Le Capitaine Pamphile d'Alexandre Dumas

Ma connaissance de l’œuvre du prolixe écrivain français se limitait jusqu’à présent aux « Trois mousquetaires » version Bibliothèque verte. Autrement dit pratiquement rien. Pour mes quasi premiers pas dans la découverte d’Alexandre Dumas, j’ai choisi « Le Capitaine Pamphile », attiré par la quatrième de couverture qui annonçait un récit « plein de gaieté et de verve, de burlesque parodique », mais aussi « une œuvre sombre », « un chef-d’œuvre unique chez Dumas » qui « aurait pu être signé de Sterne, ou de Swift ». C’est plus qu’il n’en fallait pour me décider.

« Le Capitaine Pamphile » contient deux récits imbriqués l’un dans l’autre. Dans l’un, le narrateur, Alexandre Dumas lui-même, raconte les aventures tragi-comiques de divers animaux, Gazelle la tortue, Mlle Camargo la grenouille, les singes Jacques Ier et Jacques II, et l’ours Tom. Ces bêtes sont le jouet de leurs passions bien humaines et les victimes de la cruauté et de la bêtise des hommes. Elles appartiennent à un ami d’Alexandre Dumas, le peintre Decamps, dans l’atelier duquel se réunit une joyeuse compagnie d’artistes et de scientifiques. L’un d’eux, Jadin, se propose de lire les aventures du Capitaine Pamphile, dans lesquelles on apprend entre autres choses comment Jacques Ier et Tom sont arrivés chez Decamps. C’est le deuxième récit.

Le Capitaine Pamphile (« aime tout ») porte bien mal son nom. Cet intrépide Provençal fort en gueule commande le brick de commerce la Roxelane. Sa conception du commerce est toutefois fort singulière puisqu’il n’hésite pas à arraisonner et alléger de leur cargaison tous les navires qui ont le malheur de croiser sa route. On le voit aussi, entre Afrique, Amérique et Europe, se livrer à des parties de chasse homériques, affronter une mutinerie, s’échouer sur une baleine, échapper à des Indiens Hurons, se faire passer pour un membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, provoquer une guerre entre tribus africaines, faire la traite des esclaves, devenir cacique et arnaquer les royaumes d’Angleterre et d’Ecosse.

On aurait tort de voir dans « Le Capitaine Pamphile » un simple récit d’aventures à destination des enfants. Au-delà des péripéties rocambolesques, drôles et enlevées propres à ce genre perce une ironie mordante qui vise cette classe montante de marchands et capitalistes  qu’aucune considération morale ne peut arrêter sur la route du profit. Le Capitaine Pamphile en est l’archétype, certes caricatural, qui tue, vole, exploite, extorque et escroque avec une parfaite bonne humeur. Ainsi va le monde à l’aube du capitalisme triomphant. Dans ce contexte, l’auteur propose sa vision sa vision romantique des artistes et intellectuels, dernier refuge contre la barbarie naissante. Qui, de l’homme ou de l’animal, est le plus bestial, semble nous demander Dumas ? Une lecture très réjouissante.

Des hommes de Laurent Mauvignier

Le dernier livre de Laurent Mauvignier s’ouvre sur un anniversaire, celui de Solange. Toute sa famille est présente et notamment Feu-de-Bois, le frère devenu SDF. La fête se passe bien jusqu’à ce que ce dernier offre une broche à sa soeur bien-aimée. C’est la stupeur parmi les invités, la rancoeur se réveille.  » Lui qui n’a pas d’argent et vit au crochet des autres, tous les autres autour de lui, dont les regards allaient de la broche à lui et de lui à la broche, puis de la broche à eux entre eux, des regards qui posaient les mêmes questions et laissaient déjà voir la même stupéfaction, déjà la colère. » Les reproches affluent, les soupçons aussi : Feu-de-Bois a forcément volé l’argent qui lui permit d’acheter la broche. Et Feu-de-bois qui ne comprend pas cette fureur chez ses frères et soeurs ; qui, excédé, commettra l’irréparable.

Pendant tout le récit, Rabut, cousin de Feu-de-Bois, tente d’expliquer le comportement de son cousin, de retrouver la part d’humanité du paria de la famille. Feu-de-Bois vit à l’écart, dans une maison délabrée, il a perdu jusqu’à son prénom : Bernard. Rabut ne comprend pas son cousin qui a abandonné sans explication femme et enfants des années plus tôt pour revenir dans le village. Mais Rabut cherche plus loin dans ses souvenirs et se souvient de l’Algérie. Rabut et Bernard ont tous deux participé à la guerre d’Algérie, cette période de notre histoire dont on ne parle pas. C’est le cas de notre héros qui n’a jamais pu se libérer des horreurs de cette guerre. Ce silence s’est imposé à Bernard pour plusieurs raisons. A son retour, il a entendu les anciens lui dire « Ce n’est pas Verdun », il n’y a pas de raison de se plaindre d’une guerre dont on revient intact. Et puis il y a la honte d’y avoir participé. Bernard pense souvent à la seconde Guerre Mondiale et compare l’occupation allemande avec celle des Français en Algérie. Les Algériens fous de joie lorsque la guerre se termine, lui rappellent celle des Français à la libération. Bernard ne se débarrassera jamais non plus des images de violence, de torture. L’Algérie le poursuit à son retour, l’empêchant de reconstruire sa vie.

J’avais lu précédemment « Dans la foule »  du même auteur et j’avais été impressionnée par son style. J’ai retrouvé dans « Des hommes » cette force de l’écriture. Laurent Mauvignier retranscrit le langage oral mais aussi les pensées de ses personnages avec des phrases hachées, extrêmement rythmées. Tous les signes de ponctuation du dialogue ont disparu pour donner un flux continu de mots. « On se souviendra que derrière Feu-de-Bois on pourrait retrouver Bernard. On entendra sa soeur l’appeler par son prénom, Bernard. On se rappellera qu’il n’a pas toujours été ce type qui vit aux crochets des autres. On l’observera en douce pour ne pas éveiller sa méfiance. On le verra avec toujours les mêmes cheveux jaunes et gris à cause du tabac et de ce charbon de bois, les mêmes moustaches épaisses et sales.  Et puis les points très noirs sur le nez, ce nez grêlé, bulbeux, rond comme une pomme. Et puis les yeux bleus, la peau rosée et boursouflée sous les paupières. Le corps robuste et large. Et cette fois, si on y prêtait attention, on verrait les traces du peigne sur les cheveux coiffés en arrière, on devinerait l’effort de propreté. Et même, on se dirait qu’il n’a pas bu et qu’il n’a pas l’air trop mauvais. » Le style de Laurent Mauvignier est totalement hypnotique, le lecteur est totalement immergé dans ses mots. C’est également une écriture que l’on ressent physiquement, on se sent oppressé par ce flot de paroles ce qui correspond bien à l’horreur décrite durant la guerre d’Algérie.

« Des hommes » est un livre marquant par son style très travaillé mais aussi par ses personnages emprisonnés dans leurs souvenirs. Encore une fois, j’ai été enchantée par la lecture de Laurent Mauvignier que je vais continuer de suivre. 

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Temps difficiles de Charles Dickens

L’intrigue de « Temps difficiles » se situe dans la ville imaginaire de Coketown (qui est en fait Manchester) au plus fort de l’industrialisation. Nous découvrons sur plusieurs années la vie d’une famille de notables : les Gradgrind.

Les deux enfants de la famille Gradgrind sont élevés dans la doctrine utilitariste. Leur père l’applique absolument à tous les compartiments de la vie quotidienne. Les enfants ne peuvent passer leur temps qu’à étudier, l’amusement et l’imagination sont totalement proscrits. « En toutes choses, vous devez vous régler, vous laisser diriger par les faits. Nous espérons avoir avant longtemps un Comité des faits, composé de commissaires des faits, qui forceront les gens à ne considérer que les faits et rien que les faits. Vous devez exclure de votre vocabulaire le mot Imagination. Vous n’avez rien à en faire. Vous ne devez en avoir dans aucun objet usuel, dans aucun ornement, ce qui serait, en fait, une contradiction.  » Cette doctrine va effectivement très loin puisque les deux enfants Gradgrind ne peuvent aller au cirque ou même avoir des chevaux sur leur papier-peint puisque ces animaux ne peuvent marcher aux murs ! Charles Dickens nous montre l’évolution de ces deux enfants imprégnés d’utilitarisme et le moins que l’on puisse dire, sans trop en dévoiler, c’est que les idées de leur père ne feront pas d’eux des adultes heureux.

« Temps difficiles » est également l’occasion pour Charles Dickens de faire une sévère critique de l’industrialisation à outrance de l’Angleterre. Les conditions de vie des ouvriers des filatures de tissu sont longuement décrites et critiquées par Dickens. Les ouvriers sont exploités, usés par le travail à la chaîne. On suit le personnage de Stephen, ouvrier à l’usine, dans ces différents malheurs. Il vit misérablement, supporte une femme devenue alcoolique mais il reste honnête. Il est même pour Dickens l’incarnation de la droiture. Les patrons de l’usine n’ont que mépris pour Stephen et ses semblables et pour eux aucune de leurs plaintes n’est recevable. La ville de Coketown est très marquée par l’industrialisation. Les descriptions de Dickens sont extraordinaires, la ville est peuplée de hautes cheminées d’usines qui crachent perpétuellement de la fumée. Le jour n’atteint pas les habitations rouge brique, toute la ville est plongée dans un épais brouillard. Le nom choisi par Dickens le dit bien : Coketown c’est la ville du charbon. « C’était un jour d’été ensoleillé. La chose arrivait parfois, même à Coketown. Vu de loin par ce temps, Coketown apparaissait noyé dans une brume inaccessible aux rayons du soleil. On savait seulement que la ville était là, parce qu’on savait que la tâche maussade qui s’étalait dans le paysage ne pouvait être qu’une ville. Un brouillard de suie et de fumée qui se dirigeait confusément tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, tantôt montait vers la voûte du ciel, tantôt s’avançait sombrement au ras du sol, selon que le vent s’élevait ou s’apaisait ou changeait de direction, un enchevêtrement compact, sans forme, traversé par des nappes d’une lumière oblique qui ne laissait voir que de grosses masses noires : Coketown, vue de loin, s’évoquait lui-même bien qu’on ne pût distinguer aucune de ses briques. »

« Temps difficiles » est un roman assez court par rapport aux autres oeuvres de Charles Dickens. Pour cette raison, on ne retrouve pas le foisonnement de personnages auquel l’auteur est habitué. Ici nous ne suivons que la destinée de la famille Gradgrind et celle de Stephen en pointillés. D’ailleurs l’ouvrier croise la famille Gradgrind à de nombreuses reprises et il finit par s’intégrer à leur histoire. Comme toujours chez Dickens, les personnages sont extrêmement tranchés. Les « bons » le sont du début à la fin et sont irréprochables. Ils sont incarnés par Stephen et son amie Rachael, tous deux ouvriers, ils servent à défendre la thèse de l’auteur contre l’industrialisation. Les mauvais bougres sont bien évidemment des notables. Ils sont facilement identifiables puisqu’ils sont les victimes de l’ironie féroce de Dickens. Un exemple avec la description de Mr Bounderby, ami de Mr Gradgrind : « Il n’avait guère de cheveux. On pouvait imaginer qu’il les avait fait s’envoler à force de parler, et que ceux qui lui restaient et qui se dressaient en désordre sur son crâne ne se trouvaient dans cet état que parce qu’ils étaient sans cesse éparpillés par le vent de sa vantardise. »

« Temps difficiles » ne fait que conforter mon admiration pour Charles Dickens. J’apprécie son extraordinaire style, ses envolées lyriques, ses personnages si tranchés, son parti-pris et son humour qui adoucit la noirceur de la fumée de Coketown. La condamnation du capitalisme est de plus très moderne. Le personnage de Bounderby, parti de rien et devenu riche, ne comprend pas pourquoi les ouvriers ne font pas tous comme lui. Si lui l’a fait, tout le monde peut le faire. On entend toujours aujourd’hui ce type de discours chez les fervents défenseurs du capitalisme. Dickens continue à nous faire méditer.

 

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L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

Nous sommes en Angleterre, en 1985. Thursday Next est un agent des opérations spéciales et plus précisément chez les LittéraTecs. Cette brigade s’occupe des crimes littéraires et notamment d’éradiquer les faux manuscrits. Au début du roman, Thursday est appelée sur une enquête importante : le manuscrit de « Martin Chuzzlewit » a disparu. Cette affaire va obliger Thursday à affronter celui qui se veut le plus grand malfaiteur de tous les temps : Achéron Hadès.

Jasper Fforde a une imagination foisonnante, il a créé une véritable uchronie pour « L’affaire Jane Eyre ». Nous sommes en 1985 mais tout est bien différent du 1985 que nous avons vécu. La guerre de Crimée entre l’Angleterre et la Russie n’est toujours pas terminée et Thursday y a laissé son frère. Le Royaume-Uni n’existe pas puisque l’Ecosse est une République. Et les chrono-gardes voyagent dans le temps selon leurs missions. Le père de Thursday, ancien chrono-garde, fait des apparitions cocasses où il vérifie ce qu’il est advenu de Nelson, Churchill afin que les français ne modifient pas l’Histoire !

Ce qui est très plaisant dans l’univers créé par Jasper Fforde est la place primordiale accordée à la littérature. La disparition du manuscrit de « Martin Chuzzlewit  » ou le kidnapping de Jane Eyre sont vécus comme des drames nationaux. Les références à la littérature anglaise sont pléthore et réjouissantes lorsque l’on aime (comme c’est mon cas) les auteurs cités. Shakespeare a une place importante dans l’uchronie puisqu’il existe des automates citant des passages du grand dramaturge en pleine rue et pour 10 sous ! Et de nombreux comités tentent de prouver que Shakespeare n’a pas écrit ses pièces de théâtre ! Grâce au portail de la prose inventé par Mycroft, l’oncle de Thursday, il est possible de voyager dans les livres. Notre héroïne va pouvoir voyager au coeur de « Jane Eyre » et discuter avec Rochester, la veinarde ! Mais je ne lui en veux pas puisque la fin du roman de Charlotte Brontë ne serait pas la même sans Thursday !

J’ai néanmoins deux petits bémols à apporter. Le premier porte sur l’histoire d’amour de Thursday. Cette partie de l’intrigue me semble inutile et notre pauvre héroïne se voit affubler d’un amoureux complètement falot. Le deuxième bémol concerne la longueur du roman, je pense qu’il aurait gagné en rythme, en tension en étant plus court. La scène d’affrontement sur le toît de Thornfield Hall se traîne en longueur. Thursday met un temps infini à deviner comment éliminer Achéron Hadès alors que le lecteur l’a compris bien avant. Les chapitres suivant la résolution de l’affaire Jane Eyre proprement dite m’ont également quelque peu ennuyée.

 « L’affaire Jane Eyre » reste, malgré mes bémols, une lecture fort plaisante. L’uchronie créée par Jasper Fforde ne peut que réjouir les amoureux de la littérature anglaise dont, bien entendu, je fais partie.

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The portrait of a lady swap

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Avec Lou, nous vous avions concocté un swap pour célébrer les ladies britanniques dans la littérature. Aujourd’hui il est temps de découvrir les colis qui ont été reçus par nos charmantes participantes. Je tiens à préciser que la malheureuse Mea n’a pas reçu le colis de sa swappeuse qui ne semble pas avoir jugé utile de respecter ses engagements. Mais Mea recevra très bientôt des surprises dans sa boîte aux lettres qui, nous l’espérons, lui feront oublier sa déception.

Et maintenant les colis ! Voici ce que j’ai reçu de ma délicieuse swappeuse Lilly :

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Comme vous pouvez le voir, Lilly a joué le jeu du fait-main jusqu’au paquet cadeau !!!! Tous les paquets comportaient un petit mot donnant envie des les ouvrir illico ! Et c’est ce que j’ai fait :

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Je vous détaille mes jolis cadeaux avec tout d’abord les livres :

Les mystères d’Udolphe de Ann Radcliffe que je voulais découvrir depuis très longtemps

Flush de Virginia Woolf qui est une découverte pour moi et qui semble extrêmement prometteur

Adam et Cassandra de Barbara Pym que je ne connais pas encore mais qui m’a été fortement conseillée par Lou !

Pour accompagner ces livres :

– un joli marque-page avec ma fleur favorite, la rose

– du thé, des shortbreads à la noisette et une préparation de scones… je m’en lèche les babines !!!

– pour éviter de tâcher mes livres avec du thé, Lilly a pensé à tout car elle m’a envoyé deux ravissantes soucoupes pour y déposer les sachets dégoulinants !

– je peux dorénavant consigner mes lectures dans un carnet splendide, je ne sais pas si vous pouvez le voir mais l’inscription dessus est tirée de « Jane Eyre » que j’adore.

Et je termine par le plus beau, celui que l’on va forcément m’envier :

– un calendrier composé de photos de Jane Austen, de Virgina Woolf, de Elizabeth Von Arnim, d’Elizabeth Gaskell et de différentes adaptations.  Ce calendrier est vraiment magnifique, je l’adore et il trône fièrement sur ma bibliothèque ! Je suis d’ailleurs sur le mois de février qui comporte une photo de Elizabeth Bennet version BBC !!

Un immense merci à Lilly qui a su parfaitement répondre à mes goûts, je suis vraiment ravie d’avoir pu faire plus ample connaissance avec elle et j’espère que nous continuerons à correspondre.

Je vous propose d’aller faire un tour sur les blogs des autres participantes car je n’ai pas été la seule à être gâtée :

Lilly

Maggie

Pickwick

Mea

DViolante

Celsmoon

Yoshi73

Manu

Romanza

Cécile

Edea

Nadège

Lamousmé

Emma

Céline

Didouchka

Laconteuse

Alice

Je tenais à remercier chaleureusement toutes les participantes pour leur gentillesse, leur implication et leur enthousiasme. Un grand merci également à Lou qui m’a permis d’organiser mon premier swap et ça a été formidable de le faire avec elle.

Et surtout continuez à  lire des livres en rapport avec notre swap et à nous signaler vos billets car il faut étendre l’influence de nos chères ladies !!

Happy swap to all the wonderful ladies !!!

 

 

Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia

L’action débute en 1959, à Paris. Michel Marini a douze ans. L’école l’ennuie, il préfère lire, écouter du rock’n’roll et jouer au baby-foot. Au « Balto », bistrot à Denfert-Rochereau où il a l’habitude de se mesurer aux meilleurs joueurs de baby, il remarque derrière un rideau une porte par laquelle passent des hommes d’âge mûr. Intrigué, il finit un jour par pousser la porte où est inscrit « Club des Incorrigibles Optimistes »,  et découvre une assemblée d’hommes occupés à jouer aux échecs ou à bavarder. « C’étaient quasiment tous des gens des pays de l’Est. Des Hongrois, des Polonais, des Roumains, des Allemands de l’Est, des Yougoslaves, des Tchécoslovaques, des Russes, pardon, des Soviétiques reprenaient certains. Il y avait aussi un Chinois et un Grec. » Communistes de la première heure ou opposants, ils ont fui un système devenu inhumain. Ils ont laissé au pays famille et amis. Ils étaient médecins, hauts fonctionnaires, ingénieurs, en France ils ne sont plus rien. Ils se retrouvent alors dans cette arrière-salle pour chasser la solitude et oublier un instant la dureté de leur vie de parias. Michel fait peu à peu leur connaissance et devient leur ami.

De 1959 à 1965, il fréquente le club et découvre l’histoire personnelle de ses membres, et leurs blessures. Celles-ci répondent parfois aux évènements qui surviennent dans la vie de Michel. Car il s’agit aussi d’une chronique personnelle et familiale dont les épisodes alternent avec les tranches de vie des réfugiés. Son père, descendant d’immigré italien, a épousé la fille de son patron lorsqu’il était apprenti plombier. Ils ont ensuite hérité de l’entreprise familiale. Les tensions sont vives dans ce couple socialement mal assorti. Le grand frère de Michel, Frank, communiste et anticolonialiste convaincu, s’engage contre toute attente pour la guerre d’Algérie et abandonne sa petite amie, Cécile, avec laquelle Michel noue alors une grande complicité.

Voilà pour le décor. En 750 pages passionnantes et d’une grande clarté, Jean-Michel Guenassia fait le récit authentique d’une trajectoire adolescente. C’est certainement ce qui a séduit le jury du prix Goncourt des lycéens qui a couronné ce roman. Les préoccupations des adolescents ne changent pas tellement d’une époque à l’autre, et ceux du jury se sont à coup sûr reconnus dans le personnage de Michel Marini. Le livre intéressera donc aussi un public adulte qui y retrouvera peut-être les bonheurs et les affres de cette période difficile mais passionnante de notre vie. Et puis les thèmes abordés : les joies et déceptions de l’amour et de l’amitié, la brûlure de la trahison, sont universels et de tout temps. Certains, comme la douleur de l’exil et du déracinement, entrent même en résonance avec notre époque, même si le contexte est, certes, fort différent. Quoiqu’il en soit, par ce choix les lycéens ont montré qu’ils avaient énormément de goût et savaient reconnaître une œuvre de qualité. Qui a dit que les jeunes ne lisaient plus ?

Pour conclure, je ne saurais trop vous recommander la lecture de l’excellent billet d’Arnivi, pour achever de vous convaincre.

Doctor Who

Aujourd’hui un groupe de bloggeuses (Karine, Fashion, Caroline, Mo, Celsmoon, Virginie, Pimpi, Cryssilda) a décidé d’expliquer pourquoi la série britannique Doctor Who est génialissime. Mieux vaut être nombreuses pour convaincre les incroyants, voici donc ma contribution :

1-Christopher Eccleston est le meilleur docteur, c’est grâce à lui que j’ai accroché à la série. Il y est extrêmement drôle, son air d’imbécile heureux lorsque les ennuis lui tombent dessus est réjouissant !

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Il est fort dommage qu’il n’ait été le Docteur que durant une saison car il incarne le personnage à merveille.

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Oui moi aussi je suis restée effondrée sur mon canapé lorsqu’il s’est régénéré…

2-David Tennant n’est pas mal non plus (je tiens à conserver des liens cordiaux avec les bloggeuses sus-nommées…)

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3-Le Doctor a le chic pour avoir des accompagnatrices hautement sympathiques et surtout Rose et Donna qui sont aussi frappées que lui. (Désolée pour Martha mais vraiment elle est trop fade pour moi.)

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4-Le Doctor rencontre mes auteurs préférés : Dickens, Shakespeare, Agatha Christie…Ces épidodes sont absolument extraordinaire et très bien documentés en plus.

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5-Les scénarios sont extrêmement bien ficelés, les histoires traversent le temps et l’espace. Mon préféré : Blink qui mélange le présent et le passé de manière virtuose.

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6-Captain Jack (rien à ajouter)

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Laissez-vous entraîner dans l’univers fascinant du Doctor Who !!! Et surtout regarder la saison 1 parce Christopher Eccleston est really FANTASTIC !!!!!

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La fille du capitaine de Pouchkine

Russie, 1773, Piotr Andreïtch Griniov est un jeune homme de bonne famille. Son père est un ancien militaire et souhaite que son fils s’engage à son tour. Ce dernier est enchanté puisqu’il pense être Sergent de la Garde Impériale à Saint-Pétersbourg. « L’idée du service se mêlait en moi à l’idée de liberté, de vie de plaisirs à St Pétersbourg. Je me voyais en officier de la Garde, ce qui, selon moi, était le sommet de la béatitude humaine. » Mais son père ne l’entend pas de cette oreille et souhaite que son fils ait un véritable apprentissage de soldat. C’est ainsi que notre jeune héros, accompagné de son serviteur Savélitch, se retrouve affecté au fort de Bélogorsk en plein milieu des steppes de Kirghizie. Piotr est donc bien loin de la vie trépidante dont il rêvait. Mais la route du jeune officier va bientôt croiser celui de l’Histoire.

Pouchkine mélange les genres dans ce court roman. « La fille du capitaine » est à la fois un récit initiatique, une romance et un roman historique. Piotr Andreïtch est envoyé au fort pour avoir une formation de soldat, apprentissage qui doit le sortir de l’enfance. A l’intérieur du fort, il est chaleureusement accueilli par la famille du capitaine. Ce dernier a donc une fille, Maria Ivanovna, qui va ravir le coeur de Piotr. Cette partie du roman est très romanesque. Piotr doit lutter pour défendre sa belle et empêcher le traître Chvabrine de la marier de force. Pouchkine exploite totalement cette veine romantique : Piotr est un héros innocent par excellence, ses sentiments sont purs alors que Chvabrine est la mesquinerie et la jalousie incarnées. Les sentiments sont en général très tranchés et exacerbés dans les romans russes ce qui n’est pas pour me déplaire.

La partie historique de « La fille du capitaine » est très intéressante car elle nous en apprend beaucoup sur la société russe de l’époque. Le Cosaque Pougatchov décide de se rebeller face au pouvoir. Il est suivi par un grand nombre de ses compatriotes et réussit à prendre plusieurs forteresses dont le fort de Bélogorsk. Cette révolte des Cosaques de l’Oural ne dura qu’un an mais elle montre bien la fracture existant entre le peuple et l’aristocratie.  Les petits soldats sont des paysans, des serfs (les Cosaques sont de cette catégorie sociale) et ne peuvent en aucun cas devenir officiers. Notre jeune Griniov est de haute extraction et est d’office nommé sergent malgré son manque total d’expérience. Une autre distinction se fait également au niveau religieux. Au milieu du XVIIème siècle, l’Eglise russe a connu un schisme. Les Cosaques sont restés attachés à l’ancien culte contrairement à l’aristocratie qui cherche à européaniser la culture russe. La société russe est d’une grande complexité en raison des multiples ethnies qui la composent. La préface de Jean-Louis Backès est très éclairante sur cette période historique.  Le personnage de Pougatchov prend une grande importance dans le roman. Pouchkine était très intéressé par sa rébellion puisqu’il lui avait déjà consacré un ouvrage : « Histoire de Pougatchov ». Il en fait dans « La fille du capitaine » un personnage complexe, ambigu, contrairement aux autres. Lors des batailles et avec ses prisonniers, Pougatchov est sans pitié, il est violent et sanguinaire. Mais il sait se montrer humain, magnanime notamment avec Piotr Andreïtch pour une raison que je ne dévoilerai pas afin de ne pas gâcher votre lecture ! Pouchkine semble éprouver de l’attachement envers Pougatchov peut-être parce qu’il représente la résistance des opprimés.

Je commence en douceur mon challenge « Une année en Russie » grâce à ce bref roman de Pouchkine. C’est une lecture très agréable et qui a enrichi mes connaissances historiques sur ce pays. J’ai retrouvé tout ce qui me plait dans la littérature russe : des sentiments passionnés, des paysages désolés et enneigés, et surtout l’incontournable samovar !

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The Edith Wharton's challenge

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J’ai décidé, à mon tour,  de lancer un challenge à mes amis lecteurs et lectrices de la blogosphère. Etant une grande admiratrice de Edith Wharton, j’ai eu envie de vous faire partager cette passion. Il s’agira de lire au moins 3 oeuvres de la grande écrivaine américaine d’ici au 30 avril 2011.  Vous pouvez vous inscrire dans les commentaires et me mettre les liens vers vos billets. Vous pouvez également m’indiquer les articles que vous avez déjà écrits pour donner envie aux autres participants de choisir tel ou tel livre. Pour ce challenge, je vous ai créé un logo (celui qui est au-dessus bien entendu !) et je vous ai préparé une bibliographie. Si j’ai oublié des ouvrages (notamment pour la partie biographie), n’hésitez pas à me le dire.  

 

  • Nouvelles
  • Les Metteurs en scène 
  • Le Fils et autres nouvelles 
  • Leurs Enfants 
  • Grain de grenade (nouvelles) : DViolante
  • Fièvre romaine (nouvelles)  : Trillian
  • Le Triomphe de la nuit : DViolante,  Lou , Maggie , Lilly
  • Vieux New-York (nouvelles) 
  • Une affaire de charme  Mango
  • Xingu  : Maggie,  Mea, Lou , Lilly
  • Les lettres : Maggie,  Mea , Trillian
  • Les entremetteurs et autres nouvelles 
  • Madame de Treymes et autres nouvelles 
  • Le miroir et Kerfol : Maggie
  • Essais
  • Les Moeurs françaises et comment les comprendre 
  • Villas et Jardins d’Italie  
  • Le Vice de la lecture Mea
  • Voyage au Maroc 
  • Biographies
  • Les Chemins parcourus avec la vie  
  • Edith Wharton : lectures d’une vie de Diane de Margerie, 1999, Flammarion 
  • Edith Wharton d’Enne Ullmo, 2001, Belin 
  • Edith Wharton : l’objet et ses fictions de Denise Ginfray, 2003, PU Rennes 
  • Lettres 1900-1915-Henry James/Edith Wharton 
  • Adaptations
  • Chez les heureux du monde : Maggie

 

 

Les participantes :

Maggie

Karine:)

Cécile

Isil

George

Cryssilda

Keisha

Loulou

Mea

Maribel

Lou

Ellcrys

DViolante

Pickwick

Plume
Trillian

Lilly

Mango

Céline

Océane

L'insupportable Bassington de Saki

Francesca Bassington habite une maison cossue dans Blue Street W. Elle est très fière de son intérieur et notamment de son salon richement décoré de porcelaine de Saxe, de tapis persans, de services à thé de Worcester, d’un meuble Boulle et surtout d’un Van der Meulen ayant appartenu à son père. Cette pièce reflète parfaitement la personnalité de Francesca : « Francesca elle-même, si on l’avait brusquement priée de décrire son âme, aurait probablement décrit son salon. Non parce qu’elle aurait considéré que le salon avait marqué son empreinte sur l’âme, et qu’on pouvait donc grâce à l’examen approfondi du premier, découvrir les traits dominants de la seconde, et même deviner ses replis secrets, mais bien parce qu’elle aurait obscurément reconnu que son salon était son âme. » Le problème c’est que la maison de Blue Street n’appartient pas à Francesca, elle lui a été léguée par une vieille amie, Sophie Chetrof qui souhaitait l’offrir à sa fille Emeline lorsque celle-ci se marierait. La seule solution pour que Francesca puisse conserver sa précieuse maison est que son fils, Comus, épouse Emeline Chetrof. Mais Comus Bassington est un personnage difficile à manipuler.

Hector Hugh Munro dit Saki (« échanson » en farsi) eut une carrière littéraire fort courte. Né dans la colonie anglaise de Birmanie en 1870, il rentra en Angleterre à l’âge de deux ans. Il voyagea, à partir de 1900, dans les Balkans, en Pologne, en Russie et à Paris. A partir de 1908, il commença sa carrière d’écrivain notamment avec des recueils de nouvelles comme « Reginald » ou « Les chroniques de Russie ». Il s’engagea dès 1914 dans l’armée et mourut en France en 1916.

« L’insupportable Bassington » fut écrit en 1912 et c’est une démonstration des deux facettes de la personnalité de Saki : l’humour et la noirceur. La victime de l’humour cruel de Saki et de Francesca Bassington, c’est Comus. Le pauvre garçon a le défaut de la frivolité, de l’amour du jeu et de la féroce gaieté. « Son physique correspondait exactement à son étrange nom païen. Ses grands yeux gris-vert semblaient toujours étinceler d’une malice diabolique et d’une joie orgiaque ; ses lèvres arquées auraient pu appartenir à quelque faune au rire pervers et on s’attendait presque à voir des embryons de cornes se dessiner dans ses cheveux noirs lissés, et brillants. » Sa mère aime trop son confort, ses précieux objets, pour le laisser vivre à sa guise. Elle a besoin qu’il s’établisse, qu’il se marie pour lui assurer son avenir. Elle échafaude des plans afin d’y arriver mais Comus est un être fantasque. Par exemple, afin de lier Comus à Emeline Chetrof, Francesca demande à son fils de prendre soin du petit frère de celle-ci, Lancelot, admis dans la même école. Mais Comus ne trouve rien de mieux que de battre à coups de canne ce jeune bizut ! Autant dire que les projets de mariage de sa mère tombent à l’eau…

Mais le roman de Saki a une face plus sombre. Francesca Bassington souhaite que son fils parte assez loin et a du mal à supporter autant d’énergie. « Je l’aime beaucoup, évidemment, mais je supporte très bien la séparation. » Après plusieurs tentatives pour le marier, son voeu se réalise. Francesca oblige Comus à prendre un poste de secrétaire en Afrique. A partir du départ de Comus, le ton change. De l’ironie des premiers chapitres, on passe aux regrets. La jeune femme courtisée par Comus, a épousé un prétendant plus solide mais elle le regrette dès son voyage de noces. La mère de Comus se sent finalement bien seule et son petit monde s’effrite petit à petit. L’amertume emplit son salon jusqu’à la cruelle conclusion.

« L’insupportable Bassington » était la première oeuvre de Saki que je lisais mais ce n’est pas la dernière. J’ai beaucoup apprécié son humour féroce sur ses différents personnages. Les travers de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie édouardienne sont épinglés de manière incisive et pince-sans-rire. A noter que les éditions Pavillons Poche ont complété le roman de quatre nouvelles, genre dans lequel Saki était passé maître.