L’affaire Protheroe de Agatha Christie

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Dans le petit village de St Mary Mead, le colonel Protheroe n’as pas bonne réputation. Son tempérament brusque et méprisant lui a mis tout le village à dos. Aussi les suspects ne manquent pas quand il est retrouvé mort dans le bureau du pasteur. Mais rapidement un jeune homme se dénonce. Il s’agit de Mr Redding, peintre, qui s’était disputé avec le colonel à propos du portrait de sa fille. La police semble satisfaite et l’affaire close. Malheureusement Mr Redding n’est pas le seul à s’accuser de ce crime et c’est au tour de Mrs Protheroe de se dénoncer. Heureusement pour l’inspecteur Flem, les vieilles demoiselles de St Mary Mead veillent au grain et notamment une voisine du presbytère où le crime a eu lieu : Miss Marple.

« L’affaire Protheroe » (« The murder at the vicarage » en vo) est la première histoire où apparaît la célèbre Miss Marple. Le récit se fait à la première personne mais c’est le pasteur Clemens qui nous raconte l’enquête. Il suit en effet tous les interrogatoires en tant que notable mais également parce que le meurtre a été commis dans son bureau. Il connait bien ses ouailles et en décrit les qualités comme les travers : « Miss Marple est une vieille demoiselle aux cheveux blancs et aux manières affables et distinguées, tandis que Miss Wetherby est d’un tempérament à la fois aigre et fleur bleue. Miss Marple est de loin la plus dangereuse des deux.  » Qui pourrait se méfier de cette femme frêle et fragile occupée par son jardin japonais et les commérages du village ? Pourtant elle sait toujours tout sur tout le monde comme s’en aperçoit le pasteur. Elle observe, écoute et elle a surtout un sens aigu de la déduction. En restant dans son cottage, elle connait l’humanité tout entière. Les petits travers ont les mêmes mécanismes que les grands crimes, l’homme est le même partout. La logique de la vieille dame est implacable. Sa curiosité, ses questions incessantes en agacent plus d’un mais le raisonnement final est toujours juste. Sa place dans l’intrigue de « L’affaire Protheroe » n’est pas prépondérante et l’on fait donc doucement connaissance avec ce fin limier caché dans un corps de vieille fille distinguée.

C’est toujours un véritable plaisir de lire Agatha Christie. J’ai toujours eu beaucoup de tendresse pour la pétillante et perspicace Miss Marple. L’atmosphère de St Mary Mead est terriblement anglaise et pleine d’humour. Vous reprendrez bien une tasse de thé en compagnie de Miss Marple ?

This is England colors

Holmes (1854/1891) de Cecil et Brunschwig

Au salon du livre, nous avions repéré avec Miss Léo cette bande-dessinée sur Sherlock Holmes chez Futuropolis. Le premier tome s’ouvre sur la fameuse scène des chutes de Reichenbach. Le docteur Watson est désespéré par la mort de son ami. Il se rend au 221b Baker Street où il est stupéfait de constater que des cambrioleurs ont retourné appartement. En les poursuivant, il tombe sur Mycroft Holmes qui lui explique que son frère était devenu fou et que le Pr Moriarty n’a jamais existé. Pourtant lorsque Watson se rend au Strand Magazine qui oublie ses histoires, son éditeur lui annonce que le frère de Moriarty les menace d’un procès pour diffamation. Que cache Mycroft ? Qui est réellement le Pr Moriarty ?

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Cecil et Brunschwig ont réalisé une superbe bande-dessinée au graphisme extrêmement soigné. Une grande attention est apportée au cadrage et à la composition des pages. Les dessins sont en noir et blanc et tout est très détaillé. Les intérieurs victoriens comme la ville de Londres sont parfaitement rendus. Watson se retrouve à fouiller le passé de son ami et le dessin passe au sépia ce qui permet de s’y retrouver sans peine.

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En plus d’être un plaisir pour les yeux, cette bande-dessinée est palpitante. L’intrigue est vraiment bien menée et nous réserve bien des surprises quant à la relation de Sherlock Holmes et du Pr Moriarty qui se connaissent depuis bien longtemps.

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Mon seul bémol, le même que Miss Léo, concerne sa longueur. Elle doit se composer de neuf tomes et pour le moment seulement  trois sont édités. Je crains d’avoir oublié les détails de l’intrigue au fur et à mesure de la sortie des volumes ! D’autant plus que j’ai toujours du mal à suivre les sorties BD…Malgré cela, je vous conseille amis holmésiens de lire cette très belle bande-dessinée.

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My kingdom

Les vagues de Virginia Woolf

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Les vagues est une oeuvre d’une extrême originalité narrative. Elle est constituée de neuf moments dans la vie de six personnages. Entre chaque période de vie, un paysage maritime se fait la métaphore de notre existence. Nous le découvrons du lever au coucher du soleil. La vie des différents personnages nous est connue par leurs pensées. Le récit ne se fait que par ces monologues intérieurs qui se suivent, se croisent comme le ressac des vagues. Les pensées sont au départ courtes mais elles s’étoffent au fur et à mesure. Les personnages acquièrent une voix reconnaissable et nous suivons leurs évolutions.

Les six personnages se rencontrent à l’école, ils se suivent à l’université puis les chemins se séparent avec le travail, le mariage, les enfants. Ils se retrouveront pourtant à plusieurs reprises et notamment pour le départ en Inde d’un septième personnage : Percival. Nous n’entendons pas la voix de ce dernier et pourtant c’est celui qui lie les autres, qui les unit pour la vie. « Mais ici et maintenant, dit Bernard, nous sommes rassemblés, à un instant donné, à cet endroit donné. Nous sommes entraînés dans cette communion par une émotion commune, profonde. Allons-nous, par commodité, appeler ça « l’amour » ? Et dire « l’amour de Percival » parce que Percival part pour l’Inde ? »

La voix de Bernard ouvre le roman, c’est un conteur. Il joue avec les mots, invente sans cesse pour plaire à ses amis. Bien qu’il ait du mal à terminer ses récits, c’est lui seul qui achèvera « Les vagues », lui qui nous raconte la fin de l’histoire, la sienne et celle de ses camarades.

Il y a également Louis qui est complexé par son accent australien. Son père ayant fait faillite, il ne pourra pas suivre les autres à l’université. Il en éprouve de la rancœur et une puissante soif de revanche.

Neville est un rêveur, un poète. Il est amoureux de Percival depuis toujours. Rien ne compte plus que l’amour pour Neville.

Susan aime la vie à la campagne, elle s’empresse d’y retourner pour se marier et avoir des enfants. Elle y vit un bonheur simple en communion avec la nature.

La belle et étourdissante Jinny suscite bien des jalousies dans le monde. Son indépendance lui cause malgré tout bien des solitudes.

Enfin, Rhoda est la plus émouvante, la plus fragile. Elle cherche son identité, se dit « sans visage » et se perd dans la foule.

« Les vagues » est bien entendu une réflexion sur le temps qui s’enfuit, sur les souvenirs, sur les blessures causées par l’absence ou la mort. Au fil des pages, les six personnages se rendent compte de ce qu’ils ont raté, de ce qu’ils auraient pu être. Se dégage de ces monologues une forte émotion, une prenante mélancolie. Tout en se dévoilant, chacun prend vie, prend de l’épaisseur et devient attachant. Le livre est d’une beauté, d’une poésie rares.

J’ai beau connaître l’ampleur du talent de Virginia Woolf, j’ai encore été bluffée par son originalité, son intelligence et sa maîtrise de la narration. « Les vagues » est une œuvre absolument magistrale.

Le billet de Eliza.

This is England colors

Une autre histoire de Londres de Boris Johnson

L’excentrique maire de Londres, Boris Johnson, rend hommage à sa ville à travers dix-sept portraits  de personnages ayant influencé l’histoire de la ville. Ces chapitres sont entrecoupés par des découvertes faites à Londres comme le costume, le métro, l’autobus à impériale ou la chasse d’eau (moins classe je vous l’accorde mais néanmoins essentiel !). Boris Johnson aime sa ville, cela se sent à chaque page. Son enthousiasme est débordant, communicatif et parfois excessif. Il semble que les londoniens ont tout inventé ou presque ! Mais ce côté de Boris Johnson est plutôt sympathique puisqu’il traduit sa passion pour Londres.

Les dix-sept portraits sont fouillés, détaillés et érudits. L’histoire de Londres nous est présentée de Boadicée, la reine celte qui va détruire Londinium, à Keith Richards. Jusqu’au XIXème, les différents portraits montrent l’évolution architecturale de la ville qui est toujours mise en parallèle avec la période actuelle. On apprend par exemple que le London Bridge fut le premier pont construit en 43 par les romains et qu’il resta le seul jusqu’au XVIIIème siècle. L’opposition entre la City et Westminster date de Guillaume le Conquérant. Il fut couronné à Westminster en 1066 et y installa sa cour : « Non seulement  Guillaume décida de s’y faire couronner, mais il y établit la cour normande, c’est-à-dire le centre administratif et judiciaire du royaume. D’où l’identité bicéphale de Londres, avec un centre du pouvoir politique détaché du centre des affaires et du négoce. Pendant 1000 ans, ces deux centres ont communiqué entre eux mais sont resté géographiquement séparés. cette indépendance a certainement contribué au dynamisme commercial de la cité.  » Petit à petit le visage architectural se dessine et s’explique par les aléas de l’histoire. C’est très intéressant mais malheureusement ça s’arrête au XIXème. Les portraits restent érudits et on continue à découvrir des vies marquantes (Samuel Johnson, inventeur du conservatisme compassionnel, Turner ou Florence Nightingale et Mary Seacole). Mais j’ai cherché en quoi ces portraits apportaient quelque chose à l’histoire de Londres. Et je cherche encore. Pourquoi faire un portrait de WT Stead, l’inventeur du tabloïd ? Est-ce vraiment pertinent dans un livre sur Londres ? C’est dommage car j’avais été captivée par lé début du livre.

Maintenant parlons des choses qui fâchent vraiment. Vous n’êtes pas sans savoir que Boris Johnson est un conservateur, un libéral acharné. Tout est vu à l’aune de cette idéologie. Londres n’existe que grâce à l’argent, aux banquiers et la concurrence (Boris Johnson n’emploie jamais le mot émulation). Deux petits exemples : « C’est elle (révolution scientifique du XVIIème) qui a engendré la révolution industrielle, qui a propulsé l’Angleterre au plus haut de sa gloire et transformé Londres en métropole impériale. Et cette révolution scientifique avait recours au même carburant que le théâtre de Shakespeare -le désir de louanges, de reconnaissance et d’argent, l’ambition de quelques londoniens prêts à affronter la concurrence. » « La Grande-Bretagne acquit alors la réputation de pays stable, qui reste aujourd’hui bénéfique au commerce et aux services financiers. » Foin d’humanisme, la paix n’est importante que pour la bourse, le bon fonctionnement du commerce. Si vous êtes un libéral pur sucre, vous approuverez cette manière de voir l’histoire. Si, comme moi, vous placez l’homme avant l’argent, vous finirez par être agacé.

Mon avis est mitigé sur cette « Autre histoire de Londres » qui pourtant commençait fort bien. Malheureusement, Boris Johnson perd un peu de vue l’histoire de Londres au profit de ses admirations. Et surtout son libéralisme est beaucoup trop présent à mon goût.

Le billet de Miss Léo.

Merci à Christelle et aux éditions Robert-Laffont.

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I love London logo

Meurtres au manoir de Willa Marsh

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Lorsque Clarissa fait la connaissance de Thomas Mortimer, c’est une véritable aubaine pour elle. Elle est célibataire depuis bien longtemps et son appartement londonien est minuscule. Thomas est certes beaucoup plus âgé qu’elle, mais il a surtout un magnifique manoir Tudor qui devient rapidement sa qualité principale. « Lorsque Clarissa voit la maison pour la première fois, elle en a le souffle coupé. Le colombage, les tuyaux de cheminée en cuivre pur Tudor, les petits carrelages roses d’origine, les fenêtres à meneaux et la grande porte de chêne la font soupirer d’aise. »  Clarissa tombe amoureuse du manoir et réussit à pousser Thomas à l’épouser. Dans la demeure ancestrale, vivent également deux vieilles tantes tout de tweed vêtues : Olwen et Gwyneth. Deux charmantes mamies qui concoctent des potions et sacrifient des animaux aux fêtes païennes dans les bois. L’atmosphère du manoir devient de plus en plus étrange et inquiétante pour Clarissa.

Avec un tel titre, le roman de Willa Marsh ne pouvait que m’attirer. Je m’attendais à trouver une ambiance proche de « Arsenic et vieilles dentelles » où les tantes étaient meurtrières par pure charité. Un humour noir très anglais en somme. Mais Willa Marsh n’est pas là où je l’attendais. Elle choisit de se tourner vers la sorcellerie et s’en donne à cœur joie. Les tantes ne chôment pas dans leur manoir : tous les animaux domestiques du voisinage disparaissent mystérieusement, parfois ce sont les auto-stoppeurs, des accidents arrivent et arrangent toujours les plans d’Olwen et Gwyneth. Les deux femmes ont en effet une terreur, celle de ne pas être enterrées dans le bois sacré comme leurs ancêtres sorcières. Il leur faut donc trouver une descendance maléfique. Clarissa arrive à point nommé et elle va se retrouver plonger dans un remake de « Rosmarys’ baby ». « Meurtres au manoir » est fort plaisant par sa noirceur. Tout le monde manipule tout le monde, chacun peut être l’objet des plans des autres. L’égoïsme règne au pays des sorcières. Seule Megan, la fille de Thomas, se soucie du sort de la pauvre Clarissa mais elle veut aussi fuir ce monde de fantômes. Il faut dire que Clarissa est particulièrement cruche et incapable de prendre la moindre décision. Elle pourrait agacer à la longue (c’est le cas des tantes) mais le roman est assez court pour éviter cela. C’est le cas également des multiples manigances et rebondissements trop nombreux et de plus en plus prévisibles. Fort heureusement, « Meurtres au manoir » se lit facilement et rapidement.

Sombre et divertissant, « Meurtres au manoir » vous fera passer un bon moment de lecture.

logo Anne Claire

 

Dark Island de Vita Sackville-West

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Chaque été, la famille Wilson se rend au même endroit : Port-Breton. Ils y ont leurs habitudes et le lieu les séduit toujours autant. C’est surtout le cas de leur fille Shirin, envoûtée par la vue de l’île de Storn que l’on voit de Port-Breton : « Elle alla chercher, bien caché sous ses mouchoirs, un portefeuille en cuir dont elle retira une photo de la côte prise depuis Port-Breton, avec au premier plan la mer, immense, lumineuse, et tout au fond l’île beaucoup plus sombre de Storn. On ne discernait pas le détail, seulement une forme forme lointaine et les deux hautes tours rondes du château normand. Jamais elle n’avait regretté que sa photo ne soit plus précise. C’est ainsi qu’elle la préférait : obscure, mystérieuse, à l’écart des rayons de soleil trop directs, à l’opposé des contraintes prosaïques de la vie quotidienne, de sa médiocrité pénible, de ses faux-semblants. C’était son domaine privé, son refuge, qui la protégeait de sa famille, de Dulwich, et aussi d’elle-même. » Un été, le rêve de Storn se concrétise en la personne de Venn Le Breton, le futur propriétaire de l’île. Les deux jeunes gens passent la journée ensemble. Shirin découvre Storn de l’intérieur et s’imagine habitant les lieux. Shirin et Venn, en se séparant, n’imaginent pas qu’ils ne se reverront que dix ans plus tard et que cette rencontre sera décisive.

« Dark island » est l’occasion pour Vita Sackville-West de développer un personnage de femme flamboyant et viscéralement indépendant. Shirin m’a beaucoup fait penser à l’héroïne de « Paola ». L’auteur construit son roman son roman en suivant son personnage tous les dix ans en allant de 16 à 46 ans. Shirin n’est pas très sympathique au départ, son comportement surprend.  Elle a épousé en première noce Miles Vane-Merrick (celui de « Haute société ») et a eu des enfants avec lui. Sa présence est très courue dans les dîners, les soirées même après son divorce. Elle fascine, attire les hommes aussi bien que les femmes grâce à son charme et sa répartie. Mais sous le vernis social, Shirin ne semble être attachée à personne. Même ses enfants n’occupent que peu de place dans sa vie. C’est le prix de la liberté. Son indépendance ne supporte aucun lien, aucune obligation envers qui que ce soit. La seule chose qui touche véritablement Shirin est Storn. C’est ce point faible qui la fera céder aux avances de Venn Le Breton. Entre les deux époux s’engage un véritable combat. Venn cherche à dompter Shirin, il veut qu’elle lui appartienne pleinement. Elle se montre une épouse parfaite, attentive mais elle reste insensible à son mari. Son désir absolu de liberté finit par nous la rendre sympathique, on s’attache à ce personnage farouche. Shirin est une femme comme on en rencontre peu dans la littérature : mystérieuse, envoûtante, passionnée et tumultueuse. Comme dans « Toute passion abolie », « Haute société » ou « Paola », Vita Sackville-West crée une forte personnalité, une femme cherchant à être plus libre.

Comme l’indique son titre, « Dark island » est un roman à l’atmosphère sombre, tourmentée. Même si ce n’est pas mon préféré de Vita Sackville-West, je me suis laissée emporter par cette histoire et ce personnage féminin étonnant.Get dressed

Sabotage d’Alfred Hitchcock

« Sabotage » date de 1936 et est tiré du roman de Joseph Conrad « L’agent secret ». Le scénario reprend les grandes lignes du livre.

Mr et Mrs Verloc tiennent un cinéma à Londres. Lors d’une soirée, l’électricité du quartier s’éteint. En réalité, tout Londres est plongée dans le noir suite au sabotage de la centrale électrique. C’est la panique devant le cinéma, Mrs Verloc (Sylvia Sydnet) tente de calmer ses clients. Le vendeur de légumes, Ted (John Loder), lui vient en aide et Mr Verloc (Oscar Homolka) finit par descendre de son appartement au-dessus du cinéma. Une fois la foule calmée, Mrs Verloc constate le comportement étrange de son mari. Il était absent lors de la coupure de courant mais il est incapable d’expliquer où il se trouvait. On découvre rapidement que Mr Verloc est surveillé par la police et notamment par Ted qui connaît mieux le panier à salade que l’étalage du marchand des quatre saisons.

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« Sabotage » s’ouvre sur une scène très intéressante. Le générique défile sur la définition du mot sabotage. La première image est un gros plan sur une ampoule électrique. Puis l’on voit la centrale d’où quelqu’un s’échappe. Retour sur l’ampoule qui s’éteint. A la centrale, la raison de la coupure est identifiée : du sable a fait dérailler les machines. Après cette scène, on découvre Mr Verloc regagnant son domicile. Il se lave les mains, l’eau se retire dans le siphon (en gros plan, annonciateur de celui du siphon de la douche dans « Psychose ») et au fond du lavabo reste du sable. En quelques plans rapides, l’identité du saboteur est connu du spectateur. Encore une fois, nous sommes dans la confidence et pas les autres personnages.

L’autre grande scène est difficilement racontable si l’on ne souhaite pas dévoiler toute l’intrigue. Elle se situe à la fin du film entre Mr et Mrs Verloc lors d’un repas. La tension se développe entre les deux personnages grâce à un jeu de regards très élaboré qui souligne à nouveau la maîtrise du cadrage d’Alfred Hitchcock.

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Malheureusement, le film comporte également des faiblesses. Sylvia Sydnet n’a pas un jeu extraordinaire, son visage reste assez impassible et on ne la sent pas particulièrement affectée par le décès de son jeune frère. De même la romance qui se noue entre Mrs Verloc et Ted est un peu superflue et inutile à l’intrigue.

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Un film du début de carrière de Hitchcock, peu connu et mineur mais comme toujours il y a des scènes virtuoses qui témoignent du talent naissant du réalisateur anglais.

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L’agent secret de Joseph Conrad

Adolf Verloc tient un petit commerce avec sa femme Winnie dans Brett Street à Londres. Habitent également avec eux la mère de Winnie et son jeune frère un peu attardé. Mais Adolf Verloc cache une double vie. Il est en fait agent secret pour un pays étranger. Son rôle est d’infiltrer un groupe anarchiste afin de déstabiliser l’Angleterre. Au début du roman, Verloc est reçu à l’ambassade  du pays pour lequel il travaille. M. Vladimir le sermonne et exige des résultats concrets. Il faut une action marquante, frappante pour les esprits anglais endormis. Verloc est chargé de poser une bombe à l’observatoire de Greenwich, un symbole fort pour créer l’émotion.

Ma première lecture de Joseph Conrad fut intense et le talent de l’écrivain m’a impressionnée. Le point de départ du roman fut l’attentat de l’observatoire de Greenwich qui eut lieu le 15 février 1894. Cet évènement a durablement marqué l’écrivain qui souhaitait évoquer la menace terroriste qui planait au-dessus de l’Angleterre victorienne. « L’agent secret » est au départ un livre politique. Conrad évoque les différents courants anarchistes. Le groupe de Verloc n’est que dans le discours, ils veulent changer le monde depuis l’arrière de la boutique. D’autres en revanche, ne rêvent que de passer à l’acte. L’individu nommé le Professeur est un spécialiste des explosifs, il se balade d’ailleurs avec une bombe sur lui au cas où il serait interpellé par la police. Pour lui, seuls le désespoir et la folie peuvent régénérer le monde. Par moment, les discussions politiques sont un peu trop longues, un peu trop détaillées. Mais il faut vraiment prendre son mal en patience car l’intérêt du livre est ailleurs.

Au travers de « L’agent secret », Conrad nous parle surtout de la médiocrité des hommes. Je pense que l’anarchie est un prétexte de départ (je dirais même un MacGuffin puisque Hitchcock a adapté ce livre, je vous en reparle bientôt). Le groupe anarchiste, et Verloc en tête, est pitoyable, aucun de ses membres n’est à la hauteur de son engagement. Les personnages de Conrad semblent tous totalement englués dans la petitesse de leur quotidien, de leur vie.  Même la douce et candide Winnie ne sera pas sauvée. Elle pensait son mari généreux puisqu’il accepta d’héberger sa famille, elle le découvre vil et mesquin. La noirceur gagne le roman dans sa deuxième partie, après l’attentat, et Conrad est magistral dans sa manière de conduire une intrigue plus complexe qu’il n’y parait.

Le côté sordide de l’âme humaine déteint sur la ville. Conrad nous montre un Londres sombre, perpétuellement noyé dans le brouillard et la pluie. Une ville où rien de bon ne peut advenir. « Les vitres ruisselaient de pluie et la courte rue sur laquelle il abaissa son regard était mouillée et vide, comme si elle avait été soudain balayée par une grande inondation. La journée avait été très pénible, suffoquée tout d’abord par un âpre brouillard et maintenant noyée de pluie froide. La flamme tremblotante et brouillée des becs de gaz avait l’air de se dissoudre dans une atmosphère gorgée d’eau.  »

« L’agent secret » est l’unique roman londonien de Joseph Conrad, l’atmosphère y est noire et désespérée. Accrochez-vous si la première partie vous semble longue, ce roman en vaut vraiment la peine.This is England colors

  

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Pension de famille de Margaret Durrell

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Dans la famille Durrell, je demande la fille ! Margaret est la sœur de l’écrivain Lawrence Durrell et du naturaliste Gerald. Dans « Pension de famille », elle romance son aventure de propriétaire de pension.

Nous sommes en 1947, dans la petite ville balnéaire de Bournemouth. Margo est divorcée, a deux enfants et elle revient dans la demeure familiale. Elle doit néanmoins se trouver une occupation. Elle décide alors de faire l’acquisition d’une maison pour y recevoir des pensionnaires au grand dam de sa mère et de ses trois frères. La seule a la soutenir est sa tante Patience qui lui conseille de prendre des personnes de haute moralité et respectables. Margo va avoir beaucoup de mal à sélectionner ses clients selon les critères austères de sa tante.

Voilà un délicieux roman-témoignage qui montre la fantaisie de la famille Durrell. Les péripéties vont se succéder dans la pension de Bournemouth et mettre la patience de Margo à l’épreuve. La remise en état de la maison est déjà un parcours du combattant avec un plombier alcoolique qui inverse l’eau chaude et l’eau froide. Les pensionnaires, qui bientôt investissent les lieux, sont tous aussi farfelus les uns que les autres : un peintre spécialisé dans le nu et fin cuisinier, des infirmières aguicheuses, des musiciens de jazz, une mère et son fils obèse et facétieux, un maçon antipathique et misogyne. Sans oublier les visites des membres de la famille Durrell et notamment celles de Gerald qui apportent de nouveaux pensionnaires à sa sœur : une colonie de singes (qui visiteront Bournemouth après s’être évadés de leur enclos) et un python. Le voisinage, très bon chic bon genre, n’apprécie que très modérément l’arrivée de tous ces perturbateurs et énergumènes. Mais Margo tient bon, s’attache à toute sa petite troupe et les défend (même les singes !) : Même si j’étais d’accord avec Mrs Briggs sur certains points -concernant, par exemple les odeurs provenant des toilettes du jardin-, je ne pouvais admettre son attitude envers « les bohèmes » ou les singes : tout l’affection que je portais à mon frère, mes instincts d’amie des animaux et mon amour du non-conformisme ressurgirent pour défendre la liberté, l’esprit libre, et d’innocentes créatures à l’odeur délicate (car c’est ainsi qu’elles m’apparaissaient maintenant) contre le feu roulant des critiques lancées par des voisins fanatiques et étroits d’esprit. » Margo fait souffler un réjouissant vent de folie et d’excentricité dans la cité balnéaire.

« Pension de famille » est une sympathique chronique de la vie dans la maison de Margaret Durrell où les pensionnaires sont tous totalement extravagants à l’image des membres de la famille Durrell !

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Résultats du concours « Les amoureux de Sylvia » de E. Gaskell

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En lançant ce concours, je ne pensais pas déclencher de telles passions. Les participantes se sont données beaucoup de mal pour trouver les réponses. Certaines ont fouillé la blogosphère en long en large et en travers pendant des heures à la recherche des noms des écrivains anglais figurant dans mon logo. Tout cela a déclenché des discussions sans fin sur facebook et surtout énormément de rire et d’amusement ! Et je tiens à remercier toutes les participantes pour leur ténacité, leur patience et leur humour.

Passons aux réponses :

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Ligne 1 : Charles Dickens, Jane Austen, Zadie Smith, Daphné du Maurier, Arthur Conan Doyle et Virginia Woolf

Ligne 2 : David Lodge, Vita Sackville-West, Agatha Christie, Hanif Kureishi (qui a perdu bien des lectrices à cause de mon concours !), Sarah Waters et William Shakespeare

Ligne 3 : Anthony Trollope, Jonathan Coe, Mervyn Peake, Ian McEwan,Elizabeth Gaskell et Evelyn Waugh

Ligne 4 : Nancy Mitford, Thomas Hardy, Charlotte Brontë, Rachel Cusk et EM Forster

J’ai eu trois valeureuses et brillantes participantes qui ont trouvé tous les noms et qui gagnent donc un exemplaire « Des amoureux de Sylvia » : Lilly, Delphine (Un coin de blog) et Caty Smiley.

Pour les deux exemplaires suivants, j’ai du faire un tirage au sort parmi les participantes n’ayant qu’une seule erreur et voici les deux gagnantes : Jostein et Laure.

Encore bravo aux gagnantes et un grand merci à Julie et aux éditions Points. J’attends vos adresses sur le mail du blog !

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