En cette rentrée, le musée Jacquemart-André propose une exposition à laquelle il m’était difficile de résister : Désirs et volupté à l’époque victorienne. Les tableaux présentés sont issus d’une grande collection privée sud américaine, celle de Juan Antonio Pérez Simon. Quelques grands artistes sont présents dans l’expo (Dante Gabriel Rossetti, John Everett Millais, John William Waterhouse, Edward Burne-Jones, Lawrence Alma-Tadema ou Albert Moore) mais également des moins connus comme Emma Sandys, Edwin Long ou Henry Payne.
Jeune fille grecques ramassant des galets au bord de la mer – A. Moore
Les deux parties du titre sont antinomiques, le désir et la volupté cadrant mal avec le rigorisme, la pudicité du règne de Victoria. L’exposition montre que la luxure n’avait pas sa place dans les arts de cette période. Les représentations du corps de la femme restent extrêmement sages. Le cadre choisi, les thèmes traités par les peintres mettent à distance et permettent de garder la moralité intacte.
La couronne de l’amour – JE Millais
Les fouilles archéologiques, notamment à Pompéi ou Herculanum, offrent un cadre idéal à ces peintures en permettant de s’extraire du cadre quotidien de l’industrialisation et ainsi permettre de garder la morale sauve. Lawrence Alma-Tadema se consacre à l’Antiquité romaine comme le montre la première salle de l’exposition. Tandis que Frederik Goodall se tourne vers l’Égypte. Il s’agit bien entendu d’une idéalisation de l’Antiquité. Le Moyen-Age et la littérature inspirent également fortement les oeuvres de cette période.
Les roses d’Héliogabale – L. Alma-Tadema
Les femmes sont elles aussi bien loin du quotidien. Les peintres choisissent des héroïnes comme Antigone ou Andromède. Elles peuvent également être magiciennes comme chez Waterhouse. Leurs corps sont idéalisés et sont traités comme des sculptures. Il n’y a rien de vulgaire dans ces nus, rien de trivial. Le titre de l’exposition en devient quelque peu étrange et les visiteurs qui s’y rendraient en espérant y sentir l’odeur du stupre seront déçus.
La boule de cristal – J. Waterhouse
Il ne faut pas oublier que ce courant de la peinture anglaise se voulait hautement esthétisant. La peinture avait un but décoratif et se fondait dans le reste du programme décoratif des intérieurs. L’art était partout et l‘exposition de 2011 au musée d’Orsay le montrait très bien. Je trouve d’ailleurs que celle de Jacquemart-André souffre de la comparaison. Celle du musée d’Orsay était si complète, si réussie que l’on reste sur sa faim en terminant celle de Jacquemart-André. Les oeuvres présentées sont également plus mineures. L’espace d’exposition est bien entendu beaucoup plus réduit qu’au musée d’Orsay mais j’aurais aimé que l’exposition soit plus dense. Et comme toujours, je trouve le prix (11€) vraiment rédhibitoire. Le billet donne accès au musée mais quand on l’a déjà fait, on ne recommence pas à chaque fois.
Une exposition que je conseillerais avant tout aux amateurs de cette période car elle permet de découvrir quelques artistes et voir quelques œuvres vraiment intéressantes.
Venus Verticordia – DG Rossetti
L’avis de Noctenbule.

















