Une bonne école de Richard Yates

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La Dorset Academy, dans le Connecticut, a été créée par une vieille millionnaire qui souhaitait y voir former les fils de la haute bourgeoisie. En septembre 1941, y entre William Grove, fils de parents divorcés et loin de l’assurance des autres garçons. Il découvre la rivalité entre élèves, les jeux idiots qui tournent à l’humiliation. William a beaucoup de mal à s’acclimater et se laisse aller : « Le gamin était dans un piteux état. Son costume de tweed semblait poisseux de crasse, sa cravate n’était qu’une loque entortillée, ses ongles longs étaient bleus, et il aurait eu besoin d’une bonne coupe de cheveux. Il se prit les pieds l’un dans l’autre lorsqu’il approcha d’une chaise, et s’assit avec une telle maladresse qu’on aurait dit qu’il était impossible à ce corps de prendre une posture tranquille. De quoi vous donner envie d’entrer à la Dorset Academy ! » Heureusement, William Grove finira par trouver sa place grâce au journal de l’école dans lequel il va se mettre à écrire.

Publié en 1978, « Une bonne école » est l’avant dernier roman de Richard Yates. Comme souvent, il s’agit d’un roman très autobiographique. William Grove est le double de l’auteur. A travers la vie des jeunes hommes de la Dorset Academy, Yates fait le portrait de sa génération, celle dont l’avenir est rétrécit par la guerre. Une sorte de menace plane sur les élèves. Certains devancent l’appel mais la plupart attend la fin de leurs études qui les oblige à rejoindre l’armée. Les histoires de Richard Yates sont ici empruntes d’une amère mélancolie. Certains des élèves ne reviendront jamais. A l’image de ses élèves, le destin de la Dorset Academy est compromis. Des problèmes de trésorerie menacent durant toute la scolarité de William Grove donnant au lecteur la sensation de la fin d’une époque, de la jeunesse d’une génération.

Richard Yates montre également parfaitement ce que signifie vivre en vase clos dans un pensionnat de garçons. C’est tout d’abord un concentré d’hormones, une sexualité naissante et bouillonnantes. Le roman est parcouru par une tension sexuelle. Le pensionnat,  c’est aussi les bizutages humiliants, cruels qui peuvent détruire les plus fragiles. Mais c’est aussi la camaraderie, la vie en communauté qui permettent d’évoluer, de grandir. Les enseignants partagent ce quotidien et le leur n’est pas forcément plus réjouissant. Leurs vies intimes sont exposées. Tous les élèves connaissent les hauts et les bas de leurs profs, leurs faiblesses sont visibles par tous.

Avec « Une bonne école », Richard Yates fait revivre le microcosme de ses années de pensionnat, le goût des mots qui l’a tiré d’affaire comme le personnage Willam Grove. Son récit est comme toujours imprégné de mélancolie et laisse un goût amer de désillusion.

7 réflexions sur “Une bonne école de Richard Yates

    • Tiens, moi si, j’adore les histoires de pensionnats^^ ça donne toujours un concentré d’expériences et d’émotions et l’attachement à un lieu parce qu’on y a vécu beaucoup de choses tandis qu’on grandissait 🙂

      • Oui, je suis tout à fait d’accord avec toi. Les récits de pensionnat sont toujours très riches et se situent toujours à un moment crucial de la vie.

    • Mais il n’a fort heureusement pas écrit que sur le pensionnat !!! Ce qui te laisse plein de possibilités de découvrir ce grand écrivain américain si ce n’est pas déjà fait !

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