetit et notamment sa série d’ouvrages en collaboration avec Emmanuelle Kecir-Lepetit (« Fleurs », « Oiseaux », « Insectes », « Arbres »). Ce qui me plait particulièrement dans ses livres et illustrations, c’est son emploi de couleurs vives, éclatantes. Son dernier ouvrage, dont elle a également écrit les textes, témoigne de son émerveillement face à la couleur : « La couleur m’enchante et me fascine et je suis assaillie en permanence de nombreuses interrogations. D’où vient-elle ? Comment obtenir ce bleu que j’aime tant ? Est-ce que la couleur existe si on ne la regarde pas ? Voit-on tous les mêmes couleurs ? Pourquoi réagit-elle différemment selon les heures de la journée ? » Autant de questions auxquelles Léa Maupetit essaie de répondre dans « Multicolore ».

Le livre se nourrit de l’expérience d’illustratrice de son autrice mais également d’expériences et découvertes scientifiques (par exemple : Isaac Newton et la décomposition de la lumière blanche en différentes couleurs, l’immense nuancier de Michel-Eugène Chevreul au 19ème siècle). Léa Maupetit revient sur les fondamentaux (couleurs primaires, secondaires), sur les ondes lumineuses qui nous permettent de voir les couleurs, sur ce qui fait une couleur (teinte, saturation luminosité) mais également sur l’origine des noms donnés aux couleurs, sur leur procédé de fabrication (pigments naturels et synthétiques). Le sujet est inépuisable et les nuances des couleurs infinies. Le livre est superbement illustré avec des nuanciers, des planches botaniques, des objets du quotidien qui étayent le propos.

« Multicolore » est un ouvrage didactique, accessible aux plus jeunes, ludique où l’on sent toute la passion et l’enthousiasme de Léa Maupetit pour son sujet. 

Hiver de Fanny Ducassé

Hiver est une petite fille qui vit seule avec son père dans un château glacé recouvert de mascarpone. Sa mère mourut le jour de sa naissance et elle lui laissa un coussin brodé et un coffre fermé à clef. Elle ne pourra l’ouvrir que le jour de ses douze ans. En attendant cette date, Hiver reste dans le château silencieux où son père, profondément triste, se transforme peu à peu en ours polaire.

De Fanny Ducassé, j’avais déjà eu le plaisir de lire « Rosalie et le langage des plantes » et « Un automne avec M. Henri ». « Hiver » est un récit d’apprentissage en forme de conte où une petite fille de douze ans va enfin découvrir le monde extérieur. L’histoire est infiniment poétique et originale : le nom des personnages (la marraine d’Hiver se nomme Rubis), le château recouvert de mascarpone, etc… Les dessins se déclinent en rouge et blanc et sont absolument splendides. Les détails foisonnent, même les encadrements des textes sont fins et délicats.

Le nouvel album de Fanny Ducassé est un enchantement visuel et l’histoire d’Hiver est touchante et pleine de charme.

Les effacées de Marine Carteron

Suite à une sortie scolaire au musée d’Orsay, Joséphine se retrouve enfermée dans un placard à balais. La jeune fille est harcelée depuis des mois par un groupe de garçons. Quand Joséphine réussit à sortir, la nuit est tombée et elle n’en revient pas d’avoir été oubliée par tous. Elle commence à errer dans les salles du musée et s’arrête devant « L’origine du monde » de Gustave Courbet. C’est là qu’elle est interpellée par une voix, celle de Virginie qui émane de « L’homme blessé », également peint par Courbet. Elle fut la compagne du peintre et était présente dans le tableau. Mais suite à leur séparation, Courbet décida de l’effacer. Virginie raconte à Joséphine sa vie et celles d’autres femmes victimes des repentirs du peintre, ou oubliées comme le modèle de « L’origine du monde ». 

« Les effacées » est un formidable roman qui fait dialoguer deux jeunes femmes dont les destinées entre en résonnance malgré  les années qui les séparent. Leur rencontre met en lumière la place des femmes, la domination masculine, l’importance du consentement. L’histoire de Joséphine et celle de Virginie s’entremêlent avec intelligence et habileté.

Le propos féministe lié à une plongée dans l’œuvre de Gustave Courbet font des « Effacées » un roman captivant qui donne envie de parcourir les allées du musée d’Orsay à la recherche de celles qui ont été invisibilisées. (Dans « L’atelier du peintre », Jeanne Duval, la compagne de Baudelaire réapparaît comme un fantôme dans la toile). Le roman de Marine Carteron est très joliment illustré par Mathilde Foignet. 

Francoeur, à nous la vie d’artistes ! de Marie-Aude Murail et Constance Robert-Murail

En 2019, Hélène et Constance Dacieux font l’acquisition du château d’Apresort qui fut la demeure de l’écrivain Francoeur, née Anna Dupin, de 1852 à sa mort en 1910. En rénovant le château, elles trouvèrent des lettres inédites, une correspondance entre Francoeur et une jeune admiratrice. Dans ses lettres, Anna revient sur sa vie : son enfance heureuse dans le Berry avec ses frères jumeaux, Isidore et Marceau, qui prit fin au décès de leur mère en couches, sa vie de bohème pauvre à Paris où s’installa son père, peintre rêvant de participer au Salon. Elle y décrit ses difficultés à s’affirmer en tant qu’écrivain, celles de ses frères eux aussi artistes, les temps troublés, les affrontements dans Paris et son engagement politique mais aussi ses rêves de jeune fille en quête d’amour.

« Francoeur », écrit à quatre mains par Marie-Aude Murail et sa fille Constance Robert-Murail, est une formidable fresque historique et familiale. La vie d’Anna Dupin et de ses frères et sœur (je vous laisse le plaisir de découvrir le destin singulier de la flamboyante et fantasque Olympia) est captivante et semée de péripéties. Les autrices nous plongent dans le Paris de la génération romantique, celui de la révolution de 1848, des barricades, de la fin du règne de Louis Philippe et de la proclamation de la République par Lamartine. Elles décrivent également l’apprentissage de la vie d’artistes : les salons pour Isidore, l’écriture dans la presse pour Anna et Marceau et les difficultés pour une femme d’être reconnue. Marie-Aude Murail et Constance Robert-Murail s’inspirent de George Sand, Rosa Bonheur ou Sarah Bernhardt pour inventer des personnages immédiatement attachants que l’on suit avec bonheur au fil des pages.

« Francoeur, à nous la vie d’artiste » est un roman qui se dévore tant la vie de la famille Dupin est trépidante. J’ai vraiment hâte de découvrir le deuxième volume.

Les enfants du chemin de fer d’Edith Nesbit

« Au commencement, Roberta, Peter et Phyllis n’avaient aucun intérêt particulier pour le chemin de fer. Ce n’était à leurs yeux qu’un moyen de transport pour se rendre à Londres et assister à des spectacles de magie, admirer les animaux du jardin zoologique ou visiter le musée de Madame Tussaud. » Les trois enfants vivent paisiblement dans la banlieue de Londres avec leurs parents. Leur vie va être bouleversée lorsque deux hommes débarquent un soir chez eux et emmènent leur père. Leur mère, souhaitant les protéger, ne leur explique pas la raison du départ de leur père. Mais rapidement, les finances de la famille chutent. La mère écrit des histoires sans que cela soit suffisant pour les faire vivre. Ils doivent quitter Londres pour la campagne du Yorkshire. Les enfants s’habituent à leur nouvelle vie notamment grâce au chemin de fer et à ses salariés chaleureux et accueillants.

« Les enfants du chemin de fer » est un classique de la littérature jeunesse anglaise qui date de 1906 et il est publié pour la première fois en français. Il a été adapté à plusieurs reprises pour le cinéma ou la télévision. Roberta, Peter et Phyllis vont vivre de nombreuses aventures et vont se montrer extrêmement ingénieux et courageux (pour prévenir le conducteur d’un train d’un éboulement sur les voies ou pour sauver un enfant d’un départ de feu). Ce sont aussi des enfants ordinaires qui se chamaillent et font des bêtises même s’ils essaient de se comporter le mieux possible pour soulager leur mère. Inutile de vous dire que ces trois-là sont très attachants et qu’il est bien difficile de les quitter.

De l’aventure, du suspens, de l’émotion, de l’amitié, de l’humour, de la tendresse, voilà les ingrédients qui rendent « Les enfants du chemin de fer » précieux et intemporel.

 Traduction Amélie Sarn

King Winter’s birthday de Jonathan Freedland et Emily Sutton

Winter

C’est l’anniversaire du roi Hiver et il souhaite organiser une fête spéciale. Il veut faire venir ses frères et ses sœurs : la reine Printemps, le roi Eté et la reine Automne. Le roi Hiver se souvient avec émotion des moments passés ensemble durant l’enfance et il est enchanté d’accueillir sa famille dans son palais. Mais pendant que la fratrie festoie, de drôles d’évènements se déroulent dehors. La nature est déboussolée.

« King Winter’s birthday » est un très joli conte qui met en avant le respect de la nature, du rythme des saisons. En prenant connaissance de l’origine de cette histoire, on peut y voir d’autres thématiques. Jonathan Freedland s’est inspiré d’un texte écrit par Ullrich Alexander Boschwitz, un juif allemand qui fut interné dans un camp sur l’île de Man en 1939. C’est là qu’il rédigea ce conte. « King Winter’s birthday » peut alors être lu comme un retour à l’ordre normal des choses après une période chaotique. Le texte évoque aussi le fait d’être séparé de ses proches et de les retrouver dans ses souvenirs. Le contexte historique de son écriture rend ce conte particulièrement émouvant. Il est sublimé par les splendides dessins d’Emily Sutton, l’une de mes illustratrices favorites. Les illustrations sont lumineuses, colorées et regorgent de détails.

Un véritable régal que cet album aussi bien pour sa beauté formelle que pour sa touchante histoire.

Le pull de Noël de Cecilia Heikikilä/Comment le père Noël descend de la cheminée de Mac Barnett et Jon Klassen

En cette veille de Noël, je vous propose deux albums jeunesse. Le premier est signé de l’illustratrice suédoise Cecilia Heikkilä. Le chat Fransson part se promener dans la ville pour se réchauffer. Les trottoirs sont recouverts d’une épaisse couche de neige mais heureusement notre petit félin porte un pull en laine bien chaud. La ville est en fête et Fransson croise des habitants en quête de cadeaux, une chorale de souris, le boulanger qui prépare des bretzels à la cannelle. Ce qu’il n’a pas vu, c’est qu’au fur et à mesure de sa balade, son pull s’est tout détricoté ! Comment va-t-il pouvoir survivre au froid ? Cet album nous plonge dans l’atmosphère de Noël avec de très jolies illustrations dans des tons sourds et ce fil de laine rouge qui parcourt chaque page. L’histoire est très tendre, chaleureuse et réconfortante. Et pour les amoureux des livres, elle s’achève dans une librairie !

Grâce à mon amie Emjy, j’ai découvert « Comment le Père Noël descend dans la cheminée » de l’américain Mac Barnett qui pose sans son album la question la plus importante de Noël. Elle en entraine d’autres : est-ce que le Père Noël rétrécit pour passer sans encombre dans la cheminée ? Est-ce qu’il salit son beau costume avec la suie ? Que se passe-t-il lorsqu’il n’y a pas de cheminée ? Cet album est vraiment très amusant, plein de malice et de fantaisie. Ce livre est un excellent moyen d’attendre et de guetter la venue du Père Noël.