
Autant la version de 1995 était réussie, autant celle-ci est ratée. Joe Wright transforme le roman de Jane Austen en une romance hollywoodienne, une bluette sans aspérité.
Tout commence durant la première scène de bal à Meryton. On peut déjà noter que les danseurs s’agitent beaucoup, cela fait plus penser à de la country qu’à une danse du XIXème. Arrivent Mr Bingley, ses soeurs et Mr Darcy. Au moment où Lizzy et Mr Darcy se croisent, leurs regards sont troublés, émus. C’est le premier contre-sens, Lizzy et Darcy ne peuvent connaître le coup de foudre puisque leur amour naîtra progressivement. Une petite parenthèse sur l’attitude de Darcy. Il est supposé être hautain, méprisant, Matthew Macfadyen semble plutôt se débattre avec les affres de la dépression. Il a un regard de chien battu qui n’a pas grand chose à voir avec la distinction décrite dans le roman. La deuxième scène de bal à Netherfield accentue l’idée d’un coup de foudre. Lizzy et Darcy dansent ensemble et à un moment il n’y a plus personne autour d’eux. Ils sont littéralement seuls au monde ! La fin tourne au ridicule absolu. Lady Catherine de Bourgh rend visite à Lizzy en pleine nuit ce qui est totalement inconvenant pour l’époque et donc absurde. Suite à cette rencontre, nous voyons apparaître dans la brume Mr Darcy totalement débraillé et sur fond de musique d’ascenseur. Il rejoint Lizzy et le plan se termine sur leurs deux visages de profil se touchant avec soleil levant en arrière-plan. On atteint le summum de la mièvrerie alors que le roman de Jane Austen en est totalement dépourvu.
Le film de Joe Wright lisse les relations entre les personnages et rend Jane Austen politiquement correcte. C’est très visible dans les relations parents/enfants. Deux exemples pour prouver mon impression. On retrouve dans ce film la scène où Mr Bennet demande à sa fille Mary d’arrêter de jouer et de chanter devant toute une assemblée. Cette remarque de Mr Bennet a semblé trop cinglante au scénariste qui rajoute une scène où le père console gentiment sa fille. Autre exemple : Lydia a épousé Wickham, elle quitte sa famille pour plusieurs années. Mrs Bennet est désespérée, pleure et c’est Lizzy qui vient la réconforter alors que leurs relations dans le roman ne sont pas au beau fixe.
Je ferai une dernière remarque sur les incohérences de cette adaptation par rapport au roman. L’intérêt de l’histoire d’amour entre Elizabeth Bennet et Mr Darcy est le dépassement de leur condition sociale. Il reste néanmoins que Lizzy est fille de gentleman. Dans la version de Joe Wright, les Bennet semblent pauvrets. Leur maison semble quelque peu délabrée, en désordre et la basse-cour y rentre presque. Keira Kneightley est vêtue toujours de la même robe marron qui ne ressemble à rien.
Voilà donc un film qui fait beaucoup de tort à l’oeuvre de Jane Austen et qui fait passer ses romans pour des love stories à l’eau de rose. L’ironie est gommée, tout est lisse et propret. Le film de Joe Wright est un contre-sens absolu, un manque de respect pour le travail de Jane Austen.







