Girlfriend on Mars de Deborah Willis

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Amber et Kevinse connaissent depuis l’école primaire de Thunder Bay. Devenus adultes, ils sont venus s’installer à Vancouver. Leur appartement se situe en sous-sol est est surchauffé en raison de leur plantation de cannabis. Kevin souhaitait devenir scénariste mais il a fini par n’obtenir que des rôles de figurants. Amber était promise à un bel avenir comme gymnaste mais une chute a mis fin à ses rêves. Elle vit de petits boulots malgré ses connaissances poussées en sciences de l’environnement. Le couple végète ce qui ne semble pas gêner Kevin. En revanche, Amber commence à s’ennuyer et cherche à se sentir plus vivante. C’est pourquoi, elle s’inscrit au casting de MarsNow, une émission de téléréalité qui entend choisir le couple idéal pour aller sur Mars. Un aller sans retour pour ceux qui seront les heureux gagnants. Kevin, qui ne peut s’imaginer vivre sans Amber, est bouleversé par cette nouvelle.

Le premier roman de Deborah Willis réinvente de manière originale la façon de raconter une histoire d’amour. Les chapitres alternent entre le point de vue de Kevin et ce que vit Amber dans son émission. Nos deux amoureux ont été fragilisés dans leur enfance : elle par un père obsédé par la religion et le fait qu’elle devienne une championne, lui par une mère dépressive et possessive. Ils se sont appuyés l’un sur l’autre pour aller mieux mais cela ne suffit plus à Amber.

L’histoire d’amour des deux personnages s’inscrit sur un mal-être profond : éco-anxiété, consumérisme à outrance, recherche de célébrité à tout prix. Le sentiment d’inutilité, d’impuissance amène Kevin à se replier sur lui-même, tandis qu’Amber décide de fuir ses angoisses en allant explorer une autre planète. « Girlfriend on Mars » est une satire ironique qui épingle les contradictions de nos sociétés. Notre planète brûle mais la solution serait d’aller coloniser l’espace plutôt que de trouver des solutions pour réduire la pollution.

Le premier roman de Deborah Willis est très divertissant et nous propose une manière originale de parler du couple

Traduction Clément Baude

D’acier de Silvia Avallone

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« Ça veut dire quoi, grandir dans un ensemble de quatre barres d’immeubles d’où tombent des morceaux de balcon et d’amiante, dans une cour où les enfants jouent à côté des jeunes qui dealent et des vieilles qui puent ? Quel genre d’idée tu te fais de la vie, dans un endroit où il est normal de ne pas partir en vacances, de ne pas aller au cinéma, de ne rien savoir du monde, de ne pas feuilleter les journaux, de ne pas lire de livres, où la question ne se pose même pas ?  » C’est dans cet environnement, via Stalingrado à Piombino, qu’ont grandi Anna et Francesca. A 13 ans, les deux inséparables amies profitent de la plage, de l’été, de la légèreté de la drague. Une saison pour essayer d’oublier la fumée des aciéries, les pères absents ou violents, les voisines qui tombent enceinte à 16 ans. En face de Piombino se trouve l’île d’Elbe, prospère et touristique, qui fait rêver les deux amies. Arriveront-elles à fuir la via Stalingrado ?

« D’acier » est le premier roman de Silvia Avallone, sorti en 2010, et il était grand temps que je le découvre. Un parfum de désenchantement plane sur le roman et sur le destin des deux adolescentes si pressées de devenir adultes. L’insouciance du début, de l’été et de la sensualité des corps, ne peut effacer complètement ce qui fait leur quotidien :  la pauvreté, la brutalité sociale. Silvia Avallone raconte la perte de l’innocence, le passage à l’âge adulte arrivé trop tôt. Le poids du déterminisme social semble bien lourd pour les frêles épaules d’Anna et Francesca.

La beauté et la puissance d’évocation de l’écriture de Silvia Avallone, le réalisme social cru et rude qu’elle décrit m’ont totalement embarquée et séduite.

Traduction Françoise Brun

Les hommes manquent de courage de Mathieu Palain

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Jessie a 43 ans, est prof de maths, mère de deux enfants et elle perd pied. Son fils ainé, Marco, âgé de 15 ans a disparu depuis trois jours et risque l’expulsion du lycée où travaille sa mère. Le proviseur veut prévenir les services sociaux. Jessie n’arrive plus à comprendre son fils. Le jeune homme finit par appeler sa mère un soir, il est à une fête avec sa copine et il demande à sa mère de venir le chercher en urgence. Une très longue nuit commence pour Jessie et son fils.

Mathieu Palain s’est glissé dans la peau de Jessie en s’inspirant de l’histoire véritable d’une femme qui l’avait choisi comme confident. Le journaliste et romancier avait réalisé un podcast sur les hommes violents sur France Culture et il revient sur ce sujet en se plaçant du côté d’une victime. Après avoir compris que son fils avait commis un acte inadmissible, Jessie réalise qu’elle ne lui a jamais parlé de sa vie, de la violence qu’elle a subi et qui a modifié totalement le cours de sa vie. Elle s’est perdue, a plongé dans les excès pour oublier et parce que son corps avait déjà été bafoué. Le récit de Jessie est terrible, bouleversant et très justement rendu par Mathieu Palain. Il est également question de transmission des traumatismes, de la violence et c’est ce que cherche à endiguer Jessie lorsqu’elle parle à son fils.

Avec un style très réaliste, sans fioritures, Mathieu Palain nous dévoile la vie chaotique et tourmentée d’une femme qui subit la violence des hommes depuis son adolescence. Un destin éminemment touchant et saisissant.

Les oracles de Margaret Kennedy

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Non loin de Bristol, dans la petite ville de Summersdown, un terrible orage éclate. Il frappe notamment le jardin de Conrad Swann, sculpteur bohême et désargenté. L’arbre où aiment jouer ses enfants est foudroyé, ainsi qu’une chaise de jardin qui sera rangée dans l’appentis où l’artiste travaille. Le soir suivant la tempête, Conrad devait présenter sa nouvelle sculpture appelée l’Apollon. Mais lorsque les invités arrivent, Conrad manque à l’appel. Parmi le cercle d’intellectuels gravitant autour de lui, Martha Rawson est la plus redoutable et elle s’est autoproclamée sa meilleure amie et sa représentante. Il est hors de question pour elle de faire une croix sur l’Apollon. Elle fouille donc l’appentis et trouve une pièce métallique déformée, monstrueuse. Elle s’en empare et tente de convaincre la municipalité d’acheter ce qu’elle prend pour l’Apollon. Le quiproquo fait naitre des tensions dans le village jusqu’à faire oublier les enfants Swann livrés à eux-mêmes depuis la disparition de leur père.

Le point de départ des « Oracles » m’a beaucoup fait penser à celui du « Festin ». Les deux romans s’ouvrent en effet sur un évènement naturel aux conséquences dramatiques (l’effondrement d’une falaise et ici un très fort orage). Autre point commun, Margaret Kennedy a écrit deux contes moraux où les enfants sont les victimes de la stupidité des adultes. Dans « Les oracles », l’avidité, le snobisme intellectuel, l’orgueil sont moqués par l’autrice avec toujours autant de sagacité et d’ironie. Certains personnages, incapables de se remettre en question, seront tournés en ridicule. Le roman interroge également ce qu’est une œuvre d’art contemporaine, doit-elle être belle pour avoir de la valeur ? (Ses interrogations m’ont fait repenser au procès intenté par les Etats-Unis au sculpteur Brancusi).

Le ton de Margaret Kennedy est toujours grinçant, la lecture est savoureuse et par moments très drôle. Mais « Les oracles » n’est pas aussi réussi que « Le festin ». Le roman souffre de longueurs, d’un manque de rythme peut-être dû à l’arrivée un peu tardive du quiproquo artistique dans l’intrigue.

Des quatre romans de Margaret Kennedy que j’ai lus jusqu’à présent, « Les oracles » est celui qui m’a le moins enthousiasmée même si la comédie mordante reste plaisante à lire.

Traduction Anne-Sylvie Homassel

Justine de Lawrence Durrell

Justine

Sur une île des Cyclades, un homme se remémore son séjour à Alexandrie avant la seconde guerre mondiale. Il était enseignant, peu fortuné et en couple avec Mélissa, une danseuse de cabaret phtisique. Il fait la connaissance de Justine, mariée à Nessim, jeune homme riche et cultivé. Le narrateur tombe sous le charme de la mystérieuse et fascinante Justine. Il entre également dans le cercle intellectuel de son mari et y rencontre de nombreuses personnes singulières.

« Justine » est le premier volet du Quatuor d’Alexandrie écrit par Lawrence Durrell. Le récit rétrospectif du narrateur se fait par bribes, par fragments sans aucune chronologie. « Dans la grande tranquillité de ces soirées d’hiver il y a une horloge : la mer. Son trouble balancement qui se prolonge dans l’esprit est la fugue sur laquelle cet écrit est composé. » Le narrateur est pris dans les flux et les reflux de sa mémoire ce qui donne une tonalité mélancolique au texte. Les personnages eux-mêmes vont et viennent, apparaissent et disparaissent sur de nombreuses pages. Ils sont d’ailleurs très nombreux et Lawrence Durrell ne nous les fait découvrir que par petites touches. C’est par exemple le cas de Cléa dont le nom est cité au détour d’un paragraphe et nous ne la découvrirons pleinement que beaucoup plus tard.

« Justine » est un texte exigeant, difficile d’accès par moments en raison de références culturelles et historiques que je n’ai pas. La narration est labyrinthique, ce qui est passionnant mais demande une grande attention. En plus des propos du narrateur, nous avons accès également au journal intime de Justine et au roman parlant d’elle écrit par son premier mari. De quoi complexifier le récit !

Ce qui fait la force de « Justine » est la beauté saisissante de la plume de Lawrence Durrell. Elle excelle notamment lorsqu’il parle d’Alexandrie, personnage principal de son quatuor, qui se déploie au fil des saisons, de la langueur de l’été à la triste grisaille de l’hiver. « Quelques bouffées d’air et une pluie aigrelette sont les avant-coureurs de l’obscurité qui efface la lumière du ciel. Et maintenant, impalpable, invisible dans l’obscurité des chambres aux volets clos, le sable envahit tout, apparaît comme par magie sur les vêtements serrés depuis longtemps dans les armoires, s’insinue entre les pages des livres, se dépose sur les tableaux et sur les cuillères. Dans les serrures et sous les ongles. L’air sanglote, vibre, dessèche les muqueuses et injecte les yeux de sang. » 

La vie d’expatriés en Égypte avant la seconde guerre mondiale, l’amour et le désir qui s’affrontent et s’entremêlent, l’atmosphère de la ville d’Alexandrie, l’analyse des méandres de l’âme humaine, « Justine » aborde toutes ces thématiques au travers des brides de souvenirs du narrateur. Le premier volet du Quatuor d’Alexandrie ne se livre pas facilement mais la langue magnifique de Lawrence Durrell m’a totalement séduite.

Traduction Roger Giroux

Un métier dangereux de Jane Smiley

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1851, Monterey, Californie, Eliza travaille dans la maison close de Mme Parks depuis la mort de son mari. Il a été tué dans un bar et la jeune femme n’a versé aucune larme pour cet homme brutal et violent. Loin de son Michigan natal, Eliza n’avait guère de possibilité pour subvenir à ses besoins. Mrs Parks est d’ailleurs très attentionnée envers ses filles et les protège le plus possible des clients malsains. Eliza passe son temps libre avec son amie Jean, prostituée également mais pour les femmes. Ensemble, elles lisent les aventures du chevalier Dupin imaginées par Edgar Allan Poe. Lorsque des prostituées, d’autres maisons closes, disparaissent et sont ensuite retrouvées mortes, Eliza constate que leur sort n’intéresse pas les autorités. Elle décide donc de mener sa propre enquête et se met à soupçonner tous ses clients.

Avec « Un métier dangereux », Jane Smiley nous offre un roman extrêmement divertissant et très plaisant à lire. Elle croise avec aisance le western et l’enquête policière dans une Amérique d’avant la guerre de Sécession. L’arrière-plan sociétal et historique est parfaitement rendu, nous sommes bien dans le Far-West de la ruée vers l’or qui en laissa plus d’un sur le carreau (c’est le cas du mari d’Eliza). Le roman interroge également la place et l’indépendance des femmes au travers du destin d’Eliza qui n’avait pas choisi son mari et qui va acquérir au fil des pages une certaine indépendance.

Le plaisir, qu’a eu Jane Smiley à écrire ce roman, se ressent dans chacune des pages qui se dévorent avec gourmandise.

Traduction Carine Chichereau

Les deux visages du monde de David Joy

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Après des années à Atlanta, Toya Gardner décide de passer l’été chez sa grand-mère Vess Jones dans la petite ville de Sylva en Caroline du nord. Devenue artiste, Toya souhaite interroger les racines de sa famille et elle ne tarde pas à vouloir dénoncer l’histoire esclavagiste du comté de Jackson. Cela n’est bien entendu pas du goût d’une partie de la population qui honore toujours le passé sudiste de leurs ancêtres. Parallèlement aux actions menées par la jeune femme, Ernie Allison, adjoint au sheriff, interpelle un homme qui se balade avec un costume du Ku Klux Klan dans sa voiture et un carnet de noms de dignitaires de la région qui en seraient membres. L’insistance d’Ernie à vouloir creuser l’enquête ne plaît pas beaucoup à sa hiérarchie. Quelques semaines plus tard, deux terribles crimes vont venir assombrir le quotidien en apparence paisible des habitants de Sylva.

Dans son cinquième roman, David Joy continue à explorer son territoire, la Caroline du nord, où il est né et où il vit toujours. L’intrigue est ici parfaitement maîtrisée, haletante et elle ne cesse de nous surprendre. « Les deux visages du monde » est également une radiographie sociale de ce territoire. Toute la première partie m’a fait penser au dernier roman de S.A. Cosby, « Le sang des innocents », où la célébration du passé sudiste, symbolisé par une statue, était au cœur de l’intrigue. David Joy traite cette thématique de manière différente, sous l’angle de deux réalités qui coexistent sans se comprendre. Le titre original l’exprime d’ailleurs parfaitement : « Those we thought we knew ». Le shérif Coggins se rend compte lors des évènements que ses amis noirs, Vess Jones et son mari aujourd’hui décédé, n’ont pas du tout le même ressenti sur les années écoulées. Le shérif pensait le racisme éradiqué et voyait comme du folklore les manifestations autour du passé sudiste de Sylva. L’été, où Toya revient chez elle, va servir de révélateur pour beaucoup d’habitants de la profonde fracture qui existe toujours entre les communautés.

David Joy s’appuie, pour construire son intrigue, sur de très beaux et très forts personnages féminins comme celui de Toya, jeune femme déterminée et engagée, mais également celui de sa grand-mère Vess dont l’abnégation et le courage ne peuvent qu’émouvoir le lecteur. L’inspectrice Leah Green est également très intéressant car son enquête remettra profondément en cause sa carrière et ses convictions.

« Les deux visages du monde » est un excellent roman noir, éminemment social, parfaitement maîtrisé et qui ne cesse de surprendre son lecteur. Du très grand David Joy.

Traduction Jean-Yves Cotté

Trois étés de Margarita Liberaki

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Trois étés à Kiphissia, petite ville située au-dessus d’Athènes, avant la seconde guerre mondiale racontés par Katerina, la plus jeune de trois sœurs, qui est impétueuse, indécise, rêveuse et indépendante. Sa sœur aînée, Maria, est sensuelle et réaliste tandis qu’Inphanta est plus froide et distante. Les trois sœurs vivent avec leur mère, divorcée, leur tante restée célibataire et leur grand-père qui a vécu douloureusement le départ de sa femme, d’origine polonaise,  lorsque ses filles étaient enfants. L’histoire de cette grand-mère scandaleuse reste un sujet tabou pour la famille et titille la curiosité de sa petite-fille Katerina.

« Trois étés » est le deuxième roman de Margarita Liberaki et il fut publié en 1946. Il fut traduit en français grâce à l’insistance d’Albert Camus mais il n’a malheureusement jamais été republié depuis alors que ses qualités sont nombreuses. « Trois étés » est un roman d’apprentissage, le récit sur trois saisons du quotidien de trois jeunes filles et de leurs proches. Tout n’est que sensation, sentiment, bruissement de la vie qui s’écoule. L’écriture de Margarita Liberaki est extrêmement poétique, lumineuse, sensible et impressionniste. La narration appartient à Katerina mais elle tend par moments vers le rêve, le fantasme et nous offre également les points de vue des autres personnages. « Je me rappelle les années passées comme si elles étaient un jour, un instant » (traduction Jacqueline Peltier) Le récit est également emprunt d’une douce mélancolie qui est renforcée par la description précise des saisons, de la disparition de l’été pour la fraîcheur de l’automne.

Margarita Liberaki a créé des personnages féminins très intéressants, très complexes, s’éveillant à la séduction, à l’amour et entrant peu à peu dans l’âge adulte en assumant des choix de vie très différents. L’ensemble des personnages féminins est d’ailleurs très moderne pour l’époque : la grand-mère qui quitte tout par amour, la mère divorcée et la tante qui choisi de ne pas se marier. Une famille atypique que l’autrice décrit avec beaucoup de tendresse.

« Trois étés » a la langueur, la sensualité et la douceur de l’été. La poésie de l’écriture de Margarita Liberaki est admirable et donne toute son intensité à ce récit d’apprentissage.

Célèbre de Maud Ventura

Célèbre

« Il est beaucoup question du syndrome de l’imposteur. Vivre avec l’impression de ne pas mériter ses réussites, d’avoir eu de la chance, d’être passé entre les gouttes, de voler la place de quelqu’un de plus compétent. De mon côté, je dois affronter l’angoisse inverse et inavouable : je pense que j’ai un talent fou et je me demande quand le monde entier finira par s’en rendre compte. Pour moi, l’injustice suprême serait que mon génie passe inaperçu. Je suis exceptionnelle, mais je crains que jamais il ne me soit permis d’en faire la brillante démonstration. » Cette jeune femme, à l’égo démesuré, c’est Cléo Louvent dont le seul but dans la vie est de devenir mondialement célèbre. Brillante, intelligente, totalement névrosée, elle va travailler d’arrache-pied pour réaliser son rêve et devenir la nouvelle star de la chanson. Quand elle percera, son ascension sera foudroyante.

J’avais beaucoup apprécié « Mon mari », le premier roman de Maud Ventura. J’étais donc ravie de la retrouver en cette rentrée littéraire. Et même si j’ai un petit bémol sur le roman, la lecture de « Célèbre » a été globalement réjouissant. Le point fort du roman est sa détestable héroïne. Cléo a des côtés attachants (son envie de perfection s’accompagne de terribles punitions qu’elle s’inflige) mais au fur et à mesure de la lecture, elle devient parfaitement odieuse mais uniquement dans les coulisses. Et son cynisme est jubilatoire, elle joue avec les médias, les fans, se créant un personnage sympathique et empathique. Elle connaît tous les codes pour se donner une image positive et ainsi durer dans le temps. Elle maitrise tout jusqu’à l’obsession ce qui la rapproche de la première héroïne du premier roman de Maud Ventura. Je vous laisse découvrir comment la gloire de Cléo prendra fin.

Le portrait de Cléo Louvent est féroce, le personnage est détestable à souhait ! Je pense néanmoins que le récit de son ascension s’étend un peu en longueur. Il n’en reste pas moins que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire « Célèbre ».

La fileuse de verre de Tracy Chevalier

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1486, Venise est à son apogée commerciale. Murano, île située de l’autre côté de la lagune, regroupe les maîtres verriers depuis 1201, mesure prise pour éviter les incendies dans la Sérénissime. Les Rosso sont verriers de père en fils. Le père, Lorenzo, est un homme prudent qui gère son commerce en produisant peu de modèles : pas de lustres ou de chandeliers tarabiscotés, des objets simples mais de qualité. Ses fils Marco et Giacomo travaillent avec lui pour un jour prendre sa suite. Malheureusement, ce jour arrive plus vite que prévu, Lorenzo décède accidentellement. Marco est l’aîné et il doit devenir maestro pour prendre la tête de l’atelier. Mais il est encore jeune, fougueux et il écoute peu les conseils avisés de ceux qui l’entourent. Voyant les mauvaises décisions de son frère, Orsola décide d’apprendre à faire des perles à la lampe alors que les femmes n’ont pas leur place dans l’atelier. Outre les revenus générés par la vente de son travail, cela pourrait lui apporter une certaine indépendance.

Tracy Chevalier a l’art de nous plonger de façon immersive dans un métier, un artisanat. Avec « La fileuse de verre », la création de perles à l’aide d’une lampe à suif et soufflet n’aura plus de secret pour vous. Les couleurs, les formes (rosetta, canella, ulivetta, paternostro, etc…), tout est formidablement détaillé. Autre point fort du roman, les personnages, que l’on suit durant toute leur vie, sont attachants et incarnés. Le roman est une fresque familiale avec à sa tête Orsola qui tente de s’imposer dans un monde d’hommes.

Malheureusement, je n’ai pas été convaincue par le choix narratif de Tracy Chevalier. Le temps « alla veneziana » s’écoulerait beaucoup plus lentement que sur la terre ferme. Orsola et sa famille vont donc traverser les siècles en vieillissant très peu et en ne changeant pas du tout. J’avoue ne pas bien saisir ce choix et ce qu’il apporte. La famille Rosso traverse l’histoire et ses soubresauts (épidémie, peste, occupation autrichienne, 1ère guerre mondiale, etc…). Si le but est de montrer l’évolution du commerce du verre, de la place de la femme, de la perte d’hégémonie de Venise, il était possible de le faire avec la descendance d’Orsola. D’autant que les différences flagrantes d’époques ne se manifestent qu’à partir du 20ème siècle où les technologies évoluent et modifient vraiment le quotidien des personnages. Cela n’a pas perturbé ma lecture et c’est sans doute pour cela que je n’en vois pas l’intérêt.

Roman familial, fresque historique très documentée, « La fileuse de verre » reste un roman plaisant à lire malgré un choix narratif qui ne me semble pas pertinent.

Traduction Anouk Neuhoff