Le liseur de Bernhard Schlink

liseur

A 15 ans, Michael fait la connaissance de Hanna Schmitz. Elle a vingt ans de plus que lui mais une relation amoureuse se noue entre eux. Un rituel se met d’ailleurs en place dans leur couple : l’adolescent arrive, tous deux se lavent, font l’amour et ensuite Michael fait la lecture à Hanna. Celle-ci est avide de découvrir de nouveaux ouvrages, elle écoute attentivement son « garçon ». Le jeune Michael tombe rapidement amoureux d’elle. Il est chaque jour plus impatient de la retrouver, il la suit dans le tramway où elle est contrôleuse. Hanna est une femme pleine de mystères et de sensualité, ce qui ne pouvait que fasciner ce jeune homme. Pourtant, leur relation se termine brutalement six mois après. Du jour au lendemain, Hanna disparait totalement de son appartement, de sa ville. Elle ne laisse aucun message au grand désarroi de Michael. Ce n’est que sept ans après qu’il la retrouve : « J’ai revu Hanna en cour d’assises. Ce n’était pas le premier des procès sur les camps de concentration, ni l’un des plus grands. Notre professeur à l’université, l’un des rares à l’époque qui travaillaient sur le passé nazi et sur les procès qui y avaient trait, avait fait de celui-là le sujet de son séminaire, en escomptant qu’avec l’aide d’étudiants il pourrait suivre et l’étudier de bout en bout ». Michael va assister à chaque journée du procès où Hanna comparait avec quatre autres anciennes surveillantes de camp.

Le livre de Bernhard Schlink interroge bien évidemment la responsabilité. En choisissant le personnage d’Hanna, il veut exprimer la difficulté dans certains cas à choisir son camp. La question que chaque allemand de cette génération aurait dû se poser était : qu’aurais-je fait à sa place ? Non que cette interrogation dédouane ou déculpabilise, mais elle peut permettre d’engager un véritable débat et de voir que tout n’est pas inévitablement noir ou blanc. L’histoire d’Hanna, son handicap social, que je ne dévoilerai pas pour ceux qui n’auraient pas lu le roman, expliquent ses choix sans pour autant les justifier. Le personnage d’Hanna est magnifique et d’une belle complexité. Les zones d’ombres de la première partie du roman s’éclairent dans la deuxième pour la rendre encore plus touchante et fragile. Cette femme, qui semble forte et parfois abrupte, se révèle en lutte perpétuelle, en fuite constante pour garder son secret. Elle tente de se rendre invisible et vit dans une grande solitude lorsqu’elle rencontre Michael. « Le liseur » est également le récit d’une belle et profonde histoire d’amour. Michael ne se remettra jamais de sa rencontre avec Hanna. Il ne l’oubliera jamais, elle le hantera et l’empêchera de vivre une autre histoire.

Le film où Hanna est interprétée par la toujours parfaite Kate Winslet m’a un peu gâché le livre puisque je connaissais le secret d’Hanna. J’ai néanmoins pris un grand plaisir à le découvrir et j’ai apprécié la délicatesse et la subtilité avec laquelle Bernhard Schlink abordait le sujet.