Le chemin des âmes de Joseph Boyden

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En 1919, dans le Nord de l’Ontario, Niska, une vieille indienne Cree, vient chercher à la gare le meilleur ami de son neveu, Elijah. Lui et Xavier se sont engagés dans l’armée canadienne pour combattre les troupes allemandes en Europe. Des deux jeunes hommes, seul Elijah a survécu aux combats. Mais contrairement à ce qu’on lui avait annoncé, c’est son neveu Xavier qui descend du train. Il est méconnaissable et a eu une jambe amputée. Niska décide de le ramener chez eux à bord de son canoë. Xavier est à bout de force, il est devenu accro à la morphine. Seule les piqures semblent le garder en vie. Mais que se passera-t-il quand il n’aura plus rien pour lui faire oublier ses douleurs et les visages de tout ceux qui sont morts au front ?

« Le chemin des âmes » était le premier roman de Joseph Boyden. Il entrelace deux récits, deux voix : celle de Niska qui, pour maintenir son neveu en vie, lui raconte son histoire, et celle de Xavier qui se remémore ses années de guerre en France et en Belgique. Ce roman est l’histoire de l’extinction d’une famille. Niska et Xavier sont les derniers descendants de la famille Bird. La tante a conservé son mode de vie sauvage, en communion avec la nature et les esprits. Elle pratique le chamanisme comme son père. Niska a souhaité transmettre son savoir à son neveu qu’elle a arraché au pensionnat où il avait été envoyé de force. C’est dans celui-ci que Xavier fait la connaissance d’Elijah. Les deux garçons sont inséparables. Xavier apprend à Elijah l’art de la chasse. Ils s’épanouissent dans un environnement traditionnel et proche de la nature.

Mais l’amitié des deux jeunes hommes sera mise à mal par leur engagement. Elijah rêve d’être couvert d’honneur et pour se faire il faut qu’il tue le plus d’allemands possible pour les ajouter à son tableau de chasse. Il finit par prendre plaisir à tuer des hommes. Xavier, qui est le meilleur tireur, exècre le champ de bataille et ne pense qu’au retour au Canada. L’horreur de la guerre, les conditions de vie déplorables dans les tranchées sont présentées de manière très réaliste. Nous suivons Xavier au plus près de cet enfer : « Un nouvel obus hurle vers nous, puis un troisième : ils éclatent si près que la succion m’empêche de respirer. Je roule sur le ventre et je m’éloigne en rampant. Je n’ai aucune idée de ce que sont devenus les autres. Il pleut sur moi des échardes de terre gelée. J’avise un gourbi où je rampe m’abriter. On n’y voit rien, dans le noir et la fumée. Une odeur de brûlé monte du sol. Les salves cessent aussi brusquement qu’elles ont commencé ; je comprends que les boches vont se déverser dans la tranchée d’un moment à l’autre, pour finir le travail, mais les explosions m’ont étourdi, je ne peux plus bouger. Un grand silence s’est fait dans ma tête. » Aucun des soldats, et encore moins deux jeunes indiens, ne pouvaient s’attendre à pareil carnage. Et pour ceux qui en sont revenus, comment oublier ?

Brassant plusieurs thématiques, « Le chemin des âmes » est un magnifique roman. La construction a deux voix est parfaitement maîtrisée et montre déjà le formidable talent de conteur de Joseph Boyden.

america

25 réflexions sur “Le chemin des âmes de Joseph Boyden

  1. oh la premiere guerre mondiale du cote americain..vraiment interessant…oui leur retour a la maison est vraiment des plus dramatiques…je note…

  2. Ce livre avait été une magnifique surprise. A se demander pourquoi je n’ai pas relu l’auteur depuis… Sinon, le mois américain c’est aussi pour le Canada ?

    • Effectivement, je me suis un peu trompée, je pensais que les personnages étaient américains !! Chut ! A part toi, personne n’a rien vu ! 😉 Ça m’apprendra à ne pas ouvrir mon challenge au Canada anglo-saxon !!!

  3. Pingback: Le mois américain 2017 : billet récapitulatif | Plaisirs à cultiver

  4. Oh oui, je te rejoins : c’est un magnifique roman, terriblement sensible et bouleversant !
    Par contre, au risque de faire ma chieuse, Joseph Boyden est canadien 🙂

    • Non, tu ne fais pas ta chieuse, tu as raison !!! C’est ma faute, je pensais que les personnages principaux étaient américains…j’ouvrirai peut-être le challenge au Canada anglo-saxon pour éviter ce type d’erreur !

  5. Tout à fait d’accord avec l’enthousiasme général. J’avais découvert Boyden avec ce titre, et depuis, je n’ai jamais été déçue, moins surprise par la force de l’écriture (on s’habitue au meilleur), mais pas déçue.

    • Cela fait longtemps que je veux lire cet auteur que je croise depuis plusieurs années au festival america. Et ce roman ne sera pas le dernier, loin de là !

  6. Pingback: Bilan livresque et films de septembre | Plaisirs à cultiver

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