La maison d’Âpre-vent de Charles Dickens

Esther Summerson est orpheline, elle a été élevée par sa tante qui ne lui a jamais rien révélé sur l’identité de ses parents. La tante s’occupe d’Esther sans amour et la fait expier sans cesse la faute de sa mère. On suppose donc qu’Esther est une enfant illégitime. A la mort de sa tante, Esther rencontre M. Jarndyce qui souhaite qu’elle vienne tenir compagnie à sa pupille Ada Clare. Le bienveillant M. Jarndyce a également pris sous son aile Richard Carstone. Tous vont résider dans le Hertforshire dans la maison d’Âpre-Vent. Le nom est quelque peu lugubre et il vient de l’état dans lequel le précédent propriétaire l’avait laissé. L’oncle de M. Jarndyce s’était impliqué dans un procès familial, Jarndyce vs Jarndyce, et il y a laissé sa santé physique et mental. Il s’est d’ailleurs suicidé dans cette maison qu’il avait laissée se délabrer peu à peu. M. Jarndyce ne souhaite donc  pas s’impliquer dans ce procès interminable. Richard, cousin de M. Jarndyce, pense pouvoir mettre fin au procès et récupérer l’héritage qui est en jeu. Il souhaite en effet épouser Ada. Mais il ne sait pas dans quel terrible engrenage il vient de mettre le doigt.

Disons-le tout de suite, « La maison d’Âpre-Vent » est un chef-d’oeuvre et il montre l’incroyable maîtrise narrative de Charles Dickens. Le livre est raconté au travers de deux types de narration : celle d’un narrateur omniscient et celle d’Esther à la première personne du singulier, ce qui rend la « Maison d’Âpre-Vent » particulièrement originale et singulière. C’est un roman foisonnant où tous les personnages, les intrigues finissent par converger vers le procès Jarndyce vs Jarndyce (procès qui est tout à la fois un fil rouge et un prétexte narratif). Ce livre est l’occasion pour Dickens de dénoncer un système judiciaire absurde où les procès n’en finissent jamais et où les justiciables se font broyer. Esther l’exprime ainsi : « (…) contempler le Lord Chancelier et tout le déploiement d’hommes de loi disposés au-dessous de lui, comme si personne n’avait jamais entendu dire que dans toute l’Angleterre l’institution au nom de laquelle ils se réunissaient était une amère plaisanterie, était unanimement considérée avec horreur, mépris et indignation, avait la réputation d’être si scandaleuse et si funeste qu’il ne faudrait guère moins qu’un miracle pour qu’elle produisit un bien quelconque pour quiconque : tout cela fut pour moi, qui n’en avais aucune expérience, si étrange et contradictoire que je fus au premier abord incrédule et incapable de comprendre. »  On verra dans le roman des hommes et des femmes perdre goût à la vie face à la lenteur terrifiante du système judiciaire.

« La maison d’Âpre-Vent », c’est également une impressionnante galerie de personnages  (environ une cinquantaine) qui tous ont un rapport avec le procès de M. Jarndyce ou avec la destinée d’Esther. Toutes les couches sociales y sont représentées, nous passons de la méprisante Lady Dedlock au pauvre petit Jo, balayeur de rues de son état. Certains sont comiques et ridicules comme Sir Leicester Dedlock ou l’insupportable M. Skimpole, certains ont des destins tragiques comme Mlle Flite ou M. Gridley, d’autres sont terrifiants comme le redoutable conseiller juridique de Sir Leicester, M. Tulkinghorn. Et puis, il y a Londres, un personnage à part entière, une ville rongée par le brouillard né de la révolution industrielle.

« La maison d’Âpre-Vent » est à tour à tour drôle et tragique, une critique sociale et un roman victorien aux nombreux rebondissements. Charles Dickens signe là un des plus grands romans de la littérature anglaise du 19ème siècle.

 

9 réflexions sur “La maison d’Âpre-vent de Charles Dickens

  1. Je l’avais noté et trouvé en seconde main, donc, plus d’excuse pour ne pas découvrir un autre roman de Dickens, moi qui ai coincé sur Oliver… pas frapper, pas frapper !!

      • Alors là, bonne question, je vais aller voir l’édition que j’ai… mais ce ne serait pas la première fois qu’un 4ème de cover est tronqué, menteur, ou trop bavard 😉

      • Édition Folio Classique, sous le titre de « Bleak house » et pas celui traduit en français…. bon, j’éviterai de lire le 4ème, je vais coller un post-it sur ma liseuse 😀

  2. Tu donnes envie de me plonger enfin dans ce grand classique ! J’ai adoré l’adaptation de la BBC que je reverrais volontiers également. Je suis admirative de ta vitesse de lecture car c’est tout de même un petit pavé !

    • J’ai vu l’adaptation de la BBC et le roman est vraiment meilleur avec plus de subtilités. J’étais en vacances lorsque je l’ai lu, cela aide pour lire plus chaque jour !

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