Bilan livresque et cinéma de mars

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Un petit mois de mars au niveau de mon nombre de lectures, j’aurais aimé que le bilan soit plus important. Les livres lus sont pourtant à la hauteur mais j’ai eu l’impression de lire à la vitesse de l’escargot… J’ai néanmoins réussi à vous parler de « Une bonne école », le dernier Richard Yates publié chez Robert-Laffont, qui m’a séduit par son ton mélancolique et désabusé, de l’âpre « C’en est fini de moi » de Alfred Hayes à l’atmosphère sombre et désenchantée, « Un héritage » de Sybille Bedford qui nous transporte dans l’Allemagne de 1870. Et j’espère vous parler très rapidement de la formidable biographie des sœurs Mitford de Annick Le Floc’hmoan.

Cinq films à mon compteur pour le mois de mars et un énorme coup cœur :

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Été 1983, Elio, 17 ans, et sa famille s’installent dans leur villa du XVIIème siècle dans la campagne lombarde. Les parents sont des intellectuels, cosmopolites et polyglottes. Elio est un érudit qui s’intéresse tout particulièrement à la musique. Comme chaque année, la famille accueille un thésard venu travailler avec le père sur des recherches archéologiques. Cette année, c’est un américain qui vient passer l’été en Italie. Oliver, séduisant et charismatique, agace autant qu’il fascine Elio. L’adolescent l’observe, le suit, tourne autour et le rejette tout à la fois. Entre eux naît une irrésistible attraction. Quel bonheur et quelle réussite que ce film de Luca Guadagnino ! « Call me by your name » est une parenthèse enchantée pour Elio et pour le spectateur. Il retrace un premier amour fulgurant, d’une rare intensité. Elio est l’incarnation de la nonchalance adolescente qui colle parfaitement avec la langueur de l’été italien. Elio est aussi l’incarnation de la naissance du désir et des troubles qu’il engendre. Elio papillonne entre Marzia, son amie d’enfance, et le bel Apollon qu’est Oliver, hésitant, peu sûr de lui et de ses sentiments. Elio, comme tous les adolescents, expérimente avant d’être frappé par l’éblouissement du premier amour. « Call me by your name » est aussi l’apprentissage de la souffrance, de la perte, l’entrée de plain-pied dans l’âge adulte. Le film est splendidement réalisé et maîtrisé. Il est lumineux, sensuel, cruel et tendre. Les acteurs sont tous à la hauteur de la réalisation à commencer par les deux acteurs principaux : le jeune et éblouissant Timothée Chalamet et le sensible et touchant Armie Hammer. Ils concourent tous les deux à la beauté solaire de ce film d’apprentissage. Un gros coup de cœur qui me donne envie de ma précipiter sur le roman d’André Aciman.

 

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Le film s’ouvre dans le bureau d’une juge. Antoine et Miriam divorcent et sont là pour décider des conditions de la garde de leur fils Julien, 11 ans. Leur fille va avoir 18 ans et refuse de voir son père. La tension est palpable, Miriam semble pétrifié. Les deux avocats s’affrontent, l’une dénonçant la violence d’Antoine, l’autre affirmant que Julien ne peut pas vivre sans son père. Qui croire ? La juge accorde la garde partagée. Pris entre sa mère et son père, Julien va tout faire pour éviter qu’un drame arrive. « Jusqu’à la garde » commence comme un film réaliste avec la scène très juste chez le juge et se poursuit comme un thriller. Tout le film tourne autour de la peur, celle de Julien qui cherche à protéger sa mère sans y parvenir et qui craint son père. Le jeune acteur Thomas Gioria est remarquable et touchant. La tension, l’angoisse grandit au fur et à mesure que l’on découvre la vrai nature du père : intrusif, jaloux, colérique mais aussi blessé et torturé. Denis Ménochet y est impressionnant, passant en une seconde d’un regard doux à un regard brutal et menaçant. Et que dire de Léa Drucker qui fait bloc devant son monstre de mari avec force et dignité. La malaise est présent tout le long du film, l’anxiété nous gagne sans que jamais les coups ne soient montrés, la violence est sourde. Et la fin du film est saisissante.

Et sinon :

  • Lady Bird de Greta Gerwig : A 17 ans, Christine McPherson veut échapper à la morosité de son quotidien à Sacramento. Elle se fait appeler Lady Bird et dessine des femmes à tête d’oiseau pour sa campagne aux élections de son établissement catholique. Sa famille fait partie de la classe moyenne qui a des fins de mois difficiles et qui rêve des maisons cossues de l’autre côté de la voie ferrée. Le premier film de Greta Gerwig est en grande partie autobiographique. Lady Bird est un personnage fantasque, en marge des autres adolescents. Elle est agaçante et touchante dans son désir de rejoindre New York où la vraie vie semble palpiter. La relation avec la mère est particulièrement bien traitée. Entre engueulades et complicité, leur relation vibre d’émotions et de tendresse non avouée. Saoirse Ronan prête son visage à Lady Bird et elle illumine le film de sa présence énergique et vulnérable. Le film porte la voix singulière de Greta Gerwig et du cinéma indépendant américain.

 

  • The disaster artist de James Franco : Tommy Wiseau est un acteur calamiteux mais il se pense incompris. Il rencontre un jeune acteur dans un cours de théâtre. Ensemble, ils partent tenter leur chance à Hollywood. Rien ne fonctionne et les deux hommes restent sur le carreau. Mais Tommy est richissime et il décide d’écrire et de réaliser son propre film. Il en sera également l’acteur principal aux côtés de son ami. Le film de James Franco s’inspire d’un personnage réel. Tommy Wiseau, dont l’âge et l’origine de la fortune restent inconnus, est le Ed Wood des années 2000. Son film « The room » est devenu un nanar culte aux Etats-Unis. Les scènes du tournage (qui sont des reconstitutions à l’identique du film original comme le montre la fin du film) donnent l’impression d’une exécrable sitcom où le jeu de Tommy Wiseau est absolument ridicule. Le film de Franco est une comédie très drôle, très enlevée. Le personnage central est totalement démesuré, fantasque et barré. Mais il étonne aussi par sa démesure, sa fêlure intérieure et son besoin démesuré de reconnaissance. Un personnage surréaliste qui valait bien un film.

 

  • Eva de Benoît Jacquot : Bertrand est un dramaturge à la mode, adulé mais qui peine à rendre son prochain manuscrit. Et pour cause, son succès il le doit au travail d’un autre, un vieil écrivain chez qui il faisait le gigolo et à qui il a volé un manuscrit après l’avoir laissé mourir dans sa baignoire. Bertrand croise le chemin d’une prostituée de luxe, Eva, qui va rapidement l’obséder. Leur relation devient rapidement toxique. Benoit Jacquot tire son film d’un roman de James Hadley Chase. Il en fait un polar vénéneux, d’une perversité toute cérébrale. C’est un film sur la mystérieuse fascination qu’un être peut exercer sur un autre. Les deux acteurs sont évidemment brillants comme à leur habitude : Gaspard Ulliel dévoré par son attirance pour Eva et Isabelle Huppert glaçante d’indifférence. Peut-être peut-on regretter la distance un peu froide entre le spectateur et le film mais la relation entre les deux personnages n’en reste pas moins fascinante.

7 réflexions sur “Bilan livresque et cinéma de mars

  1. J’ai été marquée par « Jusqu’à la garde », qui distille une tension sous jacente et insoutenable avec un minimum d’effets, c’est très fort !

    • Je ne m’attendais pas à autant de force et de tension. J’ai été totalement scotchée sur mon fauteuil de cinéma ! J’espère que le film a trouvé un public nombreux.

  2. Bravo pour le bilan ! Pour le film « call me by your name », je vais le noter, mais vu que notre ancien premier ministre se prénommait Elio, je vais penser que c’est un film sur lui !! PTDR

  3. J’ai adoré comme toi Call me by your name et j’ai été sous le charme de la décidément très douée Saoirse Ronan. Je note Jusqu’à la garde que je regrette encore plus d’avoir raté après t’avoir lue.

    • J’espère aimer le roman d’André Aciman autant que le film, merci de me l’avoir prêté !!! Vraiment, je conseille très très fortement « Jusqu’à la garde », c’est un film glaçant et parfaitement maîtrisé. Peut-être pourras-tu l’emprunter en bibliothèque.

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