Le Père Goriot d'Honoré de Balzac

Il faut toujours laisser une seconde chance aux livres étudiés à l’école. Le roman de Balzac, au programme de la classe de troisième, m’avait laissé un souvenir déplorable : descriptions interminables, intrigue alambiquée, sentiments exacerbés, « Le père Goriot » n’avait pas grand-chose pour séduire un élève de quinze ans obligé de se coltiner cette « vieillerie » très XIXème. Des années – et beaucoup de livres – plus tard, c’est avec grand plaisir que je me suis replongé dans ce classique, avec l’impression de le lire pour la première fois.

Il commence avec une longue description de la miteuse pension bourgeoise de madame Vauquer, sise dans un quartier misérable de Paris. Trois de ses pensionnaires sont les personnages principaux de cette histoire qui commence en 1819 : Goriot, Vautrin et Rastignac.

Goriot est un ancien commerçant qui s’est considérablement enrichi pendant la Révolution, et qui s’est retiré dans cette pension après avoir marié ses deux filles, Delphine et Anastasie, la première à un riche banquier, l’autre à un aristocrate. Il idolâtre ses filles au point de se ruiner pour elles, mais celles-ci en retour n’ont que dédain pour ce père aimant jusqu’à la bêtise. Vautrin est un forçat évadé, recherché par la police, un homme révolté contre la société mais lucide sur son compte, qui ne connaît de morale que son intérêt. Il cherche le coup qui lui permettra de se retirer aux Etats-Unis, dans une plantation avec des esclaves. Eugène de Rastignac pourrait lui en fournir l’occasion.

Rastignac est le personnage central du roman. Issu d’une noblesse provinciale peu fortunée, il est monté à Paris faire son droit et tenter de se faire une place. Ebloui par la haute société dans laquelle il est introduit par une vague parente, il rêve d’en faire partie et de s’y faire un nom. Il comprend vite que le moyen le plus sûr pour gravir les échelons passe par les femmes. Sa route croisera celle d’Anastasie, puis celle de Delphine, les propres filles de Goriot qu’il tentera d’utiliser à ses propres fins avec la bénédiction de ce dernier.

Balzac fut un fin observateur de la société de son temps. Le Paris qu’il décrit est peu reluisant et tient plus de la jungle que d’une cité civilisée. Tout n’y est qu’ambition, intérêt, tromperie, calomnie, manipulation et corruption. Le mariage n’est qu’une forme déguisée de prostitution, et tout sentiment noble passerait pour un aveu de faiblesse. La médiocrité règne partout en maître, chez les nantis comme dans le peuple. Rastignac, qui ne manque pourtant pas de cœur, en fera l’expérience et retiendra la leçon.

C’est cette férocité, cette cruauté dans les rapports sociaux qui m’ont tant plu dans ce chef-d’œuvre. Bien sûr on peut déplorer le côté outrancier et quelque peu théâtral des dialogues et des situations. Mais ce défaut propre aux œuvres de cette époque ne parvient pas à éclipser à mes yeux la finesse psychologique et le sens de la dramaturgie. Un livre à découvrir donc – ou à redécouvrir.

La diagonale du vide de Pierre Péju

J’ai reçu « La diagonale du vide » dans le cadre de l’opération masse critique de Babelio. J’avais choisi ce livre car j’étais attirée par l’histoire et que j’avais entendu parler en bien de Pierre Péju. J’ai été quelque peu déçue.

Marc Travenne est designer, son entreprise fait beaucoup de bénéfices. Après la mort de son associé, Marc est plongé dans le doute : n’est-il pas passé à côté de sa vie ? C’est à l’aéroport qu’il prend sa décision : « Minuscule voyageur de l’aéroport Charles-de-Gaulle, je renonçais à un énième voyage en Extrême-Orient. Au moins le vingtième ! En dix ans, douze ans, je ne sais plus. Tantôt Shanghai, tantôt Hong-Kong. Parfois Singapour. « Pour affaires », comme on dit, même si le fait d’être devenu « homme d’affaires » me semblait toujours aussi incroyable et comique. J’étais un champion du décalage horaire. Un champion de l’attente et de la somnolence dans des fauteuils qui vous cassent les reins. Sur la terre comme en plein ciel. Un masque de tissu bleu ou blanc sur les yeux. Mais c’était fini. J’arrêtais pour de bon. »  Marc laisse toute sa vie derrière lui pour un gîte en Ardèche, sur la diagonale du vide qui est la zone la moins peuplée de France.

Cette première partie du roman me plaisait bien. L’histoire de Marc Travenne me touchait, il avait le courage de repartir à zéro, de s’interroger sur ses choix de vie. Les descriptions de l’Ardèche sont très belles et l’on comprend que l’on puisse s’y ressourcer, y faire le point : « Il est vrai qu’en été, par grand beau temps, un tel paysage peut faire naître l’exaltation, surtout lorsque la vue se perd en glissant sur toutes ces rondeurs, et que le crépuscule compose à l’ouest un subtil dégradé de bleus tandis qu’à l’est la chaîne des Alpes pourtant lointaine semble se rapprocher au fur et à mesure qu’elle devient plus rose. Quand miraculeusement le vent tombe, l’ivresse de cette nature qui cesse un moment de lutter contre les éléments devient contagieuse. »

Le livre commence à moins me plaire avec l’arrivée des deux femmes. L’une est randonneuse, elle est craintive, se méfie de toute personne l’approchant. Pierre Péju fait naître alors un suspense, Marc Travenne part à la recherche de la jeune femme après son départ du gîte. Son histoire nous emmène jusqu’en Afghanistan, dans l’armée de terre. Mais on abandonne assez vite Marion, la randonneuse, pour faire la connaissance d’Irène qui vivait à New York et nous raconte son 11 septembre. Entre la guerre en Afghanistan et l’effondrement du World Trade Center, cela fait déjà beaucoup pour un seul homme mais il faut y rajouter un enfant caché, un village d’enfance où eurent lieu de nombreux suicides et une mère qui perd la tête. Pierre Péju multiplie les histoires, s’éparpille et me perd en route. Marc Travenne, face à ces nombreuses péripéties, ne réagit pas. Il semble totalement en dehors de sa propre histoire qu’il tente pourtant de reconstruire. Il est distant face aux récits terribles de Marion et d’Irène et j’avais hâte de le quitter.

Une lecture très mitigée donc, je me suis perdue dans les méandres des histoires des différents personnages. L’écriture de Pierre Péju est plaisante, pleine de belles métaphores, mais elle n’a pas suffi à me convaincre.

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Seven things shaping my fall

Je suis en retard sur mes tags, je fais d’une pierre deux coups en répondant à celui de Lou, puis celui d’Emma.

Seven things shaping my fall

Ce qui rythme mon automne :

1-Les victorians frogs (and ladies)

C’est un groupe de lectrices spécialistes de l’Angleterre victorienne et de la bière irlandaise ! Initié par Lou, ce joyeux club se réunit au moins une fois par mois pour parler d’un livre de cette époque passionnante.

2-Les challenges et les swaps

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Les images parlent d’elle-même je crois !!! Je suis supposée participer à tous ces challenges pour l’année 2010, j’ai déjà fini le Wilkie Collins mais Cryssilda, dans sa grande mansuétude, n’avait exigé qu’un livre. Pour ce qui est des swaps, le Bloody swap est terminé. Mais si vous aimez la franche rigolade, guettez le swap « Un livre un peintre » de Isil et Lamousmé car nous devons réaliser une oeuvre !

3-Londres

Je pars à Londres durant un week-end au mois de décembre et je suis pressée d’y être ! Cela fait très longtemps que je n’y suis pas allée et j’ai plein de choses à y voir. Je prépare donc un emploi du temps serré entre musées et magasins.

4-Le thé

Je bois toute l’année mais en automne cette boisson est particulièrement réconfortante.

5-La lecture et le cinéma

Mes deux passions de toujours dont je ne pourrais pas me passer, j’ai mis une photo de Hitchcock et Truffaut juste pour le plaisir de voir mes deux chouchous sur notre blog !!! Et puis Truffaut aimait également beaucoup la littérature.

6-Les expositions.

J’ai mis celle du Louvre car elle est superbe dans son choix de tableau et d’un grand intérêt du point de vue de l’histoire de l’art. Il y a aussi celle du Luxembourg sur Tiffany qui est vraiment réussie. Je voudrais également voir celle sur l’art nouveau à Orsay, sur l’âge d’or de la peinture du nord à la Pinacothèque, celle sur Renoir au Grand Palais… Paris est quand même une ville culturelle formidable.

7-Noël

Oui je sais, je ne suis pas en retard ! Mais ça se prépare longtemps à l’avance, il faut réfléchir et trouver les bons cadeaux !

 

J’ai donc ensuite été tagguée par Emma pour citer 7 choses que j’aime faire :

– Aller au cinéma plusieurs fois par mois afin que ma santé mentale reste stable !

– Lire et c’est une occupation qui envahit de plus en plus ma vie

– Papoter avec ma soeur et mes copines

– Boire du thé avec mon chat sur les genoux

– Manger des macarons à la rose dont je ne me lasse pas

– Regarder des séries tv, en ce moment c’est la saison 4 de « Weeds » et je découvre « Mad men » et « Le docteur Who » (si je ne regarde pas le docteur je vais me faire expulser du club victorien, ça ne rigole pas !!!)

– Parler littérature avec Lolo, on a bien fait de se créer un blog, non ?!!

Je vais tagger Keisha, Romanza, Manu, Mango et Cécile, vous choisissez le tag que voulez ou celui auquel vous n’avez pas encore répondu !

Eloge de la démotivation de Guillaume Paoli

Pour faire avancer un âne, deux méthodes : le bâton, c’est-à-dire la sanction ou la menace de sanction, et la carotte, autrement dit la récompense. Tout repose sur le bon dosage de ces deux ingrédients. C’est sur cette métaphore que s’ouvre l’excellent essai de Guillaume Paoli, philosophe et membre du mouvement « Chômeurs heureux ». Les ânes, ce sont nous les salariés que la crainte de la pauvreté et du déclassement, et l’espoir d’une gratification financière et sociale, enchaînent au travail. « Soumis à une âpre concurrence, les propriétaires des ânes ne sont plus décidés à gaspiller de coûteuses carottes à l’exercice. Afin de baisser les coûts du travail, ils substituent à celles-ci des images coloriées, ou ils engagent des communicateurs chargés de persuader leurs employés que la perche à laquelle rien n’est accroché est en elle-même un mets succulent. Ou bien que le bâton se transformera en carotte le jour où il aura été suffisamment asséné sur leurs dos. On admire leurs efforts ».

« La motivation est une question centrale de l’époque et elle est appelée à le devenir toujours plus. » Du taylorisme, où le travail répétitif était contrôlé par des petits chefs, nous sommes passés à un système où la contrainte a été intériorisée, où toutes nos « ressources » doivent être mobilisées pour répondre aux exigences du marché, en tant que travailleurs et en tant que consommateurs. Pour les managers, rien ne vaut l’implication des employés. Celle-ci peut aller pour certains jusqu’à la dépendance au travail, plus forte à mesure que les tâches sont plus créatrices, innovantes et à responsabilités, et source de grandes souffrances (en témoignent de nombreux suicides ou dépressions). Le système capitaliste se nourrit de cette addiction qui se vit également sous la forme du manque, dans le cas des chômeurs et des stagiaires par exemple. Le travail moderne tue la joie de vivre. 

Guillaume Paoli fait dans cet essai limpide et passionnant quelques observations que le discours dominant tend à éclipser. Ainsi rappelle-t-il par exemple que le « marché » est avant tout une idéologie, un modèle d’interprétation, et non cette réalité transcendante, « naturelle », contre laquelle – veut-on nous faire croire – il serait vain de lutter. Son expansion suppose l’affaiblissement de l’état politique. C’est ce à quoi s’emploie une élite mondialisée qui fait sauter les dernières barrières nationales qui protégent du marché, imposant plus que jamais sa logique à tous les aspects de notre vie, dans le travail ou en-dehors, et façonnant les rapports sociaux.

C’est volontairement que l’auteur se borne à une critique négative du système, ne proposant rien en échange : « On en a assez vu, de ces utopies qui ne dénigraient la carotte en vigueur que pour y substituer une carotte plus tyrannique encore. » Il remarque que la critique de la société de consommation a souvent tendance à fourbir les armes de ce qu’elle prétend combattre. D’autre part, il n’existe plus d’un côté le travailleur aliéné, de l’autre le capitaliste exploiteur, mille liens les rattachent désormais l’un à l’autre, chacun est à la fois bourreau et victime. S’appuyant sur le « Discours de la servitude volontaire » de La Boétie, il constate que le système capitaliste ne perpétue sa domination que parce que nous le laissons faire. Certes, nous n’avons pas le choix de vivre en-dehors, et la lutte est par trop inégale. Alors le meilleur moyen de le combattre est-il peut-être de ralentir, voire de ne rien faire, d’opposer au mouvement perpétuel requis par le capitalisme, à l’immolation de nos énergies vitales imposées par les marchés, une inertie salutaire, une grève du zèle, de « constituer pour ainsi dire des unités de partisans du moindre effort ». « L’abstention, la suspension d’activité, le non-engagement sont aussi des moyens d’agir ». En somme, pratiquons la démotivation. Chiche ?

Pierre de lune de W. Wilkie Collins

Le colonel Herncastle a dérobé, lors de la prise de Seringapatam en 1799, un diamant appelé Pierre de lune. Cette pierre était incrustée dans le front de la statue du dieu hindou personnifiant la lune. D’une très grande valeur, elle était protégée par trois brahmanes qui se succédaient de génération en génération. La légende de la Pierre de lune dit : « Le dieu prédit de terribles catastrophes aux mortels présomptueux qui oseraient s’emparer de la pierre sacrée et à leurs descendants ; la malédiction fut écrite en lettres d’or sur les portes du temple. »

A sa mort, le colonel Herncastle décide de léguer la Pierre de lune à sa nièce Rachel Verinder. Etant brouillé avec la mère de celle-ci, on imagine que le colonel veut attirer le mauvais sort sur sa famille. Le soir de l’anniversaire de Rachel, son cousin Franklin Blake lui remet le précieux bijou. Le lendemain matin, la Pierre de lune a disparu ! Qui a pu la voler dans le boudoir de Rachel ? Sont-ce les trois hindous que l’on a vu roder autour de la maison ? Les domestiques attirés par la taille du diamant ? Ou bien encore un membre de la famille ?

« Pierre de lune » a été écrit en 1868 par W. Wilkie Collins qui l’a fait paraître en feuilleton dans la revue « All the year around ». Cette forme de publication se ressent dans certains chapitres où le narrateur s’adresse directement au lecteur pour réveiller son attention ou accentuer le suspens : « Je vous en prie, soyez fort attentif ou bien vous ne vous y retrouverez plus du tout quand nous progresserons plus avant dans l’histoire. Oubliez enfants, dîner, emplettes, que sais-je encore ? (…) J’espère que la liberté que je prends en vous parlant de la sorte ne vous choquera nullement. De cette seule façon, il me semble, je puis captiver l’attention de mon aimable lecteur. » Ce dernier devait effectivement rester attentif puisqu’il ne pouvait avancer dans l’histoire qu’au rythme des publications du journal.

W. Wilkie Collins invente avec « Pierre de lune » l’archétype de l’inspecteur qui m’a beaucoup fait penser à son successeur littéraire Sherlock Holmes. Le sergent Cuff est un enquêteur intuitif, très observateur pour qui chaque détail est signifiant et peut changer le cours de ses recherches. Comme Holmes joueur de violon passionné, le sergent Cuff a un hobby loin du crime : les roses, ce qui donne lieu à de fréquentes altercations avec le jardinier de la famille Verinder ! Un dernier point commun entre Holmes et Cuff : leur réputation qui les précède et les entoure d’une aura de respect et d’admiration. « -Je commence à croire que nous verrons bientôt la fin de notre anxiété, dit-il, car si la moitié des histoires qu’on raconte sont vraies, le sergent Cuff n’a pas son pareil en Angleterre pour éclaircir les mystères les plus ténébreux. »

Mais ce que j’ai trouvé de très intéressant dans « Pierre de lune » c’est que W. Wilkie Collins ne reste pas dans le roman policier classique. Tout d’abord, le sergent Cuff n’enquête pas sur un meurtre comme c’est souvent le cas dans les livres de Conan Doyle ou d’Agatha Christie. Il y aura bien une mort mais il s’agit d’un suicide. Ensuite le lecteur ne suit pas le sergent Cuff du début à la fin de son enquête. « Pierre de lune » est constitué de différents récits. Une fois l’affaire terminée, Franklin Blake a demandé aux différents témoins de l’affaire de raconter ce qu’ils ont vu. Le sergent Cuff n’occupe donc pas tout le récit qui est fragmenté et reflète des personnalités différentes. W. Wilkie Collins force son lecteur à faire la part des choses dans les différents textes en fonction du narrateur. Cette diversité de points de vue apporte beaucoup au récit qui devient extrêmement vivant.

W. Wilkie Collins en profite pour étudier la société victorienne en plaçant sa loupe sur les Verinder, grande famille aristocratique. L’auteur déplace les préjugés habituels. Le voleur de diamant n’est pas forcément à chercher parmi les domestiques ou les couches inférieures de la société. Les apparences peuvent être trompeuses comme nous le montre le médecin Ezra Jennings détesté de tous à cause de son curieux physique et qui sera pourtant le héros de cette investigation. Le vernis des bonnes moeurs se fendille chez Wilkie Collins pour montrer la noirceur des nantis.

« Pierre de lune » est une réussite comme, j’ai l’impression, tous les Wilkie Collins ! L’enquête est palpitante, extrêmement bien construite avec des rebondissements relançant à point nommé l’intérêt du lecteur. J’ai été totalement captivée par l’histoire de la Pierre de lune qui offre tout ce dont on peut rêver : du suspens, de la psychologie, des personnages attachants et un questionnement sur les moeurs de la société victorienne. Du grand art.

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Anniversaire et tag

 

 

Cela fait deux ans que nous avons commencé ce blog, deux ans de lecture, de cinéma, de swaps, de tags et de belles rencontres virtuelles et réelles. Ce blog a pris de plus en plus de place dans nos vies pour notre plus grand bonheur. Merci à vous tous qui passez chez nous, merci pour vos encouragements et vos sympathiques commentaires.

Pour fêter ça, le tag d’Emma !!!

Si c’était possible… pas de problème !

1) Si on vous proposait d’écrire votre biographie, vous prendriez qui pour nègre ? (et oui, tout le monde n’a pas un don pour la littérature)

Titine : Je vais choisir Emily Brontë pour rendre ma vie terriblement romantique, courir sur la lande pluvieuse et avoir le vent qui me fouette le visage.

Lolo : Je prendrais Jean Echenoz, il saurait raconter ma vie dans ce style concis et dépouillé qui me plaît tant.

2) Vous êtes en train de lire le tout dernier chapitre d’un livre, celui qui vous a fait passer une nuit blanche, la fin qui vous fait saliver (notez le jeu de mots siouplé) depuis une centaines de pages… Lorsque survient un homme, torse nu. On va dire qu’il s’appelle… Daniel Craig. Il a l’air chagrin. Il a une petite douleur à l’épaule, et est persuadé qu’un petit massage lui ferait le plus grand bien. Que faites-vous ? (PS pour les garçons : à la place de Daniel Craig, merci de comprendre… Allez, soyons fous, Scarlett Johansson, mais en bikini, pas torse nu !)

Titine : Je lui dirais : « Ecoute 007, je te trouve un peu douillet pour un agent secret. Retourne à Londres, Miss Moneypenny se fera un plaisir de te masser. Moi je suis occupée, ouste !  » Bon maintenant si Jude Law, Johnny Deep ou Louis Garrel ont besoin de massage, ça sera une toute autre histoire !

Lolo : Je demanderais à Scarlett de s’allonger sur le ventre, je poserais le livre sur son dos et je le finirais tout en lui prodiguant son massage, la pauvre ! Pas très réaliste tout ça, mais qu’est-ce vous voulez que je dise, Titine va lire cette réponse…

3) C’est la fin du monde. Quel livre mettriez-vous dans la capsule qui sauvegardera une trace de l’humanité ? (voudriez-vous vraiment que ce soit Orgueil et Préjugés ?)

Titine : Et pourquoi ça ne serait pas « Orgueil et préjugés » ? Cela ferait un beau témoignage sur l’amour et le dépassement des classes sociales. Rien que pour embêter Emma, c’est le roman de Jane Austen que je mettrais dans la capsule, na !

Lolo : « Décaméron » de Boccace, ça donnerait une bonne idée de la nature humaine, le tout avec humour ce qui ne gâte rien.

4) Quelle est pour vous la pause lecture idéale ?

Titine : Une méridienne, une théière de thé bien chaud, du calme, mon chat sur mes genoux et des macarons à la rose… le bonheur absolu…

Lolo : Chez moi au chaud, alors qu’il fait froid dehors.

5) Si vous aviez le pouvoir de trucider/effacer un personnage de roman, ce serait qui ?

Titine : J’aime beaucoup les méchants, le grand Alfred Hitchcock pensait que ses films étaient réussis lorsque le méchant l’était aussi. A la rigueur, je pourrais éliminer les personnages de Houellebecq qui sont tellement dépressifs que je leur rendrais service en le faisant !

Lolo : Anne, la femme de Mr Crump dans « Le destin de Mr Crump » de Ludwig Lewisohn. Une mégère terrifiante, enjôleuse et perverse.

6) Sauveriez-vous Voldemort, juste pour avoir un huitième tome ?

Titine : Non pour la bonne raison que je me suis arrêtée au tome 4 d’Harry Potter !

Lolo : Même si je n’ai pas lu Harry Potter, je sauverais Voldemort parce que cette série a l’air de plaire à tellement de monde ! C’est mon côté bienfaiteur.

7) Jusqu’où êtes-vous allés pour un livre ?

Titine : Pas très loin en fait, sur Amazon et j’ai trouvé tout de suite quelqu’un qui le vendait d’occasion, je cherchais « Vera » d’Elizabeth Von Arnim.

Lolo : Chercher inlassablement chez les libraires d’occasion pour trouver un livre épuisé.

8 )Si vous pouviez retourner dans le passé rencontrer un auteur. Ce serait qui ? Quelles seraient vos toutes premières paroles ? (A part « bonjour »)

Titine : Je rencontrerais mon cher Marcel Proust et nous discuterions pendant des heures de notre amour commun pour l’Italie.

Lolo : Ce serait Céline et je lui demanderais : « Pourquoi avoir perdu votre temps à écrire ces pamphlets antisémites, vous n’aviez rien de mieux à nous offrir ? » Je vois d’ici l’accueil…

9) Décrivez la bibliothèque (personnelle ou pas) de vos rêves.

Titine : La bibliothèque de mes rêves aurait la particularité de ne jamais être remplie. Je poserais des livres sur des étages où il y aurait toujours de la place… ça se sent que j’habite dans un tout petit appart, non ?

Lolo : Murs entièrement tapissés de livres, tapis épais au sol, sofa et fauteuils confortables au centre de la pièce…

10) Vous retournez dans le passé (décidément, bande de veinards !), en pleine 2ème guerre mondiale. Quel livre donneriez-vous à Hitler pour qu’il arrête de cramer des bouquins ?

Titine : Je lui donnerais « Le dessin pour les nuls » parce que s’il avait été un véritable artiste, peut-être que la face du monde en aurait été changée.

Lolo : Une histoire de la seconde guerre mondiale, pour qu’il voie comment tout ça va finir (mais c’est peut-être ce qu’il cherchait ?)

L'amour dans un climat froid de Nancy Mitford

« L’amour dans un climat froid » est en quelque sorte une suite de « La poursuite de l’amour » puisqu’on y retrouve la même narratrice, Fanny. L’histoire qu’elle nous raconte cette fois se déroule en parallèle de celle du premier roman. Fanny abandonne le domaine d’Alconleigh et la famille Radlett pour celui de Hampton Park et la famille Montdore. Dans le première partie, elle accompagne les premiers pas dans le monde de Polly, la fille des Montdore. Cette dernière est fille unique, elle est d’une beauté époustouflante et d’une grande distinction. Sa mère, l’intimidante Sylvia Montdore, a légitimement de grandes espérances concernant l’avenir matrimonial de Polly. D’autant plus que les filles de leurs voisins Radlett se marient les unes après les autres, dont notre chère Linda dont nous entendons parler deci delà. Mais Polly ne reçoit pas de demandes en mariage et ne fait rien pour les faire naître. « J’aperçus Polly qui dansait avec Boy. Elle ne semblait pas rayonnante de bonheur, comme une fille aussi tendrement gâtée eût du l’être à son premier bal londonien. Elle paraissait lasse, au contraire, ses traits étaient tirés et elle ne bavardait pas joyeusement à l’imitation des autres  jeunes femmes. » La froideur de Polly s’expliquera par la suite et sera à l’origine d’un immense scandale. Cette première partie de « L’amour dans un climat froid » ressemble beaucoup à « La poursuite de l’amour ». Il s’agit de nouveau de l’entrée dans le monde d’une jeune aristocrate anglaise.  Fanny y est une amie et une narratrice totalement effacée comme dans le premier roman. Nancy Mitford évoque par petites touches le destin de Linda Radlett pour faire un lien avec l’histoire précédente mais la meilleure amie de Fanny ne prend plus beaucoup de place dans sa vie.

Dans la deuxième partie, Fanny s’installe à Oxford avec son mari. Lady Montdore, solitaire et désespérée par le mariage de Fanny, vient régulièrement s’épancher chez Fanny. Heureusement pour notre héroïne, la vieille lady acariâtre trouve un nouveau compagnon dans son neveu Cédric. Le fantasque jeune homme redonne vie à Hampton Park et à ses habitants. Il devient héritier des Montdore, Polly ayant été déshéritée. Dans cette partie, Fanny prend enfin un peu plus de place. On découvre sa vie à Oxford, la naissance de ses enfants, et son mari qui ne semble pas être très aimable. Il apparaît en général uniquement pour rabrouer et critiquer les goûts de sa femme. Fanny découvre les joies du mariage ! Comme toutes les jeunes filles, elle rêvait du mariage en pensant que sa vie commencerait avec lui. Elle en est fort déçue et moi avec car son union semblait plus harmonieuse dans « La poursuite de l’amour ».

« L’amour dans un climat froid » a les mêmes qualités et les mêmes défauts que « La poursuite de l’amour ».  C’est un roman charmant décrivant les bonnes moeurs de l’aristocratie anglaise parfois quelque peu déjantée. Lady Montdore organise, par exemple, avec Cédric un bal vénitien avec gondoles flottant sur l’eau en plein milieu d’un salon ! Nancy Mitford nous présente ce petit monde avec beaucoup d’humour, allant jusqu’à l’ironie lorsqu’elle évoque les illusions des jeunes filles sur le mariage. Malheureusement la fin est de nouveau bâclée. Nancy Mitford règle le sort de ses personnages en un petit paragraphe. Je suis donc restée sur ma faim.

« L’amour dans un climat froid » reste un délicieux moment de lecture, so british, à savourer avec une tasse de thé fumant et une assiette de shortbreads !

 

Elles se rendent pas compte de Boris Vian

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Le blogoclub m’a permis de relire un auteur que je n’avais pas lu depuis plusieurs années : Boris Vian. Je voue une grande admiration à ce personnage de la littérature française (de la culture française même étant donné ses multiples talents) et l’écoute de « J’suis snob » me remplit toujours de bonheur. « Elles se rendent pas compte » a été publié en 1950 sous le nom de Vernon Sullivan et c’est un polar.

L’histoire commence avec un bal masqué, Francis Deacon se rend chez son amie Gaya, habillé en femme. Il prend son déguisement très au sérieux, il fait tout pour être pris pour une femme (épilation comprise) et cela s’avèrera une idée fort utile dans la suite du roman. Au cours de la soirée, Francis se rend compte que Gaya se drogue à la morphine et qu’elle est sous la coupe de gars pas nets. Heureusement pour Gaya, notre héros est un chic type et il décide de la sortir de cette mauvaise passe. Il tente vainement de la faire parler : « (…) malgré quelques nouvelles tentatives, rien pu réussir à tirer de Gaya. Elle est bouclée comme un coffre de la Banque Fédérale, celui qui la fera parler sera plus malin que moi ; ce qui m’entraîne à conclure que c’est impossible parce que je n’aime pas cette idée de quelqu’un de plus malin que moi. » Francis ne renonce pas pour autant à sauver Gaya, il mène l’enquête avec son frère pour démasquer le groupe de voyous qui fournit la drogue à la jeunesse dorée de Washington.

Le roman de Boris Vian est court et son rythme effréné. Francis Deacon rencontre un nombre incalculable d’obstacles durant son enquête. Il se bagarre beaucoup, se déguise, est accusé de meurtre, simule sa mort, défonce la vitrine d’une boucherie, couche avec de nombreuses femmes, etc, etc… Francis est infatigable tant que le travail n’est pas fini. Ses méthodes sont d’ailleurs peu orthodoxes. Gaya est au prise avec un groupe de lesbiennes. Afin de faire parler l’une d’elle, Francis et son frère lui font l’amour à tour de rôle ! Ils en profitent pour la faire revenir dans « le droit chemin »… Boris Vian s’en donne à coeur joie, il en fait des tonnes en multipliant les actions, les coups pris par Francis.

« Elles se rendent pas compte » est un polar hilarant. L’humour de Boris Vian est une de ses grandes qualités. Les situations dans lesquelles se retrouve Francis sont souvent drôles. Mais surtout la langue argotique employée par Boris Vian est extraordinairement vivante et poilante. Lisez ce roman le matin dans le métro et vous aurez le sourire pour la journée ! Le lecteur participe pleinement aux aventures de Francis puisque celui-ci l’interpelle sans cesse : « Vous ne croyez tout de même pas que je vais rester dans les pommes assez longtemps pour que vous ayez le loisir d’aller boire un verre au bistrot du coin. Non. En plus, ils m’ont versé une bouteille de Seven up dans le cou, et je vous assure que ça réveille. Ca doit être les bulles. » Ou « Vous me direz que les souris, on a peut-être été un peu fort avec elles… Mais, qu’est-ce que vous voulez, aussi, elles se rendent pas compte. »

Mes retrouvailles avec Boris Vian furent donc des plus réjouissantes. La quatrième de couverture parle de classique du polar noir mais je trouve qu’il s’agit plutôt d’une parodie de polar. Boris Vian joue avec les codes du genre grâce à son sens de l’humour dévastateur et provocateur. « Elles se rendent pas compte » est réjouissant, enlevé et trop court !