Depuis le temps de vos pères de Dan Waddell

depuis-le-temps-de-vos-peres-gf

Après avoir tout juste réintégré la brigade criminelle, Foster Grant se voit confier le meurtre de Katie Drake, une actrice sur le déclin. Elle est retrouvée morte dans son jardin. Le problème de Grant, c’est que la fille de Katie, Naomi, a disparu. L’enquête stagne rapidement car Katie Drake semble avoir coupé tous les liens avec son passé. Heureusement Foster Grant a un atout dans sa manche : le généalogiste Nigel Barnes qui l’avait déjà aidé précédemment. C’est grâce à un cheveu retrouvé sur le corps de la victime que les recherches de Nigel vont pouvoir démarrer.

Comme vous le savez, j’ai beaucoup apprécié « Code 1879 » et j’ai eu plaisir à retrouver les personnages de Dan Waddell. La construction de l’intrigue et la raison du meurtre se rapprochent beaucoup du premier volet. Mais il est vrai qu’il est difficile de faire intervenir la généalogie dans une intrigue policière si le nœud de l’affaire ne se situe pas dans le passé. Ici, néanmoins, Dan Waddell nous dépayse et nous entraîne de l’autre côté de l’Atlantique. Comme Arthur Conan Doyle dans « Une étude en rouge », Dan Waddell nous emmène au cœur de l’église mormone. Celle-ci est d’ailleurs très adepte de la généalogie, ce qui va bien aider notre cher Nigel ! Le sujet est traité avec nuances et subtilité. L’auteur essaie de ne pas tomber dans les clichés rattachés aux mormons en nous en montrant les divers courants. Cette incursion  permet de renouveler l’enquête et le cadre où elle se déroule.

Même si « Depuis le temps de vos pères » est un très plaisant polar, j’ai trouvé l’intrigue moins palpitante et prenante que dans « Code 1879 ». Dan Waddell vient de publier une nouvelle enquête de Nigel Barnes, va-t-il réussir à nous surprendre dans ce nouveau roman ? J’attends vos avis pour me décider à la lire !

Une lecture commune avec Lou et Soie.

british mysteries

La neuvième pierre de Kylie Fitzpatrick

A LA VOLTAIRE !

En 1864 à Londres, la jeune Sarah O’ Reilly a réussi à se faire embaucher au London Mercury où elle compose les pages du journal à l’imprimerie. Elle, et sa sœur Ellen, sont irlandaises et orphelines. Elles vivent  dans le quartier pauvre et insalubre de Devil’s Acre. Sarah est intelligente et curieuse. Elle se fait rapidement remarquer par Lily Korechnya qui rédige une chronique récurrente sur les femmes d’exception. Elle prend la jeune Sarah sous son aile. Par ailleurs, Lily établit le catalogue de bijoux de lady Cynthia Herbert. Cette dernière a rapporté d’Inde neuf pierres magnifiques exposées pour le moment dans un musée londonien. Ces pierres appartiennent au maharajah de Bénarès qui souhaite en faire un navaratna, un talisman sacré. Mais la route des pierres est parsemée de cadavres.

« La neuvième pierre » de Kylie Fitzpatrick est une déception. Après avoir lu et adoré « Code 1879 » dans la même collection, je m’attendais à un roman policier de qualité. Mais ici point d’enquête autour des meurtres et donc il n’y a aucun suspense. Le livre est entièrement centré sur l’évolution de Sarah O’Reilly et tient plus du roman d’apprentissage que du policier. Cela n’est pas inintéressant puisqu’il permet d’aborder la place de la femme à l’époque victorienne. Mais l’intrigue principale n’est pas supposée être l’émancipation d’une jeune irlandaise dans le Londres du XIXème siècle.  Sarah et Lily sont des personnages plutôt attachants mais la plupart des autres sont traités très rapidement à l’instar d’Ellen, la jeune sœur. Il faut néanmoins reconnaître à Kylie Fitzpatrick un sens de l’atmosphère. Les deux villes où se déroule l’intrigue, Londres et Bénarès, sont bien rendues et décrites. On sent parfaitement toute la misère et l’abandon de Devil’s Acre, toutes les couleurs, les épices et l’écrasante chaleur de Bénarès.

« La neuvième pierre » est un roman policier qui ne tient pas ses promesses, ne développant pas du tout son enquête et qui finit par ennuyer.

Une lecture faite avec Soie et Lou.

british mysteries

I love London logo

mélange des genres

Code 1879 de Dan Waddell

waddell-code-1879

Dans un cimetière, situé sur la colline de Ladbroke Grove à Londres, est découvert le cadavre d’un homme poignardé et amputé des deux mains. L’inspecteur principal Grant Foster est chargé de l’enquête accompagné des inspecteurs Andy Drinkwater et Heather Jenkins. C’est grâce à cette dernière que l’enquête va faire un bond en avant. Sur le torse de la victime, cinq signes ont été gravés post-mortem : 1A137. C’est l’inspecteur Jenkins qui devine que cela correspond à la référence d’index d’un acte de naissance, de mariage ou de décès. La police fait alors appel à un généalogiste, Nigel Barnes, pour l’aider à découvrir le meurtrier. Après des heures de recherche, il découvre que le 1A137 est l’acte de décès de Albert Beck retrouvé mort, poignardé, dans l’enceinte de l’église  St John à Ladbroke Grove, le 29 mars 1879. Le même jour et au même endroit que le meurtre dont est chargé Grant Foster. Quel rapport entre les deux assassinats ? Et pourquoi ce fait divers victorien remonte-t-il soudainement à la surface ?

« Je ne peux m’empêcher de penser que si nous voulons avoir une petite chance de venir à bout du présent, il faut que nous en sachions le plus possible sur le passé. Ce n’est qu’à ce moment-là que les choses deviendront claires. » Et voilà bien toute l’originalité de ce polar haletant : mélanger le présent et le passé. Nous assistons à deux enquêtes, celle de Foster et celle de Nigel Barnes qui nous conduit dans les archives londoniennes. Les deux avancent petit à petit, les déductions et les recherches sont crédibles et logiques. Le déroulement de l’enquête n’est ni trop facile, ni trop rapide. « Code 1879 » nous entraîne à la découverte de Londres et nous montre les évolutions de la ville (des stations de métro qui disparaissent ou changent de nom, des rues remplacées par  des immeubles, etc …) Nigel Barnes cherche le Londres victorien derrière la capitale actuelle. Les mœurs de l’époque sont également évoquées comme l’importance nouvelle de la presse à scandale friande de fait-divers sordides ou l’obsession de la mort visible dans les imposants mausolées des cimetières.

« Code 1879 » est un polar très réussi : l’intrigue prend son temps et est bien menée ; les personnages sont attachants ; l’utilisation de la généalogie est judicieuse et originale. Bref, un divertissement de qualité et qui se dévore.

image

L’armée furieuse de Fred Vargas

armee-furieuse-fred-vargas-cover

Au retour d’une enquête, le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg se trouve confronté à deux problèmes : un pigeon dont les pattes sont attachées et qui se meurt ; une femme, Mme Vendermot,  lui parle de la venue de l’armée furieuse dans son village d’Ordebec en Normandie. L’armée du seigneur Hellequin prévient de la mort imminente de certains individus au passé louche, elle les emporte pour les punir. Cette légende existe depuis le Moyen Age et certaines personnes peuvent voir cette apparition fantasmatique. C’est le cas de Lina, la fille de Mme Vendermot, qui a reconnu trois des quatre personnes emportées par l’armée furieuse. Et justement l’une de ces trois personnes a disparu. Parallèlement à cette enquête, Adamsberg doit s’occuper de la mort d’un riche industriel, Antoine Clermont-Brasseur, sa voiture a explosé avec lui-même à l’intérieur. Un habitué des embrasements de voiture est immédiatement désigné coupable mais Adamsberg n’y croit pas.

Il y avait un moment que je n’avais pas fréquenté Adamsberg, le pelleteur de nuages. J’avais été un peu déçue par « Un lieu incertain » et j’avais laissé traîner « L’armée furieuse » dans ma PAL. Mais nos retrouvailles furent concluantes et j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre ces trois enquêtes (oui le pigeon fera l’objet d’une investigation pour savoir qui a eu la cruauté de lui attacher les pattes). Adamsberg est fidèle à lui-même : lunaire, distant, terriblement attachant et efficace. Il est toujours entouré de ses fidèles lieutenants (Danglard, Veyrenc, Retancourt…), une équipe constituée de personnages aussi atypiques que leur commissaire qui les décrit ainsi : « -Parmi mes hommes, capitaine, il y a un hypersomniaque qui s’écroule sans crier gare, un zoologue spécialiste des poissons, de rivière surtout, une boulimique qui disparaît pour faire ses provisions, un vieux héron versé dans les contes et légendes, un monstre de savoir collé au vin blanc, et le tout à l’avenant. Ils ne peuvent pas se permettre d’être très formalistes. » Et tout ce petit monde réussit à s’entendre et à se compléter.

Comme toujours chez Fred Vargas, l’enquête est rythmée et nous tient en haleine. Et j’apprécie ses trouvailles historiques, elle parvient toujours à dénicher des légendes incroyables lui permettant de construire son intrigue. C’est sa marque de fabrique, ses romans nous entraînent dans un univers poétique et étrange.

Un commissaire à part pour des enquêtes étonnantes et des lecteurs ravis !

Le braconnier du lac perdu de Peter May

Fin Macleod a trouvé du travail sur son île de Lewis. Il devient chef de la sécurité du domaine des Woolbridge. Sa première mission est de se débarrasser des braconniers. Le problème de Fin c’est que le premier braconnier qu’il doit arrêter est un ami d’enfance : Whistler. C’est en partant à sa recherche dans les montagnes de Lewis, que Fin tombe sur un avion abandonné. Ce dernier avait disparu dix sept ans plus tôt, l’assèchement d’un loch l’a remis au jour. Le pilote de l’avion, Roddy Mackenzie, était un ami de Whistler et Fin, un chanteur de rock celtique dont le groupe commençait à connaître la célébrité. La redécouverte de l’avion réserve une surprise de taille à Fin : Roddy n’est pas mort d’un accident mais il a été assassiné.

Retour sur l’île de Lewis pour la dernière fois où nous retrouvons Fin qui ne peut s’empêcher d’enquêter (je rappelle qu’il n’est plus policier depuis la fin du tome 1), son âme de flic est toujours en service. Il faut dire que les anciens amis de Fin se sont donné le mot pour se faire assassiner. C’est la grosse invraisemblance de la trilogie, tous les morts suspects de l’île de Lewis sont liés à la vie de Fin. Il vaut donc mieux éviter d’être ami avec lui pour garder la vie sauve ! Cette nouvelle aventure est de nouveau le prétexte à des retours sur l’histoire de Fin. Cette fois, nous sommes plongés dans la vie d’un groupe de rock : les coulisses, les jalousies, les rivalités, la reconnaissance et ses effets sur des amis d’enfance. L’intrigue est une nouvelle fois bien ficelée avec de lourds secrets et de nombreux rebondissements. Et le charme des paysages opère encore une fois. Les personnages évoluent dans une atmosphère tourmentée, humide, ombrageuse et peuplée de midges !

« Le braconnier du lac perdu » clôture bien cette série sur l’île de Lewis. L’intrigue et la construction m’ont plus emballée que celle de « L’homme de Lewis ». Les personnages attachants évoluent au fil des livres et je les quitte à regret. L’île de Lewis avec ses paysages tourmentés va me manquer !

L’homme de Lewis de Peter May

Sur l’île de Lewis, un cadavre a été découvert, celui d’un jeune homme mort cinquante ans plus tôt. La tourbe l’a momifié, ce qui permet au médecin légiste de déterminer qu’il s’agit d’un meurtre. « A présent, le cadavre gisait ouvert, comme une carcasse que l’on aurait décrochée d’un crochet de boucherie. Les organes internes avaient été enlevés et découpés en tranches. C’était le corps d’un jeune homme fort, en pleine santé. Ils n’y trouvèrent rien qui puisse les détourner de l’idée que sa mort avait été provoquée par un meurtre bestial. Un meurtre perpétré par quelqu’un qui avait des chances d’être encore vivant. » L’analyse ADN établit un lien entre le mort et Tormod Macdonald, le père de Marsaili, amie d’enfance de Fin MacLeod. Ce dernier a abandonné son métier de policier et est de retour sur Lewis pour retaper l’ancienne blackhouse de ses parents. Cherchant à aider Marsaili, Fin se met à enquêter sur le meurtre. Et ce n’est pas Tormod, plongé dans les brumes d’Alzheimer, qui va pouvoir l’aider.

Peter May orchestre avec brio cette nouvelle enquête sur l’île de Lewis. C’est un plaisir de retrouver les personnages de « L’île des chasseurs d’oiseaux » et surtout le complexe Fin qui oscille toujours entre son passé et son avenir. Son enquête l’entrainera cette fois à fouiller le passé de quelqu’un d’autre. Les chapitres alternent entre l’enquête proprement dite et les souvenirs de Tormod qui affluent dans sa tête. Cette construction est très semblable au précédent roman. Peter May intercalait les souvenirs d’enfance de Fin et son intrigue policière. Il est dommage, voire un peu facile, d’utiliser exactement le même procédé. Mais je n’en tiens pas rigueur à l’auteur qui est un narrateur hors-pair. L’intrigue monte en puissance et accroche le lecteur jusqu’à la dernière page. Elle est également bien documentée et nous fait découvrir le terrible sort qui attendait les orphelins catholiques soixante ans auparavant. Envoyés sur les îles Hébrides, ils servaient d’ouvriers, de main-d’œuvre aux habitants et étaient corvéables à merci.

« Les habitations escaladaient la colline par grappes dispersées sur Five Penny et Eoropaidh, orientées vers le sud-ouest pour braver les vents dominants au printemps et en été, et tassées le long de la corniche, tournant le dos aux rafales glaciales de l’hiver en provenance de l’Arctique. Tout au long de la côte déchiquetée, la mer écumait et grondait, une armada infatigable de chevaux blancs dépourvus de cavaliers qui venaient s’abattre sur la pierre sombre et imperturbable des  falaises. »  De nouveau, les paysages sauvages de l’île de Lewis sont à l’unisson des destins tourmentés des personnages. Les descriptions de Peter May sont grandioses et nous plongent totalement dans cette île rude mais magnifique.

Malgré les fortes similitudes avec « L’île des chasseurs d’oiseaux », l’intrigue de « L’homme de Lewis » est excellente et particulièrement glaçante. Il ne me reste plus qu’à découvrir le dernier volume de la trilogie de Peter May sur l’île de Lewis, « Le braconnier du lac perdu ».

L’île des chasseurs d’oiseaux de Peter May

Sur l’île de Lewis, au nord de l’Écosse, un cadavre est découvert dans un hangar à bateau. Ange Macritchie a été assassiné selon le même modus operandi qu’un autre homme retrouvé à Édimbourg. C’est pourquoi la police de Lewis fait appel à Fin Macleod qui a enquêté sur le premier meurtre. Ce n’est pas seulement à cause de cela que Fin est concerné par la mort d’Ange, il le connaissait parfaitement bien. Fin Macleod est natif de Lewis. Il a quitté l’île depuis dix-huit ans sans jamais y retourner. Il hésite d’ailleurs à reprendre l’enquête. Mais Fin vient de perdre son fils unique, n’est-il pas temps de renouer avec ses racines ? « Retourner là où, autrefois, la vie avait été simple. Retrouver son enfance, ses origines. Qu’il était soudain facile d’ignorer le fait qu’il avait passé l’essentiel de sa vie d’adulte à éviter ce moment. Facile d’oublier qu’adolescent, rien ne lui semblait plus important que de quitter l’île.  » Les souvenirs de Fin, ses anciens camarades vont être au cœur de cette enquête.

Peter May, habitué aux polars, écrit cette fois une intrigue éloignée des enquêtes traditionnelles. Les chapitres alternent entre le travail des inspecteurs et les souvenirs de Fin. Et c’est la vie de Fin qui prend le pas sur l’intrigue policière. Le coupable se devine assez vite mais ce n’est pas cela qui nous intéresse le plus. C’est l’enfance de Fin, ses relations avec son ami Artair et la jolie Marsaili, la dureté de la vie sur l’île de Lewis qui font le sel de ce roman captivant. Peter May nous décrit une île où des mœurs ancestrales ont toujours court. Enfant, Fin devait respecter le sabbat chrétien, toute activité était proscrite à part celle de s’ennuyer à la messe. Lorsqu’il commença l’école, Fin ne parlait pas un mot d’anglais, il ne connaissait que le gaélique. Et puis il y a l’An Sgeir. Ce rocher inhospitalier où les hommes partent chaque année pour tuer des gugas (des fous de Bassan). Les deux semaines passées sur l’An Sgeir sont vécues comme un passage à l’âge adulte, comme un rite. Fin aura droit à son voyage sur le rocher. Le long chapitre consacré à cet épisode est particulièrement réussi, prenant et marquant. L’hostilité des paysages durcit le cœur des hommes.

Peter May parle d’ailleurs magnifiquement de cette île dominée par la lande et la tourbe. « C’était un paysage maussade, mais qu’un simple rayon de soleil pouvait transfigurer. Fin connaissait bien la route. Il l’avait empruntée en toute saison et n’avait jamais cessé d’être émerveillé de voir à quel point ces hectares ininterrompus de tourbe sans caractère pouvaient changer au fil des mois, en une journée, voire en une minute. La couleur de paille sèche de l’hiver, les tapis de minuscules fleurs blanches au printemps, les mauves saisissants de l’été. A leur droite, le ciel avait noirci et il pleuvait certainement sur l’arrière-pays. A gauche, par contre, le ciel était presque clair et le soleil d’été inondait la campagne. Ils pouvaient apercevoir au loin la silhouette des montagnes de Harris. Fin avait oublié à quel point le ciel d’ici était immense. »

Une enquête atypique, des personnages touchants, des paysages d’une beauté à couper le souffle, j’ai hâte de retourner sur l’île de Lewis en compagnie de Fin dans le deuxième volet de cette trilogie.


Cible mouvante de Ross Macdonald

Lew Archer est détective privé en Californie. Il est engagé par Elaine Sampson pour retrouver son mari Ralph. Ce magnat du pétrole n’a disparu que depuis 24 heures mais il est parti seul et ce n’est pas dans ses habitudes. Ce n’est pas que sa femme soit inquiète, loin de là, elle cherche surtout à éviter que Ralph dépense son argent sans compter. Il est coutumier du fait puisqu’il a offert toute une montagne à une sorte de gourou. Mme Sampson n’a pas eu tort d’engager Lew Archer car elle finit par recevoir une lettre où son mari lui demande de réunir 100 000 dollars en liquide pour, dit-il, une affaire délicate. Archer soupçonne immédiatement un enlèvement,  dont l’entourage de Raph Sampson n’est sans doute pas innocent. On ne peut d’ailleurs pas dire que Ralph savait s’entourer : sa femme est soi-disant handicapée et amère, sa fille obsédée par le mariage, Albert Graves son avocat obnubilé par le pouvoir et Alan Taggert le pilote lui sert de fils de substitution. Lew Archer va mener l’enquête pour mieux cerner tout ce beau monde et découvrir ce qu’il est véritablement arrivé au multimilliardaire.

« Cible mouvante » est le premier livre où apparaît Lew Archer, Ross Macdonald en écrivit dix-huit en tout. Les éditions Gallmeister les rééditent dans l’ordre et avec de nouvelles traductions puisque les précédentes étaient tronquées. Cette première aventure fut écrite en 1949 et s’inscrit dans la lignée de Chandler et Hammett. Lew Archer est un détective hard-boiled à la Marlowe et il se décrit ainsi : « J’étais un bon gars, malgré tout. Côtoyeur de durs à cuire, filles faciles, cas désespérés et pigeons en tout genre ; oeil aux oeilletons des alcôves illicitesbalance au service de la jalousie, rat derrière le rideau, sbire de louage à cinquante billets par jour. Mais bon gars malgré tout. Les ridules se formèrent au coin des yeux et des ailes de mon nez, les lèvres se retroussèrent pour laisser voir mes dents – sans m’offrir nul sourire. Juste un air de crève-la-dalle, comme un rictus de coyote. Ce visage avait vu trop de bars, trop d’hôtels décatis, de nids d’amour miteux, trop de tribunaux et de prisons, trop d’autopsies et de tapissage de suspects, trop de terminaisons nerveuses à vif recroquevillées comme des asticots qu’on torture. » Cette longue citation caractérise parfaitement le détective hard-boiled : celui qui a bourlingué, qui a trop vu la noirceur et la misère de l’être humain et qui est totalement désabusé. Même si cette enquête a lieu dans la haute société, Lew Archer ne se fait pas d’illusion, l’argent attise les mauvais côtés et acère les dents. Sous des abords rustres, Archer est un personnage plus subtil et complexe que ses illustres prédécesseurs Marlowe et Spade. Il s’intéresse aux sentiments et à la psychologie des gens qu’il croise. C’est très frappant dans sa relation avec Miranda, la fille de Ralph Sampson, à qui il prodigue de nombreux conseils. Lew Archer tente également d’éviter la violence et les bagarres. Ross Macdonald a créé un personnage introspectif et plein d’empathie que l’on a envie de voir évoluer.

« Cible mouvante » est vraiment un classique du hard-boiled que j’ai été enchantée de découvrir. La noirceur, les milieux interlopes, les retournements de situation, un héros coriace sont au rendez-vous et servis par une écriture tendue et imagée. Du très bon roman noir.

Logo mois américain

L'homme inquiet de Henning Mankell

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dans « L’homme inquiet », on retrouve Kurt Wallander pour la dernière fois. Le héros récurrent de Henning Mankell a maintenant la soixantaine. Au début du roman, Wallander apprend qu’il va bientôt être grand-père. Ses collègues prennent leur retraite les uns après les autres. Le temps passe et Kurt Wallander craint de finir comme son père  :  « L’image du monde qu’avait Wallander était assez simple. Il ne voulait pas être un solitaire aigri, ne voulait pas vieillir seul en recevant la visite de sa fille et de temps à autre, peut-être, celle d’un ancien collègue qui se serait soudain souvenu qu’il était encore en vie. Il n’entretenait aucun espoir édifiant comme quoi Autre Chose l’attendait après la traversée du fleuve noir. Il n’y avait rien là-bas que la nuit d’où il avait émergé à sa naissance.  » Pour casser ses habitudes, Wallander achète une maison à la campagne et un chien pour lui tenir compagnie. Mais le travail ne le lâche pas. Le beau-père de sa fille Linda disparaît. La femme de ce dernier ne tarde pas à faire de même. Cette enquête va amener Wallander à s’intéresser à l’Histoire de la Suède pendant la Guerre Froide.

Le passé est au cœur de la dernière enquête de Kurt Wallander. Ce dernier doit chercher dans les archives de la marine où le beau-père de Linda, Hakan Von Enke, était capitaine de sous-marin. La Guerre Froide, les relations avec la Russie et les États-Unis,  le meurtre jamais élucidé du premier ministre Olof Palme se dressent sur le chemin de Wallander. Celui-ci est forcé de se pencher sur  la politique et sur l’Histoire qui pourtant l’indiffère. Henning Mankell, très engagé politiquement, a créé un personnage très différent de lui. Dans ce dernier opus, il semble que l’auteur punisse un peu sa créature pour son manque d’intérêt pour la sphère publique.

Mais c’est surtout son propre passé qui assaille Wallander. L’âge l’amène à un retour sur sa vie, à s’interroger sur ses choix. Outre le fantôme de son père, Wallander revoit les femmes de sa vie. Mona, son ex-femme, resurgit dans sa vie dans un état pitoyable. Baiba, son seul autre amour, vient lui faire des adieux déchirants. Viennent se rajouter à cela des pertes de mémoire aussi subites qu’inexpliquées. Kurt Wallander semble encore plus perdu que d’habitude. Sa petite-fille est la seule chose qui lui permet de ne pas perdre pied complètement.

« L’homme inquiet » est un roman profondément nostalgique et mélancolique. L’enquête est comme toujours très bien ficelée et nous en apprend beaucoup sur la pseudo neutralité de la Suède. Pour cette dernière enquête, Henning Mankell rend son commissaire encore plus vulnérable et touchant. Le dernier paragraphe du livre est poignant et je défie quiconque de ne pas avoir la gorge serrée à sa lecture.

Merci à Jérôme et aux éditions Points pour ce dernier voyage en compagnie de Wallander.

 

Le Noël d’Hercule Poirot d’Agatha Christie

Ah Noël, ses décorations, ses sapins, ses cadeaux, ses réunions de famille…A Gorston Hall se prépare l’une d’elles. Le vieux Simeon Lee décide de réunir toute sa famille pour fêter Noël. Ce qui n’est pas sans laisser perplexe ladite famille. On ne peut pas dire que l’ambiance est cordiale entre les différents membres. Alfred Lee et sa femme Lydia vivent à Gorston Hall avec Simeon. Alfred a repris l’affaire familiale faute de mieux, faute de caractère. David a quitté la maison suite au décès de sa mère qu’il attribue aux maltraitances psychologiques de son père Simeon. George Lee est devenu député, il a épousé une jeune écervelée et ne pense qu’à la respectabilité de sa position et à l’argent qui va avec. Le dernier frère, Harry, n’a pas remis les pieds à Gorston Hall depuis des années, depuis qu’il a roulé son père dans la farine pour de l’argent. Simeon Lee avait également une fille, Jennifer, qui s’est enfui en Espagne avec son amant. Elle est morte pendant la guerre, laissant une fille que le vieil homme a retrouvé : Pilar. Elle aussi arrive pour Noël.

Mais Simeon Lee n’est pas un sentimental, il n’a pas réuni sa famille pour se réconcilier avec elle. Il souhaite plutôt dire à ses fils ce qu’il pense d’eux et c’est ce qu’il fait le 24 décembre : « – Ta mère n’avait pas plus de cervelle qu’un piaf ! Et j’ai comme l’impression qu’elle a transmis ça à ses enfants ! (…) Vous ne valez pas un pet de lapin, tous autant que vous êtes ! Vous me dégoûtez ! Vous n’êtes pas des hommes ! Vous êtes des mauviettes, une bande de mauviettes lamentables, voilà ce que vous êtes ! Pilar vaut autant que vous tous réunis ! » Il leur annonce également qu’il va changer son testament. Bien évidemment Simeon Lee n’aura pas l’occasion de goûter à la dinde de Noël. Pour l’aider à mener l’enquête, le chef de la police fera appel à un ami de passage, un petit homme à la moustache soignée originaire de Belgique…

« Le Noël d’Hercule Poirot » est un roman à énigmes très classique. Tous les éléments sont réunis pour créer le suspens : Simeon Lee est retrouvé mort dans une pièce fermée de l’intérieur dont les fenêtres sont inaccessibles ; l’énigme se déroule dans un huis-clos ; tous les membres de la famille ont un mobile valable pour avoir commis le crime. Hercule Poirot va mettre en branle ses petites cellules grises pour percer ce mystère. Il est toujours plaisant de le voir à l’œuvre, d’essayer de comprendre son raisonnement avant le dénouement. Comme toujours, Agatha Christie sème des petits cailloux tout le long du roman pour nous mettre sur la voie. Je dois bien reconnaître que je n’ai pas démasqué l’assassin avant la dernière page. J’avais pourtant identifié toutes les pièces du puzzle mais sans réussir à les emboîter ! J’ai donc passé un moment délicieux avec notre cher détective et Agatha Christie réussit encore à contrecarrer mes déductions.

HAPPY CHRISTMAS !!!

Time3

Le billet récapitulatif pour déposer vos billets est ici.