
Vieux-Os est un adolescent de 13 ans qui vit avec sa grand-mère, Da, à Petit-Goâve à Haïti. Ses préoccupations sont celles de tous les ados : les filles et surtout une belle Vava, les copains : Franz et Rico, l’école et les bagarres. C’est sous forme de fragments, de tranches de la vie quotidienne que la vie du narrateur est racontée. Vieux-Os marche beaucoup, il parcourt Petit-Goâve et nous découvre ainsi son univers. Tout le monde se connaît, on croise une vieille femme un peu sorcière, des joueurs d’échecs acharnés, le notaire Loné, un camarade de classe alcoolique à 13 ans, etc… Mais le personnage central dans la vie de Vieux-Os, c’est Da, la sagesse du village. La grand-mère sait entourer Vieux-Os de son amour sans l’étouffer, prête à tous les sacrifices pour l’avenir de son petit-fils.
Dany Laferrière se remémore son adolescence avec une tendresse infinie. Petit-Goâve semble représenter un paradis perdu que la littérature lui permet de faire revivre. Mais il n’oublie pas de nous montrer la dureté de la vie à Haïti. Dès l’ouverture du livre, une épée de Damoclès est au-dessus de Da. Elle va perdre sa maison qui a été hypothéquée par son mari. Et pourtant ils avaient trimé pour la construire : « Et pour bâtir cette maison, nous avons passé cinq ans avec un morceau de sel blanc sous la langue pour toute nourriture. Nous l’avons bâtie avec notre crachat et notre sang. » N’ayant pas les moyens d’être coquette, Da portait la même robe noire et se disait en deuil d’untel ou d’untel pour cacher sa pauvreté. Malgré toutes leurs souffrances, le mari hypothéqua la maison pour envoyer ses filles à Port-au-Prince, loin de la misère de Petit-Goâve. C’est pour cette raison que Vieux-Os est élevé par son extraordinaire grand-mère.
La violence du régime politique haïtien finit par arriver à Petit-Goâve. Tous les notables de la ville sont kidnappés, un couvre-feu est instauré pour le reste des habitants. Vieux-Os ne nous explique pas réellement ces évènements mais c’est un enfant, certaines choses lui échappent encore. Le lecteur reste toujours au niveau de Vieux-Os, le regard reste tout le long du récit celui d’un adolescent de 13 ans. Il entrevoit la réalité des adultes à travers les conversations : « Les gens crèvent de faim, Da. Je connais des employés de l’Etat qui n’ont pas vu la couleur de leur chèque mensuel, une pitance, depuis plus de six mois (…). L’hôpital de Petit-Goâve n’a pas de médicament, à peine un médecin. Le docteur Cayemitte ne peut s’occuper de Petit-Goâve et des onze sections rurales environnantes. pas de soins médicaux. Pas de nourriture. Pas d’éducation. » Haïti est une île au destin cruel, sacrifié, qui a souffert, souffre et souffrira malheureusement encore.
« Le charme des après-midi sans fin » est un livre extrêmement touchant. Dany Laferrière nous transporte dans ses souvenirs, dans sa nostalgie et nous fait passer du rire aux larmes. Un livre chargé d’émotions, mais qui ne tombe jamais dans le misérabilisme. Il s’agit également d’un hommage vibrant à Da, à son café, à son amour.












